Bonjour Kamso, est-ce que tu peux commencer par te présenter ?

Je m’appelle Kamso Mara, footballeur professionnel au Slovan Liberec et international avec la Guinée. Mon père est de Guinée et ma mère est Ivoirienne. J’ai grandi en Côte d’Ivoire, et je suis passé par l’ académie Cff Kebess, une académie sport-étude qui m’a beaucoup aidé, le centre venait d’être créé et voulait démarrer. Après mon départ, le centre a fermé pour cause de faillite. Un agent m’a vu quand il est venu en vacances à l’académie. C’est un Suisse, un ami du président du centre de formation. Il y avait 120 gamins et c’est moi qu’il a choisi. Il m’a dit qu’il voulait m’aider, m’emmener en Europe. Il a parlé avec mes parents et ils ont dit « Ok, puisqu’il aime le foot ». Je devais aller en Suisse au FC Sion mais ça n’a pas marché. Je suis tombé malade, j’ai eu la malaria.

Mentalement, c’était très compliqué, j’étais seul en Europe, loin de ma famille, malade. Ça m’a beaucoup aidé psychologiquement pour la suite mais à ce moment-là, je n’étais pas au mieux. Je lui ai dit que je ne voulais pas retourner en Afrique, j’ai appelé mon oncle en France qui m’a dit de le rejoindre. J’ai commencé à jouer dans le quartier et un jour, un arbitre m’a vu. Il a appelé le président du FC Mandrier qui m’a proposé de faire quelques entraînements pour voir. Après deux ou trois séances, ils m’ont proposé un contrat. On a fait un match contre le Lavandou, j’ai bien joué et c’est comme ça que le coach m’a appelé et j’ai signé là-bas la saison d’après.

Là aussi, j’ai fait deux saisons et lors de la seconde saison, le coach de Hyères, Dédé, m’a appelé, m’a dit qu’il me voulait. J’étais surpris car je jouais en huitième division et là, la quatrième m’appelle. Je ne m’y attendais pas. Ils m’ont fait un contrat d’une saison, j’ai joué et marqué 3 ou 4 buts. Puis un agent du nom d’Olivier Chavanon, l’ancien directeur sportif de Clermont, m’a approché. Il m’a dit qu’il me suivait depuis que j’étais au Lavandou, puis en CFA à Hyères. Il est venu, a vu des matchs comme les derbies contre Toulon. Il m’a proposé de travailler avec lui dans l’optique de partir en République Tchèque. Il travaille en partenariat avec mon agent Daniel Chrysostome. On a parlé un peu, il m’a montré les contrats, et le courant passait bien. Moi, mon objectif, c’était de devenir pro. Au départ, j’avais un peu peur de partir en République Tchèque, mais moi, j’étais focus sur une chose : devenir pro.

J’ai commencé à jouer dans le quartier et un jour, un arbitre m’a vu. Il a appelé le président du FC Mandrier qui m’a proposé de faire quelques entraînements pour voir. Après deux ou trois séances, ils m’ont proposé un contrat.

Kamso Mara, footballeur professionnel au Slovan Liberec

Il n’y a pas beaucoup d’argent mais le football se développe, c’est une très bonne visibilité. Ils m’ont emmené en seconde division à Vlašim. J’y ai fait six mois mais le coach ne me faisait pas confiance. J’ai joué trois matchs qui étaient bons. Alors mes agents Olivier et Daniel ont travaillé et un coach de première division m’a demandé en prêt. J’arrive en prêt à Vysočina. Au début, ils voulaient m’acheter mais Vlašim a refusé. Ils m’ont pris en prêt avec option d’achat. J’ai fait une très bonne demie-saison mais le club est descendu. C’est à ce moment que Liberec arrive. Entre Vysočina et Liberec, j’ai opté pour Liberec. C’est un club solide en République Tchèque.

Question pratique, tu as vécu comment ton premier hiver ?

C’était difficile, j’ai de la famille en France que j’ai laissée. J’avais un objectif, je suis resté concentré pour eux. Je voulais gagner ma vie et m’occuper de ma famille. Mon premier hiver a été très difficile, j’ai eu très froid. Quand tu es focus, tu dois t’ adapter. Dieu merci je me suis acclimaté. C’était très difficile, le coach ne me faisait pas confiance au début.

Source: © Kamso Mara

Tu arrives à Vysočina, comment ça s’est passé ?

Déjà, il y avait d’autres étrangers. Je fais toute la préparation en jouant et en arrivant en championnat, le coach me met sur le banc. Le deuxième match, je suis encore sur le banc. Pareil du troisième jusqu’au sixième. Je ne comprends pas. Et un jour, il me donne ma chance, le titulaire ne pouvait pas jouer. Et là, je marque. On fait une bonne prestation et on fait match nul 1-1. C’est à partir de là que j’ai enchainé les matchs. Et avec les étrangers, ça m’a beaucoup aidé. Il y avait Schumacher, qui est devenu un grand ami, on est tout le temps en contact.

