On a discuté avec Aristide Bancé, globe-trotter et attaquant du FC Riga

Maxime Bonnet
Maxime Bonnet - Publié le 16 octobre 2016

Arrivée surprise de ce dernier mercato estival en Lettonie, Aristide Bancé est certainement l’étranger au CV le plus fourni n’ayant jamais évolué en Virsliga. Après avoir bourlingué dans pas mal de pays (douze pour être exact), on a voulu comprendre comment et pourquoi il avait répondu favorablement à la proposition du FC Riga, club aux dents longues, mais qui lutte pourtant actuellement pour son maintien dans l’élite du football letton. Je me suis donc rendu pour Footballski au domicile du joueur -une immense villa située dans un lotissement fermé et gardé comme on en voit dans les films américains- et durant près de deux heures nous avons échangé sans langue de bois.

Pour commencer cette interview : qu’est-ce qui t’as pris d’accepter de venir jouer au foot en Lettonie ? Sincèrement, je suis heureux de te voir ici et c’est un sentiment partagé par l’ensemble des amoureux du football en Lettonie, mais franchement, tu n’aurais pas pu trouver mieux ?

En fait, pour être honnête, c’est la seule offre sérieuse que j’ai eue et qui me permette d’atteindre mon objectif de jouer en sélection. Il y a la CAN 2017 qui débute en janvier et je ne souhaite qu’une chose, c’est la disputer dans la peau d’un titulaire. Je veux jouer pour mon pays, je veux qu’avec mes frères du Burkina on fasse une grande CAN 2017, et qu’on réédite la même performance qu’en 2013 (1). Et pour être sélectionné et performer, je dois jouer. Il me fallait donc trouver un club me permettant d’accumuler rapidement du temps de jeu et mon agent (2) m’a trouvé ce club du FC Riga en me disant qu’ici, clairement, je jouerai et je serai payé. Alors je n’ai même pas réfléchi une seconde, c’était la fin du mois d’août, je n’avais pas d’autres offres à l’horizon. J’ai accepté et j’ai pris le premier avion. Il y avait des clubs français intéressés, mais ils ne voyaient pas d’un bon œil que je parte en janvier pour disputer la CAN avec mon pays. Et encore une fois, pour moi, la CAN, la sélection, c’est le plus important dans ma carrière de footballeur.

Revenons sur une expression que tu viens de citer « tu seras payé », tu peux m’expliquer ce que tu entends par là ? Un joueur comme toi qui a joué à Dubaï et au Qatar ne va quand même pas me faire croire qu’il est venu en Lettonie pour l’argent ?

Non, c’est sûr que non. Je ne suis pas ici pour l’argent. L’argent, j’en ai gagné dans ma carrière, notamment durant mon passage de deux ans dans le golfe persique et franchement ici je ne gagne rien ou presque. Encore une fois, je suis là pour la sélection. Les Étalons (3) c’est tout ce qui m’importe, le salaire, pour moi, ne compte pas. Mais si j’ai utilisé cette expression, c’est tout simplement parce que les derniers clubs dans lesquels j’ai joué ne m’ont pas tous payé. Et ici, au moins, j’ai l’assurance que le club payera. Mon agent m’a dit que le club était super réglo là-dessus et mes coéquipiers me l’ont rapidement confirmé. Les salaires sont bas, mais au moins on est payé.

Ensuite, je suis parti pour l’Europe, en Belgique plus exactement, au KSC Lokeren. Là-bas, j’ai vu la neige et j’ai connu le froid pour la première fois. C’était complètement différent, il a fallu m’adapter à peu près à tout. La météo, le football, la vie…

Justement, si tu le veux bien, revenons sur ta carrière et les nombreux clubs pour lesquels tu as joué (dix-huit au total, NDLR). Quand on regarde ton CV, on a l’impression que tu n’as jamais eu le temps de poser tes valises… Tu peux nous dire pourquoi ?

