On a discuté avec Mickaël Poté, attaquant de l’APOEL Nicosie – Partie 1

Stephane Meyer - Publié le 2 mars 2018

Formé à Grenoble après avoir été repéré dans la région lyonnaise, le Franco-Béninois Mickaël Poté a débuté à Clermont, puis à Nice, avant de quitter l’Hexagone pour signer en Allemagne, au Dynamo Dresde. Après trois saisons sur les terrains allemands, il découvre Chypre et plus particulièrement l’Omonia et la Turquie avec l’Adana Demirspor où il terminera à chaque fois meilleur buteur de son championnat. En juin dernier, il décide de revenir à Chypre, mais du côté de l’APOEL où il a découvert la saveur de la Ligue des Champions. Passionné du ballon rond, Mickaël Poté nous a livré un long entretien dans lequel il nous plonge dans les différents moments de sa carrière.

Dans cette première partie, il aborde ses débuts au football, sa carrière en sélection béninoise, mais également ses passages en Allemagne, en Turquie et à Chypre avec l’Omonia.

Comment as-tu débuté au football ?

J’ai débuté un peu plus tard par rapport aux autres, à l’âge de onze ans en jouant dans mon quartier. Au début, je jouais au basket parce que mon grand frère en était fan. Mais il y a rapidement eu la difficulté du manque de ballons, de paniers, donc ce n’était pas évident… Alors qu’au foot, tu peux jouer partout. Qu’on ait les moyens ou pas, on peut jouer. Et c’est justement en jouant dans le quartier que je me fais repérer à l’âge de seize ans.

Est-ce que tu as toujours voulu devenir attaquant ?

Oui. Depuis enfant, j’ai toujours voulu devenir attaquant. Quand je suis parti en National (avec l’AS Cannes), j’essayais de jouer sur les côtés, et cela m’a donné plus de polyvalence. Mais à part ça, j’ai toujours voulu devenir attaquant. Je ne connaissais pas spécialement d’autres postes.

Comment s’est déroulée ton arrivée au GF38 ?

Je jouais dans mon club de quartier lorsque je me suis fait repérer par Grenoble. C’était d’ailleurs une saison où j’avais mis 40 buts. Plus précisément, c’était lors d’un match de petite division avec mon club. Le CTD (conseiller technique départemental) du Rhône, Jean-Claude Giuntini (actuel sélectionneur de l’équipe de France U16), était présent et m’a repéré. Il a alors parlé à mon entraîneur de l’époque pour me proposer d’entrer en sélection du Rhône. J’ai fait le test d’entrée et j’ai été pris. On a fait un tournoi dans lequel on a joué contre d’autres sélections départementales et régionales, et ça s’est plutôt bien passé. Et je me souviens qu’à la fin du stage, M. Giuntini est venu me voir et m’a demandé si je voulais jouer dans un plus haut niveau. Et c’est là où j’ai reçu la lettre de Grenoble.

Quel souvenir gardes-tu de ce passage ?

Un bon souvenir. C’était d’ailleurs une de mes plus belles années. J’étais avec d’autres joueurs comme Henri Bedimo ou Olivier Giroud. C’était une belle petite génération. On était là pendant quatre ans ensemble, on était même allé pour la première fois en demi-finale de Gambardella (lors de la saison 2001/2002).

Tu n’as pas eu des regrets de ne pas avoir eu toutes tes chances ?

Oui, un peu. C’est cette génération-là de manière générale. Le club a commencé à faire jouer les jeunes quand nous sommes partis. Forcément, quand tu es dans le club formateur, tu as envie d’entrer en jeu. Je ne peux pas dire que j’y étais presque, mais j’étais sur la bonne voie, puisque j’avais eu un contrat de stagiaire qui m’avait été proposé. Je devais signer, mais cela ne s’est pas passé comme ça. Forcément, quand tu es dans le club formateur, tu veux réussir. Je crois qu’eux aussi, lorsque beaucoup de jeunes sont partis, ils ont compris qu’ils auraient pu faire quelque chose avec nous.

À Grenoble, tu es rapidement repéré par René Marsiglia, alors entraîneur de l’AS Cannes, qui te fera recruter et où tu y joueras trois saisons…

C’est ça. Juste au moment de signer, il y avait à l’AS Cannes un changement d’entraîneur. Ils avaient viré René Marsiglia et avaient mis Gérard Bernardet (actuel entraîneur adjoint du LOSC). Ce dernier m’avait dit que j’allais signer, mais je sentais que c’était bizarre. Finalement, à la fin, il me dit qu’il ne me voulait pas, car il m’a expliqué qu’il y avait déjà d’autres attaquants plus fort que moi. À ce moment-là, j’appelle mon agent et je vais voir le président (de l’AS Cannes) et je lui dis « écoutez, je ne veux pas d’argent, juste prenez-moi et mettez-moi en réserve ou n’importe où », parce que je n’avais pas d’autres propositions. Je sortais du centre de formation, je ne voulais pas me retrouver sans club. C’était les moments galères de mon début de carrière. Ils m’ont finalement mis en réserve, où je suis resté pendant six mois. J’ai bien joué, jusqu’au jour où Franck Passi (alors entraineur adjoint de l’AS Cannes) me dit d’aller m’entraîner avec les pros. Ça s’est commencé comme ça. J’ai joué quelques matchs et ils m’ont fait resigner pour deux ans de plus.

