On a discuté avec Koke, attaquant et capitaine de l’Aris Salonique

Martial Debeaux
Martial Debeaux - Publié le 17 février 2016

Dans le football, il y a deux Koke. Jorge Resurrección Merodio, né en 1992, l’un des plus grands espoirs de l’Atletico Madrid et du football espagnol. Et puis, il y a Sergio Contreras Pardo, né en 1983. Le vrai Koke. Celui qui a connu l’OM de Drogba, la MLS, la Bolivie, la gloire à l’Aris, l’Europe de l’Est ou encore l’Inde. Avant de revenir à l’endroit qui a bâti sa réputation : l’Aris Salonique, en troisième division. Entretien avec celui qui a une carrière aussi riche qu’animée.

Tu es né à Malaga, et c’est là que tu as commencé ta carrière. Quels souvenirs gardes-tu de ce moment là ?

Exact. J’en garde beaucoup de souvenirs, parce que c’est là où ma famille et mes amis vivent. Pouvoir jouer dans l’équipe de ta ville, en première division, c’est quelque chose de très beau.

C’est ton club préféré encore aujourd’hui ?

Non, moi c’est le Real Madrid qui me plaît (rires).

En France […] l’équipe importante du pays est l’Olympique de Marseille.

Tu continues tout de même à regarder leurs matches ?

Quand j’ai du temps, et que je suis disponible pour pouvoir les voir, oui. C’est une équipe à laquelle je suis très attaché, et dès que je le peux, j’aime les regarder.

Après ça, tu arrives à Marseille, en janvier 2004. Tu connaissais le club avant d’y arriver ?

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© Panoramic

Je crois que l’OM est une équipe connue dans le monde entier. Parce qu’en France, indépendamment du fait que lors des dernières années, le PSG a gagné des titres et a investi beaucoup d’argent sur des joueurs célèbres, l’équipe importante du pays est l’Olympique de Marseille. Celle qui a le plus de supporters notamment. Pour moi, ce fut quelque chose de très spécial de jouer à Marseille.

Quels sont tes meilleurs souvenirs là-bas ?

Tout ce que j’ai vécu là-bas a été très beau, parce que c’était la première fois que j’allais à l’étranger, très jeune, et la ville était très belle. Pour moi, ça a été une expérience inoubliable, et ça m’a marqué pour le reste de ma carrière sportive.

Tu continues à regarder l’OM ?

Dès que je le peux, là aussi, j’aime les voir, et ça me plaît quand ils gagnent. Sur les dernières années, le PSG, avec son pouvoir économique, a rendu les choses difficiles.

Ce fut la meilleure décision que j’ai prise, celle de venir ici, à l’Aris.

Il y a des choses qui t’ont marqué ?

On a perdu une finale contre Valence, en coupe de l’UEFA. C’est un mauvais souvenir, mais tout ce qui a été vécu avant a été très beau aussi. Arriver là où on est arrivé, avec une équipe comme Marseille et des supporters comme ça … Ce sont des souvenirs, même si on a perdu, qui sont très bons.

Après Marseille vient la Grèce. Tu connaissais l’Aris avant ? C’est comparable à l’OM ?

Marseille est connu mondialement, et l’Aris non. En Grèce, c’est une équipe très connue, avec beaucoup de supporters qui sont aussi très impressionnants. Mais pour un Espagnol, je n’en avais pas entendu parler avant que j’y arrive. Je crois que ce fut la meilleure décision que j’ai prise, celle de venir ici, à l’Aris.

Tu avais dit, dans une interview à la presse grecque, que la victoire à Madrid était le plus grand succès du foot grec au niveau européen. Tu le penses toujours ?

Aucun club grec en Europe n’a réussi à gagner en Espagne. On a été la première équipe à le faire, et en plus contre l’équipe qui, l’année d’avant, avait remporté cette Ligue Europa. Aujourd’hui, on se rend compte de l’importance qu’avait cette victoire, et de sa difficulté aussi, avec l’équipe qu’avait l’Atletico. On a vécu un moment très émouvant, très spectaculaire, et ça a été une partie de l’histoire de ce club qu’est l’Aris.

C’était quoi le secret de cette équipe ? Elle ne donnait pas l’impression d’avoir de stars, mais un vrai collectif.

