On a discuté avec Mathias Coureur, milieu de terrain du Cherno More Varna

Cherno More Varna
Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 23 juillet 2015

Avant son match retour face au Dinamo Minsk, nous vous proposons une interview du Français Mathias Coureur. Élément clé du Cherno More Varna en Bulgarie, il a notamment été buteur lors du match aller face aux Biélorusses. Long entretien à savourer avec un verre de rakija à la main.

Salut Mathias, commençons par le début. Comment as-tu commencé à t’intéresser au football ?

C’est très simple, je viens d’une famille qui aime le football et le PSG. À force de voir les matchs du club et d’entendre parler de football, j’ai commencé à m’y intéresser. Petit, quand j’habitais en Martinique, j’avais un oncle qui rêvait d’être footballeur professionnel et il m’emmenait souvent sur les terrains avec lui dès l’âge de deux ans. Quand mes parents sont arrivé en France, j’avais quatre ans et un entraineur m’avait poussé à continuer à jouer au football.

Justement, tu as continué le football jusqu’à atterrir au Havre en 2000. Tu gardes un bon souvenir de cette formation dans le club ?

Oui! De ma formation au Havre il n’y a que du positif. Bien entendu, il y a eu des mauvais moments. Je suis resté six ans et demi loin de ma famille mais c’était vraiment génial. Quand j’en reparle avec les personnes qui étaient avec moi, on en garde tous de supers souvenirs. Pour rien au monde je n’échangerais ma jeunesse.

Après le Havre, tu retournes à Créteil…

Oui, je reste seulement six mois à Créteil. En fait, on m’avait fait comprendre que je ne signerai pas de contrat professionnel au Havre alors que je sentais vraiment que j’avais le niveau. Quand on voit ses amis signer pro alors que toi tu n’as rien, c’était vraiment compliqué. Du coup, je suis reparti chez moi, à Créteil, mais j’ai rapidement regretté… J’avais vraiment cette envie de signer pro.

Quelques mois après, tu signes à Beauvais en National où tu commences réellement ta carrière.

C’est ça, j’allais faire un essai à Beauvais avec la réserve pour jouer en DH. Dans ma tête, c’était clair, je voulais jouer en National avec l’équipe première mais s’il fallait passer par la DH pour faire mes preuves, il n’y avait pas de soucis. Je passe cet essai et le directeur sportif du club y était présent et m’a directement fait comprendre que j’étais pris et, en plus, que j’allais m’entrainer en National. Quand j’entends ça, je me dis que, de toute façon, je n’ai rien à perdre et que je passe directement une étape, même si je ne joue aucun match.
Tout se passe super bien à Beauvais dès le début, l’accueil de l’entraineur et de son adjoint était vraiment parfait. Dans le malheur des autres, je me retrouve sur le banc après une vague de blessure dans l’équipe. Je suis le seul joker offensif sur le banc et dès le deuxième match de la saison l’entraineur me fait entrer en fin de match et je marque directement. Après ça, je ne bouge plus du groupe et je gagne ma place petit à petit, une très bonne première expérience. J’étais en plein rêve.

Quand je signe à Nantes on me dit que je serai la doublure de Da Rocha et qu’on compte sur moi

Après cette première bonne saison à Beauvais tu t’engages avec le FC Nantes où c’est le début des saisons blanches pour toi.

C’est exactement ça. Si tu veux, quand je signe à Nantes on me dit que je serai la doublure de Da Rocha et qu’on compte sur moi. À la base, je voulais signer et terminer ma saison à Beauvais car j’y étais vraiment bien mais le président Kita s’est déplacé en personne et m’a invité dans un hôtel luxueux. Je n’avais jamais vu ça. Tu vois des mannequins passer toutes les minutes, l’hôtel est complètement fou. En gros, il me vend du rêve. Je sors de cette réunion avec lui et je signe le lendemain avec Nantes.

Sauf qu’au moment où je signe et que le contrat est validé, sa première phrase a été « notre réserve est mal en point, tu dois d’abord la sauver et ensuite tu joueras avec l’équipe A« . Même si j’avais envie de montrer ce que je valais, c’était vraiment compliqué de jouer en réserve. La plupart des joueurs savent qu’ils ne vont pas signer un contrat, cherchent déjà un autre club et ne jouent que pour eux. Du coup, je n’y arrive pas. Je sais que je dois être supérieur à eux, que je dois montrer que je suis joueur professionnel, mais je n’y arrive vraiment pas. À partir de là, ça commence à se passer vraiment mal avec le club. Ils me disent que je suis venu pour l’argent et je fais une saison blanche.

