On a discuté avec l’association de supporters « le douzième homme » du FK Astana

Damien F - Publié le 4 octobre 2018

La marque Astana, déjà connue grâce à Vinokourov et au cyclisme, se fait une place de plus en plus importante dans le monde du football. Nous sommes partis à la rencontre de ceux qui vivent avec ce club à l’histoire singulière, à l’image de sa ville. Dinmukhamed, membre de l’association de fans « le douzième homme« , est l’un d’entre eux, et il est bien placé pour nous parler de la passion qui l’anime ainsi que de la place d’Astana sur la scène nationale.

Pour commencer, pourrais-tu présenter à nos lecteurs comment s’est créé le douzième homme, ton association de supporters d’Astana ?

La date de création remonte au 28 mars 2016. Avant la création du fan-club, le stade était vraiment silencieux. Sur la création pure, je ne peux pas vraiment te donner plus d’informations, car le groupe a été créé avant que je le rejoigne. Mais de ce que je sais, ce n’est pas simple de créer un fan-club ici et il n’y a que très peu d’officiels qui coopèrent avec les clubs. Pour en créer, tu dois passer du temps avec les documents, les papiers… Mais nous pouvons être fiers que notre fan-club soit un succès après deux ans et demi d’existence ; nous comptons une centaine de membres.

Comment s’est passée ton intégration ?

L’association est ouverte aux nouveaux. On peut venir dans le secteur et supporter l’équipe avec eux. En octobre 2017, ils m’ont proposé de les rejoindre après avoir vu 1 ou 2 matchs avec eux. J’ai fait leur connaissance et je me suis aperçu qu’il n’était pas très compliqué d’avoir de bonnes relations avec les membres déjà présents ! Désormais, depuis qu’ils ont appris que je suis journaliste, je les aide sur les réseaux sociaux, dans la communication.

Quels ont été les exemples du fan-club lors du lancement ? Vous suiviez d’autres groupes ou la mouvance ultra en particulier ?

Nous n’avons jamais pris d’exemple en Europe. Nous savons qu’au Kazakhstan le mouvement ultra n’a pas beaucoup de succès. Nous avons notre modèle et nous ne pensons qu’à nous et à notre futur. Ce qui est important, c’est que nous sommes en relation avec le club : à la fin de chaque année, notre président nous invite à la cérémonie de remise des titres et il nous donne de nouvelles idées pour animer les tribunes, entre autres.

Nous n’avons pas le même système que les autres groupes au Kazakhstan qui sont des ultras. Nous sommes des fans sympas et nous n’avons pas la même opinion sur la façon de regarder des matchs de football, ni sur la manière de supporter. D’ailleurs, les groupes ultras au Kazakhstan assistent aux matchs de l’équipe nationale ensemble, dans le même secteur, alors que nous avons notre propre secteur. Notre fan-club a une vocation patriote, nous voulons montrer à travers nos chants que notre pays est le meilleur et que nous l’aimons. Nous pouvons dire que nous sommes un fan-club plus national … disons que nous ne pensons pas qu’à Astana, que nous avons une vision plus globale, contrairement aux autres groupes qui pensent d’abord à eux, à leur club. À Astana nous n’avons d’ailleurs qu’un seul fan-club, alors qu’Almaty en a 3, par exemple. Nous pensons qu’il est préférable d’être uni sous une seule bannière.

Vous supportez également les autres sports de la ville ?

L’an dernier, nous avons assisté à des matchs de Barys (L’équipe de hockey en KHL, NDLR). Nous essayons de supporter les autres sports et d’avoir de bonnes relations avec les groupes de fans de ceux-ci. Mais notre priorité est de penser à nos progrès et nous nous concentrons sur le football.

Comment vous en êtes arrivés à supporter Astana, tes collègues et toi ? C’est une nouvelle ville, les gens viennent pour le travail, en très grande majorité d’autres coins du pays…

Ah, c’est une bonne question (sourire). Je suis né à Almaty, le fief du Kairat, mais je suis fan d’Astana, où je vis depuis 2005. En 2014, je suis devenu supporter après avoir vu un match européen contre une équipe suédoise, l’AIK, à la télévision. Cela m’a donné envie d’aller à la Astana Arena. Et après, c’était parti ! Je me sens chanceux que le meilleur club du pays joue dans ma ville. Dans le fan-club, je connais plein de gens qui sont d’autres villes, d’autres régions, mais qui sont devenus de vrais supporters d’Astana, un club national qui rassemble les Kazakhs.

Au niveau de l’ambiance, elle n’est pas la même en championnat qu’en Coupe d’Europe. Qu’en penses-tu ?

