On a discuté avec un vrai passionné de l’OL, présent en Roumanie

Tristan Trasca - Publié le 4 septembre 2014

L’OL est donc tombé en Roumanie la semaine dernière à Giurgiu, malgré la présence de fidèles supporters. On a discuté avec l’un d’entre eux, Damien membre des Hex@gones. Une belle rencontre avec un passionné.

Etait-ce ton premier déplacement en Roumanie ?

Non, c’est la 3è fois que j’y allais avec l’OL. La première fois, c’était à Bucarest pour un match contre le Steaua en Ligue des Champions en 2009. Un match fou avec un 3-5 pour nous à la fin ! Et la deuxième fois, c’était pour suivre les féminines à Cluj. Victoire aisée 9-0 à l’automne 2011.

Quels souvenirs as-tu gardés de ces déplacements ?

Le premier m’a particulièrement marqué par rapport au stade, la sécurité, le contexte, mais pas la ville. Pas la ville car on était arrivé en avion avec d’autres supporters du club le jour-même et on repartait directement après le match, donc on a passé que quelques heures en ville.

Et tu parlais de la sécurité ? C’était exagéré ?

Exagérée, non… je dirais renforcée… En gros on nous a demandé de nous retrouver en centre-ville le soir pour faire le trajet ensemble vers le stade dans un bus. Au point de rendez-vous il y avait les forces roumaines armées comme des robocop, on avait l’impression d’aller à la guerre. Elles ont accompagné le bus qui nous avait attendu et déposé quelques heures avant en centre-ville, depuis l’arrivée à l’aéroport.

Arrivés sur place, le ton était monté, on nous avait expliqué que les bâches n’entreront pas, même celles des groupes officiels alors que la sécurité de l’OL avait négocié comme pour chaque déplacement afin qu’on puisse le faire. On nous avait aussi fait vider nos poches pour laisser à l’entrée toutes nos pièces de monnaie, qu’on a jamais revu évidemment.

Pendant le match, on était encadré dans le grand parcage et il ne fallait pas dépasser de la zone attribuée alors qu’il y avait beaucoup de place autour, on était une centaine mais il y avait plus de flics dedans…

Si je peux découvrir de nouvelles cultures et rencontrer de nouvelles personnes pendant les déplacements, c’est pour moi une ouverture d’esprit.

Et à Cluj, ça devait être bien différent !

Oui ce deuxième déplacement, rien à voir. Là je voulais découvrir la Roumanie donc je prends plusieurs jours, je pars avec un vol low cost pour Targu Mures. Ensuite à Cluj, je retrouve d’autres supporters de mon groupe les Hex@gones. Pour les matchs féminins, il n’y a pas de tension niveau sécurité… On était mélangé avec le reste du public; à la fin on a rencontré un supporter roumain vivant à Cluj mais supporter de l’OL, on est allé boire un coup avec lui après et on a visité la ville.

Pour toi, le fait de découvrir une ville, une autre culture est une partie importante des déplacements ?

C’est primordial ! Le club, enfin l’institution (pour moi les joueurs ne sont que de passage), c’est le plus important mais si je peux découvrir de nouvelles cultures et rencontrer de nouvelles personnes, c’est pour moi une ouverture d’esprit. C’est pour cela que je ne suis pas fan des déplacements express même si parfois tu n’as pas le choix. C’est par exemple lors de déplacements en Russie pour l’OL que j’ai fait de belles rencontres avec des inconnus. Certains m’ont même logé, et l’une est aujourd’hui ma compagne depuis bientôt deux ans. Je profite aussi de ces déplacements pour visiter la ville, les monuments, les musées, bref faire un peu de tourisme et évidemment découvrir la gastronomie locale.

Et donc pour Giurgiu, tu n’es pas parti avec le fameux voyage à 50€ organisé par le club ?

