On a discuté avec Pavle Ninkov, latéral serbe du Toulouse FC

Raphaël Brosse
Raphaël Brosse - Publié le 5 décembre 2016

Âgé de 31 ans, Pavle Ninkov est aujourd’hui l’un des cadres du vestiaire toulousain. Arrivé sur les bords de la Garonne en 2011, celui qui est surnommé « Niné » par ses coéquipiers n’oublie pas pour autant Belgrade, sa ville natale. La fierté de jouer pour l’Etoile rouge, la ferveur du Marakana, les bouillants derbys face au Partizan sont restés gravés dans la mémoire du latéral droit, qui n’hésite pas non plus à parler de la sélection serbe, ainsi que de ses ambitions personnelles.

Qu’est-ce qui t’a conduit à devenir footballeur ?

Même s’il n’était pas professionnel, mon père jouait très souvent au football. Il m’emmenait tout le temps voir ses matchs, c’est sans doute ce qui m’a donné envie de faire comme lui ! J’ai donc commencé à l’âge de sept ans, à Radnički, un club de Belgrade situé près de là où j’habitais. C’était d’ailleurs une très bonne école de foot pour les jeunes.

Quel a été ton parcours ensuite ?

J’ai débuté en pro à Radnički, en 2004, puis j’ai effectué un court passage par le FK Rad. Avec Čukarički, que j’ai rejoint en 2006, j’ai connu les joies d’une montée en première division. Et deux années plus tard, j’ai été recruté par l’Etoile rouge…

Justement, tu as joué une centaine de matchs pour l’Etoile rouge de Belgrade. Qu’est-ce que ce club représente pour toi ?

Personnellement, ça a été une grande fierté de jouer pour Crvena Zvezda (Etoile rouge, en serbe, NDLR). C’est la meilleure équipe du pays, tout le monde se souvient qu’elle a été championne d’Europe en 1991. Et puis, ça reste avant tout mon club de cœur.

Parce que plus jeune, tu étais supporter de Zvezda ?

Bien sûr ! J’allais souvent les voir jouer au stade. J’en garde de nombreux souvenirs, notamment la fois où ils ont battu l’AS Roma en coupe de l’UEFA (3-0, en 2005, NDLR). Ce jour-là, j’ai vu Nikola Žigić marquer un doublé. Quelques années plus tard, j’étais à ses côtés en sélection !

Est-ce que tu peux nous parler de la rivalité avec le Partizan ? Ça doit être quelque chose de très particulier…

Ah oui, je peux vous garantir que c’est chaud, très chaud même. Deux semaines avant le derby, tout le monde ne parle que de ça. Pour nous, les joueurs, la pression est énorme. Quand tu es à Zvezda, tu as déjà l’obligation de jouer tous tes matchs pour les gagner. C’est encore plus le cas lorsque tu affrontes le Partizan. Et puis, je ne parle même pas des supporters des deux équipes, pour qui ce derby est extrêmement important.

Entre le Marakana de Belgrade et le Stadium de Toulouse, l’ambiance ne doit pas être tout à fait la même, non ?

Déjà, le Marakana est beaucoup plus grand, avec 55 000 places. Les jours de derby, c’est plein à craquer, avec un bruit assourdissant. Tu ne peux pas entendre ton coéquipier qui est à deux mètres de toi, qui te dit « ça arrive ! ». En comparaison, j’ai presque envie de dire que c’est calme ici, à Toulouse. Attention, je ne critique pas les supporters, qui sont géniaux. Mais je constate juste qu’à Belgrade ils sont bien plus chauds, ce qui malheureusement engendre parfois des dérapages.

Avant d’aller à Toulouse, en 2011, tu n’avais joué que dans des clubs belgradois. Qu’est-ce qui a motivé ton départ ?

J’ai eu envie de partir parce que j’étais arrivé au plus haut niveau possible en Serbie. J’étais capitaine de l’Etoile rouge, la meilleure équipe du pays. Je jouais aussi avec la sélection nationale. J’avais 26 ans et pour franchir un nouveau palier, pour progresser, je devais tenter une nouvelle aventure.

Ça n’a pas été trop difficile de quitter ta ville natale ?

Non. A vrai dire, c’est surtout l’arrivée en France qui a été compliquée à gérer. Au début, je ne comprenais absolument rien à ce que l’on me disait. Peu de monde parlait anglais. C’était vraiment dur, en plus j’étais seul. Il m’a fallu deux ans pour m’adapter, mais maintenant tout va bien, je me sens ici chez moi !

Quelles différences y a-t-il entre les championnats serbe et français ?