Je suis toujours déçu de l’ambiance en KPL. Il y a 2 000 ou 3 000 supporters alors qu’en Coupe d’Europe, c’est toujours bien rempli. Il y a une superbe ambiance et ça attire les gens. Quand je montre à mes amis l’atmosphère des matchs en Coupe d’Europe, ils constatent l’effervescence autour du match. Certains viennent même pour la première fois et sont enthousiastes.

Pour eux, Astana n’est pas seulement un club. Les Kazakhs sont patriotes et sont toujours heureux quand une équipe d’ici bat des Européens. Pour les Kazakhs, c’est génial que l’un de leurs clubs puisse battre le Maccabi ou le Celtic ! Et puis, c’est une bonne opportunité d’avoir plus de fans. On s’aperçoit d’ailleurs que lors des matchs de KPL qui suivent les matchs de Coupe d’Europe, il y a plus de monde au stade.

Si Astana joue bien en Europe ces prochaines saisons, ce sera bénéfique pour le stade, les directeurs. Ils pensent aux fans et au stade, ils veulent que le stade soit rempli pour la KPL. Ce n’est pas un problème propre à Astana, mais à tous les clubs de football du Kazakhstan. Le Kairat, Irtysh et autres n’ont pas énormément de supporters. Au Kazakhstan, il n’y a qu’une équipe qui peut se targuer d’avoir des vrais fans : Aktobe. A chaque match de championnat à Aktobe, il y a entre 8 000 et 10 000 supporters. Ce qui est très, très bien dans ce championnat. Je rêve qu’un jour Astana bénéficie d’un si gros soutien, comme à Aktobe ou dans les clubs européens.

Pourquoi Aktobe possède cette fan base selon toi ?

Aktobe a été souvent champion du pays; cinq fois, c’est le record. Grâce à ces résultats, ils sont devenus le club préféré des Kazakhs. Ils ont des supporters dans tout le pays, à Pavlodar, à Astana, à Almaty… Ils ont un bon soutien de leur secteur ultra, numéro 13, et ceux-ci ont des amitiés dans d’autres villes. Si Aktobe joue à Astana où à Almaty ça fait déplacer les foules, car ils ont beaucoup de fans dans ces villes. Mais si Astana continue sur sa lancée sportive actuelle, dans 3 ans, nous serons comme Aktobe.

Il n’y a pas de jalousie justement chez ces groupes de supporters plus historiques ?

Nous n’avons pas de bonnes relations avec les supporters d’Aktobe ou du Kairat. Mais nous rencontrons toujours les fans des clubs opposés quand on joue contre Irtysh, Kaisar ou Tobol par exemple. Mais ceux d’Almaty et d’Aktobe sont énervés, car ils ne comprennent pas notre philosophie. Ils sont ultras et nous ne le sommes pas. Nous avons de bonnes relations avec ceux qui partagent nos valeurs et notre façon de supporter.

À propos de votre ‘façon de supporter’, comment se passent les déplacements en Europe ?

C’est un bon exemple de notre relation avec le club et les dirigeants. À chaque match à l’extérieur, le club donne la chance à 1 ou 2 fans du groupe d’aller faire le déplacement. Ces personnes s’informent sur les Kazakhs qui vivent dans ces pays. Par exemple, à Kiev, deux personnes du fan-club sont parties en Ukraine et ont rencontré les Kazakhs locaux, en leur donnant des maillots et des billets pour le match. 100 personnes sont venues supporter Astana lors de ce match ! Pour l’instant, c’est notre mode de fonctionnement. Dans le futur, nous serons probablement une dizaine à nous déplacer.

Image fournie par l’association  » le Douzième homme. »

Vous avez lancé une pétition pour que Sayan Khamitzhanov, votre président, ne quitte pas son poste. Pourquoi l’aimez-vous autant ?

Monsieur Khamitzhanov est devenu le président du club en 2015. Cette année-là, nous avons réalisé de grandes performances au niveau européen (participation à la LDC, NDLR). Tout cela, c’est grâce à lui. C’est aussi lui qui a fait venir notre ancien entraîneur à succès, Stanimir Stoilov. Sans lui, nous n’aurions probablement jamais eu tous ces succès en Europe et au niveau national. Nous avons peur qu’il parte. C’est difficile de changer de président et de philosophie pour un club, nous ne savons pas ce qui se passera dans le futur s’il part…

J’ai l’impression qu’au Kazakhstan, c’est l’Akim (le gouverneur, NDLR) de la région qui décide de mettre de l’argent, ou non, dans son (ses) club(s). Lui qui décide finalement s’il veut que le(s) club(s) de sa région réussisse(nt).

Personne ne sait si cela est vrai ou non. Peut-être que tu as raison …Peut-être pas … Je ne sais pas.