 Tu passes ensuite à Clermont, où tu réalises deux saisons plutôt bonnes…

Oui. C’est justement ma première saison en Ligue 2, à l’âge de 23 ans. À Clermont, j’ai eu mon premier vrai contrat professionnel, parce qu’en National, ce n’était pas un statut pro. Dans le jeu, lors de la première année, je commençais à jouer dans le côté droit grâce à M. Ollé-Nicole (son coach à Clermont), et ça s’est plutôt bien passé.

Pendant ce temps, il y avait la question de la sélection. Tu es franco-béninois avec des origines ivoiriennes par ton père. Pourquoi as-tu opté pour la sélection béninoise ?

Déjà, quand j’étais jeune, j’avais reçu la convocation pour jouer chez les jeunes de la Côte d’Ivoire. Mais après, j’ai reçu un appel de Michel Dussuyer, que j’ai d’ailleurs eu comme coach à l’AS Cannes et qui a repris la sélection béninoise. Il m’a dit de réfléchir pour la sélection du Bénin. Pendant un match amical contre le Maroc, il vient me voir et j’accepte. Je l’ai choisi parce que c’était le premier pays à m’appeler, et que, sportivement, c’était « plus facile » de jouer avec le Bénin que jouer avec la Côte d’Ivoire à l’époque, avec Drogba et compagnie. C’est comme que ça a commencé, et je suis content d’être dans l’équipe nationale béninoise.

Comment te sens-tu en sélection ?

Je me sens bien. Maintenant, je fais partie des cadres de l’équipe et tout se passe bien. On essaie d’encadrer les nouveaux arrivants. Je suis apprécié là-bas au pays, que ce soit sur les terrains ou en dehors. À chaque fois où je vais au Bénin, je me sens à l’aise.

Tu es actuellement à 33 sélections avec le Bénin. Il y a un poids de responsabilité à porter, mais aussi une fierté…

C’est ça. Tu as tout dit. C’est une fierté. Tu ne représentes pas une ville, mais le pays. Tu es suivi partout. On peut penser qu’en équipe de France, la pression est beaucoup plus grande parce que c’est un grand pays. Mais au Bénin, il y a aussi la pression en équipe nationale. Après, comme je dis, jouer en équipe nationale c’est différent. Par exemple, quand je joue contre d’autres équipes nationales là-bas, je ne marque que peu de buts parce qu’on a un niveau forcément un peu plus faible par rapport à d’autres, et, du coup, on défend au maximum. En plus de ça, je joue souvent sur les côtés. On n’a pas aussi les mêmes temps de travail qu’en club, c’est des temps très courts. Par contre, avec le Bénin, j’ai eu la chance de faire une Coupe d’Afrique en 2010 et même si on n’est pas allé loin, on s’en fiche. On avance.

Vous êtes actuellement dans les qualifications de la CAN avec l’Algérie, le Togo et la Gambie. Vous avez d’ailleurs gagné le premier match face à la Gambie. Comment appréhendez-vous les prochains matchs ? Une qualification au bout ?

Oui, bien sûr. Ce qui est intéressant, c’est qu’en Afrique, chaque équipe peut battre une autre. En plus, il y a un peu plus d’équipes nationales qui peuvent se qualifier à la CAN. Donc franchement, on a toutes nos chances. Jouer à domicile, c’est un plus. Si mes souvenirs sont bons, en 10 ans de carrière internationale, à domicile, je ne me souviens pas qu’on ait énormément de défaites. C’est grâce à l’atmosphère, aux supporters. On a toutes nos chances pour la qualification à la CAN.

Pour revenir au club, en 2009, tu signes à Nice où tu découvres pour la première fois la Ligue 1. Mais tu n’y joues que très peu. Quelles ont été les causes ?

J’ai souvent été blessé. Je suis passé à une charge de travail énorme d’un coup qui m’a provoqué une fracture de fatigue. La charge de travail importante est le fait que je m’entrainais à la fois à Clermont et avec l’équipe nationale, puis je suis ensuite vite passé en Ligue 1. La charge a doublé et mon corps n’a pas supporté. Je n’étais pas habitué à ce travail. À cela s’ajoute aussi le fait qu’en juin, je jouais des matchs avec le Bénin, du coup je n’avais pas eu de vacances. De manière générale, les attentes en Ligue 1 sont complètement différentes.

Quand je suis revenu de blessure, et que j’ai recommencé à jouer, j’avais mis mes premiers buts en ligue 1 contre Boulogne. Après, je suis parti à la CAN. Mais en revenant à Nice, je me suis reblessé. Je me souviens qu’un jour, j’étais sur le banc contre le PSG à domicile, l’entraîneur m’avait fait signe d’aller me réchauffer pour entrer en jeu, mais j’avais mal et je ne pouvais pas entrer. Donc avec les blessures et la charge de travail en plus en Ligue 1, dans un groupe avec des joueurs internationaux de qualité comme Ospina, Bamogo ou Bagayoko, et moi qui était le seul joueur venant de Ligue 2, ce n’était pas évident. Quelques temps après, j’ai été prêté au Mans pour 6 mois, où ça m’a fait du bien. Ensuite, je suis retourné à Nice avec l’intention de jouer. Je ne voulais pas rester en Ligue 1 pour rester sur le banc. Je voulais jouer et c’est pour cette raison que je suis parti en Allemagne.