Coureur_Nantes

Coureur courait, époque nantaise.

Puis viens Gueugnon où tu ne joues pas vraiment plus…

À Gueugnon, c’était compliqué car c’est le directeur sportif du club qui me voulait tandis que l’entraineur de l’époque, Hubert Fournier, lui, ne voulait pas de moi. Je marque un doublé pour le premier match mais je sens qu’au moindre faux pas il n’hésitera pas à me sortir de l’équipe et il me l’a rapidement fait comprendre. Au bout de quelques matchs, il prétexte une embrouille pour me sortir du onze de base. Quelques jours plus tard, je me blesse à l’entrainement et sa première réaction a été « Ah maintenant tu inventes une blessure » alors qu’au final je venais de me faire le ménisque.

Après mes examens à l’hôpital, il viendra s’excuser mais suite à sa première réaction je l’insulte et ça commence à dégénérer. Après ça, la cassure était bien évidemment trop grande et notre relation était terminée. Après une rééducation compliquée où je ne suis absolument pas encadré, je retourne au club alors que, je te l’avoue, je n’avais absolument pas suivi leurs résultats. Fournier a été viré, son adjoint a pris sa place mais il me dit qu’il ne veut plus de moi. Je ne voulais pas qu’à Nantes ça se sache du coup je continue à faire les entrainements au club, je me tais et je vais à Paris tous les weekends étant donné que je ne suis jamais sur la feuille de match.

Histoire de continuer cette saison galère, j’ai un énorme accident de voiture à Paris et j’ai vraiment cru que mon passager et moi allaient y passer. Bien évidemment mon téléphone se casse dans l’accident, je ne peux pas contacter le club directement et ma priorité est de rester à l’hôpital avec le passager qui était avec moi. Je ne vais donc pas à l’entrainement pendant un jour et on m’apprend que les dirigeants et l’entraineur font une crise à cause de cette absence, qu’ils m’ont viré et que Nantes est au courant et qu’ils veulent également me virer. À mon retour au club avec un certificat médical de l’hôpital, je commence à me battre avec le coach. Ce dernier m’avait dit qu’il s’en foutait que j’aurais pu y passer dans cet accident et ça a dégénéré. Bien évidemment, le directeur sportif en voyant le certificat explique au coach qu’on ne peut pas me virer et on m’envoie avec la réserve. Après ça, on me rappelle en équipe première car il manquait des joueurs. Je sors un gros match face à Créteil et je termine la saison avec l’équipe première.

Tu retournes à Nantes où la série noire continue avec une saison sans jouer aucun match.

Je retourne à Nantes alors qu’en fin de saison Gueugnon et l’entraineur s’excusent et voulaient me refaire signer après mes derniers matchs mais ma première réaction a été de refuser la proposition après ce que j’ai connu avec eux. À mon retour à Nantes, le club est entrainé par Gernot Rohr mais il me fait comprendre que Kita ne veut pas de moi en équipe première et qu’il veut me voir partir de l’équipe. Je rappelle Gueugnon pour au final accepter un retour au club mais nouveau coup dur: Tony Vairelles veut racheter le club et il veut faire jouer un membre de sa famille qui joue à mon poste. Du coup, je dois rester à Nantes où je ne joue pas un seul match. Quand Furlan arrive au club, il demande à voir tous les jeunes sauf … moi. Je dois jouer en réserve et je commence à craquer, en début d’année 2010 je quitte le club.

Du coup tu pars en Espagne, comment s’est passé ton aventure ?

Avant l’Espagne, j’ai passé quelques essais en Grèce, au Maroc ou encore à Dubaï mais je n’avais vraiment pas envie d’y aller. Peu de temps après, je reçois un appel de Florian Taulemesse qui jouait à Orihuela en troisième division espagnole et avec qui j’étais toujours en contact après mon passage à Gueugnon. Il me dit que le club recherche un joueur à mon poste mais je n’étais vraiment pas partant pour jouer en troisième division après toutes ces années de galère. Je pars quand même en Espagne avec comme idée de départ de m’y entrainer mais au final ça se transforme en essai sans que je le sache. Le coach espagnol me dit qu’on voulait me signer alors que je n’étais au courant de rien. En fait, c’est Florian Taulemesse qui a arrangé mon transfert en traduisant mes phrases comme ça l’arrangeait. Au bout de quelques semaines, je me sentais vraiment bien en Espagne et j’ai demandé à Florian s’il pouvait demander un transfert … qui était déjà arrangé depuis une dizaine de jours grâce à son agent.