Non j’ai fait le déplacement par mes propres moyens. Comme à chaque fois, je me suis organisé dès le tirage et donc sans attendre le match aller. On était qu’une dizaine au départ à faire ce déplacement, dont une majorité de mon groupe les Hex@gones. Puis lundi, 3 jours avant le retour, le club a décidé de faire ce déplacement organisé pour soutenir encore plus les joueurs. J’ai pris 3 jours de congés, je suis parti avec une compagnie low cost de Beauvais la veille du match (je travaille à Paris depuis une dizaine d’années) et j’ai retrouvé d’autres membres de mon groupe à Bucarest qui avaient atterri un peu avant en provenance de Lyon. On avait loué un appartement dans le centre-ville; une fois les frais partagés, ça revenait même moins cher qu’une chambre en auberge de jeunesse. On s’est promené l’après midi dans le vieux Bucarest. On a passé la soirée là-bas dans un restaurant local, où on a retrouvé d’autres membres du groupe.

Le lendemain, on a pris un mini bus (20 places) pour Giurgiu. Ce fut sportif pour découvrir la « gare routière » qui consistait en un petit parking dans Bucarest. Il n’y avait en fait qu’un vieux banc en bois en guise d’accueil et un parking étroit pour 3 mini-bus maximum et c’est là qu’on a trouvé le nôtre avec une feuille de papier sous le pare-brise « Bucuresti – Giurgiu ». J’avais opté pour cette option car je sais qu’en Europe Centrale, les trains sont très lents… et les gens utilisent beaucoup les bus et mini-bus entre les villes du même pays. J’avais déjà utilisé ce moyen notamment pour rejoindre Cluj depuis Targu Mures ou Rijeka depuis Zagreb. Le trajet n’a coûté que 15 Lei (4€) et une heure de route seulement.

Et du coup, t’as eu le temps de découvrir un peu Giurgiu ?

On a eu peu de temps mais sans être méchant, il n’y avait pas grand chose à voir en ville en tout cas. On est arrivé en centre-ville en début d’après-midi, on a marché un peu, notamment dans la rue piétonne avec les commerces. Il y avait peu de monde dehors, mais ceux-ci étaient intrigués je pense. On a vu l’église et l’horloge, les deux monuments « à voir », et ensuite on est parti se poser à l’hôtel avant le match.

 

Si on avait eu plus de temps, on aurait visité et fait une promenade au bord du Danube à quelques kilomètres de là, Giurgiu marquant le passage à la frontière pour la Bulgarie.

Et comment avez-vous été reçus par les autochtones et le club de l’Astra ?

On est venu par nos propres moyens au stade donc on était mélangé à la foule et par sécurité on ne porte pas nos couleurs avant d’être dans le stade donc on était « incognito ».

Je suis arrivé vers une tribune où il y avait le chef de la sécurité locale, il m’a indiqué le chemin pour qu’on trouve le parcage et on s’est présenté au bon portail en expliquant que nos places étaient entre les mains des responsables de la sécurité de l’OL, déjà dans le parcage. Un responsable nous y a accompagné. Les supporters venus avec le déplacement organisé étaient là et faisaient déjà bien fonctionner la buvette.

Et comment tu qualifierais l’ambiance autour et dans le stade ? C’était bon enfant, non ?

Oui franchement bon enfant, il y avait des policiers un peu partout mais pas de tensions. On a vu aussi beaucoup de familles et des vieilles dames vendaient des fleurs dans la rue. C’était comme à Mlada Boleslav au tour précédent, aucune tension aux abords du stade.

 

Et le match en lui-même, comment l’as-tu vécu ? Comment était l’ambiance au niveau des supporters ?

Honnêtement je n’ai pas trop entendu les supporters adverses, leur groupe principal était à l’opposé derrière les buts. J’ai vu de leur côté pas mal de drapeaux agités notamment en début du match et un tifo avec un grand maillot. Par contre leur banderole sortie en fin de match m’a énervé.