Je pense que pour une équipe grecque, on avait de très bons joueurs. Peut être qu’aucun des joueurs n’avait de nom prestigieux, mais le bloc était très bon, et on faisait avec des supporters qui nous accompagnaient de partout. Jouer avec tous ces gens derrière toi, tu sens la pression qui te dit que tu dois gagner pour eux. Tout ça nous a beaucoup aidés durant ces années. Il faut remercier ces gens de l’Aris, ce qu’ils ont fait. Tout seuls, nous les joueurs, on ne l’aurait pas réussi.

Par rapport aux supporters, justement, est-ce qu’il n’y a pas un peu de pression à l’Aris ? Gaël me confiait que l’on ne pouvait pas perdre à l’Aris.

(Il hésite). Je ne sais pas, mais c’est normal que l’on ne puisse pas perdre, parce que l’équipe est dans une situation qui n’est pas celle qui lui correspond. C’est un club de première division qui devrait être en train de jouer en coupe d’Europe, et ce n’est pas normal qu’un club amateur réussisse à te battre. On est obligé de gagner tous les matchs, et tous ceux que l’on n’a pas gagnés, c’est un échec.

C’est un public assez exigeant finalement.

Toujours très exigeant, oui. Ce sont des gens qui veulent voir leur équipe le plus haut possible, et nous devons nous servir de la pression qu’ils nous mettent pour jouer au niveau le plus haut possible.

Tu as joué deux finales de Coupe, pour deux défaites. Tu ne penses pas que cette équipe méritait au moins un titre ?

Je crois que sur les deux finales que nous avons jouées, nous méritions d’être là, et peut-être que sur la seconde on aurait mérité quelque chose en plus. En face de nous, il y avait une fois l’Olympiakos, et l’autre le Panathinaïkos, deux grosses équipes du football grec, et de toute évidence ce n’est pas facile de les battre. Mais l’expérience a été très bonne, et peut être il a manqué ça, le fait de gagner, au moins une des deux finales. Mais bon, on verra bien ce que nous réserve le futur.

Terminer capitaine du club, ce fut un honneur non ?

Pour un étranger, être le capitaine de l’équipe ça veut dire qu’on te valorise beaucoup. Je suis éternellement reconnaissant envers cette équipe pour ce que je vis ici, et pour tout aussi. Je ne sais pas comment je pourrais les récompenser, mais on espère revenir le plus vite possible en première division, et ainsi on pourra voir ces gens à l’endroit où ils le méritent.

Moi, là où j’étais heureux c’était là, à l’Aris, et les gens étaient heureux avec moi aussi.

Comment tu expliques les raisons de ce succès à l’Aris, ces années que tu as vécues là-bas ?

Comme je t’ai dit avant, je crois que sans les supporters qu’on a, tout ça aurait été très dur. Mais on a aussi beaucoup de mérite, on avait de bons joueurs. Peut-être qu’on avait un groupe spectaculaire, et on a vécu nos meilleures années de football ensemble. Je crois que ça, c’est quelque chose qui a rendu tout cela possible.

J’imagine que, du coup, ça n’a pas été facile de quitter le club. Qu’est-ce qui t’a poussé à le faire ?

Il y a eu une bonne opportunité, tant pour le club que pour moi, dans un moment où l’équipe connaissait des problèmes économiques. Elle est arrivée, et j’ai décidé de m’en aller parce que je croyais que c’était le mieux pour tout le monde. Mais, avec le recul, je crois que ce n’était forcément une bonne chose. Moi, là où j’étais heureux c’était là, à l’Aris, et les gens étaient heureux avec moi aussi. Mais bon, à ce moment-là, c’était la meilleure décision, et on ne peut pas changer les choses.

Comment tu expliques que beaucoup de clubs grecs connaissent des problèmes économiques après des succès sportifs ? On l’a vu aussi avec l’AEK notamment.

(Il hésite). C’est en train de devenir normal ici, en Grèce, mais je crois que tout est dans l’organisation. Peut-être que les clubs doivent mieux s’organiser, et je suppose que cette mauvaise expérience ici servira pour le futur, pour qu’elle ne se reproduise plus.

Koke à son départ de l'Aris |© sentragoal.gr

Koke à son départ de l’Aris |© sentragoal.gr

Après l’Aris, tu es parti aux USA, au Houston Dynamo. C’était plus une expérience de vie, ou aussi pour le sportif ?

C’était, plus que tout, une opportunité pour mon futur sportif, en regardant vers l’avenir. Mais, finalement, j’ai décidé peu de temps après être arrivé (un mois) que je voulais m’en aller.

