On a discuté avec Petrus Boumal, international camerounais évoluant à l’Oural Ekaterinbourg

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 18 novembre 2017

Du haut de ses 24 ans, le nouvel international camerounais Petrus Boumal découvre le froid sibérien et le championnat russe. Passé par Sochaux, la D2 bulgare et le CSKA Sofia, le milieu de terrain défensif s’éclate aujourd’hui à Ekaterinbourg. Entretien.

Peux tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis franco-camerounais, né à Yaoundé. Je suis arrivé en France assez tôt, à l’âge de 7 ans. J’ai commencé jeune le football, j’ai joué dans ma jeunesse au Paris FC et j’ai rejoint le centre de pré-formation de Sochaux à l’âge de 12 ans. J’y ai fait toute ma formation avant d’y signer mon premier contrat professionnel à 18 ans.

Le football est une passion depuis toujours ?

Je suis le seul dans ma famille à m’être lancé dans le football. Au début j’étais plus dans l’athlétisme, c’est un copain de mon grand frère qui m’a donné envie de jouer au ballon. Il était professionnel à Amiens à ce moment la. J’ai essayé le foot grâce à lui, j’étais pas trop mal et j’ai réussi au final à être repéré par Sochaux.

Comment s’est passé ton départ pour Montbéliard ?

Le club m’a invité un week-end au centre de formation pour m’entraîner avec les U13. J’ai fait l’entraînement et le jour même j’ai signé un contrat de 5 ans avec eux. La première année là-bas c’était assez bizarre ! Passer de Paris à Seloncourt (NDLR : où se trouve le centre de formation de Sochaux) ça dépayse ! Mais il y avait pas mal de gars de la région parisienne donc l’ambiance était bonne.

J’ai effectué toute ma formation en tant que milieu défensif, j’ai aussi joué quelquefois latéral gauche, surtout en U18. Le coach de l’époque voulait me faire jouer à ce poste pour dépanner, mais je n’aimais pas trop. Mes meilleures années se sont faîtes comme milieu défensif, mais les entraîneurs en ont décidé autrement … Francis Gillot m’a intégré dans le groupe professionnel à 17 ans comme latéral gauche, il pensait que c’était mon poste de prédilection, mais je n’aimais pas du tout ! Il est vrai que je ne me suis pas battu à fond pour m’imposer dans le couloir !

Puis tu effectues tes premiers matchs pro contre Nice et Dijon …

Oui, en effet ! J’avais 18 ans, toujours latéral gauche … Mais le problème c’est que quand tu viens du centre de formation, tu ne peux pas dire au coach que tu veux jouer à tel ou tel poste. Tu joues la où le coach décide donc pas forcément au bon endroit ! Je ne me sentais pas à l’aise, je ne prenais pas de plaisir et ça ne me motivait pas à faire de bons matchs … Moi ce que j’aime c’est ratisser du ballon au milieu de terrain, surtout qu’à l’époque à Sochaux c’était assez faible à ce poste ! J’ai fait une mi-temps à Toulouse à ce poste et j’ai fait un très bon match malgré la défaite. Le coach était satisfait, m’a félicité et m’a placé en tant que latéral gauche le week-end suivant ! Je palliais l’absence sur blessure de Roussillon, j’étais vraiment blasé.

Ton aventure sochalienne se termine lors de la relégation en Ligue 2.

Oui, en effet, suite à la relégation je ne prolonge pas avec le club et je décide de partir. À ce moment la, un agent me dit qu’Ajaccio qui monte dans l’élite est prêt à me récupérer, ça dure dans le temps et au final plus rien … Ce même agent me recontacte en me disant qu’il a des offres qui viennent de Championship. Pareil des fausses promesses ! J’étais encore jeune donc je croyais à tout ce qu’on me disait. Ce qui fait qu’au final je me retrouve sans club … Je décide de me ressourcer quelques jours à Marseille, et là je rencontre quelqu’un qui a des contacts avec des clubs d’Europe de l’Est. Il me dit qu’un club bulgare est intéressé par mon profil, le Litex Lovech. Moi je voulais absolument jouer donc je dis oui directement.