J’ai été surpris lors de mes premiers déplacements en Europe centrale et de l’est de voir la reconnaissance des joueurs locaux ! Par exemple, on gagne en 2009 à Budapest contre Debrecen 4-0, tous les joueurs de Debrecen vont devant leurs supporters et attendent que les supporters chantent leur hymne. Ils avaient fait pareil à l’aller.

Je ne l’ai pas vu, tu peux m’expliquer ?

Ils l’ont déployé à la fin mais ce n’était pas encore terminé, il restait encore quelques minutes d’arrêts de jeu (il y a eu beaucoup de fautes pendant le match). La banderole était « ISTORIE IN DIRECT », et vu la proximité de nos langues, ce n’était pas difficile à comprendre. J’aurais tellement souhaité à ce moment-là qu’ils encaissent le but, j’avais d’ailleurs pris la photo de la banderole.

Les joueurs adverses sur le banc et leur staff faisaient déjà la fête et jubilaient alors qu’il restait encore plusieurs minutes, cela m’a énervé. Cela m’a rappelé le comportement de l’équipe d’Italie contre la France en finale de l’Euro sur le banc avant l’égalisation et le but français, malheureusement le but côté lyonnais n’est pas venu mais le poteau…

Après l’ouverture du score en première mi-temps, je pensais vraiment qu’on allait passer car il fallait qu’en face ils résistent encore les deux tiers du match sans en prendre un autre. Au lieu de cela, ils nous ont mis en danger et notre gardien a dû sortir de superbes arrêts.

Qu’as-tu pensé de cette équipe de l’Astra au final ?

Ils méritent leur qualification; au match aller, notre équipe s’est « endormie » en deuxième mi-temps et ils se sont créés plein d’occasions. Au match retour, après le but encaissé, au lieu d’attendre et seulement défendre ils ont essayé de marquer et ont résisté à la pression, on ne peut s’en prendre qu’à nous mêmes.

On connait aussi malheureusement depuis le début de saison l’absence de beaucoup de joueurs majeurs à cause des blessures, cela n’a pas aidé.

Depuis combien de temps est-ce que tu te déplaces avec l’OL ? Est-ce que tu sens de la reconnaissance du club, président, staff, joueurs pour vous qui êtes toujours là ?

A Giurgiu, une partie des joueurs est venue nous voir à la fin devant le parcage. Certains ont donné leur maillot.

 

Je supporte l’OL depuis 1990 soit mes dix ans, je me déplace depuis une dizaine d’années environ. En fait quelque part mon départ à Paris a été le déclic, j’étais en « manque » de l’OL. Je suis toujours abonné aussi.

En ce qui concerne la reconnaissance, c’est compliqué… Déjà, comme je t’ai dit en début d’interview, ce qui m’importe c’est l’institution, le club, les joueurs sont de passage. Donc je n’attends pas forcément beaucoup d’eux même si évidemment il devrait y avoir un minimum.

Par exemple, quand tu fais un déplacement en championnat en milieu de semaine ou pour une coupe nationale, qu’on est qu’une vingtaine dans le parcage, qu’ils perdent et qu’à la fin à part deux ou trois – toujours les mêmes – le reste est parti sans venir nous saluer ou alors de loin depuis le rond central, c’est très frustrant. Les joueurs devraient venir vers le parcage même si le parcage n’est pas rempli ou que la victoire n’est pas à la clef, mais bon ce n’est pas propre au club.

J’ai été surpris lors de mes premiers déplacements en Europe centrale et de l’est de voir la reconnaissance des joueurs locaux ! Par exemple, on gagne en 2009 à Budapest contre Debrecen 4-0, tous les joueurs de Debrecen vont devant leurs supporters et attendent que les supporters chantent leur hymne. Ils avaient fait pareil à l’aller. C’était identique il y a un mois avec les joueurs de Mlada Boleslav devant leurs supporters.

