Cette campagne de qualification européenne, les supporters de l’Omonia Nicosie s’en souviendront à tout jamais. Pas du fait du contexte sanitaire actuelle exceptionnelle qui a modifié le format des matchs de qualification, mais parce que le club chypriote a écrit la plus belle page de son histoire. Celle de se qualifier pour la première fois dans les phases de groupe d’une compétition européenne.

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Après avoir successivement sorti l’Ararat-Armenia, le Legia Varsovie et l’Etoile Rouge de Belgrade, le club chypriote s’est hissé jusqu’en play-offs de la Ligue des Champions où l’Olympiakos l’attendait. Le miracle n’a pas eu lieu, les Grecs étaient bien au-dessus et l’Omonia s’est logiquement incliné (2-0 ; 0-0). Petite source de satisfaction tout de même, suite à cette défaite, les Chypriotes ont été repêchés dans les phases de groupe de l’Europa Ligue.

L’Omonia Nicosie a hérité du groupe E et affrontera le PSV Eindhoven, le PAOK Salonique et Granada CF.

Un moment historique pour un club qui n’a jamais connu une qualification dans une compétition européenne depuis sa naissance en 1948. Cette qualification est d’autant plus belle pour l’Omonia qui, entre crise financière et reconstruction, a parcouru un très long chemin pour y parvenir.

Ce jeudi, l’Omonia se déplace à Thessalonique pour affronter le PAOK (18h55). Place donc à une petite présentation d’un des clubs les plus appréciés à Chypre.

Né autour d’un imbroglio politique

A Chypre, le football et la politique se jouent sur le même terrain. Et l’Omonia n’échappe pas à cette règle. En 1948, une guerre civile éclate en Grèce entre des groupes monarchistes et communistes. Cette situation est très suivie à Chypre par la population et surtout par les athlètes qui s’intéressent grandement à la politique. À l’approche du championnat d’athlétisme chypriote de mai 1948, la fédération grecque de sport amateur a exigé des associations sportives chypriotes que leurs athlètes signent une déclaration montrant leur soutien à la monarchie grecque et condamnant l’opposition de gauche. Le Conseil d’Administration de l’APOEL, le club de la capitale chypriote Nicosie, signe aussitôt la déclaration et déclare son soutien au régime monarchique. Un choix qui aura de lourdes répercussions puisque les athlètes de l’APOEL, sympathisants de gauche, s’opposent à ce traité et refusent de le signer. En signe de contestation, ils décident de quitter l’APOEL. Quelques jours plus tard, le 4 juin 1948, ces sportifs fondent un nouveau club, appelé l’Athletic Club Omonia.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, AC Omonia ne fait pas référence au quartier athénien portant le même nom, mais vient du mot grec Omonia (Ομόνοια) qui signifie ‘Concorde’. Cette appellation a été choisie pour renforcer l’opposition du club à la division et à la désunion. Le club a choisi le trèfle et la couleur verte pour caractériser l’espoir et le renouveau.

Sur le terrain, ce n’est que dans les années 70 et 80 que l’Omonia connaît son âge d’or. Les ‘Tryfili‘ (Trèfles en grec) gagnent quatorze championnats durant ces vingt années. Une réussite notamment portée par l’attaquant vedette de l’époque, Sotiris Kaifas. Présenté comme le meilleur joueur chypriote du 20e siècle, il a passé toute sa carrière à l’Omonia (1967-1984) dont il est aujourd’hui encore le meilleur buteur avec 321 buts en 476 matchs. Durant la saison 1975-76, il marque 39 buts en championnat, ce qui lui vaut d’être récompensé du Soulier d’Or Européen. Il s’agit d’ailleurs du seul joueur chypriote à avoir remporté un titre individuel majeur européen.