En fait, il y a plusieurs raisons à cela. Pour commencer, en Afrique, j’ai grandi et vécu à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Et comme beaucoup de Burkinabais, lorsque les événements de 2002 ont commencé, je suis parti sur Ouga (Ouagadougou, la capitale du Burkina-Faso, NDLR) avec mes parents. C’était juste un moyen pour nous d’échapper au putsch militaire et, en quelque sorte, de protéger nos vies. Ensuite, je suis parti pour l’Europe, en Belgique plus exactement, au KSC Lokeren. Là-bas, j’ai vu la neige et j’ai connu le froid pour la première fois. C’était complètement différent, il a fallu m’adapter à peu près à tout. La météo, le football, la vie… Bref j’ai eu de la chance, car lors de mon arrivée au club il y avait beaucoup de joueurs africains (3 Ivoiriens, 3 Guinéens, 2 Burkinabés et 1 Congolais, NDLR). Ils ont clairement participé à mon adaptation rapide et puis sur le terrain ça s’est vite bien passé. J’ai vite trouvé le chemin des filets, j’avais la confiance du coach (4) et après deux ans et demi, le club a décidé de me vendre à un club ukrainien. À l’époque, l’AS Nancy Lorraine me voulait, mais ils ne proposaient que 800k€ lorsque les ukrainiens en proposaient 1,7m. Alors comme je l’ai dit le club a décidé pour moi et j’ai accepté un peu contre mon gré.

Dommage que ça n’est pas pu se faire avec l’AS Nancy Lorraine, j’imagine que pour toi la perspective d’évoluer en France, dans un pays dont tu maîtrises la langue, aurait été plus simple, non ? Quel souvenir as-tu de ton passage en Ukraine ?

Franchement, je vais te le dire honnêtement, j’ai voulu partir après le premier match. C’était vraiment dur la vie là-bas pour moi. Déjà la langue, mais aussi les cris des spectateurs dans les tribunes. Dès que je touchais le ballon ou que je m’approchais d’eux, ils se mettaient à crier (Aristide porte les mains à sa bouche et imite des cris de singe) et ça, franchement, c’est très dur. Tu ne peux pas faire abstraction.

© FC Riga, avec autorisation du club.

© FC Riga, avec autorisation du club.

En effet, je comprends très bien. J’imagine que c’est l’une des raisons qui t’a donc poussé à rentrer en Belgique si rapidement ?

Exactement. Comme je t’ai dit, après le premier match je voulais déjà rentrer. J’ai alors rencontré Dimitri (son agent) et je lui ai dit qu’il fallait me transférer dès le mercato hivernal. Je suis donc resté six mois et puis je suis revenu en Belgique, au Germinal Beerschot.

Juste avant de parler de ton retour en Belgique, une petite question sur l’Ukaine. Comment était ta vie quotidienne au pays ?

Franchement, à part le foot, je ne sortais pas. Je ne me rappelle même plus du nom de la ville où j’étais… Attends, ah si, à Donetsk je crois (il s’agit en effet de Donetsk. Aristide a joué pour le deuxième club de la ville, le Metalurgdonetsk, NDLR). Bref j’ai oublié tout cela.

Lors de ton retour en Belgique, tu n’as presque pas marqué là-bas. Que s’est-il passé ? Tu as perdu ton football en Ukraine ?

En fait, non. Moi, je me sentais bien, mais le coach en place, lui, ne m’accordait pas sa confiance. Le club était un peu instable (tellement instable que le club des Germinal Beerschot fut dissous pour des problèmes financiers en 2013, NDLR) et c’était le directeur sportif qui m’avait fait venir au club. De ce fait, je n’ai que peu joué, soi-disant car « je n’entrais pas dans le style ».

Ça arrive malheureusement souvent dans les clubs où les arrivées de joueurs ne font pas toujours l’unanimité. J’imagine que ça doit être hyper frustrant de ne pas s’entendre avec son coach pour des raisons disons « pas vraiment rationnelles », non ? Comment as-tu géré la chose de ton côté ?

J’ai tout simplement attendu que la saison se termine. J’ai continué à travailler dur aux entraînements en espérant que le coach change un peu son point de vue, mais rien n’en a été ainsi. La meilleure chose possible était de partir. C’est là que je suis arrivé en Allemagne, au Kickers Offenbach.

Voilà, l’Allemagne, nous y venons. C’est le pays dans lequel tu as le plus brillé, si je puis dire ainsi.

Franchement, c’était le top! Déjà quand je suis arrivé au Kickers Offenbach, je me suis retrouvé dans une situation opposée au Germinal Beerschot. Le coach des Kickers Offenbach était un ancien du KSC Lokeren. Il me connaissait et il me voulait absolument. Il savait que j’allais briller. Pour te dire, ils sont même venus me chercher en voiture en Belgique pour que je puisse partir à temps en stage en Turquie avec l’équipe! Bref, j’y ai retrouvé mon football ainsi que la confiance. J’ai fait six bons mois (4 buts en 10 matchs, NDLR) au point que le FSV Mayence 05 s’intéresse à moi. Franchement, pour moi, c’était une énorme opportunité. Le FSV Mayence 05 était clairement un prétendant pour l’ascension en Bundesliga. Je n’ai donc pas hésité et j’ai dit oui tout de suite. Restait plus qu’aux clubs de se mettre d’accord et ils ont rapidement trouvé un terrain d’entente aux alentours des 500 000€.

