On a discuté avec Alexandr Epstein, supporter octogénaire du Zenit exilé aux États-Unis

Robin Bjalon
Robin Bjalon - Publié le 19 octobre 2015

Cette interview a été traduite par Robin Bjalon avec l’autorisation du club du Zenit Saint-Petersbourg, vous pouvez retrouver l’original sur le site officiel du site.


Alexandr Epstein fêtera en décembre son 89ème anniversaire. De toutes ces années, il en a passé soixante-cinq à Léningrad, sa ville natale, puis a émigré aux États-Unis. Malgré cela, il garde toujours un œil avisé sur les performances du Zenit, le club qu’il a toujours supporté. Entretien avec un sacré personnage au cœur blanc et bleu.

A quel moment de votre vie le Zenit a-t-il fait son apparition ?

Mes premiers souvenirs remontent à longtemps, au moment même où le Zenit n’était encore qu’une équipe réservée aux ouvriers. Mais cela ne reste qu’un souvenir très vague : je suis réellement devenu supporter qu’une fois adulte. En 1950, je travaillais en tant que mécanicien dans un garage automobile et jouais à cette époque-là dans la « Division Spartak » (nom d’un championnat amateur à l’époque, ndlr). C’est à peu près à ce moment-là que j’ai commencé à aller au stade et à ne plus rater un seul match. Evidemment les voitures n’existaient pas ou très peu mais il y avait le tram. Un jour, j’ai rencontré Yuri Andreyevitch Morozov (joueur du Zenit en 1954, puis de 1957 à 1958, puis directeur du centre de formation et entraîneur dans les années 90, ndlr). Depuis cette date, j’aime ce club et cet amour n’a jamais diminué. Même en vivant ici à New York depuis 23 ans, je ne rate aucun match.

Je me souviens d’une bagarre générale au Kirov dans un match contre Torpedo en 1957. Ah la la ! C’était quelque chose !

Êtes-vous devenus ami avec Yuri Morozov ?

Oui, avec lui et ses assistants. Je me souviens de Vladimir Kornev et Mattvei Yudkovicha, le gestionnaire historique du club. Je venais souvent au centre d’entraînement pour regarder l’équipe s’entraîner. Des fois, j’allais même dans les vestiaires avec les joueurs. D’ailleurs, dans les vestiaires, les douches étaient de très bonne qualité et les masseurs très gentils. Après chaque séance de massage, vous vous sentiez tel un nouveau-né. Je suis même allé chez Herman Semenovich Zonin (joueur entre 1974 et 1977, ndlr). On avait le même âge. D’ailleurs, pour l’anecdote, entre 1953 et 1992, il travaillait dans une boucherie sur l’Avenue Kirov (actuelle Stony Island).

Quels sont vos souvenirs du football à Léningrad ?

Tout d’abord, l’atmosphère. Le tram était toujours bondé avant les matchs, tout comme le métro. Des fois, je marchais même à pied en traversant les parcs pour arriver au stade. Tout cela se déroulait dans une atmosphère très détendue. Mais il y a eu quelques moments chauds. Je me souviens d’une bagarre générale au Kirov dans un match contre Torpedo en 1957. Ah la la ! C’était quelque chose ! Une vraie bagarre générale ! Avec mes potes, on a réussi à s’en extraire. A l’époque, il était possible de boire à l’intérieur du stade : on pouvait consommer de la bière, et même de la vodka. C’est sans doute à cause de ça, que les gens avaient trop bu, que la bagarre avait eu lieu d’ailleurs.

Je n’ai jamais pensé à abandonner mon équipe.

Vous avez émigré aux Etats-Unis en 1992. N’était-il pas plus compliqué à ce moment-là de suivre tous les matchs par rapport à aujourd’hui ?

Bien évidemment. Mais je suis toujours resté en contact d’une manière ou d’une autre avec ma ville natale : d’ailleurs, le petit-fils d’un de mes amis m’envoie régulièrement des vidéos des matchs et je ne rate pas une occasion de les regarder.

A ce moment-là, le Zenit jouait en Seconde Division : est-ce que ça vous a inquiété ?

Bien sûr, mais je n’ai jamais pensé à abandonner mon équipe.