Sincèrement, tu connaissais le club avant ta signature ?

(Rires) Non, je ne connaissais pas du tout le club avant que je signe ! Même deux jours avant que je signe si on m’avait dit que j’allais signer là-bas, je n’y aurai pas cru ! Je connaissais seulement trois clubs en Bulgarie ; Ludogorets, le CSKA et le Levski Sofia, les trois plus gros clubs du pays.

T’as pris des informations avant de partir ?

Pas du tout, je ne connaissais personne sur place donc je suis arrivé totalement à l’aveugle.

Comment s’est passée l’adaptation ?

Au début c’était un peu difficile, mais après ça allait. Il y avait deux autres Français dans le club donc ça m’a beaucoup aidé.

Pas trop dépaysé entre le foot à Sochaux et le foot en Bulgarie ?

Franchement, c’était assez étrange. C’est un football dans lequel il n’y a pas de bases, c’est très limite. Le Levski et le Ludogorets sont les seuls à avoir un peu de jeu, sinon ça presse n’importe comment. C’est compliqué surtout quand tu viens de France ! On est habitués à un style de jeu et là on débarque dans un monde où le professionnalisme est plus que limite.

Après le Litex c’était vraiment pas mal, il y avait un bon centre d’entraînement ! Par contre quand tu pars en déplacement je te raconte pas … Tu fais parfois cinq, six heures dans des routes de campagne et de montagne, c’était fatigant. Par contre Lovech c’est une petite ville de campagne, mais moi je suis très casanier, même s’il faut un minimum. Je ne sors pas beaucoup donc quand j’ai mon petit confort ça me suffit.

Tes débuts au Litex sont bons, vous jouez même des qualifications d’Europa League !

C’est vrai que ma première saison s’est très bien passée. On a fait un bon championnat et je commence à recevoir des offres de différents clubs français et belges. Malheureusement le président demandait un peu trop pour un joueur en Bulgarie donc je suis resté une saison de plus au Litex.

La seconde saison fut plus délicate. Lors d’un match, le président nous demande de sortir du terrain. On s’exécute et on se retrouve relégués en D2 ! Je voulais absolument partir, mais le club n’a pas voulu me libérer donc c’était très compliqué ! J’ai fait six mois en D2.

Tu n’as jamais eu d’explications sur le fait que le président voulait faire sortir les joueurs du terrain ?

Non, pas vraiment. On a eu deux rouges en cinq minutes donc voilà … Il y a plein de choses étranges en Bulgarie. Le président du club a du pouvoir et est très écouté dans le pays donc il y avait forcément quelque chose derrière.

Et sinon, la D2 bulgare c’est comment ?

Plus que folklorique ! T’arrive au stade et cinq minutes avant le match n’y a toujours pas d’arbitre ! Soit ils sont en retard, soit les terrains sont catastrophiques, mais ça fait partie de mon apprentissage. On se demande à ce moment-là si on n’est pas en train de se perdre. Surtout que je suis allé en Bulgarie pour lancer ma carrière. C’était tout de même important pour moi, ça m’a rendu plus fort.

Après les différentes galères que j’ai eu, j’ai du mal à faire confiance aux agents. Je suis entouré de gens importants pour moi comme l’agence qui gère mon image et ma famille, ce sont eux qui me font avancer.

Et à l’été 2016, tu rejoins le CSKA Sofia !

Je suis en vacances en Thaïlande quand on m’annonce que je suis transféré au CSKA Sofia. J’appelle les dirigeants qui me disent qu’ils viennent de reprendre le CSKA Sofia. Mais mon contrat n’a pas changé, il est reconduit automatiquement. Un ami à moi a pu se libérer, mais moi je m’y suis pris un peu tard donc j’ai dû rester au CSKA.

