Natif de Paris, Amadou Sanohko a fait ses armes au prestigieux FC Nantes, avant d’entamer un tour d’Europe qui l’a d’abord mené en Italie, puis en Angleterre, avant qu’il ne débarque dans un pays où il se fera un nom : la Grèce. L’occasion d’un riche entretien qui évoque, notamment, les peines et les joies du football au bord de la mer Méditerranée.

Tu es né à Paris mais tu as été formé à Nantes. Comment as-tu débarqué chez les Canaris ?

J’étais au PUC, le Paris Université Club. C’était situé à Charléty, pas très loin de chez moi, et c’était un bon club de jeunes à l’époque. J’ai fait toute mon évolution là-bas, jusqu’à 18 ans. Et là, je suis parti aux États-Unis, dans un centre appelé Bollettieri Sports Academy. En fait, c’était pour le tennis à la base, mais ils avaient commencé à ouvrir pour le football. Le soccer était plus féminin à l’époque, donc on arrivait là-bas pour promouvoir le football masculin. Ils avaient mis les moyens pour faire quelque chose de bien. Ça n’a pas duré longtemps, environ cinq ou six mois. Et quand je suis revenu, j’ai signé à Nantes.

Tu es resté trois ans à Nantes : quels souvenirs gardes-tu de ton passage dans l’un des clubs majeurs de France ?

À l’époque où j’y suis passé, c’était le meilleur centre de formation de France. Le jeu pratiqué était à une ou deux touches de balle, et c’était vraiment du vrai football. Je me levais le matin avec le sourire, parce que j’attendais juste l’entraînement. Il y avait tellement de thèmes, comme des jeux en triangle que le Barça, ensuite, a montrés au monde entier. À Nantes, ça se faisait depuis longtemps, mais comme ce n’était pas de grands joueurs, on n’en parlait qu’en France, et pas trop à l’étranger. En CFA, on tapait tous les autres centres de formation.

« J’ai appris beaucoup de choses différentes en Italie, notamment sur la tactique et le physique. »

Tu en es parti sans trop jouer en professionnel, pourquoi ?

Pour moi, il ne me manquait rien (rires). J’étais prêt à jouer au-dessus, parce que je m’entraînais souvent avec les pros. Après, je pense que Raynald Denoueix n’avait pas un très bon rapport avec les jeunes du club. Je ne veux pas rentrer dans les détails, mais bon… (il hésite). Denoueix n’aimait pas trop les petits jeunes basanés. Si vous regardez bien à l’époque, il y avait Patrick Suffo, Salomon Olembé et Alioune Touré qui étaient avec les pros, mais c’était Claude Suaudeau qui les avait fait monter. Après, les deux autres qui ont suivi ont été Eric Djemba-Djemba et Jean-Hugues Ateba, mais ils avaient tout cassé à la CAN U20 avec le Cameroun, et de gros clubs étaient sur eux, donc Nantes était obligé de les faire signer.

Tu rejoins ensuite l’Italie, et plus particulièrement Modène, au début des années 2000. Un environnement radicalement différent…

J’ai appris beaucoup de choses différentes, notamment sur la tactique et le physique. C’est la première fois que je mangeais des préparations d’une telle intensité (rires). D’ailleurs, à ce niveau, ils ont allégé, parce qu’ils ont vu qu’ils étaient à la traîne au niveau européen, et qu’ils ne gagnaient plus rien. Mais à l’époque, il y avait trois entraînements par jour, parfois à la montagne. Moi qui aimait bien courir, j’ai vraiment appris ce qu’était une préparation. Quand j’arrive là-bas, c’est une très bonne équipe qui arrive de Serie C. Ils ont gardé les mêmes joueurs, avec deux ou trois renforts. Il y avait Marco Ballotta, un très grand gardien qui amenait son expérience, et ils ont récupéré de bons joueurs, comme Stefano Mauri, qui est devenu le capitaine de la Lazio, Omar Milanetto, le futur capitaine du Genoa ou encore Mauro Domizzi, passé ensuite par l’Udinese. Le groupe était vraiment bon. Quand je suis arrivé, j’étais au niveau, mais je me retrouvais, à 21 ans, face à des joueurs d’expérience, donc j’ai demandé à être prêté, car sinon je n’allais pas jouer.

Après un passage remarqué en D2 grecque, Amadou Sanokho a pu rejoindre l’échelon supérieur, en signant à l’Atromitos. © Intime

Tu as bien accroché au football italien ?