C’était comment le niveau là-bas ? C’est quelque chose à la mode aujourd’hui, mais à ton époque beaucoup moins.

Quand j’y suis allé, j’étais l’un des premières à oser aller aux États-Unis. C’était quand les gens commençaient petit à petit à aller là-bas. Et, pour dire vrai, je trouve que la croissance actuelle est spectaculaire, tout le monde veut jouer aux États-Unis. Dans le futur, je pense que ce sera une puissance mondiale en ce qui concerne le football.

Les installations sont aussi un gros plus aux USA.

Toute l’infrastructure en général est très professionnelle. Les États-Unis sont un très bon pays aussi. La publicité et les droits télés sont bien plus présents qu’ici, en Grèce. Évidemment, ils sont bien plus professionnels.

Ton retour au Rayo, huit ans après ton départ de Malaga, était une envie de rentrer au pays ou, là aussi, une opportunité que tu as eue ?

C’était une opportunité que j’avais de revenir jouer en Europe, et dans un championnat, qui est, on va dire, le plus important du monde, à savoir la Liga. C’est là où jouent les meilleurs joueurs du monde. J’arrive de ces trois mois sans m’entraîner avec un club, et ça m’a beaucoup pénalisé. Je suis arrivé hors de forme, et l’entraîneur, durant les cinq premiers mois, ne comptait pas sur moi. J’ai décidé de m’en aller, parce que je ne suis pas un joueur habitué à ne pas jouer. J’ai besoin de jouer, et j’ai donc pris la décision de partir.

La première fois que je suis allé jouer en altitude, je n’en ai pas été capable.

Te voilà donc parti à Baku, en Azerbaïdjan. Pas forcément le championnat ni le pays le plus connu …

Économiquement parlant, une opportunité s’est présentée à moi. J’ai décidé d’y aller, mais bon, quand tu vois au bout de peu de temps que le niveau n’est pas celui que tu attendais en ce qui concerne la partie sportive, tu laisses le côté financier d’un côté.

J’imagine qu’en plus, il ne devait pas y avoir beaucoup d’étrangers.

À ce moment-là, si, il y en avait quelques-uns. Les Européens qui jouaient là bas venaient surtout de pays de l’Est. Les Espagnols, ou les Européens de l’Ouest étaient peu nombreux. La majorité, c’était l’Europe de l’Est.

Arrive ensuite l’Allemagne et le Jahn Ratisbonne, ton septième pays. Qu’est-ce qui t’a séduit ?

L’Allemagne, ça a été une expérience merveilleuse. C’est un pays très professionnel, en ce qui concerne le foot, mais aussi tout le reste. Je pense que j’ai pris, à ce moment-là, l’une des meilleures décisions de ma vie en ce qui concerne le sport, c’est-à-dire celle d’aller jouer là-bas. J’aurais aimé continuer à jouer en Allemagne, dans une autre équipe, mais je n’en ai pas eu l’opportunité. J’ai été surpris du niveau qu’avait ce championnat. Le succès des clubs allemands et de la sélection, par contre, ne me surprend pas, parce qu’ils travaillent très bien et ils sont très bien organisés.

Nous voilà en juillet 2013, et tu choisis encore un pays différent : la Bolivie, et le club de Blooming Santa Cruz.

Je dois dire que ça a été un autre pays qui m’a beaucoup plu, et où j’ai aimé jouer, par rapport à l’ambiance, et tout ce qui concerne les stades. L’équipe dans laquelle je jouais avait un public très important, et, parfois, le fait de jouer dans un stade où il y a beaucoup de monde est plus plaisant que de jouer dans d’autres endroits qui ont peut-être plus d’importance que ce club, mais où tu ne te sens pas footballeur. En Bolivie, je me suis complètement senti footballeur, parce que je jouais dans un très bon club du pays.

On dit souvent en Europe que le foot sud-américain est très spectaculaire, très technique. Tu as pu voir ça ?

J’ai surtout vu que les rencontres sont très ouvertes. Les équipes ne pensent pas tant à défendre, et c’est plus le spectacle qui intéresse qu’autre chose.

Tu as joué des matchs en altitude ?

La première fois que je suis allé jouer en altitude, je n’en ai pas été capable. Du coup, je me suis mis d’accord avec le club pour ne pas jouer ces matchs là vu que je n’étais pas en mesure de donner le maximum comme mes coéquipiers. Je jouais les matchs sur notre terrain, ou à l’extérieur pour ceux qui n’étaient pas en altitude.