 Vous continuez toujours à suivre les résultats du club ?

Oui, bien sûr. J’ai maintenant plus de 120 chaînes télé sur mon ordinateur, donc je peux regarder tous les matchs en direct. Des fois, je dois me lever à 5 ou 6 heures du matin vu qu’il y a 8 heures de décalage entre ici et Moscou. Si le coup d’envoi est à 14h heure de Moscou, il est 6 heures du matin pour moi à New York.

Donc j’imagine que vous devez mettre plusieurs réveils pour être sûr de vous réveiller ?

Non, pas besoin, j’ai un ordinateur dans la tête. Quand il est l’heure de se lever, je me lève.

Et vous êtes déjà allés voir des matchs de football américain ici aux Etats-Unis ?

J’habite assez loin des stades dans un endroit de la ville pas super agréable pour être tout à fait honnête, donc non. Je suis uniquement pour le Zenit, cela n’a jamais changé et ne changera pas.

Vous regardez un peu le hockey sur glace ?

Non, je continue de regarder les matchs du SKA (plus grand club de hockey sur glace de St-Pétersbourg, créé en 1946, ndlr), mais je ne supporte réellement que le Zenit.

Comment jugez-vous les performances du club ces dernières années ?

Je suis bien évidemment satisfait. L’an passé, on a été sacrés champion avec autorité. Cette année, les défaites contre Krasnodar et Krylya Sovetov m’ont vraiment énervé ! Contre Krasnodar, le premier but était clairement hors-jeu et l’arbitre n’a rien vu ! Quand l’adversaire est meilleur, j’accepte et cela ne me dérange pas, mais quand on mérite de gagner et qu’on perd sur une erreur d’arbitrage, ça m’énerve !

Quels sont les joueurs que vous appréciez tout particulièrement ?

Shatov. Il est arrivé au club encore un peu trop tendre, mais cette année…quel joueur ! Dzyuba m’impressionne aussi, mais je ne pense que pas que le style de l’équipe soit fait pour lui. Pour moi, notre style correspond mieux à des profils de joueurs rapides, vifs, efficaces, un peu comme Musa au CSKA. Après, c’est sûr que Villas-Boas connaît le foot mieux que moi et sait ce qu’il fait.

Y a-t-il d’autres supporters du Zenit à New-York ?

Oui. Il y en a un qui s’appelle Volodya. Mais il est plus jeune que moi : il a 60 ans. Il vient aussi de Léningrad. A chaque fois qu’on se voit, on refait les matchs ensemble.

Avez-vous transmis votre amour pour le club à quelqu’un d’autre ?

Peut-être d’une certaine manière à mon petit-fils, Grisha. Il habite à St-Pétersbourg. Je voulais qu’il intègre le centre de formation du Zenit quand il était petit, mais au final ça ne s’est pas fait. Maintenant, avec sa femme, ils vont à tous les matchs à domicile et j’attends qu’ils aient un enfant pour que l’héritage se transmette encore et que j’aie un arrière-petit-fils supporter du Zenit.

Et enfin, qu’attendez-vous du Zenit pour cette saison ?

En championnat, il est important de ne pas laisser le CSKA s’envoler en tête, sinon ça sera très dur de les rattraper, surtout que j’ai l’impression qu’ils ont les arbitres avec eux cette année. En ce qui concerne la Ligue des Champions, on a un groupe pas facile. Même si ce n’est pas le Réal ou le Barça en face, l’équipe française est redoutable (l’Olympique Lyonnais, ndlr). Mais j’espère vraiment qu’on va faire quelque chose de bien cette année. En plus, on a vraiment bien débuté.

Robin Bjalon


Merci au Service Presse du Zenit St-Petersbourg pour nous avoir donnés l’autorisation de traduire cet entretien.

Photo à la une : © fc-zenit.ru

 

On a discuté avec Alexandr Epstein, supporter octogénaire du Zenit exilé aux États-Unis
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A propos de l'auteur

Robin Bjalon

Robin Bjalon

Etudiant en Histoire et Russe à l’Université d’Etat de Saint-Pétersbourg. Du froid, de l’ambiance, des passes manquées, des histoires, voila ce que j’aime !

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