On a discuté avec les Green Dragons de l’Olimpija Ljubljana

Olimpija, Ljubljana, Rastoder, Green Dragons
Damien F - Publié le 4 mars 2015

Les footballeurs de l’Olimpija Ljubljana préparent leur rentrée avec un match à rattraper contre l’ennemi Maribor le 04 mars. Le match devait se jouer à l’automne, mais l’Olimpija avait demandé à reporter le match, qui n’a pas pu être rejoué avant la trêve en raison des engagements européens de Maribor. Au stade Stožice, nous aurons droit à une belle introduction de la seconde partie de saison slovène entre deux équipes jouant le titre. Cependant, comme depuis de longs mois, la tribune nord sera vide, boycottée par le principal groupe de supporters, les ultras des « Green Dragons » en désaccord total avec les dirigeants du club et notamment Izet Rastoder.

Nous avons donc demandé des précisions aux Green Dragons à propos de leurs motivations et de leurs souhaits pour leur club.

Olimpija, Ljubljana, Rastoder, Green Dragons

@Green Dragons Ljubljana

« Pouvez-vous nous présenter le club et son mode de fonctionnement ?

L’Olimpija a été refondé en Mars 2005 en tant que NK Bežigrad (nom du quartier où l’Olimpija joue) après une banqueroute. Les Green Dragons étaient impliqués dans la fondation du club. Nous l’avons aidé dans tous les domaines et ils nous avaient donné leur soutien dans la bataille pour récupérer le nom Olimpija (qui est toujours un grand nom du défunt football yougoslave). Vers la fin de la troisième saison, Izet Rastoder a rejoint le club. Il a initialement opéré en tant qu’actionnaire et sponsor avant de nommer une femme qu’il avait sous contrôle comme présidente du club. Plus tard, il est devenu le président.

Le club est toujours organisé comme une association mais en Slovénie nous avons de très mauvaises lois. Les petits clubs locaux et les professionnels comme l’Olimpija fonctionnent selon les mêmes principes. La loi dit que dans une association ‘un membre = une voix’ et que tout le monde peut y prendre part en payant les droits d’entrée. Un statut officiel détermine la façon dont le club fonctionne et il doit y avoir une assemblée au cours de laquelle le président est élu. Mais ce statut a été détourné d’une manière très simple : Rastoder et son clan ont augmenté les droits d’entrée de 30 à 350€ moins de deux mois avant les élections ! Même le FC Barcelone a des droits d’entrée plus bas…  Pour cette raison, seuls les « amis » d’Izet Rastoder sont devenus membres. Et ces « amis » étaient des gardes de sécurité, des membres de son business, en bref des personnes qu’il est facile d’acheter et qui n’ont rien en commun avec l’Olimpija.

En changeant les statuts du club lors de cette pseudo assemblée, l’Olimpija est devenu la propriété d’un seul homme. Le club a été kidnappé et son futur est sombre. Notre club est devenu la propriété d’une personne  dont les intentions sont plus que douteuses et qui, en 6 ans au club, n’a rien fait de remarquable. On peut même affirmer qu’il a fait l’inverse puisque le club a perdu tout son crédit en Slovénie. Et le plus gros problème est que l’Olimpija a une énorme dette qu’elle doit au prétendu sauveur du club … Izet Rastoder.

(Le changement de statut n’a pas encore été confirmé par l’administration du pays, donc n’est pas valide pour le moment)

Quelles actions reprochez-vous à la présidence ?

Depuis que la Slovénie est devenue indépendante en 1991, les fans de l’Olimpija ont vécu très peu de moments heureux. Le dernier championnat remporté par le club date de 20 ans, en 1995, et rien ne va dans le sens du changement dans un futur proche. Durant ces 20 ans, nous avons connu une banqueroute, repartant en cinquième division slovène, jouant dans des villages pendant 4 ans. Chaque année, l’Olimpija a fini premier des divisions inférieures et nous sommes revenus en Prva Liga en 2009. Cependant,  les choses ayant mal tourné, tous les fondateurs du club sont partis et le club a perdu l’attention du public.