Pas commun comme transfert. Après ça, tu t’engages avec l’Atlético Baleares.

Je fais une super saison avec Orihuela et pas mal de clubs espagnols sont sur moi, notamment Hercules Alicante. À l’époque, le club avait Trezeguet et venait de descendre en deuxième division. Le club me voulait mais je n’étais qu’un second choix et il attendait la réponse d’un espagnol. Étant donné qu’Hercules prenait du temps j’ai signé au Baleares qui avait un super projet. Le club voulait monter en seconde division et avait recruté de supers joueurs comme Antoñito du FC Seville, Jesus Perera de Majorque, David Sánchez qui a joué avec Ronaldinho. Une équipe de folie dans laquelle je fais la meilleure saison de ma vie sur le plan footballistique… tout le contraire de ma vie privée. À la fin de la saison, je divorce, je suis à bout, je n’ai plus aucune envie pour le football à vrai dire et c’est ce qui se passera. Durant la pré-saison, je monte dans le bureau du président et je lui dis que je veux tout arrêter. Je n’avais plus la tête à ça.

C’est pour cette raison que tu retournes en Martinique ?

L’Atlético Baleares me fait signer quelques semaines plus tard un papier afin de s’assurer que je ne signe pas pour un autre club professionnel en Espagne et je retourne en Martinique retrouver ma famille. À ce moment-là, le football et moi c’était terminé. Pour te dire, je ne jouais même plus à FIFA ! Évidemment, mes parents ont commencé à s’inquiéter de me voir loin des ballons et ont rapidement compris que ça n’allait pas dans ma vie.

Pourtant, tu rejoueras au football en Martinique avec le Golden Lion de Saint-Joseph ?

Quelque temps après, je voulais juste taper dans un ballon sans pression et sans prise de tête. Si tu veux, il y a deux clubs dans ma ville, un en PH, l’autre en DH. Que ça soit l’un ou l’autre, ça m’était égal. Je me disais juste que rejouer au football pouvait me faire du bien. Du coup, je pars au stade un matin et je tombe sur une personne qui s’appelle Jeremy. Je lui fais comprendre que j’aimerais jouer avec le club, il n’avait pas la moindre idée de qui j’étais et me dit qu’il faut passer des essais, qu’on ne rentre pas dans le club comme ça. Puis, je lui raconte que j’ai joué à Nantes et en Espagne, Jeremy téléphone au président du club qui arrivera dans la minute devant le stade et me déroule un peu le tapis rouge. C’était assez amateur et, heureusement, j’étais bien au-dessus des autres.

De là, je touche un salaire de 1500€ avec quelques primes, on termine quatrième alors qu’avant mon arrivée le club était avant-dernier. Peu de temps après je suis appelé en sélection de Martinique et, même si je n’avais pas forcément envie d’y aller, je vais pouvoir jouer avec la sélection lors de la Gold Cup. Une belle expérience, même si, honnêtement, la sélection martiniquaise a énormément de problèmes et n’est pas encore professionnelle. Enfin, ce n’est pas ce que j’ai connu avec mes différentes expériences en club. En tout cas, c’est grâce à cette Gold Cup que le Huracán Valencia me retrouve et m’engage.

Un retour en Espagne qui au final a été compliqué pour toi.

Au final je ne joue pas oui, à vrai dire c’était vraiment morose il n’y avait rien. C’était un club nouveau, sans supporters et avec un fond de jeu qui consistait à balancer devant. Tout ce que je n’aime pas. J’aime jouer au ballon. Puis je reçois un appel pour la Bulgarie qui ne m’enthousiasme pas forcément au début.

Avant de parler Bulgarie, au niveau de l’Espagne as-tu été impressionné par les ambiances ? On en parle pas beaucoup mais il y a une vraie culture du supportérisme qui se retrouve notamment en troisième division.

