L’œil du recruteur c’est un rapport détaillé, technico-tactique, d’un joueur de nos championnats qui mériterait de jouer à un niveau un peu plus élevé qu’il ne le fait actuellement. L’occasion de vous faire découvrir aujourd’hui un nouveau joueur que vous devriez voir dans un championnat plus huppé d’ici peu : Patryk Dziczek du Piast Gliwice.

PATRYK DZICZEK

Nom complet : Patryk Dziczek
Né le : 25 mars 1998 à Gliwice
Pays : Pologne
Taille – Poids : 1.82 m – 70 kg
Poste (pied) : Milieu défensif (droitier)
Autre(s) poste(s) : Milieu relayeur, milieu offensif
Club : Piast Gliwice – Ekstraklasa, Pologne
10 sélections avec la Pologne U21

Carrière

Patryk Dziczek a beau avoir explosé cette saison en Ekstraklasa, il n’est absolument pas un inconnu sorti de nulle part ou une sorte de joueur que personne n’avait vu venir et qui trouve la bonne situation dans le bon club avec le bon entraîneur. Il y a un peu de ça, cependant. Le milieu de terrain polonais a débuté en 2015 en Ekstraklasa et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne s’est pas très bien déroulé pour lui. Sans une minute de jeu en professionnel sur son Curriculum Vitae, Dziczek débute lors de la dernière journée de la saison face au Cracovia. Il vient d’avoir 17 ans. « J’ai appris que j’allais démarrer le match le jour même. Le maintien était acquis donc j’espérais que Radoslav Latal me donne 10 ou 15 minutes. […] Mes coéquipiers m’ont dit de jouer sans commencer par une passe en retrait, pour me mettre dans le match, ce que j’ai fait. J’ai perdu mon deuxième ballon et un peu plus tard, j’ai en perdu un autre qui a conduit au but adverse. J’ai été remplacé à la mi-temps et j’ai pleuré dans le vestiaire. Quand je suis rentré à la maison, j’ai pleuré encore un peu. » Dziczek avait alors le choix entre tirer les leçons et avancer ou abandonner face aux difficultés. Aujourd’hui, la réponse est évidente.

© PAP/Jacek Bednarczyk

Né à Gliwice, formé au Piast, Dziczek est depuis longtemps considéré comme une pépite d’un club qui n’a pas tellement la réputation d’une usine à talents, même si les récentes évolutions du Piast le poussent à investir dans son académie et, ainsi, Dziczek pourrait en être le précurseur. Les deux saisons après ses débuts tumultueux, Patryk Dziczek n’a joué que 98 minutes en Ekstraklasa. « J’ai compris que je devais en faire beaucoup plus. Auparavant, je revenais à la maison, je m’allongeais sur le lit et la journée était terminée. Aujourd’hui, j’ai compris que la fin de l’entraînement n’est pas la fin de la journée. Je travaille pour me muscler, gagner de la vitesse. Ce match m’a fait comprendre que je n’étais pas aussi bon que je ne l’imaginais car à l’époque, j’étais convaincu que je méritais ma place dans le onze. Cette expérience m’a fait redescendre sur Terre. » Outre ce changement de mentalité, Dziczek a aussi depuis modifié son régime alimentaire. Et les résultats sont là. Depuis deux ans, le jeune milieu de terrain est un élément indispensable de son équipe. Cette année, il a joué 33 des 37 matchs du Piast, le titre étant la grosse cerise sur un gâteau déjà bien imposant.

Utilisation actuelle

D’un numéro 10, Patryk Dziczek n’a que le numéro au dos de son maillot. Son rôle dans un système qui a beaucoup évolué au cours de la saison ressemble plutôt à un cinco sud-américain. Une sorte de meneur de jeu en retrait faisant le lien entre la défense et l’attaque. Défensivement, Dziczek est le dernier rempart du milieu de terrain.

Le Piast utilise ainsi sa vision du jeu et sa qualité de passe pour les premières relances. L’entraîneur du Cracovia, Michal Probierz, l’a ainsi appelé « le moteur du Piast Gliwice ». Dziczek est le joueur qui se rend disponible pour ses partenaires lorsqu’ils sont dos au but, qui réfléchit, qui analyse, un joueur plus dans l’anticipation que dans le duel alors qu’à côté de lui, l’Anglais Tom Hateley est le bulldog, le harceleur de chevilles et la machine à courir. Devant Dziczek, Joel Valencia a les clés de l’animation offensive.

