On a discuté avec Franck Henouda, agent à la base de la filière brésilienne du Shakhtar Donetsk

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 28 septembre 2015

Dans quelques jours, le Shakhtar Donetsk affrontera le Paris Saint-Germain en Ligue des Champions. Si le club ukrainien est aujourd’hui un habitué du très haut niveau, c’est aussi, et surtout, grâce à son évolution sous son entraîneur, Mircea Lucescu, et à sa fantastique filière brésilienne. Loin des projecteurs, l’un des acteurs majeurs de cette filière est l’agent français Franck Henouda. Un homme qui a immigré au Brésil et déniché des joueurs tels que Douglas Costa, Willian, Fernandinho ou encore Luiz Adriano. Rien que ça.
Footballski vous propose aujourd’hui de revenir sur le club de Donetsk, le projet et cette filière brésilienne avec le principal intéressé. Interview.

Vous avez commencé à travailler au Club Med, comment êtes-vous tombé dans le football ?

En effet, j’ai commencé à travailler au Club Med à travers le monde, ce qui m’a permis de découvrir 23 pays dans le Monde mais c’est surtout avec un autre travail que j’ai pu faire des premiers contacts. J’étais sur Paris et travaillais dans un club de sports, un club où venaient notamment des joueurs du PSG et du Matra Racing. De là, j’ai eu de bonnes relations avec pas mal de joueurs de l’époque qui sont devenus par la suite entraîneurs, dirigeants ou agents par exemple. Par la suite, j’ai immigré au Brésil et aux alentours des années 1994/1995, j’ai eu l’idée de faire cette relation entre la France et le Brésil et d’exporter les joueurs brésiliens.

Pour donner une idée à nos lecteurs, quelles ont été vos premiers transferts ?

J’ai commencé avec quelques jeunes joueurs vers Paris, Marseille ou Bordeaux, puis en 1998 il y a un grand nom, Claudio Taffarel, qui devait signer à Paris puis finalement est allé à Galatasaray. De là, j’ai commencé à prospecter et amener pas mal de joueurs brésiliens vers la Turquie. On peut dire que j’ai été un pionnier, le marché turc n’ayant pas vraiment connu de Brésiliens avant.

C’est donc de cette période turque que vous avez pu connaitre Mircea Lucescu ?

Oui. Quelques années après, Lucescu est arrivé à Galatasaray. J’ai fait connaissance avec lui, on a pu discuter et travailler un peu ensemble dans les différents clubs turcs où il était. À titre personnel, je continuais toujours mon travail vers les autres pays que ça soit la France, le Qatar, les Émirats, etc. Et puis quand il est arrivé au Shakhtar, il m’a demandé de venir car le club avait un projet et voulait développer une stratégie pour l’avenir.

Lucescu savait qu’il fallait être patient avec ces jeunes Brésiliens, qu’il fallait attendre l’adaptation à la vie et à la tactique qui est différente entre l’Europe et le Brésil.

C’est donc aussi grâce à vous que ce Shakhtar brésilien existe…

La stratégie du club était de miser sur des jeunes talents brésiliens en devenir entre 18 ans et 20 ans. Lucescu étant roumain, le Brésil de l’Europe, et parlant couramment cinq langues dont le portugais, c’était très facile pour lui. Il a pris la décision de faire une équipe entièrement brésilienne du milieu jusqu’à l’attaque afin de ne pas mélanger les nationalités et ainsi créer rapidement les automatismes et la cohésion. Mais surtout, Lucescu savait qu’il fallait être patient avec ces jeunes Brésiliens, qu’il fallait attendre l’adaptation à la vie et à la tactique qui est différente entre l’Europe et le Brésil.

Alex Teixeira, l’homme de base du Shakhtar d'aujourd'hui

Alex Teixeira, l’homme de base du Shakhtar d’aujourd’hui.

Une stratégie brésilienne qui avait commencé avec un joueur comme Jadson puis d’autres joueurs, avec le succès que l’on connait.

En effet, on a commencé avec Jadson. Après la mise en place du projet, j’ai commencé à rechercher les profils que l’entraîneur voulait et la chance a fait que durant ces dix dernières années, on a eu des noms comme Fernandinho, aujourd’hui à Manchester City, Willian, Luiz Adriano, Ilsinho, Alex Teixeira, etc. Il y en a une quinzaine. Une quinzaine de joueurs qui ont apporté au club sportivement et financièrement, donc c’était un travail très intéressant.