Personne ne parvient à travailler avec Izet, qui a pris très peu de bonnes décisions en 10 ans. La première chose dont il est accusé est d’avoir endetté l’Olimpija à lui-même. En six ans, il a investi 2,4 millions d’euros dans des contrats de sponsorship et il a prêté 5 millions au club. L’Olimpija doit lui rembourser ses prêts qui s’accumulent aujourd’hui à 3 millions d’euros. Nous pouvons affirmer qu’il a très peu investi dans le sponsorship et que le reste de ses apports sont des prêts avec taux d’intérêts. Vous comprenez pourquoi il néglige l’équipe de jeunes, il vend les joueurs, il n’a pas réalisé un seul investissement sur les terrains d’entraînement. Tout cela parce qu’il attend de se rembourser ses propres prêts.

Jan Oblak est le meilleur exemple du travail réalisé par l’Olimpija. Il a été acheté par Benfica et Rastoder s’est reversé une partie du transfert (10% soit 170.000€) et a publiquement osé affirmer qu’il avait donné cet argent aux équipes de jeunes ! Les dirigeants ont été si stupides que l’Olimpija  n’a rien obtenu lorsqu’Oblak a été transféré de Benfica à l’Atlético. On a donc perdu les 10% du transfert et l’indemnité de formation garantie par l’UEFA sur les transferts de joueurs. Voilà comment Izet travaille. C’est un incompétent et un escroc. Tout le monde se demande pourquoi il est encore au club et quelles sont ses intentions. Fait-il du blanchiment d’argent ou d’autres activités illégales ? Quoi qu’il en soit, la plupart des fans n’ont absolument pas confiance en lui.

green dragons, Olimpija, Ljubljana, Rastoder

La belle époque @Green Dragons Ljubljana

L’été dernier, les joueurs se plaignaient de problèmes de salaires et voulaient partir. De plus, l’Olimpija a perdu 1M€ sur l’année 2014. Connaissez-vous d’autres raisons à ces problèmes financiers à part les prêts de Rastoder et la faiblesse du sponsorship ?

La saison précédente de l’Olimpija a fini en catastrophe. Nous n’avons même pas été qualifiés pour l’Europe. Le club a perdu de l’argent depuis sa création car le management du club est incapable. Leur seul moyen d’engranger de l’argent au club est de vendre des joueurs. Il n’y a aucun plan de sponsoring ou de marketing. De toute façon, qui serait assez fou pour donner de l’argent à un mec comme Izet Rastoder ? Personne. Le club investit le montant minimum dans l’équipe récupéré grâce au sponsoring. Le reste se constitue de prêt sans option d’achat. Nous savons qu’il n’y a aucune logique derrière tout ça, mais c’est la manière dont notre club fonctionne.

Nous étions près d’un second effondrement ce printemps : les joueurs n’étaient plus payés, nous n’avions plus de président (ce qui est toujours le cas) et personne ne voulait manager le club. Nous ne savions même pas si notre club existerait toujours le jour suivant. Mais tout d’un coup, le Big Boss a changé d’état d’esprit. C’était pendant la signature de Jan Oblak à l’Atlético pour une grosse somme. Ils avaient probablement espéré une bonne somme du transfert, mais comme mentionné précédemment, leur stupidité fait qu’ils n’ont rien eu. Toujours est-il que les joueurs ont signé une prolongation de contrat et que le club fut « sauvé ». Par exemple, un salaire moyen en Slovénie est de 1300€ par mois et certains joueurs étaient rémunérés 600€ ou moins. Même les joueurs autrichiens de troisième division ont une meilleure paye.

Le retour à l’Olimpija de Milenko Asimovic, ancien grand joueur, en tant que directeur sportif, a-t-il calmé vos revendications ?

