On a discuté avec Aleksandar Zlateski, passionné de football macédonien

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 20 juin 2015

Bonjour Aleksandar, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Comment est né ton intérêt pour le football macédonien et comment cette passion s’est-elle développée?

Bonjour à tous, je me nomme Aleksandar Zlateski. J’ai toujours été un grand amateur de sport, mon favori étant le football. Je suis né en Macédoine, c’est tout naturellement que je me suis intéressé à notre football national.

Championnat national

Comment est-ce que tu situes le championnat macédonien à l’échelon européen?

Disons que le championnat macédonien est dans l’échelon inférieur européen. Avant la saison 2014-15, le championnat était composé de 12 équipes au lieu des 10 actuelles. La fédération veut améliorer la qualité de jeu pourtant le championnat fait face à de nombreux problèmes. Les infrastructures sont décevante et la plupart des équipes manquent de sponsors stables. Ainsi, il est difficile de recruter de bons joueurs étrangers.

Quelle est la place du football dans la société macédonienne ? Est-ce un sport suivi?

Le football n’est pas le sport le plus suivi en Macédoine, actuellement le handball et le basket-ball sont les sports les plus populaires car les clubs nationaux de handball et de basket-ball ont eu plus de succès ces derniers temps et ont un avenir plus favorable. Le football n’est donc pas très suivi.

Pourquoi devrait-on s’intéresser à ce championnat?

Pour être réaliste, j’ai du mal à trouver une bonne raison de suivre le championnat pour un non-macédonien. Je suis de nombreux championnats étrangers où les internationaux macédoniens jouent et ces championnats sont supérieurs. Pourquoi une personne vivant au Brésil devrait suivre un brésilien jouant à Shkendija qui possède un niveau bas et qui a terminé en Macédoine? Je suppose qu’il faut juste être un gros fan de football ou avoir une passion pour les ligues des Balkans.

Goran Popov sous le maillot de West Bromwich Albion

Goran Popov sous le maillot de West Bromwich Albion

Le Vardar a repris son titre de champion. Que penses-tu de cette saison?

La course au titre n’a pas été si facile pour le Vardar. Le club dispose clairement de la meilleure équipe sur le papier mais ils ont joué en deçà des attentes. Bien que le talent l’ait finalement emporté. Le Vardar dispose du plus gros budget du championnat et de nombreux anciens internationaux jouent pour le club cependant la plupart d’entre eux ont la trentaine et ont un problème de motivation. Par exemple, Goran Popov jouait en Premier League anglaise il n’y a pas si longtemps. Depuis son retour dans la ligue, sa motivation n’est pas la même et on retrouve cette situation pour de nombreux joueurs. De plus, Sergey Andreyev, l’entraineur du club, est un incompétent. C’est certainement le pire entraîneur du championnat et je n’exagère pas !

Peux-tu présenter les concurrent du Vardar ? Notamment Rabotnicki.

Rabotnicki est le meilleur outsider en Macédoine. Cependant, le club manque d’argent et a très peu de supporters d’autant que le soutien du grand public est inexistant. C’est malheureux car ils ont des gens intelligents dans la direction et accordent un grand crédit à leur académie. C’est grâce à cette formation que le club peut vivre dans l’élite du championnat macédonien, ils forment, développent les joueurs et les vendent à l’étranger comme notamment Gjoko Zajkov à Rennes et Damjan Siskovski à Gand.

Après la bonne saison de Turnovo l’année dernière n’est il pas surprenant de les voir jouer le maintien cette saison ?

À vrai dire, ce n’est pas vraiment une surprise. Turnovo est un petit club basé dans un village. Leur propriétaire Orce Todorov est très respecté au sein de la fédération mais ils ont les limites qu’implique un petit club notamment le fait de pouvoir garder leurs meilleurs joueurs.

Comment s’est déroulé le championnat suite à la situation et aux tensions en Macédoine?

L’impact de la situation politique sur la ligue n’a pas été très important. Le ministère de l’intérieur et la fédération avaient décidé que plusieurs matchs dans la saison devaient se jouer à huit clos, ce qui, au final, n’a pas réellement bousculé les habitudes tant les affluences sont faibles au pays.

Que se passe t-il au niveau de la corruption dans le football macédonien?

Il y a quelques semaines, un journal du pays a accusé certains joueurs de Sileks de corruption. Bien que les joueurs aient catégoriquement nié ces accusations, le ministère de l’intérieur veut étudier et investiguer jusqu’au bout ce dossier. Il serait naïf de dire qu’il n’y a pas de corruption, tout simplement car beaucoup de joueurs ne reçoivent pas de salaires réguliers. Une situation idéale pour des personnes mal intentionnés d’approcher ces joueurs en manque d’argent. C’est également un gros problème dans les ligues inférieures.