Tu rejoins alors un club en pleine renaissance …

Le président du Litex reprend le CSKA et le stabilise. Je me dis que si je fais le boulot dans un club comme le CSKA ça va le faire. Les infrastructures n’étaient pas top à l’époque, mais je sais qu’ils sont en train de construire un centre d’entraînement de haut niveau. Ils ne seront pas au niveau de Ludogorets, mais l’objectif du club ça sera maintenant l’Europe.

La Bulgarie est réputée comme étant un pays avec une culture ultra dans les stades très poussée, comment as-tu trouvé cela ?

Franchement c’est chaud, ça fait plaisir, surtout lors du derby contre le Levski. C’est beaucoup de folie par rapport à ce qu’on voit en France. Ici par contre ils n’attaquent pas les joueurs directement comme on a pu voir avec Anthony Lopes. Tout reste dans les tribunes, et le foot a besoin d’ambiance comme ça. Quand tu rentres sur le terrain, que tu vois des fumigènes et des supporters chauds bouillants c’est plus que motivant. Tant que ça reste en tribune, c’est parfait.

Ton aventure en Bulgarie se termine par un nouvel épisode tumultueux …

Le CSKA Sofia avait la possibilité de me garder un an de plus si le club m’envoyait une lettre avant le 30 avril. Ils n’ont pas respecté le délai donc j’ai immédiatement contacté la fédération, car je voulais quitter le pays, mon objectif était de jouer avec la sélection du Cameroun et ce n’était pas réalisable ici. Pendant ce temps, le club se réveille et tente le tout pour le tout afin de me faire prolonger. Je décide de prendre un avocat, car en Bulgarie les clubs pensent tout contrôler. Ils iront même jusqu’à envoyer un contrat chez moi avec une fausse date et une fausse signature ! Le club essaye de me bloquer, mais au final j’ai pu m’en sortir.

Et que se passe t-il ensuite ?

Je rentre à Paris et je commence à recevoir de nombreux coup de fil d’agents. Comme souvent je n’ai rien de concret sauf provenant de Russie ; l’Oural Ekaterinbourg, le Terek Grozny et l’Anzhi Makhachkala me voulaient. L’Anzhi j’ai refusé directement, j’ai hésité un peu avec le Terek, mais finalement non surtout après avoir eu des échos de la ville. J’ai donc signé à Oural et j’ai bien fait ! La ville est magnifique, les gens sont accueillants, le club est très bien structuré, le nouveau stade est en construction, on fait de bons matchs … Quand je regarde en arrière, je me dis que j’ai fait beaucoup de chemin. Depuis j’ai été appelé deux fois avec l’équipe du Cameroun et je commence à faire parler de moi.

Pas mal de monde a été surpris de ton choix de partir en Russie au final.

C’est vrai que d’autres clubs français étaient intéressés par moi, mais au final c’était juste des promesses. Les clubs qui se manifestaient prenaient un autre joueur donc voilà, je suis très content là où je suis.

Vous faites d’ailleurs la meilleure saison de l’histoire du club !

En effet, tout va bien. L’équipe produit du beau jeu, je suis content de mes performances, j’enchaîne les matchs. Si j’avais signé en Ligue 2, pas sûr que j’aurais pu jouer pour le Cameroun. Pour être franc, je ne pouvais pas rêver mieux, surtout quand je regarde en arrière.

Comment ça se passe dans l’effectif ?

Je suis le seul joueur francophone de l’effectif, mais je parle bulgare donc je discute pas mal avec Dimitrov. Je parle bien anglais donc on communique bien, au pire il y a le traducteur du club. Je vais aussi me mettre au russe.

Comment trouves-tu le championnat russe ?

J’ai été agréablement surpris par le niveau, que ce soit le CSKA, Lokomotiv, Zénit, Krasnodar, Spartak, ce sont des équipes de haut niveau. Je n’ai pas du tout été surpris quand Séville a perdu 5-1 contre le Spartak, il ne faut pas négliger ces équipes, elles peuvent faire très mal. Il y a une grosse qualité technique dans les équipes de haut de tableau, en bas de tableau c’est plus physique, mais ça reste bien au-dessus du niveau bulgare. Je pense que Ludogorets c’est du niveau top 7, mais pas plus.