D’ailleurs, pourquoi Sayan Khamitzhanov partirait puisque tout se passe si bien ?

L’an dernier, j’ai lu une interview où il parlait de son souhait de démarrer un nouveau challenge. Il voudrait aller à l’étranger. C’est un homme fort, un guerrier, il veut aller plus haut d’année en année et nous devons respecter ses envies.

© DPI / NurPhoto via AFP Photos

Astana est en reconstruction depuis le départ de Stanimir Stoilov et ses quatre années passées au club remplies de succès.

Notre coach est actuellement l’Ukrainien Roman Grygorchuk. Je peux te dire des choses positives et d’autres plus négatives à son sujet, mais il n’est arrivé qu’en juin de cette année. Nous devons attendre au moins une saison pour juger, ce serait une erreur de ma part de le faire maintenant. Mais comme tu le sais sûrement, il est parti temporairement pour raisons familiales le mois dernier, après le match contre le Dinamo Zagreb. Notre coach actuel est Grigori Babayan, l’ex-assistant de Stanimir Stoilov. Il a beaucoup appris auprès de Stoilov, c’est un bon coach. Je pense qu’il pourrait l’affaire si Grigorchuk ne revient pas, mais nous devons attendre de ses nouvelles.

Comment situes-tu Astana par rapport au football kazakh ?

Malheureusement, notre KPL n’a pas un gros niveau. Quand Astana joue en Europe, notre club a de bons résultats, mais ils perdent le rythme quand ils jouent contre Akzhayk, contre Atyrau… Ces clubs n’ont pas de bonnes infrastructures, n’ont pas de bons stades ni de bonnes pelouses… Mon souhait est de voir notre KPL composée uniquement d’équipes fortes. C’est important que l’on ait un club comme le Kairat, notre principal concurrent, mais cela serait fantastique que l’on ait dix clubs comme celui-ci … même si je ne vois pas cela arriver dans les dix ou vingt prochaines années. Astana est important pour la renommée du football kazakh. Je pense que dans ton pays, par exemple, les personnes connaissent ce qu’est Astana.

Et l’équipe nationale ?

Je suis confiant pour l’avenir. Il y a un très bon coach, Staninir Stoilov, et le dernier match nous a montré que nous devons croire dans notre futur. Nous avons de jeunes joueurs comme Yerkebulan Seydikhamet qui joue à UFA, en RPL. Stanimir Stoilov peut faire de nous une très forte équipe. Nous pourrons bientôt jouer à armes égales avec les gros pays.

Le début de l’ère Stoilov a pourtant mal commencé avec une défaite contre la Géorgie et un match nul en Andorre…

J’étais très très déçu. Je suis également un journaliste sportif et j’écrivais sur des joueurs d’Andorre le jour avant le match, en disant que nous devions gagner le lendemain. La plupart des joueurs Andorrans ne sont pas professionnels, alors ce nul est un gros coup dur pour les fans de la sélection. Je sais que certains d’entre eux, après le match, ont dit qu’ils ne regarderont plus jamais de match de l’équipe nationale suite à ce match. Mais je suis patriote et je supporterai toujours les joueurs après des victoires, nuls ou défaites. Je crois que chaque fan devrait être comme moi dans ces situations…

De ce que je peux constater personnellement, j’ai l’impression que les Kazakhs ont une vision très négative de leur football.

Lors du duel Astana – APOEL, j’ai eu affaire à un énorme fan d’Astana qui est… Espagnol ! Il est venu à Astana, je l’ai interviewé. Il connaît tout du club ; l’histoire, les joueurs… C’était son deuxième match à l’extérieur après avoir fait le déplacement à Villarreal l’an dernier. C’est un héros ! C’est bien que des gens d’autres pays, comme toi, s’intéressent au football kazakh. Alors c’est vrai que certains disent que notre football est dans un état déplorable, que le niveau est très mauvais, mais ces gens n’aiment pas notre football et pensent que tout le monde devrait penser qu’au négatif. Les vrais fans ne diront rien d’aussi négatif à propos de notre football.

Quels sont les joueurs qui vous représentent le plus ?

Nos fans aiment tous les joueurs, mais nous avons une affection particulière pour notre gardien et capitaine Nenad Eric qui est là depuis 2011. On ne peut pas dire à quel point il est important pour nous. C’est un leader, comme un deuxième coach. Il a même pris la nationalité kazakhe et est devenu une légende de la sélection !

Et Kabananga, élu meilleur buteur de la CAN 2017 ?

Oui, on est content qu’il soit revenu d’Arabie Saoudite, mais il n’a pas marqué depuis qu’il est revenu. Espérons que ce soit face à Rennes !

Damien F., à Astana / Tous propos recueillis par D.F. pour Footballski

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