Moi, ça m’a plu. Je suis plutôt un joueur assez complet, donc tous les championnats peuvent me correspondre, mais j’ai bien aimé la rigueur en Italie. Quand tu es jeune, tu vas à l’entraînement pour te dire que tu vas progresser, mais c’est un jeu. Alors que quand tu arrives en Italie, tu te rends compte qu’il y a une certaine rigueur à avoir. Cette rigueur à l’entraînement, tu l’auras aussi en match, et c’est ce qui va faire la différence. En Italie, ils aimaient le beau jeu, mais ils préféraient la victoire (rires).

Après la France et donc l’Italie, tu rejoins cette fois l’Angleterre. D’abord à West Ham, puis dans d’autres clubs (Burnley et Oldham) ensuite...

Quelque chose de totalement différent, encore ! La formation nantaise couplée à l’Italie m’ont apporté une certaine expérience dans ce football anglais qui est un football total. On était dans le kick and rush, mis à part les gros clubs qui avaient des coachs étrangers en Premier League. Le reste, c’était sois costaud, et cours ! En Angleterre, c’est plus cool dans l’état d’esprit, mais c’est à 100% à l’entraînement, comme en match. Par contre, avant et après, c’est différent. Les mecs débarquent avec des hot-dogs une ou deux heures avant le match. Ils rigolaient, ils mettaient de la musique… En revanche, au moment du coup d’envoi, ils étaient à fond.

2005 marque un tournant important dans ta carrière, puisque tu rejoins la Grèce, et le petit club de Proodeftiki. Comment cela s’est fait ?

J’avais envie de voir quelque chose d’autre. Je suis né à Paris, mais j’aime le beau temps, le soleil. À l’époque, je suis en Angleterre, mais je ne sais pas si je dois resigner ou pas. J’ai eu un de mes amis au téléphone, à savoir Mamary Traoré, qui évoluait déjà dans ce club. Il y était depuis deux ou trois semaines, et il m’a dit que c’était pas mal. Donc je le rejoins là-bas, et l’environnement me plaît, même si le terrain, ce n’était pas trop ça ! Le club était en D2, donc je me suis dis que j’allais commencer au plus bas pour montrer ce que je savais faire pour ensuite remonter plus haut.

« Rivaldo m’a marqué par son humilité et sa façon de jouer. C’est là que tu vois qu’il est ballon d’Or »

Que connaissais-tu du foot grec à ce moment ? Il était plutôt rare d’y voir des Français à l’époque...

C’était très rare, car on n’était pas beaucoup. J’avais en tête, concernant le football grec, des supporters fanatiques, des mecs qui aimaient vraiment ce sport, y compris pour soutenir à fond les petits clubs. En y mettant les pieds, j’ai découvert une autre culture, des personnes, mais aussi un football différents de ce que j’avais connu.

En étant passé par la France, l’Italie et l’Angleterre, qu’as-tu ressenti en débarquant en D2 grecque, que ce soit au niveau professionnalisme ou infrastructures ?

Sur ces deux points, ils étaient à deux millions d’années derrière. Mais pas dans l’envie. Ça, ça me faisait halluciner ! Ils voulaient devenir des grands du football. Ils venaient de gagner l’Euro, donc ils y croyaient. Je suis arrivé juste après ça, et ils commençaient à faire des stades, en sachant qu’ils en avaient déjà quelques-uns après les Jeux olympiques. Tout était frais quand j’ai débarqué. Leur dynamique, c’était de vouloir ressembler à la France, à l’Angleterre, à l’Italie… Ils comptaient sur les joueurs étrangers pour apporter un plus, pour qu’ils puissent accéder à ces choses-là. Donc on est arrivé un peu comme des ambassadeurs, et ils nous demandaient beaucoup de choses. On n’est pas des architectes, mais ils nous demandaient pas mal de choses concernant les infrastructures (rires).

Comme ici, avec l’Ethnikos Asteras, Amadou Sanokho a pu évoluer avec son grand ami Mamary Traoré (en arrière-plan) © Intime

Niveau sportif, la saison collective est plutôt moyenne, mais tu réussis à te mettre en valeur et à rejoindre l’Atromitos, alors en première division, à l’été 2006. Pari réussi ?