Par rapport à la Bulgarie, ça n’a rien à voir, les bases (centres d’entraînements) sont magnifiques et on se déplace toujours en avion. On va aussi avoir un beau stade à Ekaterinbourg pour la coupe du monde, pour le moment on joue dans un stade temporaire. Le club d’Oural est très sain, très famille, on prend beaucoup de plaisir dans l’effectif.

On a beaucoup parlé des tribunes du nouveau stade, qu’est ce que ça donne en direct ?

C’est juste pour les normes de la FIFA, mais ça rend bien, elles seront enlevées après le mondial. Le stade sera fermé et ça ne sera pas plus mal parce que l’hiver sibérien ce n’est pas facile. Il fait déjà froid, mais on est bien couvert, le sponsor nous donne du bon matériel. Après on est qu’en octobre donc ça promet pour les derniers matchs de 2017. On va avoir une grosse trêve ensuite, je vais me rendre au Cameroun pour les vacances et après on part à Chypre avec le club pour la reprise.

Quel est l’objectif du club cette saison ?

Il y a pas vraiment d’objectif, on joue match après match et on profite. On n’a rien volé et on mérite notre classement. On va faire tout notre possible pour rester au-dessus, mais même si on est en milieu de tableau ça sera un bon résultat. On joue libérés et je pense que c’est ça qui fait la différence.

Quels sont tes rapports avec le président et l’entraîneur du club ? On sait qu’il était très proche de la légende zambienne Chisamba Lungu qui joue désormais en Turquie.

Tout se passe très bien. Il est sympa avec moi et j’ai gagné son respect avec ce que j’ai montré sur le terrain. L’entraîneur me connaissait, car il a entraîné le Slavia Sofia et m’a vu jouer. C’est bon pour la confiance de savoir qu’un entraîneur nous connaît d’avant et qu’il nous voulait dans son effectif. Le fait d’avoir fini dans l’équipe de l’année en Bulgarie ça a aidé. Il m’a donné plus de temps de préparation, car je suis arrivé au club fin août.

Quels sont tes objectifs personnels en Russie ?

Je reste toujours ambitieux, mais aujourd’hui je profite d’abord du moment, car je me sens bien. J’ai obtenu une stabilité que je cherchais depuis longtemps, j’essaye de faire des bons matchs et je ne me projette pas trop. Un club que je garderai secret voulait me faire signer cet hiver, mais je préfère rester.

Et sinon, quelle ville préfères-tu en Russie ?

Franchement Moscou est une ville magnifique, Kazan est sympa aussi surtout avec le style architectural. Saint-Pétersbourg je n’ai pas encore fait.

Tu t’es préparé pour le déplacement à Khabarovsk, au nord de la Corée du Nord ?

(Rires) Les dirigeants m’ont prévenu qu’il y avait huit heures de vol … Après, malgré la distance entre les villes, ça se passe bien. J’appréhendais un peu au début, mais les équipes nous mettent dans de bonnes conditions. On part tôt la veille, on est bien installé, dans de beaux hôtels …

Et pour finir, ta spécialité préférée en Russie ?

(Rires) Jusque-là je n’ai pas mangé local. Ma femme me fait à manger à la maison, mais c’est promis j’essayerai les soupes et les pelmenis cet hiver !

Merci à Petrus pour sa disponibilité et sa gentillesse. Nous lui souhaitons une bonne saison à Ekaterinbourg et tout le meilleur avec les Lions Indomptables.


Antoine Jarrige

Image à la une : Vladimir Astapkovich/Sputnik via AFP Photos

On a discuté avec Petrus Boumal, international camerounais évoluant à l’Oural Ekaterinbourg
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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d’Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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