Justement, si je ne me trompe pas, tu as joué sous les ordres de Thomas Tuchel là-bas. C’était comment ?

En fait non, quand je suis arrivé le coach s’appelait Jorn Andersen. On a fait une très bonne année et on est monté en Bundesliga. Moi de mon côté j’ai fini meilleur buteur du club et du championnat avec 14 buts plus 3 en coupe.

Ce n’est que lors de l’ascension en Bundesliga que Tuchel a été nommé au poste d’entraîneur alors, c’est bien cela ?

Oui, c’est tout à fait ça. Lors de son arrivée, Tuchel a décidé de faire signer un attaquant hongrois qui s’appelle Adam Szalai en provenance du Real Madrid. Il venait clairement en tant que titulaire. Sauf qu’à force de travail durant la période de pré-saison, j’ai convaincu le coach Tuchel de m’accorder sa confiance et c’est moi qui étais titulaire. J’ai super bien commencé. J’ai rapidement inscrit 5 buts et puis, après ça, la disette. Je suis resté 10 matchs sans marquer. C’est énorme pour un avant-centre comme moi, mais le coach a été extraordinaire. Il m’a dit que pour lui l’important était que je me batte sur le terrain et que les résultats généraux de l’équipe soient bons. Étant donné que l’on gagnait, il a continué à me titulariser et puis, contre le Herta Berlin, j’ai enfin retrouvé le chemin des filets. Au total j’ai inscrit 10 buts sur la saison entière et tout le monde parlait de moi.

© FC Riga, avec autorisation du club.

© FC Riga, avec autorisation du club.

J’imagine, mais alors pourquoi décider de partir à Dubaï ? Pourquoi ne pas rester à Mayence et jouer en Bundesliga ? Tu n’avais encore que vingt-sept ans…

Franchement, je te le dis honnêtement, je suis parti pour l’argent. Au FSV Mayence, quand je suis arrivé, j’étais un joueur prometteur de deuxième division, rien de plus. J’avais un salaire assez bas. Après l’ascension en Bundesliga, le club n’avait pas augmenté mon salaire malgré ma première place au classement des buteurs. Alors, à la fin de la première saison de Bundesliga, avec mon agent, on a voulu discuter avec le club et demander une augmentation de salaire. Et tout ce que je me suis vu offrir c’est 5 000€ d’augmentation par mois. Bref, ce n’était presque rien et je l’ai mal pris. J’ai demandé à rediscuter avec les dirigeants, mais ils ne voulaient rien entendre. Alors mon agent a essayé de me trouver un nouveau club et c’est à ce moment-là que l’opportunité Al-Ahli est apparue. Financièrement c’était une proposition incroyable. On parle d’un montant à six chiffres net d’impôt par mois. Ils ont racheté mes deux dernières années de contrat au FSV Mayence 05 pour 5 millions d’euros et j’ai signé là-bas pour quatre ans.

J’ai eu la chance de jouer avec Fabio Cannavaro, il avait 38 ans, il était fatigué, mais c’est quand même quelque chose d’évoluer avec un tel joueur.

Et le football à Dubaï ?

C’était compliqué. En fait, à cause de la chaleur, on s’entraînait qu’à partir de 20h00. Du coup, forcément, les journées étaient longues. Et puis le niveau était plus faible qu’en Europe. Là-bas, tu ne peux inscrire que trois joueurs étrangers dans ton équipe. Et les locaux n’étaient clairement pas au niveau. Moi j’ai eu la chance de jouer avec Fabio Cannavaro, il avait 38 ans, il était fatigué, mais c’est quand même quelque chose d’évoluer avec un tel joueur. Et puis surtout c’était financièrement hyper intéressant, ma femme adorait la vie là-bas.

Mais alors pourquoi tu n’y es resté qu’un an si c’était tant le pied que ça ?

On va dire que c’est à cause du « business des agents ». Comme je te l’ai dit, chaque club ne peut inscrire que trois joueurs étrangers par équipe alors les places sont chères et pour mon agent c’était un bon business de faire venir un nouveau joueur tous les ans à Al-Ahli. Du coup, je suis parti au Qatar pour libérer une place et ainsi permettre à mon agent de signer un nouveau joueur au club d’Al-Ahli.