Tu rejoins donc en 2011 le Dynamo Dresde. Quels souvenirs gardes-tu de ces trois années passées en Allemagne ?

Franchement, c’était une très bonne expérience. Jouer à l’étranger, c’est à faire dans une carrière. Je n’ai aucun regret parce que j’étais allé à un moment où le football allemand était réputé, et commençait à prendre de l’ampleur. D’ailleurs, j’avais même vu qu’en 2010, la Bundesliga 2 était considérée comme la meilleure deuxième division d’Europe. Je ne peux pas vous dire sur quoi l’étude était basée, peut-être sur l’ambiance ou le niveau… En tout cas, le Dynamo Dresde reste un club historique où j’ai passé deux bonnes années. La dernière était un peu plus compliquée pour moi à cause des blessures et de la relégation. Mais sinon, j’ai beaucoup appris là-bas et honnêtement, les stades sont magnifiques.

J’imagine qu’il y a justement une très grande ambiance là-bas, même pour un club de deuxième division…

Oui. Les stades allemands en général… Mais même quand on descend plus bas, en troisième division par exemple, il y a toujours beaucoup d’ambiance. On sent que les Allemands aiment le football. Le Dynamo Dresde, c’est un club mythique avec une histoire. Au niveau de l’ambiance, c’est magnifique. Je me souviens que lorsqu’on a affronté Munich 1860 à l’Allianz Arena qu’ils partageaient à l’époque avec le Bayern Munich, il y avait entre 10 000 et 15 000 de nos supporters qui avaient fait le déplacement.

Après l’Allemagne, direction Chypre. Et plus précisément à l’Omonia Nicosie. Comment s’est réalisé le transfert ?

En réalité, j’avais encore une année de contrat en Allemagne. Mais comme on a été relégué, j’ai été libre. J’avais reçu des offres d’Allemagne, parce que je voulais y rester, que ce soit sur le plan sportif ou financier. Mais l’Omonia est venu et m’a fait une proposition. Je ne connaissais pas vraiment le club. Mais je connaissais un ami qui jouait à l’Apollon, et qui m’avait expliqué que l’Omonia était un bon club. En plus de ça, je connaissais Anthony Scaramozzino, qui y jouait et que je l’avais croisé lorsque j’évoluais à l’AS Cannes. Il m’avait parlé du club. Le fait aussi que l’été, il y avait les matchs de qualification pour l’Europa Ligue, m’a fait pencher pour signer au club. J’étais content d’aller à l’Omonia.

Qu’as-tu gardé comme souvenirs de cette année 2014/2015 passée à l’Omonia ?

D’abord, le moins bon souvenir, c’est de ne pas être qualifié dans les phases de groupe de l’Europa Ligue en perdant face au Dynamo Moscou aux barrages. On avait pris un but à la dernière minute, et c’est ce qui nous a fait éliminer. Les bons souvenirs, c’est que j’ai passé une très belle année à l’Omonia. J’ai été meilleur buteur du championnat, et les supporters m’adoraient. Maintenant que je suis à l’APOEL, ils sont un peu fâchés avec moi (rires). Mais sans rancune, c’est normal, c’est le football.

Tu décides ensuite de découvrir la Turquie, avec l’Adana Demirspor, où tu marques 47 buts en 68 matchs !

Depuis mes deux dernières années d’Allemagne, j’ai commencé à devenir un peu plus décisif devant les buts. Il faut savoir que la deuxième division turque n’est pas si évidente que ça. Il y a beaucoup d’intensité, surtout dans la première période et dans le rythme. Je me souviens que je marquais beaucoup de buts vers la fin de la seconde période. Du coup, j’essayais de travailler le rythme et être au maximum dans les conditions pour être décisif dans cette période-là. J’ai bien aimé cette équipe. C’est un club où je voudrais retourner un jour, peut-être à l’issue de ma carrière, parce que ça reste pour moi un club particulier.

Revenir comme cadre du club ?

Quelque chose comme ça, mais après je ne sais pas. Ils m’appellent souvent pour que je revienne, mais quand tu pars avec la barre haute, tu veux rester comme ça. Tu ne veux pas revenir et donner une autre image de celle que tu as laissée. Mais pourquoi pas. Parce que vraiment c’était une année spéciale pour moi.

À suivre dans la deuxième partie de l’interview : son arrivée à l’APOEL, ses impressions de la Ligue des Champions, du championnat chypriote et la présentation de son académie de Football créée au Bénin.

Stéphane Meyer


Image à la une : © Leon Kuegeler / ANADOLU AGENCY via AFP Photos

Un grand merci au site sportif Devant le Match pour nous avoir aidé à réaliser l’interview.

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