J’ai fait une saison qui s’était très bien passée. On avait une très bonne équipe, et on a joué le haut de tableau. Après, les matchs truqués et les arbitres ont fait qu’on n’est pas montés. Moi, trois clubs me voulaient : Kerkyra, l’AEK Athènes et l’Atromitos. L’objectif, ce n’était pas d’aller dans un grand club tout de suite, plutôt d’aller à un endroit où le coach avait confiance en moi, et où il voulait me faire jouer. L’Atromitos m’a montré le plus de confiance, et j’ai fait un bon choix en allant là-bas.

Vous affrontez Séville pendant l’été, lors d’une rencontre aller-retour de tour préliminaire de coupe UEFA. C’est le meilleur souvenir de ta carrière ?

C’est un très bon souvenir, oui. Au match aller, on a failli arracher le nul, parce que j’ai une occasion de marquer à la dernière minute, mais Palop, le gardien de l’époque, réussit à la toucher de l’épaule. C’est là que tu te dis que tu côtoies le haut niveau, même si j’avais affronté des équipes comme Tottenham en Angleterre. Là, c’étaient les champions en titre de la Ligue Europa, qu’ils ont encore gagnée cette année-là.

À l’Atromitos, tu découvrais alors le football en première division, tous pays confondus…

C’est exactement ça. Après, c’était la première division grecque, donc les vrais matchs, avec de l’intensité, étaient contre l’Olympiakos, l’AEK, le Panathinaïkos, où tu apprends beaucoup de choses. Le reste, c’était plutôt équivalent au Championship en Angleterre, donc ça ne me changeait pas trop.

Tu citais Rivaldo (alors à l’Olympiakos) comme le joueur qui t’avait le plus impressionné. C’était à ce point ?

Il m’a marqué par son humilité, et sa façon de jouer. Il était Ballon d’Or et venait de débarquer à l’Olympiakos qui, pour lui, était un petit club. Mais il jouait simple, il voyait le jeu avant, et ne cherchait pas à trop en faire. C’est là que tu te rendais compte de son niveau ! Le foot, c’est de la justesse technique, en une ou deux touches de balle, mais il m’avait aussi impressionné sur ses déplacements et son toucher de balle. Et, en plus, on a bien discuté à la fin du match.

Malgré une saison plutôt pleine, avec plus de 25 apparitions, tu redescends en D2, à l’Ethnikos le Pirée. Pourquoi un tel choix ?

Je t’explique l’histoire. Je fais une saison qui se passe très bien, et je me blesse en janvier, à peu près, pour trois ou quatre matchs. Ils virent le coach qu’on avait (le Grec Georgios Paraschos), sans que je sache pourquoi. Ils ramènent un Serbe, Dragan Kokotovic, qui arrive et se prend pour un mercenaire. Je regarde les clubs où il est passé, et il n’est jamais resté plus de six mois. À son arrivée, il commence à dire : « Je veux faire ça, et ça, et ça. » Je lui dis qu’il faut d’abord regarder les joueurs qu’il a. Il me met sur le banc d’entrée de jeu, sans trop savoir pourquoi, parce qu’il a dû voir que je n’étais pas là sur les deux matchs d’avant, alors que j’étais blessé. Il fait son malin, et on redescend au classement, alors qu’on était bien avant.

« Je me retrouve tout seul à l’entraînement, le matin à six heures ou le soir à neuf heures »

Ensuite, je rejoue un peu, et la fin de la saison arrive. Le club décide de ne pas garder Kokotovic, et se met sur un autre entraîneur, l’Argentin Guillermo Hoyos, qui n’avait pas fait un très bon championnat avec l’Aris Salonique. Mais bon, il avait joué avec Maradona, et vous connaissez les Grecs : tu peux leur donner un mec qui n’a jamais rien fait de sa vie, mais s’il a joué avec Maradona, ils sont comme des fous ! Donc ils le prennent pour la saison à venir. Moi, je vais voir le président, en lui disant que je me suis renseigné sur ce mec, et que je ne pensais pas qu’il allait m’aimer, parce que les Argentins n’aiment pas les Blacks. J’ai été très direct ! Il m’a dit qu’il reviendrait vers moi, et deux jours après, il me dit que le coach me voulait, et qu’il comptait sur moi après avoir vu mes matchs. Je lui demande s’il est sûr, parce qu’il y avait deux autre Blacks avec moi (le Français Alain Raguel et l’Américain Francis Doe) et il ne les a pas gardés, donc c’est bizarre. La saison reprend, et après deux entraînements à peine, le directeur sportif m’appelle. Il me dit que le coach ne veut pas me garder !