J’imagine que le Qatar et Dubaï sont financièrement équivalents ?

Pour moi oui, c’était toujours intéressant, car j’ai, en fait, été prêté par Al-Ahli à Umm-Salal SC qui prenait en charge la totalité de mon salaire.

© FC Riga, avec autorisation du club.

© FC Riga, avec autorisation du club.

Et au niveau du football, c’est également comparable ?

Non, pas vraiment. Au Qatar le foot est vraiment professionnel. Tu t’entraînes deux fois par jour et le niveau est nettement plus élevé. Le championnat est plus relevé et tu dois vraiment travailler pour marquer des buts. Moi je voulais gagner, toujours gagner alors je faisais tout pour y arriver.

Pourtant après une année tu pars de nouveau : direction la Turquie !

Oui, encore une fois c’est un peu à cause du business de mon agent. À la fin de mon prêt, j’aurais logiquement dû rentrer à Al-Ahli, mais soi-disant le coach ne me voulait pas alors ils m’ont proposé de me prêter en Turquie à Samsunspor, pas loin d’Ankara, je crois. Là-bas niveau budget c’était différent, alors j’ai négocié avec mon club dubaïote afin qu’il me paye cinq mois de salaire pour que j’accepte d’être prêté en Turquie. Ensuite, c’est moi qui ai négocié mon salaire avec le club turc et malheureusement ils n’ont pas tenu leurs engagements. Dès le premier mois, ils ont commencé à trouver des excuses pour expliquer le fait qu’ils ne me payaient pas. Pourtant j’avais bien commencé. J’avais même inscrit un but lors de mon premier match. Et tous les mois c’était le même problème, ils ne me payaient pas. J’en ai eu marre et au mois de février je leur ai dit que s’ils ne me payaient pas je voulais partir et porter l’affaire devant la FIFA. Au final, on a trouvé un terrain d’entente, ils m’ont payé quatre mois – alors qu’ils m’en devaient six – et je suis rentré à Dubaï. Là-bas je n’ai pas pu jouer, car les quotas des joueurs étrangers étaient atteints, alors je me suis entraîné en attendant le mercato estival.

Et là, sans trop de surprise, tu as des clubs allemands qui s’intéressent à toi. Tu y avais laissé tellement de bons souvenirs…

Oui exactement, et puis moi aussi j’étais content de pouvoir rentrer en Allemagne. J’étais un petit peu fatigué de tous ces voyages et j’avais pour ambition de retrouver un football de haut niveau et de me préparer pour la CAN 2013. Coach Put m’avait encouragé dans ce choix-là.

Le retour à Ouaga était fou. On a vraiment été accueilli comme des héros par des milliers de personnes.

Tu es transféré à Augsbourg, en Bundesliga, un championnat que tu connais, pourtant tu ne joues presque pas. Pourquoi ?

Au départ j’ai eu du mal physiquement à me plier de nouveau aux exigences d’un championnat relevé tel que l’est la Bundesliga. Je manquais clairement de rythme et malgré le préparateur physique qui m’était attitré j’avais du mal à retrouver la forme.

Et pourtant, paradoxalement, en janvier 2013, tu quittes Augsbourg pour rejoindre la sélection burkinabaise sans avoir inscrit le moindre but. Avec les Étalons, tu réalises une CAN de folie, avec notamment un but contre le Ghana en demi-finale…

Oui, mais c’est la sélection. C’est vraiment très spécial pour moi. J’avais la confiance du coach, on avait une bonne équipe, on s’entendait bien… J’ai mis deux buts et le retour à Ouaga était fou. On a vraiment été accueilli comme des héros par des milliers de personnes.

Je veux bien te croire, c’est un bel exploit que vous avez réalisé et je sais ce que peut représenter le football dans un pays africain. Tout est multiplié par dix, niveau émotion. Justement, après cette CAN 2013, ce n’était pas quelque part difficile de te remettre au travail avec Augsbourg ? Il me semble que tu n’as quasiment pas joué à ton retour de la CAN ?

Non, ce n’est jamais trop difficile, je suis un professionnel. Le problème c’est que je me suis blessé au bras, une mauvaise fracture qui m’a tenu éloigné des terrains pendant près de 6 semaines. La saison était presque finie pour moi du coup.