Au niveau des supporters, j’ai connu ça avec l’Atlético Baleares. Il y a vraiment une grosse base de fans pour ce club et on retrouve ça par exemple au Real Oviedo ou à Cadiz. C’est vraiment de la folie d’avoir 10.000 supporters dans des matchs de D3. Bon, par contre, mon retour à Baleares avec Huracán a été horrible. Je me suis fait siffler du début à la fin.

Les Bulgares passent une soirée avec un verre de rakija dans la main gauche et un verra d’eau dans la main droite.

Pour en revenir à la Bulgarie, comment se sont passés tes débuts au pays ?

À vrai dire j’avais déjà reçu un appel pour la Bulgarie avant d’aller à Varna mais je n’avais pas donné suite en me disant que j’avais un meilleur niveau que le championnat local. Je n’imaginais absolument pas ce que je connais actuellement. Au final je vais à Varna pour trois jours et j’aime directement la ville. Le club a l’air super pro et au niveau du coût de la vie on est vraiment mieux qu’en Espagne. À partir de là, je n’hésite plus vraiment et j’ai signé avec le Cherno More Varna.

Les gens ont vraiment une idée erronée de la Bulgarie, la mentalité n’est pas la même. Ils s’aident énormément là-bas. Tu sens que les gens ont un passé et ont souffert. Dès que les gens apprennent à te connaitre tu deviens vraiment un ami pour eux, ils donnent tous pour toi et ne cherchent pas à te trahir. J’ai aussi la chance d’être à Varna, c’est vraiment une super ville. Tu as la mer, des centres commerciaux, les gens sont joyeux. À choisir entre Cannes et Varna, mon choix est vite fait par exemple.

Lors de ton arrivée, tu as eu un lien avec la forte communauté de joueurs francophones pour t’intégrer plus facilement notamment Mamoutou Coulibaly qui est l’un de tes coéquipiers ?

Mamoutou Coulibaly, j’avais des amis en commun avec lui et c’est souvent comme ça que ça s’est passé en fait. Manzorro je l’ai connu à Guegnon, Salim Kerkar également. On se voit souvent sur Sofia et ils m’ont présenté d’autres joueurs comme Yohann Lasimant qui est martiniquais comme moi. Cette année, il y a Mehdi Bourabia qui était au Lokomotiv Plovdiv et qui m’a rejoint. On a un peu tous le même parcours, on a souvent galéré et on est arrivé là par défaut, mais, au final, je suis certain que la plupart des Français ne regrettent pas leurs choix aujourd’hui.

D’ailleurs, vous avez pu tester les spécialités du pays ?

Honnêtement, j’ai goûté mais je ne suis pas très fan. Les Bulgares passent une soirée avec un verre de rakija dans la main gauche et un verra d’eau dans la main droite. Les Bulgares devraient essayer la cuisine martiniquaise plutôt.

Cherno More Varna

Mathias Coureur et ses potes, rois de Bulgarie.

Au niveau du terrain, tu as cependant connu des débuts compliqués avec Aleksandar Stankov comme entraineur, comment tu avais vécu cette série de défaites en début de saison ?

Au début je dois t’avouer que j’ai un peu douté de mon choix. Stankov m’avait directement mis la pression dès la pré-saison en me disant qu’étant donné le salaire des étrangers on devait être meilleur que tout le monde. Sur son plan de jeu, j’avais aussi beaucoup de mal. On devait faire énormément d’efforts défensifs, laisser le ballon à l’adversaire et je n’avais jamais fait une pré-saison aussi éprouvante physiquement.

T’as aussi eu un premier match compliqué face à Ludogorets.

Oui, lors de la seconde journée du championnat. Je suis remplaçant, il me fait entrer face à Ludogorets, clairement la meilleure équipe du championnat, et me fait ressortir quelques minutes après. Je le prends assez mal puis après ça je reste essentiellement sur le banc, avec quelques bouts de matchs. Et Stankov se fait virer après quelques matchs de championnat.

Après Stankov, arrive Nikola Spasov sur le banc du Cherno More, une véritable légende du club et qui a su le redresser dès son arrivée.

