On a discuté avec Uros Juracic, directeur sportif du NK Radomlje

Invité - Publié le 28 octobre 2014

Mardi 23 septembre, en fin d’après-midi, c’est sous un soleil radieux qu’Uros Juracic vient me chercher à la gare de Ljubljana après sa journée de travail, pour m’emmener à Radomlje, ville d’un peu plus de 1500 habitants située à une vingtaine de kilomètres de la capitale slovène. C’est de cette ville qu’est issu le Nogometni Klub Radomlje, club qui vient de monter pour la première fois de son histoire en Première Division Slovène, la Prva Liga Telekom Slovenije. Après une vingtaine de minutes de route, nous voici arrivés au centre d’entraînement. A cette heure-là, toutes les équipes s’entraînent, de l’équipe 1 aux moins de 7 ans, en passant par l’équipe féminine. Quatre terrains sont à disposition, ainsi qu’une buvette où sont réunis l’ensemble du staff et quelques parents guettant le jeu de leur enfant-prodige. L’endroit est parfait pour poser quelques questions.

– Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Uros Juracic, j’ai 29 ans et j’ai joué au poste de gardien de but au NK Radomlje de 1998 à 2013, donc à l’époque en troisième et seconde division. A la fin de la saison 2012-2013, j’ai décidé de raccrocher les crampons. Le football me demandait trop de temps. En effet, 3 à 4 entraînements par semaine, sans compter le match tous les week-end, ceci était incompatible avec ma vie de famille et mon boulot à la télévision/radio slovène. Cependant, j’ai décidé de rester proche de mon club de toujours et j’officie aujourd’hui bénévolement comme directeur sportif-secrétaire-homme à tout faire.

uros

– Cela doit aussi te demander beaucoup de temps non ?

Oui, je passe en moyenne 3 heures par jour à m’occuper des affaires du club. Chaque week-end je vais à tous les matchs de l’équipe première, à domicile comme à l’extérieur (heureusement que la Slovénie est petite et que les distances sont courtes) mais je vais aussi à ceux des équipes inférieures. Ça doit me faire 5 matchs à regarder tous les week-end. Mais bon comme on dit, quand on aime on ne compte pas !

– C’est ce que l’on appelle être un vrai fan.

Exactement ! D’autant plus que je suis aussi le directeur de l’équipe féminine, le Ženski Nogometni Klub Radomlje que nous avons fondé il y a de ça 2 ans. Je suis très fier de cette équipe, le football féminin se développe rapidement en Slovénie et cela me tient vraiment à cœur. Nous avons déjà plus d’une centaine de joueuses au club et l’équipe première a terminé 3ème du championnat de 1ère division pour sa première participation la saison dernière et le nouvel exercice démarre fort puisque les filles sont actuellement 2ème, au coude à coude avec les premières. L’objectif est évidemment la 1ère place, qualificative pour la Ligue des Champions. D’ailleurs, c’est assez amusant mais l’équipe féminine est plus populaire que l’équipe masculine. Sur Facebook, la page du NK Radomlje compte 1300 « j’aime » tandis que les filles comptabilisent plus de 5600 « j’aime ».

– Justement, qu’en est-il de l’équipe première masculine ?

A ce niveau, c’est plus compliqué. La saison dernière, nous avons terminé second de la Druga Liga (deuxième division) donc nous aurions normalement du jouer les barrages contre le 9ème et avant-dernier de première division mais Dob, l’équipe qui était devant nous au classement, a refusé d’accéder à l’élite, faute d’infrastructures et de moyens financiers, ce qui nous a permis de monter sans coup-férir. Toutefois nous savions que la saison allait être difficile et longue, et le début de championnat le confirme. Nous sommes actuellement derniers. En 9 rencontres, nous avons engrangé un seul petit point (8 défaites et un 0-0 sur la pelouse du NK Krka).

Remarque : le lendemain de l’interview, le NK Radomlje est allé s’imposer 2-1 sur la pelouse de Koper et le week-end suivant, l’équipe a réussi à tenir en échec Maribor 0-0. Actuellement, après 13 journées, le NK Radomlje pointe toujours à la dernière place, avec 5 points pris mais à “seulement” 3 points du 9ème, Krka et à 4 longueurs du 8ème, Gorica.

L'équipe première du club avec de nombreux joueurs nés entre 1993 et 1996

L’équipe première du club avec de nombreux joueurs nés entre 1993 et 1996

– A quoi cela est-il du ?