Cependant, j’imagine que c’était compliqué de faire venir de jeunes Brésiliens au début du projet en 2004 ?

Au début ça a été difficile, j’ai eu un gros travail pour faire comprendre le projet, expliquer le championnat ukrainien, la philosophie du club. Les joueurs avaient peur de se perdre dans un pays comme l’Ukraine, de ne plus être en vitrine et qu’on les oublie rapidement.

Donc oui, au début, le travail était difficile mais, au fil des succès et de la réussite des joueurs, ça a été bien plus facile. Ils ont pu constater que le club avait une véritable structure, qu’il encadrait parfaitement ses joueurs, avait recruté des personnes parlant le portugais et qui pouvaient être avec eux au quotidien, que ce soit pour le joueur, l’épouse et les enfants. On était là pour venir aider et accompagner.

Douglas Costa était suivi par l’Inter Milan ou Willian qui était suivi par l’Olympique Lyonnais qui voulait à tout prix l’acheter. Mais la réussite du projet permettait d’y faire face et d’avoir un véritable poids dans les négociations et dans la décision du joueur.

C’est aussi ça la réussite du Shakhtar pour vous ?

Tout à fait. On voit que beaucoup de clubs à travers le monde ont le problème du joueur brésilien qui ne s’adapte pas et qui peut exploser dans un autre pays quelques années plus tard. Par exemple, Luiz Adriano n’a pas joué lors de sa première saison pour pouvoir s’adapter.

Il faut comprendre qu’il n’y a pas qu’un travail pour faire venir le joueur. Il y a aussi, et surtout, toute la structure autour du club, en dehors du terrain mais aussi le travail de l’entraineur. Le succès de la filière brésilienne au Shakhtar, c’est surtout Lucescu. Moi je suis là pour dénicher, convaincre et faire venir les joueurs mais Lucescu, lui, fait progresser ses joueurs, parle quotidiennement avec eux en portugais.

C’était donc un vrai projet en commun avec Lucescu pour monter le Shakhtar d’aujourd’hui …

Tout à fait, avec l’aide du président évidemment. Rinat Akhmetov n’avait pas de défiance vis-à-vis du projet, il a mis les moyens pour faire venir ces jeunes joueurs qui étaient pour la plupart en sélection U20. Leurs clubs espéraient les vendre très cher et on devait faire face à la concurrence. Par exemple, Douglas Costa était suivi par l’Inter Milan ou Willian qui était suivi par l’Olympique Lyonnais qui voulait à tout prix l’acheter. Mais la réussite du projet permettait d’y faire face et d’avoir un véritable poids dans les négociations et dans la décision du joueur. Aujourd’hui, l’école Lucescu est rodée et a environ cinq joueurs en sélection brésilienne.

Outre le Shakhtar, j’ai par exemple fait venir Leonardo au PSG ou Maicon à Monaco.

Donc Brandao ce n’était pas vous ?

Non non ! À vrai dire, je ne suivais pas le club avant l’arrivée de Lucescu en 2004.

Maintenant que vous êtes dans ce projet Shakhtar, vous connaissez forcément le championnat ukrainien. Que pensez-vous de son évolution et de son futur avec les événements actuels ?

L’Ukraine avait fait un bond extraordinaire, de nombreux clubs étaient présents en Ligue des Champions et Europa League. Malheureusement, suite aux événements qui ont touché le pays, la situation est plus délicate et forcément plus compliquée pour nous. Le Shakhtar, comme d’autres, a été délocalisé et ça n’aide pas. Aujourd’hui, le club s’est aussi tourné sur la scène nationale et la formation.

Outre le Shakhtar, vous travaillez avec d’autres clubs ? Notamment en Europe de l’Est ?

Le Shakhtar Donetsk est le seul club est-européen avec lequel je travaille et j’ai une relation particulière avec eux. C’est mon meilleur client. Outre le Shakhtar, j’ai par exemple fait venir Leonardo au PSG ou Maicon à Monaco.

Enfin, quelle est votre vision sur le football brésilien actuellement ?

Il y aura toujours des talents dans le football brésilien, il y a quatre ou cinq joueurs qui entrent dans le profil type du Shakhtar. Cependant, il y a encore beaucoup de choses à améliorer dans l’administration et beaucoup de choses doivent être réglées. Mais il y a toujours du talent dans le championnat brésilien.

Pierre Vuillemot

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