De Bolivie, tu passes en Inde. Tu en retires quoi ?

Je peux te dire que j’ai été enchanté. Je peux dire que j’ai eu la chance de jouer dans la première édition de ce championnat qui venait de se créer. Je pense que ça a été et ça va être la meilleure édition, parce que cette année, ça n’a pas eu la même répercussion que l’année d’avant. L’expérience a vraiment été merveilleuse. C’est très court, et c’est peut-être pour ça que c’est merveilleux. Je ne crois pas que ce soit un pays pour passer plus de temps que ce que ne dure le championnat, soit trois mois et demi. Malgré tout le luxe que possède le pays, il y a aussi beaucoup de misère. C’est un pays très pauvre et qui est en même temps très riche. Ce n’est pas facile, mais pour y être durant trois mois, et vivre comme on y a vécu nous les joueurs, toujours dans des hôtels cinq étoiles, tout a été très professionnel. Au final, ça a fini bien mieux que ce que j’espérais avant d’y aller.

Tu avais le rôle de promouvoir le foot dans un pays où des sports comme le cricket sont rois ?

L’idée, c’était ça. C’est pour ça que ça ne dure que trois mois, ça correspond au moment où s’arrête le cricket et ils ont mis le football au milieu. Je crois que ça a beaucoup plu dans le pays, parce que c’est un endroit où il les habitants sont nombreux. Même si le cricket leur plait énormément, le football est un sport qui plaît à tout le monde, et en Inde aussi.

Raconte-nous comment s’est passé ton retour en Grèce, dans ton club de cœur de l’Aris.

Ça faisait déjà quelque temps que je voulais revenir à ce que je considère comme ma maison, le club où j’ai été le plus heureux durant ma carrière. J’ai eu l’opportunité, et moi je pensais alors revenir en Inde, mais dès que l’appel de l’Aris est arrivé, je n’ai pas laissé passer ça. Ils m’ont appelé un jour, et le lendemain j’étais déjà en Grèce, désireux de revenir. Grâce à Dieu, aujourd’hui j’y suis, très content, et soucieux de ramener l’équipe le plus vite possible à la première division.

J’ai lu que tu avais signé à Veria avant d’aller à l’Aris. C’était obligatoire ?

C’était le protocole qu’il fallait faire, parce qu’un joueur étranger qui n’a pas joué lors de l’année précédente en Grèce ne pouvait pas jouer en troisième division. C’est la loi. C’est pour ça que je devais signer pour une autre équipe grecque avant de signer à l’Aris. C’était juste contractuel, je ne me suis jamais entraîné avec Veria.

Le supporter, ici, est plus radical que dans n’importe quelle autre partie de l’Europe.

Comment on reste motivé pour jouer tous les week-ends en troisième division grecque ?

Ça te motive, parce que tu sais que tu joues dans une équipe qui, au jour d’aujourd’hui, est en troisième division, mais qui est réellement une équipe de première division et l’un des plus grands clubs du pays. Pour ce simple fait, ça doit te motiver. Le fait de voir que tu joues en troisième division et que 10.000 personnes viennent au stade pour te voir, c’est aussi quelque chose qui doit te motiver, et qui t’oblige à gagner. De plus, tu as une équipe qui est pratiquement de première division en ce qui concerne les joueurs, qui ont pour la plupart joué dans cette division-là ou qui, s’ils le voulaient, pourraient y jouer à l’heure actuelle.

Les ultras ont un rôle un peu différent à l’Aris que ceux du reste de l’Europe, notamment dans la prise de décisions. En tant que joueur, comment ça se vit ?

Le supporter, ici, est plus radical que dans n’importe quelle autre partie de l’Europe. Nous, en tant que joueurs, on est reconnaissant vis-à-vis des supporters que l’on a parce qu’hier (samedi 13 février), par exemple, on jouait sur un terrain de troisième division qui n’intéresserait personne, et je ne sais pas combien de centaines de personnes sont venues nous voir, nous soutenir pour que l’on gagne. Un club comme l’Aris, sans ses supporters, ne serait rien. Par conséquent, les supporters doivent avoir la valeur qu’ils méritent.

J’avais déjà joué des matchs contre le PSG avec Marseille, mais c’est une rivalité plus respectueuse, et télévisuelle on va dire. Mais ici, un Aris-PAOK, c’est le jour le plus important de l’année.