Nous avons 2 particularités : celle d’avoir l’effectif le plus jeune du championnat (sur les 27 joueurs de l’équipe première, seulement 5 ont plus de 24 ans). et celle de n’avoir qu’un seul joueur professionnel dans nos rangs. Il s’agit du milieu de terrain serbe Dušan Stoiljković. En fait, le club a l’obligation de le payer puisqu’il s’agit d’un joueur étranger. Il touche actuellement 800 euros par mois, soit l’équivalent du SMIC slovène, tandis que les autres joueurs «gagnent» environ 100 euros chaque mois. Maintenant tu comprends pourquoi il m’était malheureusement impossible de vivre de ma passion. Les gars de l’équipe ont tous un travail ou leurs études à côté, et trouvent quand même le temps de venir aux 5 entraînements hebdomadaires. L’entraîneur, Dejan Djuranović, qui a participé à l’aventure de Maribor en Ligue des Champions il y a de ça 15 ans, doit préparer ses tactiques en fonction des disponibilités de chacun et il doit souvent revoir ses plans suivant les empêchements des uns et des autres pour raisons professionnelles. L’ambiance au club est vraiment familiale, il n’y a pas du tout de pression. Les joueurs jouent pour le plaisir avant tout et cette saison est vue comme une année de découverte, un tremplin nécessaire au progrès et à l’épanouissement de nos jeunes joueurs, même si tout n’est pas simple. Par exemple, notre stade à Radomlje, a été jugé trop petit pour accueillir des matchs de première division donc nous devons jouer dans le stade d’environ 2000 places de notre grand rival, le NK Domžale, qui réussit pour le moment un début de saison fantastique avec 8 victoires et un nul en 9 rencontres et qui, la semaine dernière, lors du derby, nous a battu 2-0.

– Peux-tu nous en dire plus sur le championnat slovène et sur le football en général en Slovénie ?

Alors en ce qui concerne le championnat, il y a 10 équipes en 1ère division, chaque équipe se rencontre 4 fois dans la saison. Celle-ci commence généralement début juillet et se termine en mai. Toutefois, il y a une trêve hivernale entre décembre et mars. Le 1er de Druga Liga monte directement tandis que le second doit jouer un barrage contre le 9ème de 1ère division. En ce qui concerne les équipes, Maribor est de loin la meilleure équipe du championnat (12 titres depuis 1992), quoique en ce début de saison, elle semble plus concentrée sur la Ligue des Champions, ce qui permet à d’autres équipes comme Domžale, l’Olimpija Ljubljana et Zavrc d’en profiter même si pour moi, Maribor reprendra ses droits une fois la phase de groupe terminée.

En ce qui concerne le football en général en Slovénie, c’est l’un des sports les plus populaires (avec le basket-ball bien sur) mais nous avons une faible visibilité en Europe même si bien sur, nos participations aux Coupes du Monde 2002 et 2010, ainsi que les bons résultats de Maribor en Ligue des Champions ont permis à certains de découvrir notre football mais aussi … de découvrir que la Slovénie existait bel et bien ! La majorité, voire presque la totalité des joueurs de l’équipe nationale joue à l’étranger, surtout en Italie et en Autriche, il est très dur en ayant un championnat assez peu compétitif de garder nos jeunes talents. Même en Slovénie, pas grand-monde ne suit le championnat local, les gens préfèrent regarder les grands championnats européens ainsi que les championnats autrichiens, serbes et croates. Par exemple, l’été dernier, lorsque Chelsea est venu jouer un match amical à Ljubljana, contre l’Olimpija, le stade a fait le plein (16 000 places environ) tandis que pour un match de championnat, hormis lorsque c’est contre Maribor, l’affluence dépasse difficilement le millier de spectateurs.

Les terrains d'entraînement du club où toutes les générations se cotoient

Les terrains d’entraînement du club où toutes les générations se cotoient

– Qu’en est-il de l’ambiance dans les stades ?

Les slovènes n’aiment pas trop se déplacer au stade et préfèrent largement regarder les matchs chez eux ou bien sur les terrasses des cafés. Nous sommes d’un tempérament plus calme et timide que nos frères de l’ex-Yougoslavie. Les gens vont au stade comme si ils allaient au cinéma ou au théâtre. Bien entendu, il y a quelques groupes d’ultras mais rien de comparable avec les autres pays. Peut-être que pour le “clasico” entre l’Olimpija et Maribor il peut y avoir quelques échauffourées, et encore, mais sinon l’ambiance dans les stades en général est malheureusement beaucoup trop calme, voire ennuyeuse. En cela nous sommes vraiment différents des serbes et des croates par exemple. En Slovénie, tout est bon pour se démarquer de ces pays, prend garde de ne jamais dire à un Slovène que son pays fait partie des Balkans.

Nicolas Le Quillec

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