Donc là, je lui dit que j’avais quatre ou cinq clubs sur moi, et que je leur avais demandé s’il comptaient sur moi, ce à quoi ils avaient répondu oui. Mais maintenant que la saison a repris, les clubs ont déjà fait leur choix ! Donc on rentre en conflit, et je me retrouve tout seul à l’entraînement, à six heures du matin ou à neuf heures du soir, pour ne pas que je voie les autres joueurs s’entraîner. Ils me mettent un préparateur physique.

Entre-temps, un ami qui joue à Stoke City, Mamady Sidibé, me dit de venir faire un essai d’une semaine, et l’Atromitos me laisse partir là-bas. Tout se passe bien, mais je connais bien les Grecs et comment ils fonctionnent. Donc je leur dis que l’essai ne s’est pas bien passé, et que j’allais rester m’entraîner en Grèce. Je laisse passer une semaine pour ne pas qu’ils voient la supercherie (rires). Je leur avais proposé de résilier à l’amiable, en me donnant une partie du contrat restant. Mais ils refusent, car ils se sont renseignés et ont regardé les journaux anglais, où ils ont vu que Stoke était intéressé par mon profil. Donc ils demandent une certaine somme pour le transfert ! D’un, ils ne veulent plus de moi. De deux, ils me mettent presque à la porte. Et de trois, dès que j’ai un club, vous voulez toucher un transfert.

Ça ne s’est pas fait à Stoke à cause de ça, et je reste six mois de plus à l’Atromitos, en m’entraînant seul chaque jour. J’avais prévenu le président sur l’entraîneur, qui avait fini onzième avec l’Aris alors qu’ils avaient une belle équipe, en disant qu’il n’allait rien faire du tout. Le mec, il est arrivé avec sept adjoints ! Certains étaient là, on ne savait pas pourquoi. Et il ramène sept joueurs : un Argentin, un Paraguayen, un Équatorien… et même son fils (Angel, en provenance de l’équipe C de Barcelone). J’ai indiqué au président que ces joueurs n’étaient pas au niveau de la D1 grecque, voire même de la D2. Le mec vient, et fait du business (quatre joueurs inconnus, cet été là, sont arrivés du petit club espagnol de l’Escala). Je ne lui donnais que six mois, et j’ai dit au président qu’à la fin de la saison, j’irais lui rire au nez. Je pars à l’Ethnikos en cours de saison, et une semaine après, même pas, Hoyos était viré (rires). À la fin de la saison, l’Atromitos m’a même rappelé pour que je revienne parce qu’ils descendaient en D2.

En D2 grecque, Amadou Sanokho a pu découvrir un football bien différent que celui qu’il a pu côtoyer en France, en Italie ou encore en Angleterre © Intime

Après cette courte pige à l’Ethnikos, cap sur un autre pays : Chypre, et l’APEP Pitsilia. Qu’est-ce qui change par rapport à la Grèce ?

Déjà, Chypre, c’est tout petit. Toutes les villes sont collées, et le plus long déplacement se fait en une heure et demi de car. Tout le monde se connaît un peu, et c’est un peu un mélange du foot turc et du foot grec, avec moins de supporters dans les tribunes, mais un certain niveau quand même. Là-bas, j’ai rencontré des amis à moi, que ce soit Kaba Diawara (Alki Larnaca), Lamine Sakho (Alki Larnaca), Vincent Laban (Anorthosis) ou encore Cédric Bardon (Anorthosis), soit une petite communauté française. Dans mon club, on était quatre Français : Sami Gtari, John Glele et Christophe Ott. C’était un petit club tranquille, et on s’est maintenus. Une bonne expérience.

À Chypre et en Grèce, les effectifs sont souvent très cosmopolites. Comment vivais-tu cela ?

Tu apprends beaucoup choses, parce que tu entends parler quatre ou cinq langues. On est tous étrangers, et même les Chypriotes, qui ne le sont pas mais se sentent comme nous. L’ambiance à Chypre, je ne l’ai pas connue autre part. On était dans un club où il n’y avait pas de problème de salaires, et tout le monde était content. On allait à l’entraînement, on rigolait. On mangeait ensemble à midi, puis on allait à Limassol, une très belle ville. En D2, à cette période-là, Alioune Touré et Youness Bengelloun évoluaient à l’Olympiakos Nicosie. C’étaient des amis, donc se voyait tous ensemble, avec Kaba Diawara aussi.