Avec Nikola Spasov ça se passe bien mieux oui. Comme tu le dis, c’est une vraie légende au club. Il l’a entrainé à trois reprises et à chaque fois qu’ils ont été en coupe d’Europe c’était avec lui sur le banc. Quand il est arrivé, il est venu me voir en me disant en espagnol qu’il ne me connaissait pas, que le club était relativement mal et qu’il avait assuré aux dirigeants qu’il accrocherait une coupe d’Europe alors qu’à ce moment-là on était avant dernier.

Au premier match, il explique que tous les étrangers seront sur le banc mais qu’il me donnera ma chance, pour un match. Que je n’aurais qu’une chance, que je ne devais pas la louper et que si je me foire, je devais partir en décembre. J’ai adoré son discours, je me suis dit que c’était un vrai bonhomme et qu’il n’hésite pas à te parler les yeux dans les yeux. Au bout de sept matchs sur le banc, il me fait jouer un match de coupe où je réalise une bonne performance avec un but à la clé. Après ça, il a tenu sa promesse et m’a toujours intégré dans l’équipe-type.

À titre personnel, tu t’es épanoui au fil des mois en Bulgarie avec Spasov.

À la mi-saison, je termine meilleur buteur du club sans jouer une dizaine de matchs. Je me sens bien et Nikola Spasov me fait comprendre durant la trêve hivernale que je serai une pièce maitresse pour la seconde partie de saison. En m’expliquant qu’il avait un vrai projet pour moi.

Puis il y a aussi eu votre parcours en coupe de Bulgarie. Un trophée inespéré, le club étant habitué à perdre en finale depuis quelques années. Avec un but de folie dans la finale de ta part, comment ça s’est passé dans ta tête à ce moment-là ?

Ça faisait 77 ans que le club n’avait plus rien gagné et c’était inespéré, on rentre un peu dans la légende du club. Je marque un beau but certes mais j’ai de la chance. Même moi je n’arrive pas trop à y croire. Si tu me demandais directement après le match l’action, je ne pouvais pas te l’expliquer. J’y ai été à l’instinct, je vois des jambes, je dribble, j’ouvre mon pied, je marque. Mais à ce moment, je n’imagine même pas que ça sera le but de la victoire. Je vais t’avouer quelque chose, quand mes coéquipiers viennent célébrer le but avec moi, pendant ce temps, je suis par terre au milieu d’eux et je m’étire car j’avais une crampe. Je ne pensais à rien d’autre qu’au match. J’ai réalisé au bout de cinq jours qu’on avait gagné la finale.

Tu n’as pas ressenti un autre regard sur toi des supporters et habitants de la ville ? On te considère un peu comme le héros aujourd’hui à Varna ?

En fait, je vais en France le lendemain de la finale pour partir en Martinique. Je me rends compte de l’engouement surtout à travers Facebook où je reçois des centaines de demandes d’amis. Je reçois des messages de folie. Entre les supporters qui me remercient pour le bonheur que j’ai donné sur le but, les ultras qui veulent tout faire pour qu’il y ait une tribune à mon nom dans le nouveau stade ou encore une supportrice qui m’a même demandé en mariage. C’était de la folie. C’est là que j’ai senti un changement. Avant les gens m’aimaient bien mais après ça c’était autre chose. On me dit souvent que je suis un héros en m’expliquant qu’ils n’ont que le football dans la vie, ça me touche vraiment mais je ne me considère pas forcément comme un héros. C’est mon métier, je n’ai pas sauvé une vie et si je ne marque pas ça ne serait pas normal.

D’ailleurs, comment tu trouves les tribunes et les supporters en Bulgarie ?

De la folie. J’ai souvent été au Parc des Princes dans ma jeunesse mais là c’est un autre monde. Une heure avant la finale, le stade était plein, je n’ai jamais vu une ambiance comme ça. Il y avait 18.000 supporters dans le stade je crois, dont 12.000 du Levski. Les mecs étaient debout et chantaient de l’avant-match jusqu’à la fin. Et moi j’ai besoin de ça, de ressentir cette ambiance, ça fait partie du monde du football. Quand j’étais petit, j’adorais aller au Parc le plus tôt possible pour vivre l’ambiance. D’ailleurs, avec les supporters du Levski, j’ai cru que j’allais me battre avec un groupe avant la finale. En fait, j’ai été acheté du Red Bull avec un autre joueur, Bacari, et je suis tombé sur un groupe du Levski. J’ai bien cru qu’ils allaient nous bastonner et qu’on ne jouerait pas le match au final.