La crise et le renouveau

Malgré un titre de championnat en 2010, l’Omonia Nicosie connaît des couacs financiers au début des années 2010. Entre les dettes qui s’accumulent au fil des années et les performances sportives qui ne permettent pas d’assurer une qualification en Europe, synonyme de rentrée d’argent, l’Omonia est au bord du gouffre financier. En avril 2018, la direction n’a plus d’autre choix que de vendre le club. L’Omonia est racheté quelques mois plus tard, le 29 mai 2018, par un homme d’affaire américano-chypriote, Stavros Papastavrou. En un mois, il rembourse toutes les dettes. Cet achat provoque cependant la colère des ultras du club, la Gate 9. En effet, considérant cette vente comme contraire aux valeurs mêmes du club, les ultras de l’Omonia décident de quitter le club et fondent leur propre club, PAC Omonia 1948. La rupture est donc consommée entre l’Omonia et son principal groupe de supporters.

A peine arrivé, le nouvel actionnaire annonce l’arrivée d’un directeur sportif, Angel Gomez, et d’un entraîneur, Juan Carlos Oliva. Ce dernier est finalement évincé en novembre 2018 suite aux mauvais résultats de son équipe en début de championnat et est remplacé par le technicien grec Giannis Anastasiou. Lors de la saison 2018-2019, le club de Nicosie termine à la sixième place. Un mal pour un bien pour le club qui décide de procéder à de nouveaux changements. En effet, Giannis Anastasiou est remercié et le club annonce l’arrivée du Suédois Henning Berg durant l’été 2019. Autre changement majeur, le directeur sportif Juan Carlos Oliva part lui aussi et est remplacé par le Chypriote Neofytos Larkou, qui fut entraîneur de ce même club entre 2011 et 2012. A peine le championnat terminé qu’un grand ménage est de nouveau fait au sein de l’effectif. Dix-sept joueurs quittent l’Omonia à l’issue de la saison, dont les ex-internationaux grecs Dimitris Kolovos et Loukas Vyntra, l’Italien Marco Motta ou encore les Espagnols Tomas Mejias, Alberto Lora et Juan Entrena. Pour pallier ces départs, Henning Berg fait appel à de nombreux joueurs. On assiste par exemple à l’arrivée des Brésiliens Fabiano et Thiago ainsi que des Tchèques Michael Lüftner et Jan Lecjaks qui finiront justement par être des titulaires indispensables. Plus intéressant encore, l’entraîneur a également misé sur des anciens pensionnaires de la Ligue 1, à l’image d’Eric Bauthéac (ex-OGC Nice, LOSC) et de Tomáš Hubočan (ex-OM).

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Ces nombreuses arrivées vont métamorphoser l’Omonia au cours de la saison 2019-2020. Durant la première partie de saison, les ‘Tryfili’ n’ont connu qu’une défaite pour neuf victoires et quatre nuls. Ces bons résultats lui ont d’ailleurs permis d’être champion d’hiver. La bonne performance de l’Omonia se traduit également sur son jeu. Henning Berg a mis en place une équipe plus solide, plus séduisante et produisant un meilleur football que lors des précédentes années. Juste avant l’arrêt définitif du championnat suite au Covid-19, l’Omonia finit par se classer à la première place.

Les raisons de cette qualification en Europa Ligue

Hormis ces premiers éléments de réponse, il reste intéressant de s’attarder davantage sur les différentes raisons qui expliquent la réussite de l’Omonia.

  • Si les ‘Tryfili’ sont en réussite, tant sportivement qu’économiquement, c’est en partie grâce à leur direction. L’actionnaire américano-chypriote surveille de près le club et renfloue régulièrement les comptes.
  • Il faut noter le travail XXL que réalise Henning Berg et qui porte ses fruits. Arrivé l’an dernier dans un club classé à la sixième place, il a su repartir à zéro et bâtir une nouvelle équipe en quelques mois, pour finir premier à l’issue de la saison.