Tu y restes une saison, avant de rentrer en France, à l’UJA Alfortville (National)...

Après mon passage à Chypre, trois clubs grecs me suivaient, et j’étais prêt à y retourner, mais l’UJA Alfortville m’appelle via Farid Elarche, un ami d’enfance, qui reprend le club en tant que coach. Il m’a demandé de donner un coup de main pour encadrer les jeunes en National. Je n’avais jamais joué au-dessus du CFA en France, vu que j’étais parti à l’étranger, et en plus, c’est pas loin de la maison. Le club venait de CFA, sans infrastructures, et ça me faisait penser un peu à la D2 grecque (rires).

Son passage en D1, à l’Atromitos, lui a permis de se frotter aux meilleurs joueurs du pays, notamment lors des rencontres face à l’Olympiakos © Intime

Combien de temps y es-tu resté ?

Jusqu’au mois de décembre, après être arrivé fin août. Alors qu’on avait de bons résultats avec Farid, puisqu’il avait repris le club à la dernière place et qu’on venait d’enchaîner des matchs face aux plus grosses équipes, l’entraîneur change. Azzedine Meguellatti arrive, et on se connaît depuis longtemps (Amadou Sanokho l’a croisé lors d’un essai à Istres) : entre lui et moi, ça ne passe pas. Il m’a dit qu’il avait changé, mais j’ai préféré partir. Et je suis retourné en Grèce, pour retrouver Mamary à l’Ethnikos Asteras. Là-bas, on a une bonne équipe, et on fait une belle saison. Après, malheureusement, le président a démissionné, et on ne saura jamais pourquoi. Derrière, un Albanais débarque, avec d’autres ambitions pour le club. Mais il ne connaissait rien au foot, alors on est tous partis.

Tu débarques alors à Vyzas, où se trouve un certain Emmanuel Olisadebe, tombé en D2 grecque !

Ça m’a fait bizarre de le croiser. Je lui disais : « p…., tu es le premier Noir polonais, mec ! » Je le regardais à la télé avant, et je me demandais comment il faisait. Là, il était en face de moi, et je lui posais toutes les questions que je me posais. Il avait beaucoup de problèmes de genou. Il lui restait encore la technique, mais il ne courait plus. Le mec était passé au Panathinaïkos, donc en Grèce, c’était une star. Il essayait, mais il avait vraiment mal. Mais on rigolait bien dans le vestiaire, où il nous racontait ses anecdotes, avec Bourama Ouattara, passé par Châteauroux. Il y avait aussi des anciens Grecs, donc l’équipe était pas mal, mais la récession commençait à arriver en Grèce, donc il y a eu beaucoup de matchs truqués.

Tu finis d’ailleurs cette saison 2011-2012 à l’Iraklis Psachna. Ce qui aura fait beaucoup de changements de clubs dans ta carrière : les contrats étaient si courts en Grèce ?

Les contrats étaient très courts. Souvent, c’était un ou deux ans, mais on arrivait à les résilier. Soit on disait qu’on voulait prolonger, et on savait qu’en disant ça, ils diraient non, avant de résilier puis de resigner. Psachna, c’était un petit club dans un petit patelin, mais avec une très bonne ambiance, très familiale. Le président me payait même en avance ! Il y avait un jeune Ivoirien (Lucien Koudou) et un jeune Camerounais (Moussa Pokong) que j’encadrais vu que c’étaient des joueurs en devenir, plus quelques autres étrangers et des Grecs. À la fin, ils m’ont demandé de prolonger, mais j’ai eu des soucis familiaux, donc j’ai préféré arrêter et rentrer en France.

Concernant les matchs truqués, j’imagine qu’en D2 grecque, division peu médiatisée, cela devait être assez courant…

En D2, c’est pire. Même dans notre équipe, certains de nos joueurs pariaient sur des matchs truqués, et le lendemain, tu les voyais avec des liasses de billets dans les poches. À nous, ils ne nous disaient pas que c’était truqué. Par contre, ils nous mettaient sur le banc, donc on comprenait ce que ça voulait dire. Mais moi, je leur disais : « si tu me mets sur le banc et que je rentre, si je peux marquer, je marque ! » À un moment, ils m’ont fait rentrer lors d’un match, parce qu’ils se disaient qu’à force de trop nous mettre sur le banc, les gens trouveraient cela bizarre. À dix minutes de la fin d’un match, contre Niki Volou je crois, je fais une transversale sur Mamary, qui était aussi rentré en cours de jeu, et il marque (rires). Ensuite, je tire sur la barre, et tous les joueurs ont commencé à me regarder, en me criant que j’étais malade. Même à la fin, les joueurs de l’équipe d’en face sont venus me voir, en me rappelant que le match était vendu !