Avec le Cherno More Varna on a une bonne ambiance avec une bonne base de fans mais par exemple le CSKA Sofia c’est aussi fort que le Levski, dommage que le club soit rétrogradé. J’aimerais bien des ambiances de folie toutes les semaines, je suis certain que ça attirerait énormément de joueurs.

J’ai surtout connu le racisme dans ma vie quotidienne en Espagne plutôt qu’en Bulgarie.

Tu as été impressionné par des joueurs également ?

À Ludogorets il y a le Brésilien Marcelinho qui est très fort et qui ne risque pas de partir, il doit gagner 40 000€ par mois. L’année dernière à Varna, il y avait un Colombien en prêt, Sebastian Hernandez, qui a clairement le niveau Ligue 1. Il y a également l’Espagnol Bacari, il s’est fait les croisés donc ça a été compliqué pour lui, mais du peu que j’ai vu c’est très fort. Si tu l’entoures bien, il peut être très bon. Au niveau des Bulgares, il y a Borislav Tsoniev du Levski Sofia qui est très jeune et qui peut devenir un super joueur. Très à l’aise techniquement, j’ai beaucoup aimé. De même le gardien de Ludogorets est très bon ou le nôtre, Kitanov, qui doit encore améliorer son jeu au pied mais qui a aussi un bon niveau. Toujours dans mon équipe, quand Sténio est en forme c’est clairement le meilleur joueur du club.

Comment appréhendes-tu tes premières rencontres en Coupe d’Europe face au Dinamo Minsk ? De la pression ?

Non non, aucune pression. Les gens qui me connaissent savent que je ne stresse pas pour le football. La coupe d’Europe, c’est quelque chose que j’avais envie de découvrir et je suis content de le faire avec Cherno More. C’est une qualification que je mérite et qu’on mérite tous dans le club, j’y ai participé et je suis fier de ça.

On a souvent l’image du racisme en France concernant l’Europe de l’Est, quelle a été ton expérience à ce sujet ?

À vrai dire, j’ai surtout connu le racisme dans ma vie quotidienne en Espagne plutôt qu’en Bulgarie. Je me suis souvent fait arrêter en Espagne car j’étais noir. On me demandait pourquoi je venais travailler dans leur pays, voler le travail des natifs. Il n’y a que sur les terrains de football bulgares que j’ai reçu des cris, et je ne le prends pas forcément en « mode racisme ». Je pense que les supporters utilisent ça pour déstabiliser les joueurs, c’est forcement plus facile de faire ça face à un noir qu’à un blanc. Mais dans ma vie quotidienne, je n’ai jamais eu aucun souci de racisme et c’est au quotidien que l’on apprend si la société est réellement raciste, pas dans le contexte d’un stade de football. Bien évidemment, je comprends totalement les joueurs qui prennent mal ce qui se passe dans les stades.

Arrivé en Bulgarie, on est bien loin de tes soucis passés non ?

Clairement oui. Comme je le dis à chaque fois, la Martinique m’a redonné envie de jouer au football et m’a fait grandir. J’ai vu la vraie vie là-bas, les gens qui galèrent et qui n’ont pas eu la chance que j’ai. Ça m’a ouvert les yeux sur la vie et j’ai vraiment du mal à me plaindre maintenant. Je me rends compte de la chance que j’ai. De plus, je pensais connaître le pays mais au final j’ai réellement appris à le découvrir à ce moment-là. Avant j’étais fier d’être Martiniquais parce que c’était écrit sur un bout de papier mais là j’ai une réelle fierté. Je ne sais pas comment t’expliquer ça mais c’est dans ma peau.

Un dernier mot pour finir ?

Je voudrais remercier tous les supporters du Cherno More, ça faisait longtemps que je ne me sentais pas aussi bien dans une ville et dans un club. À ma famille, Dieu ou encore la Martinique. Et à toi également, ça me fait plaisir que tu t’intéresses à moi. Merci beaucoup.

 

Merci beaucoup à Mathias de nous avoir accordé un bon bout de son temps pour cet entretien qui on l’espère vous aura passionné. Bonne chance à lui pour son match retour face au Dinamo Minsk.

Pierre Vuillemot

On a discuté avec Mathias Coureur, milieu de terrain du Cherno More Varna
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