« Henning Berg a redonné de la fierté à l’Omonia. Ce qu’aucun autre entraîneur n’a pu faire ces dernières décennies. Quand tu le regardes, tu sais qu’il a une vision, un plan pour cette équipe. (…) Je ne suis pas fier de lui parce qu’il a réussi à nous qualifier en Europa Ligue, mais parce qu’il a permis à l’Omonia de redevenir une vraie équipe. C’est-à-dire faire peur à ses adversaires » déclare dans un média chypriote Nicolas Georgiou, ancien joueur emblématique du club (1998-2008).

Le technicien norvégien cherche également à se projeter sur le long terme, notamment à travers l’académie du club. Depuis son arrivée, de nombreux jeunes ont été titularisés et font dorénavant partis des joueurs essentiels de l’Omonia. Pour vous donner un exemple, quatre joueurs de moins de dix-neuf ans ont joué cet été lors des matchs de qualification. Parmi eux, trois viennent tout droit de l’académie du club (Loizos Loizou 17 ans, Marinos Tzionis 19 ans, Andronikos Kakoullis, 19 ans).

  • En plus de la bonne entente qui règne dans les vestiaires, la réussite vient aussi par les qualités techniques dans chaque secteur du jeu. L’un des points forts du club est la défense. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’Omonia a été élue meilleur défense du championnat l’an dernier, n’encaissant que treize buts pendant toute la saison.
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  • Pendant de longues années, l’Omonia Nicosie était noyé dans les dettes et enchaînait les mauvaises performances sportives. Cela a provoqué une grande perte de motivation de la part des joueurs et des supporters. Mais aujourd’hui, le fait d’avoir un nouvel actionnaire, un entraîneur aguerri et voyant les victoires qui se multiplient, le club a changé de mentalité. Alors que l’objectif du club était pendant de longues années à “se maintenir dans le top 5”, son ambition est tout autre aujourd’hui puisqu’il vise la première place. Un changement noté par un journaliste chypriote dans le magazine foot chypriote en février dernier au sujet de l’Omonia : « ils doivent changer de mentalité et y croire. C’est en étant plus optimistes qu’ils pourront viser plus haut. Également, il faut enlever cette étiquette de ‘mauvaise équipe’ qu’elle porte depuis quelques années. »
  • On connaît, dans les pays de l’Est et du Sud de l’Europe, l’importance des supporters lors des matchs, souvent capables d’influencer le résultat. L’Omonia est l’un des clubs les plus populaires de l’île et aussi celui qui a attiré le plus de spectateur au stade l’année dernière. Il faut savoir que l’État chypriote a imposé la mise en place d’une carte de supporter obligatoire il y a deux ans pour lutter contre les violences au stade. Cela a provoqué une baisse considérable des supporters dans les tribunes, notamment lié à un boycott des principaux groupes de supporters des grands clubs chypriotes. Cependant, les supporters d’Omonia font exception et sont toujours nombreux au stade GSP. Vous l’aurez donc compris, dans les derbies la présence des ‘Tryfili’ fait parfois la différence. Même si entre temps, la Covid-19 est passée par là.

Revue d’effectif

C’est avec un onze de départ proche de celui-ci que l’Omonia affrontera le PAOK ce jeudi soir. L’occasion de présenter l’équipe type.

Le Brésilien Fabiano défendra les cages de l’Omonia pour ces trois matchs européens. Recruté de toute en urgence en octobre 2019 suite à la blessure, il s’est rapidement intégré au club et a grandement contribué à la première place en championnat la saison dernière. Plus récemment, il a été décisif lors des matchs de qualification, notamment face à l’Olympiakos et l’Etoile Rouge de Belgrade en arrêtant d’ailleurs plusieurs tirs-aux-buts.