Tu as joué à l’OM, et donc à l’Aris. Quelle comparaison ferais-tu entre les supporters des deux clubs ?

Marseille, c’est plus grand. Plus global. Je crois que toute la France a dans son cœur l’Olympique de Marseille. Je me souviens que quand on allait jouer à l’extérieur, en France, toute la ville dans laquelle on allait, les hôtels, de partout il y avait des gens qui attendaient les joueurs de l’OM. L’Aris, c’est différent. Les gens qui supportent le club sont, normalement, de la ville de Thessalonique, mais pas de la Grèce en général. Les deux équipes sont très grandes. Mais pour l’Aris, les supporters sont plus importants que pour l’OM, parce que c’est déjà une grande équipe, dans le monde entier. L’Aris a besoin de ce soutien.

Quelles sont les sensations lorsqu’on dispute un derby contre le PAOK ?

J’avais déjà joué des matchs contre le PSG avec Marseille, mais c’est une rivalité plus respectueuse, et télévisuelle on va dire. Mais ici, un Aris-PAOK, c’est le jour le plus important de l’année. Les habitants de la ville vivent pour ce jour là, et il n’y a rien de plus important que ce match-là. Je ne pense pas que je vivrais une autre rencontre aussi marquante dans ma carrière.

En parlant de cette rivalité, j’ai vu que l’un de tes posts Instagram avait fait polémique récemment.

Ça a créé une confusion, parce que mon commentaire n’était pas dans le but de manquer de respect aux supporters du PAOK. Simplement, j’ai fait une remarque que je pense, et qui, à mon avis, est réelle. Si l’Aris, à l’heure actuelle, jouait un quart de finale de Coupe de Grèce avec la possibilité d’aller en demies, je crois qu’il ne resterait plus aucune place à vendre. Ça, c’est mon opinion, mais je ne pensais pas que ça allait manquer de respect à leurs supporters. Ils se sont sentis visés, peut-être parce qu’ils savent, au fond d’eux, que ce que je dis est vrai. Je n’ai pas voulu le dire avec cette intention-là.

L’objectif de l’Aris, c’est de faire un peu comme l’AEK ? Remonter, et être performants tout de suite ?

L’idée, c’est de monter de la troisième à la première division. On a déjà perdu un an en troisième division en ne montant pas l’an dernier, et on espère que ça ne va pas se répéter l’année prochaine et qu’on va réussir à monter en deuxième division. De la seconde division, on espère aller directement en Super League. C’est qu’on aimerait faire, et ce que l’on espère, mais il faut jouer, respecter les équipes d’en face, ce n’est pas facile. Les autres équipes jouent, aussi, mais on sait que notre idée c’est celle-là.

Tu penses quoi du foot grec ? Notamment la domination de l’Olympiakos qui est très au-dessus des autres équipes qui n’arrivent pas à hausser leur niveau.

Malheureusement, dans ce football-là comme dans celui de tous les pays, si, économiquement, une équipe très forte a l’opportunité, elle va acheter des joueurs plus forts. Ça s’est passé, par exemple, avec le Real Madrid et Barcelone en Espagne. Ici, c’est un peu la même chose. L’Olympiakos joue chaque année la Ligue des Champions, et du coup ils ont d’importantes rentrées d’argent. Avec ça, ils peuvent acheter de grands joueurs. C’est pour ça qu’il se passe tout ça, comme le fait qu’ils gagnent le championnat dix journées avant la fin.

Cette série de victoires est, selon toi, une bonne ou une mauvaise chose ?

Moi, je ne crois pas que ce soit le mieux pour le championnat, mais malheureusement, c’est une équipe qui est préparée pour jouer la Ligue des Champions, ce qui n’est pas le cas du reste des équipes du pays. J’aimerais que le championnat soit un peu plus équilibré, que toutes les équipes puissent se battre comme à l’époque où j’étais en Super League avec l’Aris. Il n’y avait pas autant de différence. L’Olympiakos et le Panathinaïkos venaient ici, et ils perdaient. On pouvait battre n’importe quelle équipe. Mais, aujourd’hui, cette différence est très grande parce que le football grec a régressé économiquement parlant, et cette baisse fait que les équipes ne peuvent pas se permettre de faire venir des joueurs de très haut niveau. L’Olympiakos, en revanche, ne baisse pas en termes économiques, et continue à monter, ce qu’il fait que le club est toujours capable de faire venir de bons joueurs.