En parlant d’intégration et de s’aider, certains francophones à Prague et dans les environs se voient souvent. Cela t’arrive aussi ?

Il y a N’Gimbi, un Français et un Brésilien Marco Tulio. C’est avec eux que j’étais le plus souvent, mais je ne sortais pas trop souvent. Cette année, on est souvent ensemble avec les étrangers du Slovan. Momo (ndrl Mohamed Tijani) est souvent à la maison, on a le même agent, il est plus jeune, je suis un peu son grand frère. Il y a une très bonne ambiance. Momo, il fait des blagues, c’est le mec cool, il nous fait marrer. Il est taquin.

La vie à Liberec ça donne quoi ? As-tu un conseil à donner à nos lecteurs pour la ville ?

J’aime bien, c’est une belle petite ville. Je me suis bien intégré. Les supporters m’ont bien accueilli. Quand je sors dans la rue, je signe des autographes. Je suis allé voir du hockey. C’est sympa. Je me sens bien à Liberec. Le centre ville est mignon, c’est une ville et une région verte. On est à côté des montagnes. Il y a une montagne très connue qui attire de nombreux sportifs, c’est Jested. Il y a un hôtel tout en haut, et on peut y prendre un café aussi. L’hiver on y skie, l’été on peut marcher, faire du vélo, etc. Et l’architecture de cet hôtel est particulière, c’est vraiment à voir.

Le centre ville de Liberec. Source: © Lazar van Parijs

Au niveau du foot, la saison a été excellente saison l’année dernière. Comment l’avez-vous vécue ?

La qualification européenne c’était incroyable. On est revenus de loin. Jouer la Coupe d’Europe, c’est une chance du coup, et en on profite cette année. La jouer c’est de l’exposition, de l’expérience, il y a beaucoup de joueurs qui aimeraient y être, donc c’est important de bien faire.

Tu découvres l’Europa après la huitième division. Pour toi, c’est quoi la suite ?

Depuis petit, j’ai un rêve et je suis entrain de me créer un nom. Maintenant, mon rêve et l’objectif, ça va être la Ligue des Champions. Il faut y aller étape par étape et ne pas chercher à les brûler. Il faut créer toi-même ton parcours, ta personnalité. C’est ce que je suis entrain de faire.

Cette saison c’est plus compliqué, comment tu l’expliques ?

La pandémie n’a pas aidé beaucoup de clubs. Je ne dis pas ça que pour nous, mais pour beaucoup de clubs. En championnat , on est à la sixième ou septième journée. Si tout se passe bien, on va remonter. On sait qu’on est déjà éliminés en Coupe d’Europe, mais on va jouer à fond le dernier match face à l’Etoile Rouge de Belgrade. On va prendre du plaisir. On va se concentrer ensuite sur le championnat.

Tu joues milieu, parfois en 10, parfois devant la défense. C’est quoi ton football ?

Je suis un milieu box to box, un numéro 8. Dieu merci, je suis polyvalent. J’ai joué aussi en défense centrale, arrière gauche, numéro 6, numéro 10. Quand il y a besoin, le coach le sait et il me met là.

Quelle est ta relation avec le coach Pavel Hoftych ?

Quand il est arrivé, le coach voulait voir de quoi j’étais capable et il a vu. Il a tout de suite compté sur moi et je ne l’ai pas déçu. J’espère lui avoir rendu la monnaie de sa pièce en marquant deux buts lors des qualifications pour l’ Europa League.

En République Tchèque, la meilleure ambiance c’est Ostrava. Je me souviens, j’avais marqué contre eux à la 86ème minute le but de la victoire. Les supporters étaient fous

Kamso Mara, footballeur professionnel au Slovan Liberec

Pour ton intégration, tu as appris le tchèque ?

Le club m’a beaucoup aidé, ils m’ont pris un professeur qui m’enseigne le tchèque. Avant, je ne parlais ni le tchèque ni l’anglais. Ça n’a pas aidé, c’était très difficile.

Tu es international guinéen aussi. Comment cela s’est fait ?

Déjà, je remercie Dieu pour ça. Ça s’est fait en octobre 2019, on a joué contre les Comores. Le coach m’a appelé, m’a dit qu’il avait vu mes vidéos, qu’on évoque mon nom en Guinée et qu’il voulait me convoquer pour le match à Paris. J’étais surpris, mais je n’ai pas posé de questions et c’est comme ça que je me suis envolé à Paris. On te donne une minute, deux minutes, cinq minutes, il faut les prendre et ne pas trop parler. Moi, le coach m’a donné une mi-temps contre les Comores. Il a vu qui j’étais.