En défense, nous retrouvons la charnière centrale Ádám Lang et Michael Lüftner. Deux joueurs titularisés depuis le début de saison par Henning Berg et suffisamment aguerris, qui chercheront à bloquer les occasions des attaquants du PAOK Salonique ce jeudi soir. Ils seront épaulés à gauche par Jan Lecjaks et à droite par l’ancien marseillais Tomas Hubocan. Deux latéraux caractérisés par leur vitesse, leur compréhension du jeu, et capables de contrer les centres adverses. Si l’ancien Marseillais n’a disputé qu’une dizaine de matchs l’an dernier sous les couleurs d’Omonia, cette saison le coach semble lui faire confiance. En effet, titularisé lors des quatre derniers matchs de Ligue Europa, il fut l’un des protagonistes de cette campagne européenne.

Plus haut, au milieu central se trouve le duo Vitor Gomes et Jordi Gomez. Titulaires indiscutables depuis la saison dernière, ils peuvent à la fois jouer comme milieu défensif et offensif. Ils épaulent donc souvent leur défense sur les phases défensives et à l’inverse, montent en attaque pour soutenir leurs attaquants. A cela s’ajoute également leur bonne vision de jeu et surtout leur frappe de balle, comme en témoigne ce joli lob de Jordi Gomez en décembre 2018 face à l’APOEL.

À gauche s’illustre le Brésilien Thiago, arrivé l’année dernière en provenance du Nea Salamina. C’est un élément essentiel dans le jeu de l’Omonia, un véritable meneur de jeu capable en une touche de balle de servir en retrait les attaquants. Il s’improvise également buteur dans les moments compliqués comme en témoigne son but dans les prolongations en août dernier face à l’Ararat qui a permis au club chypriote d’arracher la qualification pour le deuxième tour de la LdC.

Eric Bauthéac sera bien évidemment titulaire sur le côté droit. Arrivé l’an dernier en provenance de l’Australie, il a rapidement conquis le cœur des supporters verts et blancs de l’Omonia. L’ancien Niçois et Dijonnais, âgé de 33 ans, n’a pas perdu ses qualités de vitesse et de dribbling et est en grande forme en ce début de saison puisqu’il enregistre quatre buts et une passe décisive en cinq matchs de championnat. Et s’il marquait son premier but européen ce jeudi face au PAOK ?

Arrivé cet été en provenance du FC Bâle, Kaly Sene s’est bien intégré au club chypriote. Outre ses qualités techniques pour contrôler le ballon, il apporte de la vitesse et de la fraîcheur dans le secteur offensif. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que le Sénégalais ait gratté un long temps de jeu dans d’importants matchs de Ligue des champions cet été (55 minutes contre l’Etoile Rouge de Belgrade et 45 minutes contre l’Olympiakos). Cependant, il est probable qu’un autre joueur plus aguerri tel qu’Ernest Asante (31 ans) ou Photis Papoulis (35 ans) puisse le remplacer durant les matchs européens.

Kaly Sene sera accompagné sur le flanc gauche par Michal Duris. Arrivé lui aussi cet été à Chypre, c’est un connaisseur du championnat chypriote puisqu’il évoluait à l’Anorthosis Famagouste depuis 2017.  Titulaire lors des matchs de qualification cet été, il n’a pas réussi à marquer le moindre but. Cependant, celui qui a été l’un des meilleurs joueurs de son équipe l’an dernier, compte bien prouver son talent avec l’Omonia, et ce, lors des matchs européens.

Lors de cette campagne de qualification de cet été, Henning Berg a constamment varié son plan de jeu, notamment au milieu de terrain. En effet, Omonia alterne entre un 4-2-3-1 et 4-3-3, même s’il opte souvent en championnat pour un 4-4-2. Des compositions qui efforcent les milieux à s’adapter en fonction de l’adversaire. Forcément, face à un groupe aussi relevé en Ligue Europa, l’Omonia ne part pas favori. L’équipe jouera comme lors des qualifications, procédant à des contres attaques efficaces grâce aux joueurs rapides qu’il dispose tout en mettant en place un bloc défensif.

Stéphane Meyer

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