Le championnat français est physiquement très exigeant, comme en Angleterre. De plus, le niveau est très homogène en France. Les vingt équipes de Ligue 1 sont vraiment solides, et ce n’est pas impossible de voir le PSG perdre contre Nancy, par exemple. Tandis qu’en Serbie, tout se joue uniquement entre l’Etoile rouge, le Partizan et, dans une moindre mesure, Vojvodina Novi Sad, qui réalise de belles performances de temps en temps.

Cela fait maintenant plus de cinq ans que tu es au TFC. Si tu devais ne retenir qu’une seule rencontre de toutes celles que tu as disputées avec le maillot violet, ce serait laquelle ?

Sans grande hésitation, c’est le match du maintien à Angers, la saison dernière. C’était très important et le dénouement est superbe pour nous, puisqu’on se sauve dans les ultimes instants. Je n’ai joué que quinze minutes mais j’ai été décisif, puisque je centre pour Martin (Braithwaite, NDLR) sur le but égalisateur et c’est suite à une de mes touches qu’on obtient le coup-franc de la victoire (marqué par Yann Bodiger, NDLR).

Après toi, d’autres Serbes sont arrivés à Toulouse (Uroš Spajić, Dušan Veškovac, Aleksandar Pešić). Quel a été ton rôle auprès d’eux ?

J’ai été leur guide, en quelque sorte. Je leur ai expliqué le fonctionnement du club, je les ai aidés à s’intégrer dans le vestiaire… Nous sommes rapidement devenus amis. Nous venions d’un même pays, nous parlions la même langue. Forcément, ça rapproche.

Tu as également joué pour la Serbie, avec neuf sélections entre 2008 et 2012. Selon toi, qu’est-ce qui manque à cette équipe pour participer régulièrement aux grandes compétitions internationales ?

J’avoue ne pas bien comprendre les mauvais résultats obtenus ces dernières années. Nous avons d’excellents joueurs, comme Kolarov, Ivanović ou Matić, qui évoluent dans de grands clubs. Je ne vois pas de gros points faibles, que ce soit en attaque ou en défense. Peut-être que le problème se trouve dans le vestiaire, avec un manque de cohésion, de solidarité. Mais je suis mal placé pour en parler, puisque je n’ai plus été appelé depuis quatre ans. Malgré tout, suite à l’arrivée de Slavo Muslin au poste de sélectionneur, la Serbie a pris un bon départ dans les éliminatoires pour la Coupe du monde. Etant donné qu’il n’y a pas de véritable cador dans notre poule (la Serbie est actuellement deuxième du groupe D, derrière l’Irlande et devant le Pays de Galles, l’Autriche, la Géorgie et la Moldavie, NDLR), j’ai bon espoir de voir notre équipe en Russie en 2018 !

Quels sont tes objectifs personnels cette saison ?

J’ai traîné une blessure assez pénible pendant plusieurs mois (entorse de la cheville droite, NDLR) mais maintenant ça va mieux, je recommence à jouer. Je suis dans le groupe, j’entre en cours de match. La prochaine étape, c’est de redevenir titulaire !

© MarmiteIFA

© MarmiteIFA

Ton contrat arrive à expiration dans six mois. Espères-tu prolonger ?

Que les choses soient claires : j’aime Toulouse. Si la ville était laide et le club mauvais, je serais parti depuis longtemps déjà ! Je suis très bien ici et je n’ai vraiment pas envie de m’en aller. Cependant, je ne suis pas le seul à décider. La balle est dans le camp de l’entraîneur et du président.

Est-ce que tu souhaiterais, malgré tout, retourner jouer en Serbie ?

Je pense pouvoir me maintenir encore deux – trois ans à un très bon niveau, en France ou dans un autre championnat. Après, j’aimerais bien rentrer au pays pour y finir ma carrière. A l’Etoile rouge, évidemment !

Régulièrement, avant le coup d’envoi d’un match au Stadium, les spectateurs te voient t’entraîner à tirer des pénaltys face à Mauro Goicoechea (deuxième gardien du TFC), alors que tes autres coéquipiers poursuivent leur échauffement. Pourquoi faites-vous cela ?

C’est une sorte de jeu entre nous deux, pour rigoler. Je défie Mauro sur une séance de tirs au but. Je tente des frappes du droit, du gauche, avec ou sans élan, des panenkas parfois… Et je finis toujours par gagner, parce que je suis meilleur (rires) !

Raphael Brosse


Image à la une : © AFP PHOTO / MARTIN BUREAU

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A propos de l'auteur

Raphaël Brosse

Raphaël Brosse

Etudiant en journalisme à Sciences Po Toulouse, je garde un souvenir inoubliable de mes quelques mois passés sur les rives de la Vistule, du côté de Varsovie. De retour en France, j'ai intégré la rédaction de Footballski, où j'écris principalement sur le foot hongrois. Avant, pourquoi pas, de repasser à l'Est.

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