En mars 2011, je suis allé avec deux autres hex@gones supporter l’OL à Perm près de l’Oural. C’était l’équipe féminine. La veille, les mecs jouaient pour la énième fois à Madrid et les autres supporters comprenaient pas qu’on préfère aller en Russie mais bon tant pis…

Du coup, l’élimination précoce de l’OL va te priver de voyages en Europe…

Ce sont les déplacements qui conditionnent mes vacances que ce soit les dates ou l’endroit, donc tu peux imaginer la frustration que représente cette année le fait de ne pas continuer l’aventure!

J’avais déjà récupéré les dates de match de poule sur le site de l’UEFA depuis juin et indiqué au travail mes congés « potentiels » pour le deuxième semestre…

La saison dernière, avec les deux tours de qualification en Ligue des Champions, puis finalement l’Europa League (les poules, et le parcours jusqu’en quart), j’ai pu faire 8 déplacements qui sont à chaque fois une nouvelle aventure. Cette saison, ce sera un grand vide, même s’il reste évidemment les compétitions nationales et les féminines en Europe. Mais évidemment ce n’est pas la même « saveur » quand tu vas pour la 8è fois par exemple à Bordeaux.

Finalement, quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Je choque souvent quand je dis ça mais je préfère les matchs d’Europa League que la Ligue des Champions, c’est l’occasion de visiter des pays plus intéressants, même si la majorité préfère évidemment aller se déplacer au Barca ou Manchester… Les gens sont aussi plus accueillants, quand tu vas à Barcelone, en ville tu as l’impression que c’est écrit « pigeon touriste » sur ta tête.

L’accueil que j’ai eu en Europe centrale ou de l’est, je ne l’ai jamais eu ailleurs. En février par exemple, on a fait un petit groupe Odessa-Tiraspol-Chisinau. Les gens partout nous posaient des questions que ce soit dans la rue, les bus, les restaurants, et voulaient en savoir plus. Ils étaient vraiment ouverts au dialogue.

Certains déplacements, on a perdu mais au final et surtout avec le temps, les meilleurs souvenirs sont les voyages liés aux déplacements.

Vous êtes tous dans le même état d’esprit que toi au sein de ton groupe ?

Non malheureusement mais on est une petite poignée, certains dans mon groupe et d’autres dans d’autres groupes. Mais quand tu vois le même noyau en déplacement, forcément tu sympathises, même si à Gerland (donc à domicile) tu n’es pas dans la même tribune.

Par exemple Odessa, je l’ai fait avec un mec du virage sud (Lyon1950) et l’autre virage nord (Bad Gones). On était dans le même trip « ok on joue à Odessa mais si on allait voir à côté ? ». Du coup banco on est parti pour la Transnitrie et Tiraspol. Les gens comprenaient pas qu’on aille là-bas, on est allé devant le stade du Sheriff Tiraspol même s’il n’y avait pas de match et la sécurité nous a dégagé.

Tu vois Boleslav c’est à 50 km de Prague, eh bien on était en voiture de location depuis l’aéroport, on s’est arrêté pour « visiter » Liberec et son stade. On est entré sur la pelouse jusqu’à se faire gentiment raccompagner. Dans la même journée on visite un chateau, se promène dans le vieux centre et on va au restaurant, pour nous c’est tout ça un déplacement.

Autre exemple, en mars 2011, je suis allé avec deux autres hex@gones supporter l’OL à Perm près de l’Oural. C’était l’équipe féminine. La veille, les mecs jouaient pour la énième fois à Madrid et les autres supporters comprenaient pas ce choix mais bon tant pis…

Tristan Trasca


Photo à la une : © Damien Roussel

On espère que vous aurez pris autant de plaisir à lire le récit de Damien qu’on en a eu à l’écouter. Et nul doute que ce n’est pas la dernière fois que vous pourrez lire les aventures de ce voyageur-supporter sur Footballski. Merci encore Damien !

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