Les jeunes grecs sont talentueux ?

Les joueurs grecs sont beaucoup allés, ces dernières années, à l’étranger pour jouer. En général, je trouve que le jouer grec est bon. Seulement, il y a quelque chose à travailler depuis le plus jeune âge. Peut-être que sur les dernières années, ils le travaillent beaucoup plus, depuis l’école par exemple. C’est quelque chose qui, en Espagne, est fondamental. Les écoles de foot y sont très bien organisées là-bas.

Tu as 32 ans, et tu as pu vivre beaucoup d’expériences. Quelle opinion as-tu de ta propre carrière.

Moi, je suis fier de la carrière que j’ai eue. Évidemment, je sais aussi, vu le joueur que je suis aujourd’hui et que j’ai été, que si j’avais eu un peu plus de chance dans le foot, ou si on m’avait donné l’opportunité de jouer dans une équipe vraiment grande… J’ai déjà joué dans de grandes équipes comme l’OM ou le Sporting Lisbonne, qui sont très importantes dans leurs pays, mais je parle d’équipes plus grandes encore. Je crois que j’ai eu les capacités pour le faire, mais peut-être que le foot, parfois, ne donne pas à tout le monde cette opportunité. A moi, il ne me l’a pas donné, il m’a donné l’opportunité d’avoir une carrière merveilleuse, mais je trouve qu’il m’a manqué le fait de jouer dans une équipe de très haut niveau.

Au niveau des expériences, je pense que ma carrière a vraiment été extraordinaire.

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu changerais dans tes décisions ?

Peut-être le fait de ne pas avoir travaillé mon corps sur le plan physique comme le devrait un joueur professionnel. Je me considère comme un joueur ayant une bonne technique, mais qui n’a pas travaillé son corps au même niveau que ces qualités techniques dont je dispose. Peut être qu’aujourd’hui, avec l’expérience que j’ai, et si je pouvais revenir en arrière dans le temps, évidemment que je me préparais bien mieux. C’est pour ça qu’il y a des joueurs qui arrivent à un top niveau, et d’autres non. Pour ces petits détails-là que je suis en train de te raconter.

Le fait d’avoir joué dans presque tous les continents est quelque chose d’enrichissant ?

Au niveau des expériences, je pense que ma carrière a vraiment été extraordinaire. J’ai vécu des expériences superbes, que je ne changerais pour rien au monde. C’est pour cela que je suis fier de ma carrière. Mais je sais que j’aurais pu jouer dans un championnat et une équipe de très haut niveau, mais je n’ai pas eu cette opportunité. Ou je n’en ai pas profité.

Si tu devais citer les meilleurs joueurs avec qui tu as joué, ça serait lesquels ?

(Il hésite longuement). Il y en a beaucoup qui m’ont plu. Drogba, Nasri, Ribéry, Nani, Moutinho, il y en a tellement … Dely Valdes. Il y a tant de bons joueurs que j’ai pu côtoyer. Mais on apprend de tous, des très bons comme de ceux qui sont ne sont pas aussi bons.

Si tu avais, pour terminer, un petit message pour les supporters marseillais, tu dirais quoi ?

Marseille n’a pas besoin d’un message de ma part. C’est une équipe qui, lorsque j’y jouais, avait le record d’affluence chaque année, avec une moyenne de 50.000 personnes. Aujourd’hui, je ne sais pas comment c’est, mais ils savent qu’ils vont vivre quelques années difficiles en raison du pouvoir économique du PSG. Mais ce sont des supporters très loyaux envers leur équipe et surtout à leur ville. Le supporter de Marseille se sent de sa ville, Marseillais. Ils sont comme ça. Par conséquent, le message serait de continuer comme ça, de continuer à encourager l’équipe et les joueurs comme ils le font depuis que je connais le club, et essayer de passer les années difficiles qui s’annoncent.

Sinon, tu connaissais Michel avant son arrivée à l’OM ?

Je ne le connais pas personnellement, mais, bien sûr, je connais sa carrière de joueur et d’entraîneur. Je sais qu’il a été beaucoup critiqué, mais le problème c’est que l’OM est une équipe qui doit toujours être championne, ou au minimum vice-championne. Et si l’équipe n’est pas derrière le PSG aujourd’hui, c’est un échec. C’est ce qu’ils sont en train de faire en ce moment, ils doivent toujours être dans les deux premiers au minimum.

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