Marjan Radeski

Marjan Radeski

Y a t-il de jeunes espoirs que le public français devrait suivre ?

Pour moi, les deux meilleurs jeunes joueurs du championnat macédonien sont Darko Velkovski du Vardar et Marjan Radeski du Metalurg, ils ont tous les deux 20 ans.

Les clubs macédoniens et l’Europe

Comment juges tu les performances européennes des clubs macédoniens ?

La saison dernière fut décevante mais attendue. Je ne pense pas que la situation va changer cette saison, un club ou deux peuvent passer un tour de qualification mais ils n’iront pas bien loin dès qu’ils tomberont face à une équipe d’un meilleur championnat européen.

Les supporters

Peux-tu nous parler de la situation des supporters et ultras en Macédoine ? Est-ce que tous les clubs bénéficient d’un socle solide de supporters ?

L’affluence est lamentable pour la plupart des équipes. Le grand public montre peu voire pas d’intérêt, du coup, outre les groupes de supporters, il n’y a quasiment personne au stade. Certains groupes sont plus grands que d’autres et seul Shkendija a un nombre respectable de supporters. Toutes les autres équipes ont moins de 1000 spectateurs par match.

Quelle est la « manière macédonienne » de supporter une équipe ?

Il n’y a pas vraiment de spécialités au pays. Les groupes de supporters et d’ultras se comportent comme la plupart des groupes dans les autres régions.

Quelle est la situation par rapport au hooliganisme en Macédoine?

Comme dans les autres pays, il existe une poignée d’ultras du noyau dur qui sortent du lot. Cependant, le hooliganisme n’est pas extrême en Macédoine étant donné qu’il n’y a pas de réelle rivalité entre les clubs. Le Vardar et Rabotnicki jouent dans la même ville mais aucune haine existe entre les supporters. De même pour Shkendija et Renova qui jouent à Tetovo.

L’équipe nationale

Quelle est ta vision sur les performances de la sélection nationale dans les qualifications pour l’Euro 2016 ?

Pas très bon. Notre seule victoire a été contre le Luxembourg grâce à un but à la 90′ minute. Le talent et la profondeur de l’effectif font défauts mais l’ancien sélectionneur Boshko Gjurovski n’a pas aidé. Il n’a pas été capable de gérer l’effectif et il n’y avait aucune stabilité dans ses sélections. Il fut limogé après la défaite 3-2 face à la Biélorussie et remplacé par Ljubinko Drulovic.

Crois-tu que la Macédoine fasse ce qu’il faut pour former de nouvelles générations de joueurs?

Il est difficile d’avoir une bonne équipe nationale sans un bon championnat. Des efforts sont faits pour améliorer les infrastructures mais la Macédoine a engrangée énormément de retard. Dans le même temps, la fédération essaye de plus en plus de convaincre des joueurs étrangers ayant un lien avec le pays afin qu’ils portent le maillot de l’équipe nationale étant donné que le championnat n’arrive pas produire de joueurs du calibre de la sélection.

Expérience personnelle du football macédonien

Quel stade préfères-tu en Macédoine et pourquoi ?

Je suis obligé de citer la Philip II Arena de Skopje, le seul stade répondant aux normes UEFA et FIFA du pays. La structure du stade est très impressionnante cependant la pelouse me désole. C’est à la limite du praticable …

Philip II Arena

Philip II Arena

Quel est ton meilleur souvenir lié au football macédonien?

C’est une question difficile. La Macédoine n’a jamais été proche d’une qualification à une Coupe du monde ou à un EURO. Cependant, un match me vient en tête. La nation tout entière était réunie dans la tristesse après la mort tragique d’un chanteur populaire au pays, Tose Proeski. Le lendemain, l’équipe nationale remportait son match face à Andorre. La meilleure façon de rendre hommage à ce grand monsieur.

Quel est le meilleur match que tu as eu la chance de voir dans un stade macédonien ?

C’était en 2009, la Macédoine jouait un match amical face à l’Espagne. Durant la première mi-temps, la sélection menait 2-0 face aux espagnols grâce à un doublé de Goran Pandev. C’était inespéré. Malheureusement, l’Espagne finira par remporter le match 3-2 mais ce fut mémorable !

 

Remerciements à Aleksandar, vous pouvez le suivre sur twitter ICI.

 

Pierre Vuillemot

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