© FC Riga, avec autorisation du club.

© FC Riga, avec autorisation du club.

La saison suivante, tu pars en prêt au Fortuna Düsseldorf, pensionnaire de deuxième division. Là-bas aussi tu ne joues pas beaucoup plus…

Oui, en fait je me suis recassé le même bras deux fois dans la même saison. J’ai donc vu ma préparation tronquée et j’ai dû revenir deux fois. Ce n’était pas facile, c’est vraiment la malchance qui s’est abattue sur moi. Trois fractures du même bras en l’espace d’un an, c’est vraiment un mauvais coup du destin.

Cette seconde aventure allemande est donc plutôt un échec pour toi et annonce la suite de ton voyage footballistique. Après avoir évolué en Belgique, en Ukraine, en Allemagne, à Dubaï, au Qatar et en Turquie, te voilà en Finlande.

En fait, à mon retour au FC Augsbourg, j’ai vite compris que je n’aurai pas ma chance. Alors j’ai demandé à mon agent de trouver une solution pour moi, notamment un club dans lequel je pourrai retrouver du temps de jeu après mes galères au bras. Le HJK Helsinki m’a fait une bonne proposition et le club jouait l’Europa League, alors je n’ai pas trop hésité et je suis parti.

Tu en gardes un bon souvenir ?

Franchement, c’était bien. Le niveau n’est pas mauvais du tout, les entraînements étaient bons, le club est professionnel et les gens, la vie, tout est calme là-bas. Seulement, après l’élimination du club en Europa League, on m’a proposé une résiliation de mon contrat à l’amiable, car ils disaient ne pas avoir assez d’argent pour payer mon salaire. J’ai accepté et mon agent m’a trouvé un club au Kazakhstan.

Tu signes en effet en tant qu’agent libre au Irtysh Pavlodar, c’est bien ça ?

Oui.

Un nouveau voyage qui ne se passe pas très bien non plus.

Difficile, très dur même pour un Africain. Comme en Ukraine, les gens quand ils te voient dans la rue ils se mettent à crier. Pourtant la ville était bonne. En fait je ne suis pas resté longtemps, mais j’ai quand même joué une dizaine de matchs et j’ai marqué deux buts. Le problème, c’est que j’avais signé un contrat de neuf mois en arrivant et que les dirigeants ne me payaient qu’à moitié. Alors, comme en Turquie, ça a commencé à me prendre la tête. Pour être bon, il faut avoir l’esprit tranquille pour pouvoir se concentrer à fond sur le football.

J’imagine donc que c’est ce qui a précipité ton départ en Afrique du Sud, le pays de ton exploit lors de la CAN 2013.

Oui c’est bien ça. Mais avant de partir, j’ai informé la FIFA de mes déboires avec le club kazakh.

Espérons que tu aies gain de cause…

Tu as de nouveau dû t’adapter à une nouvelle ville, un nouveau coach, un nouveau football.

J’habitais Port Elizabeth, c’est vraiment une chouette ville. En plus on jouait dans un beau stade neuf. J’ai commencé à enchaîner les matchs et de nouveau j’ai commencé à avoir des problèmes pour me faire payer. Les dirigeants repoussaient toujours les paiements, ne payaient pas le montant total qu’ils me devaient et me faisaient de fausses promesses. J’ai donc décidé de leur mettre la pression, mais on n’a pas réussi à avoir gain de cause avec mon agent. Alors j’ai de nouveau porté l’affaire devant la FIFA et je suis parti. Je pense que pour le club, ma venue était comme un coup médiatique : faire venir un joueur qui a joué, marqué en Bundesliga et qui a brillé pendant la CAN 2013 dans le pays…

Je suis prêt à accepter même une offre d’un club évoluant en National. L’argent n’est plus un problème pour moi et au moins, en France, ça serait l’occasion pour ma famille de vivre tranquillement avec moi.

Je note beaucoup de désillusion dans ton parcours. Ton histoire est à raconter aux jeunes qui veulent devenir footballeur et qui pensent que tout est rose. Je comprends mieux ton parcours et pourquoi tu as décidé de venir entretenir ta forme, ici, en Lettonie afin de pouvoir disputer cette CAN 2017 qui est si chère à tes yeux. Justement, comment te sens-tu aujourd’hui et combien de temps penses-tu rester jouer en Virsliga ?

