On a discuté avec Leandre Tawamba, attaquant du Partizan Belgrade

Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Aujourd'hui à 14h07

A quelques heures du match retour entre le Partizan Belgrade et Podgorica Budućnost, nous nous sommes entretenus avec Leandre Tawamba, attaquant camerounais du club serbe qui se livre sur sa carrière. Leandre a beaucoup voyagé et a joué dans trois pays Footballski : la Slovaquie, le Kazakhstan et la Serbie, l’occasion de faire le point avec ce grand voyageur.

Comment ça se passe au Partizan en ce moment ?

Je vais bien après le match contre cette équipe monténégrine. On s’attendait à ce qu’ils jouent de manière très défensive, dès lors, c’était une satisfaction pour nous de remporter ce match 2-0. Je suis un petit peu déçu de ma performance, j’ai eu la chance d’avoir quatre ou cinq occasions mais je n’ai pas pu la mettre au fond. Il n’y a pas de problème dans l’équipe malgré ce que certains disent, Djurdjevic a commencé le match et était celui qui devait tirer les coups de pieds arrêtés. Leonardo a commencé sur le banc, mais est celui qui tire d’habitude, alors il y a eu un peu de confusion, car Leo voulait les tirer en entrant à la mi-temps.

« L’équipe ne jouait pas en championnat libyen à cause de la guerre. On jouait des matchs amicaux face à d’autres équipes du coin notamment en Jordanie, j’ai alors voulu trouver un autre club et je suis rentré en Slovaquie. »

Tu as commencé au Cameroun, puis tu as bougé en Afrique du Sud ?

J’ai du attendre quelques mois avant de jouer en Afrique du Sud, j’ai eu un souci avec mon visa. Ils ont des conditions drastiques comme au Royaume-Uni, j’ai dû attendre trois à six mois. Je m’entraînais avec l’équipe et jouais avec l’équipe réserve. C’est une ligue qui peut être jouée par des joueurs qui sont en test. J’ai joué par exemple contre l’Ajax Cape Town. C’était bien pour rester en condition. Mais en fait, avant d’aller en Afrique du Sud, j’étais en test au Maroc, à Kenitra, pendant deux semaines. Mais le sélectionneur m’a appelé : « Je sais que c’est important pour toi ce test, mais viens préparer la Coupe du Monde U20 en Egypte et ça peut t’ouvrir des portes« . Alors j’ai rejoint la sélection nationale puis je suis parti en Afrique du Sud. Alors ma vraie première expérience internationale a été le Maroc.

Ensuite tu es arrivé en Europe, en Slovaquie…

Oui, l’entraîneur slovaque Jozef Vukušič était mon coach en Afrique du Sud, et c’est lui qui m’a emmené en Europe à Nitra en Slovaquie. C’est à ce coach que je dois mon arrivée en Europe. L’équipe avait des points en moins, la situation était compliquée, mais on a réussi à se sauver. Je suis arrivé pendant l’été, mais ce n’est pas ce à quoi je m’attendais au niveau de la météo, c’était très frustrant. J’ai eu peu de temps pour m’adapter, mais tout s’est bien passé.

En 2014, tu rejoins Al Ahly Benghazi, quand on associe 2014 et Lybie, on pense à la guerre, comment s’est passé ton transfert là bas ?

Cela a été une décision très compliquée à prendre. L’équipe ne connaissait pas la guerre, elle était basée en Tunisie. Il n’y avait pas de problème de sécurité. L’équipe jouait la Ligue des Champions Africaine. C’est quelque chose de très spécial pour moi, j’ai toujours voulu rentrer en Afrique et la jouer. Ca a été l’élément clé de mon transfert. J’espère jouer la Ligue des Champions cette année avec le Partizan. A l’époque, il y a eu une opportunité de la jouer, je l’ai jouée. Il restait trois matchs de Ligue des Champions à jouer. J’ai raté le premier match à cause d’un retard de mes autorisations de transfert, et j’ai ensuite disputé les deux matchs suivants. Malheureusement, on a été éliminé des groupes. L’équipe ne jouait pas en championnat libyen à cause de la guerre. On jouait des matchs amicaux face à d’autres équipes du coin notamment en Jordanie, j’ai alors voulu trouver un autre club et je suis rentré en Slovaquie.