Après, contre le Chili, c’est là que je suis rentré dedans quand on a joué en Espagne. J’ai donné une passe décisive. J’ai joué arrière droit, le coach aussi sait que je suis polyvalent. Quand on a joué contre le Mali, en première mi-temps, il m’a mis au milieu, et en seconde mi-temps milieu gauche. Quand on a joué contre le Tchad, il m’a mis arrière gauche. En club et en sélection, je ne sais pas si les deux coachs s’appellent, mais en tout cas, ils savent que je suis polyvalent.

Justement, en parlant de polyvalence, comment tu gères la tactique ?

Je l’ai beaucoup travaillée en CFA en France. Quand je suis arrivé en République Tchèque, le coach Martin Svědík, qui est maintenant le coach de Slovasko, m’a aussi beaucoup aidé. C’est lui qui m’a montré comment jouer au football en République Tchèque. C’est lui qui m’a montré comment je pouvais m’en sortir en République Tchèque. Il m’a donné des bases, il m’a vraiment aidé. Après, il n’est pas facile, il est très très très dur. Mais il m’a donné les clés.

Un mot sur le championnat tchèque ?

C’est un championnat qui est très dur. Il y a beaucoup d’athlètes. Souvent, les gens pensent qu’en République Tchèque, il n’y a pas de football. C’est faux. Je vais prendre un exemple : l’année dernière, le Slavia a fait 1-1 contre le Barça. Les coachs prennent des joueurs qui courent beaucoup. Ici, l’entrainement physique c’est tout, il y a beaucoup de courses. Au début, je n’étais pas habitué, mais quand le coach m’a donné le secret, là en dehors des entrainements collectifs, j’ai travaillé, travaillé et travaillé mon cardio. Je regarde beaucoup de matchs, je fais des footings, je me donne les moyens. J’aime bien regarder les équipes qui jouent au football comme le Barça, Arsenal. J’aime bien le championnat espagnol, c’est un championnat qui m’a fait rêver quand j’étais gamin. Ça joue au football.

Aujourd’hui, le championnat qui me fait le plus rêver, c’est la Bundesliga. Chaque match, les stades sont pleins, ils aiment le football là-bas. J’aime jouer quand les stades sont pleins. En République Tchèque, la meilleure ambiance c’est Ostrava. Je me souviens, j’avais marqué contre eux à la 86ème minute le but de la victoire. Les supporters étaient fous. J’aime jouer contre Ostrava, le stade est rempli, c’est le plus gros public de République Tchèque, ça me motive. Je me transcende. Ça m’aide, j’aime bien.   

Quel est le joueur avec qui tu as joué et qui t’a le plus impressionné ?

Ah ça c’est facile, c’est Naby Keita. Il est humble, respectueux et impressionnant. Il est vraiment fort, quand tu joues avec lui, tu sens que WOOOW. Il joue à Liverpool, il mérite.

Quand tu es en France, partir à l’Est n’est pas naturel. Mais vous êtes pas mal en Guinée à jouer en Europe de l’est. Est-ce qu’il y a une filière ?

Quand tu en es Afrique, on ne te parle que de la France. C’est bien la France, c’est un beau et grand pays, mais en dehors de la France, il y a d’autres pays qui aiment le football. C’est dommage de rester en France en CFA par exemple, alors qu’ils sont de très bons joueurs et ne prennent pas l’initiative de sortir de France pour tenter leur chance dans d’autres pays. Avant de venir en République Tchèque, j’ai entendu beaucoup de choses : ils sont comme-ci, comme ça.

Mais moi, je suis focus. Je me suis beaucoup renseigné avant de venir ici, mais j’ai aussi fait confiance à l’agent. On parle le même langage. Mon coach à Hyères m’a parlé de l’agent, j’ai regardé sur Google les joueurs de Daniel, les joueurs qu’il a placé en République Tchèque. Ça aide des joueurs à sortir de la galère. C’est un beau projet.

Quel est ton meilleur souvenir ?

La qualification pour l’Europa League, assurément. Tout le monde nous donnait perdants, on était outsiders. On a pris match après match. On a sorti des performances héroïques, ce n’était pas facile, mais ça a soudé les joueurs. Ça nous a donné une visibilité et on était très motivés. Pour nous, c’était le début de l’aventure européenne, quelque chose s’était créée.

Lazar van Parijs

Tous propos recueillis par Lazar van Parijs pour Footballski.

Photo d’illustration de l’article transmise par Kamso Mara pour les besoins de cet article.

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