Sincèrement, je me sens super bien. Je suis bien physiquement et je retrouve petit à petit la compétition, c’est ce que le coach Duarte (6) m’a demandé. Comme je te l’ai dit en début d’interview, mon but est de disputer la CAN dans la peau d’un titulaire. Je veux que nous réalisions un beau parcours avec le Burkina et je ne pense pas trop à l’après. J’ai signé au FC Riga pour neuf matchs, voilà tout ce que je sais et ce que je peux te dire…

© FC Riga, avec autorisation du club.

© FC Riga, avec autorisation du club.

J’entends bien, mais si tu pouvais choisir ta prochaine destination tu irais où ? Tu envisagerais de rester ici encore une saison ou tu penses plutôt de nouveau changer d’air ?

Si tu me donnes le choix, moi, je serais ravi de pouvoir jouer en France. J’en avais l’opportunité avec l’AS Nancy-Lorraine et cela ne s’est pas fait à cause des raisons que je t’ai dites et franchement, aujourd’hui, je suis prêt à accepter même une offre d’un club évoluant en National. L’argent n’est plus un problème pour moi et au moins, en France, ça serait l’occasion pour ma famille de vivre tranquillement avec moi.

Justement, tu évoques le sujet de la famille, tu es marié ? Tu as des enfants ?

Oui je suis marié et j’ai un fils. Ma femme est la sœur d’Aruna Dindane, si tu connais ?

Oui, je connais! Ils t’ont suivi dans tes différents voyages ?

Maintenant ils habitent Abidjan, mais nous vivions ensemble jusqu’à ce que je parte pour la Finlande. L’avenir était incertain et ma femme n’aime pas trop le froid alors on a décidé ensemble que c’était mieux qu’ils restent à Abidjan.

Tu ne les vois pas souvent alors. J’imagine que ce n’est pas toujours facile ?

Oui c’est difficile, mais lorsque je rentre pour la sélection je m’arrange toujours pour faire escale à Abidjan et passer du temps avec eux.

Merci, Aristide, pour cette interview. Juste deux dernières questions avant de te quitter : dans quel club/pays as-tu préféré jouer ? Et que penses-tu du niveau global de la Virsliga ?

Franchement, Mayence, c’était incroyable. L’ambiance, les fans, le club… Tu joues devant 30-35k personnes et puis j’étais au sommet de ma carrière, tout le monde me connaissait en Bundesliga. Aussi, pour ma femme, l’Allemagne était un bon pays, elle s’y plaisait beaucoup.

Concernant la Virsliga, le niveau général n’est pas mal, mais on a quand même tendance à trop utiliser de longs ballons. Aussi, nous, au FC Riga, les ailiers portent trop le ballon. On joue en 442, donc quand tu as deux attaquants de pointe il faut lâcher le ballon, centrer… C’est difficile parfois, mais mes coéquipiers sont sympas, tout le monde fait l’effort de me parler anglais sauf le coach qui ne m’a jamais parlé. C’est un peu dommage, mais c’est son choix. Moi je respecte les consignes, je m’entraîne et je me donne à fond… Comme je te l’ai dit, mon but est d’accumuler du temps de jeu pour pouvoir jouer avec la sélection de coach Duarte.

Maxime Bonnet


Image à la une : © FC Riga, avec autorisation du club.

(1) Le Burkina-Faso avait alors atteint la finale de la compétition (défaite face à la Zambie d’Hervé Renard) grâce à un but d’ArstideBancé en demi-finale face au Ghana

(2) Son agent n’est autre que Dimitri Seluk, l’agent de Yaya Touré qui a récemment fait la polémique après ses déclarations à l’encontre de Pep Guardiola. Aristice et Dimitri se sont rencontré lors du passage d’Aristide au Metalurg Donetsk

(3) Surnom donné aux joueurs de la sélection burkinabaise

(4) Il s’agit de Paul Put qui fut également le sélectionneur du Burkina-Faso de 2012 à 2015, notamment donc lors de l’épopée de la CAN 2013

(6) Il s’agit de Paulo Duarte, l’actuel sélectionneur du Burkina-Faso

On a discuté avec Aristide Bancé, globe-trotter et attaquant du FC Riga
4.7 (93.33%) 9 votes

A propos de l'auteur

Maxime Bonnet

Maxime Bonnet

Français vivant à Riga, en Lettonie.

pays de l'auteur footballski

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
Semaine #41 – 2016 : Matchs du week-end et bons coups

Vous êtes fans du foot de l'est et cherchez à savoir ce qu'il se passe ce week-end ? Vous avez...

Fermer