Avec le Kairat, tu as marqué cette talonnade extraordinaire de la surface de réparation face à Uralsk, qu’est ce qui s’est passé dans ta tête ?

Mon premier match dans la ligue kazakh était face à Uralsk. On avait perdu 2-1. On avait reçu un pénalty et j’avais décidé de le tirer alors que notre entraîneur ne m’avait pas choisi pour. Je tire et je rate. J’étais embarrassé, c’était gênant ! Alors quand on a eu la revanche face à Uralsk, c’est l’opportunité de se rattraper, de faire quelque chose de spécial. Je suis très content d’avoir pu marquer cette talonnade et l’un des seuls joueurs à avoir marqué ainsi de l’extérieur de la surface !

Comment se passe ton transfert du Kairat au Partizan, est-ce qu’il y avait d’autres clubs intéressés ?

L’entraîneur du Kairat a changé et c’est ainsi que la mécanique s’est mise en route. Je suis allé au Kairat à 26 ans, c’était plus un choix financier que pour ma carrière footballistique. Je pensais que je n’avais pas assez de temps de jeu. Je suis encore jeune, donc je souhaitais revenir dans cette partie de l’Europe. Je suis très content d’être au Partizan, on a gagné le championnat, la coupe et maintenant on joue les qualifications de la Ligue des Champions. C’est un rêve de pouvoir la jouer ! Au moment de signer au Partizan, j’ai eu des offres de Slovaquie notamment MSK Zilina, ils me connaissent bien, et des offres de pays arabes et du Kazakhstan notamment Irtysh Pavlodar, qui joue contre Crvena Zvezda, Atyrau. Mais je ne souhaitais pas rester dans cette ligue, j’avais plus à montrer.

Quel est le joueur qui t’a le plus inspiré ?

J’ai joué avec de grands joueurs dans ma carrière, je ne dirais pas qu’il y en a un en particulier qui surpasse les autres. J’ai eu beaucoup de conseils de joueurs comme en Slovaquie, Štefan Zošák à Nitra, Tymoshchuk et Arshavin au Kairat ou ici Saša Ilić qui a joué à Galatasaray et est une légende au Partizan. C’est toujours un plaisir de jouer avec des joueurs comme ça.

L’année dernière, il y a eu des problèmes de racisme avec Everton. As-tu souffert de maux similaires ?

Je n’ai eu aucun problème en tant que joueur africain ici. Les fans ont une relation fraternelle avec nous les joueurs. Dès qu’ils nous voient, ils nous encouragent, répètent à quel point ils nous font confiance, connaissent notre potentiel, nous supportent ! C’est vraiment incroyable ! Je suis très content de jouer pour eux. Au Kazakhstan, Kairat a énormément de fans, mais je n’étais pas aussi proche d’eux. Ce ne sont pas que des personnes qui vont au match et ensuite ne pensent plus à toi. Ici ils sont partout, tout le temps. On m’a expliqué en arrivant au Partizan que Nikolić avait eu un souci avec un joueur de couleur en Slovénie, mais moi je n’ai jamais eu aucun problème. Des fois je jouais, des fois pas, mais ça c’est lié à moi et mes performances. Au jour le jour, c’était quelqu’un de bien et qui n’avait aucun souci avec des joueurs noirs ou africains. C’était un excellent entraîneur. On a été champion, on progressait, ses entraînements étaient préparés. Tactiquement, il s’intéressait aux détails, on savait quoi faire en match, c’était très facile.