En fin de carrière, Amadou Sanokho a porté les couleurs du club de Vyzas Megaron, toujours en deuxième division © Intime

Entre le moment où tu arrives en Grèce, juste après l’Euro, et le moment où tu arrêtes ta carrière, as-tu senti que la crise économique a modifié le rapport avec les joueurs grecs ?

Oui. Moi, la chance que j’avais, c’était que j’étais assez connu en Grèce. Mais avec les joueurs un peu plus jeunes, le courant ne passait pas trop, parce que les locaux disaient qu’ils prenaient leur poste et leur salaire. D’ailleurs, on voyait vraiment que les salaires diminuaient. Ils ne s’en prenaient pas directement aux joueurs, mais en gros, l’argent restant était pour eux, pas pour les autres. Et c’est ce qu’il s’est passé après, avec une baisse des salaires des étrangers pendant quelques années. Puis je voyais les joueurs qui avaient à peine le niveau de la D2 finir en D1.

Quel était ton secret pour réussir à être payé dans les temps ou même tenir mentalement quand tu devais t’entraîner à l’écart ?

Ça, c’est un secret que je n’ai jamais divulgué (rires). Concernant le retard de salaire, j’ai eu de la chance de ne tomber que sur deux clubs qui ne payaient pas. Ailleurs, ce n’était pas le cas. Je me renseignais toujours avant, histoire de savoir si le président payait ou pas. Et j’avais toujours une discussion avec lui, avant. Je lui disais : « quand je signe mon contrat, je le fais tout seul. OK, le foot est un sport d’équipe, mais on le signe individuellement ». En gros, il allait me payer, et les autres, ce n’était pas mon problème, plutôt le leur. Après, il me connaissait, et il savait qu’il fallait me payer, sinon je foutais le bordel. Quand on n’était pas payé, personne ne sortait des vestiaires et on ne s’entraînait pas. Après, il venait me voir et me disait : « Amadou, on sait que c’est toi, donc on va te payer ». Ce qui est marrant, ou plutôt bizarre, c’est que les joueurs grecs, eux, trouvent ça normal de ne pas être payés. C’est dans leur culture d’être payé en retard. Il n’y avait que les étrangers qui montaient au créneau.

« Sotiris Ninis était vraiment pas mal, mais ils ont mis trop d’espoir et de pression sur lui »

En regardant de plus près, la plupart de tes clubs grecs sont assez proches d’Athènes. Tu as vraiment aimé cette ville ?

Je choisissais, en effet, des clubs pas loin d’Athènes, parce que c’est une ville que j’ai appréciée et que je connais très bien. À l’époque, c’était une super ville. Quand tu finissais l’entraînement, tu allais prendre ton petit café, faire un tour de la ville, ou encore visiter les monuments.

Quels sont les joueurs grecs, ou alors les étrangers peu connus, qui t’ont marqué en Grèce ?

Celui que tout le monde connaît, c’est Sokratis. Il était à l’AEK à l’époque, et il avait déjà un énorme potentiel. Il courait très vite, et pour un défenseur grec, il avait une bonne technique. Il y avait aussi les plus anciens, comme Zagorakis, vainqueur de l’Euro, ou encore Salpingindis. Il y en avait un qui n’a pas explosé à l’étranger, c’était Tziolis, avec les longs cheveux. Il était vraiment bon. Et un jeune qui jouait avec moi, Stergos Marinos, qui évolue maintenant en Belgique. Ninis aussi était vraiment pas mal, mais ils ont mis trop d’espoir et de pression sur lui.

Concernant ta fin de carrière, comment cela s’est décidé ? De quoi est fait ton après-carrière ?

J’avais encore deux ou trois clubs de D1 qui me voulaient, mais j’ai eu un souci familial, et il fallait que je rentre, car mes enfants étaient en France. En ce qui concerne l’après-carrière, je suis désormais conseiller sportif, en ayant un pied, aussi, dans tout ce qui est import-export. J’ai arrêté le football petit à petit, après une dernière pige à Montrouge, en DH, avec mon ami Farid Elarche.

Martial Debeaux

Image à la Une : © Intime

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