Milenko Asimovic est une des légendes du club. Son père était en charge, jusqu’à sa mort, du terrain du mythique stade Bežigrad (qui est aujourd’hui en décrépitude, comme beaucoup de choses dans notre pays). Sa prise de fonction pour la première fois en tant que directeur sportif fut une des plus belles périodes de notre club. Mais il partit rapidement en raison des mauvais résultats sur le terrain. Ensuite, il reprit étonnamment sa fonction au début de la saison. Milenko a, comme l’actuel sélectionneur de l’équipe nationale Srečko Katanec, un énorme soutien de notre part; mais avec certaines de ses actions, ce soutien devient de moins en moins important. Nous avons eu encore un mercato désolant en achetant des joueurs lowclass des Balkans.

Si vous placez une rose sur un tas d’excrément, ça empeste toujours. Durant le premier mandat de Milenko, nous avons bien travaillé ensemble et il pensait réduire la fracture entre les fans et le club en revenant. Cependant, nous ne sommes pas allé loin, car l’autre côté n’arrive pas à nous comprendre, ne veut pas négocier et vit dans un monde où il n’y a pas de place pour les vrais fans.

Pourtant, Rastoder avait déclaré « J’ai toujours défendu les vrais fans. J’ai été fair play avec les Green Dragons dès le début. Je leur ai donné des tickets gratuits, je les ai aidés pour les animations au stade et ils se sont retournés contre moi. En plus, je dois toujours payer des amendes pour ces hooligans. » Y a t-il donc d’autres raisons au boycott ?

Le club existait avant Rastoder, allait de l’avant et nous avions de bons compromis avec les premiers leaders du club. Alors c’est vrai, le club a aidé les fans, comme cela est attendu dans nos régions. La principale raison du boycott est que nous ne sommes pas satisfaits avec la façon dont est managé l’Olimpija. Il y a quelques années, nous avons aidé à la fondation du club en rédigeant certaines règles et des objectifs pour que l’Olimpija devienne un club stable dans le futur. Aucune de ces règles et objectifs n’ont été récemment mis en vigueur. L’Olimpija est le club slovène le plus connu et était considéré comme un symbole de notre football. Tous les joueurs du pays voulaient jouer pour le club.

Désormais, Izet Rastoder a complètement inversé la tendance avec ses décisions stupides. Le club n’a pas de direction de management, pas de président, pas de services médicaux … et la liste peut s’allonger encore et encore. Ce sont pourtant des conditions nécessaires à la stabilité d’un club. Dans le même temps, Rastoder a payé d’anormales indemnités de transfert pour certains joueurs alors que la moitié de l’effectif joue pour le salaire minimum. Le résultat de cette situation folle est que les joueurs actuels ne peuvent plus attendre pour quitter le club et les joueurs de notre ère géographique qui pourraient nous rejoindre évitent l’Olimpija à tout prix.

Ils ont perdu la plupart des fans loyaux et les spectateurs en général. Les Dragons ont attendu 4 mois avant de boycotter en espérant que nous parviendrions à obtenir certaines informations mais nous n’en avons eu aucune. En rajoutant que le club n’a pas de leader et n’a pas accédé à notre requête principale (à savoir que nous voulions que toutes ces erreurs et irrégularités soient dévoilées au grand public), nous avons décidé de boycotter les matchs à domicile. Maintenant, c’est à eux de décider s’ils veulent que les supporters reviennent dans les tribunes, si jamais on leur manque. Mais les déclarations, comme celle que tu as mentionné, accentuent toujours plus la fracture entre les fans et le club. »

 

Nous remercions fortement les Green Dragons pour leur explications et leur disponibilité. Bonne route à eux sur le chemin de l’indépendance ! Vous pouvez les retrouver ici :

– Leur page Facebook

– Leur site Internet

Remerciement également pour SlovenianFooty qui m’a éclairé sur la situation de l’Olimpija.

Damien Goulagovitch

On a discuté avec les Green Dragons de l’Olimpija Ljubljana
4.5 (90%) 2 votes

A propos de l'auteur

Damien F

De contrées en contrées, où le vent du #footballskitrip me mène.

pays de l'auteur footballski
pays de l'auteur footballski

2 Commentaires

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
#27 Les images de la semaine

Bosnie: De difficiles conditions de jeu ! Le FK Sarajevo l'a emporté en patron à Gradacac pour cette 16è journée...

Fermer