En évoquant cette relation avec les fans, il faut dire que tu as eu droit à une chanson…

(rires) Tu vois, je te dis à quel point ils sont fous. Avoir une chanson, ce sont des souvenirs à vie ! C’est plus que beaucoup de choses qu’on peut avoir dans la vie. Mais le Partizan est une grande famille. Les fans connectent les différentes sections. Les joueurs de basketball viennent à nos matchs, moi je suis allé voir du basket, c’est très sympa. J’aime beaucoup ce sport, donc ça tombe bien. L’atmosphère ici à Belgrade est incroyable dans tous les sports.

D’ailleurs, comment se passe la vie à Belgrade ?

Très bien, la vie est douce ici, on vit bien. Je traîne beaucoup avec les étrangers de l’équipe, c’est plus facile. Les locaux ont souvent leur femme et leur vie ici, alors nous étrangers on se retrouve pour des cafés. Je suis marié et j’ai une fille, ce n’est pas toujours facile car elles habitent au Cameroun mais j’essaye d’aller les retrouver dès que je peux. Vu que je change souvent de club, et que ce n’est pas facile pour les visas, c’est mieux de faire ça comme ça.

Tu parles anglais et français, est-ce que tu essayes d’apprendre la langue quand tu arrives quelque part ?

Je parle aussi mon dialecte natal. C’est très important pour moi de pouvoir communiquer avec mes coéquipiers et m’intégrer au plus vite. En général, je ne reste pas longtemps dans mes clubs, alors je dois être capable de donner le maximum très rapidement. La langue est dès lors un élément important pour comprendre ce qui se passe. J’ai appris le slovaque en Slovaquie, le russe en Russie et maintenant le serbe en Serbie. J’ai de la chance, toutes ces langues ont des racines communes.

Tu joues avec le numéro 3, as-tu prévu de devenir défenseur ?

(rires) Non, non, je suis arrivé en Slovaquie et c’est un des numéros qu’on donne aux grands joueurs, les joueurs les plus physiques. Mais j’aime bien, le chiffre trois est positif. Tout ce qu’on fait dans la vie va de un à trois. Maintenant je suis habitué à ce chiffre. En parlant de jouer défenseur, j’ai déjà joué à ce poste. En U20, c’était mon positionnement. J’ai aussi joué milieu défensif en Afrique, en Europe j’ai évolué milieu offensif. Pour moi, l’important n’est pas le poste, mais de jouer et d’apporter quelque chose à l’équipe.

La Coupe d’Afrique des Nations aura lieu au Cameroun en 2019, est-ce un objectif ?

Bien sûr, c’est un objectif pour tout joueur. C’est une des raisons de ma signature au Partizan, j’espère me montrer et pouvoir jouer en équipe nationale mais pour l’instant je ne suis pas en contact avec le sélectionneur. Je ne peux pas forcer la main du coach. Je travaille tous les jours dur pour m’améliorer.

En parlant d’équipe nationale, est-ce que tu pourrais retourner en Slovaquie et jouer pour l’équipe nationale ?

On en parlait un peu avant que je parte de Slovaquie, mais je n’ai jamais pris les choses au sérieux. Mon ancien président l’avait évoqué, c’est quelqu’un de très important à la fédération mais je voulais quelque chose d’officiel, je lui ai dit : « Ecoute, je ne vais pas rester ici en espérant un appel en sélection nationale, alors que ce n’est pas sûr, et laisser passer ma carrière« …

On aime bien terminer les interviews par des questions locales, très simples :

Rakija ou Vodka ?

Vodka.

Sashlik ou Cevapci ?

50/50

Splav ou Kalemagdan ?

Splav

Lazar Van Parijs / Tous propos recueillis par L.V.P pour Footballski


Merci à Leandre Tawamba pour le temps qu’il nous a accordé avant son match. 

Image à la une : © SAMUEL KUBANI / AFP

On a discuté avec Leandre Tawamba, attaquant du Partizan Belgrade
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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

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