Profil

– Jouer simple, c’est compliqué. Sauf pour Patryk Dziczek qui a régulièrement l’idée de rester simple et efficace dans son jeu.

– Comme dit plus haut, Dziczek semble être un joueur cérébral. Il est calme et réfléchit à ce qui l’entoure. Il prend les informations avant de recevoir le ballon ce qui lui permet d’avoir un temps d’avance. C’est un détail évident mais tellement important pour un joueur de ce poste. Les prises de décisions sont excellentes.

– Le Polonais joue avec beaucoup de maturité pour un joueur de son âge. Il est racé, a du caractère et est sûr de lui, ce qui se ressent sur le terrain. Il dégage une sérénité assez rare pour un joueur polonais de son âge. Cela n’apporte rien au jeu per se, mais Dziczek est aussi un joueur élégant, ce qui ne gâche rien.

– Ses passes sont évidemment excellentes et représentent probablement son gros point fort. Qu’elles soient courtes ou longues, elles sont précises et réalisées avec un but précis.

– L’Ekstraklasa n’est pas le championnat où il y a le plus de pressing en Europe. Les matchs face à l’Italie et surtout l’Espagne à l’Euro nous permettront de juger ses capacités à gérer la pression avec le ballon.

– Physiquement, il y a du mieux. Il a énormément travaillé pour se mettre au niveau car il se reposait par le passé sur ses qualités naturelles sans donner trop d’importance à l’évolution de ses capacités physiques, importantes dans le rôle qu’il doit assumer.

– « S’il était 20% plus rapide, il aurait quitté la Pologne il y a bien longtemps » explique un de ses formateurs au Piast. Il ne sera jamais un joueur rapide mais il a conscience qu’il faut qu’il travaille sur ce point.

– Cette saison, on a senti plus de caisse dans son jeu et c’est très bon signe. Il a d’ailleurs joué 33 des 37 matchs du Piast et n’a manqué que 90 minutes de jeu depuis le début de l’année 2019. Ce n’est pas le plus grand fondeur d’Ekstraklasa mais il a progressé à ce niveau.

– Neuf cartons jaunes en 33 matchs, c’est un petit peu trop. Il a d’ailleurs manqué le match face au Legia pour suspension.

– Selon l’entraîneur des U21 Polonais, Dziczek est un leader, capable de parler dans le vestiaire et sur le terrain.

– Patryk Dziczek est devenu un féru de travail. Il travaille à côté des séances d’entraînement avec son père veut devenir meilleur dans tous les domaines. Il lit notamment des livres sur le développement mental. La mentalité est la bonne.

– Dziczek est intéressant dans sa polyvalence au milieu de terrain. Il peut jouer dans tous les systèmes à tous les postes tant qu’ils sont dans l’axe. Son jeu pourra s’adapter selon le jeu et l’envie de son équipe. On peut très bien s’imaginer le voir jouer milieu offensif lors de quelques matchs où son équipe saura qu’elle n’aura pas le ballon et sera obligée de défendre.

– Trois buts (un coup franc avec une énorme erreur du gardien et deux têtes sur corner) et aucune passe décisive pour Dziczek. Ce n’est pas son rôle mais Dziczek visait cinq buts et cinq passes décisives. Alors, on a le droit de lui demander d’être un peu plus décisif dans la finition et la création. Ses frappes de loin méritent beaucoup plus de régularité.

Evaluation

Patryk Dziczek est revenu sur terre et s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas se reposer sur ses acquis s’il voulait aller plus haut. Un mal pour un bien puisque, depuis, le jeune polonais ne s’arrête plus de progresser à tel point qu’on se demande jusqu’où il ira. Il a logiquement été élu meilleur espoir du championnat polonais après le titre de son équipe cette saison. Le Polonais s’est trouvé une envie de progresser et met tous les outils nécessaires à cette progression, un des éléments les plus importants pour un jeune joueur. Mieux, l’évolution montrée depuis prouve qu’il ne ment pas.

S’il a montré ses qualités mentales en se relevant d’un échec initial et qu’il possède des aptitudes techniques évidentes d’une sorte de sentinelle moderne, Dziczek a aussi des lacunes, particulièrement dans le compartiment physique. A ce niveau-là, seul un transfert dans un championnat plus huppé pourra répondre aux interrogations. Jagiello au Genoa, Zielinski à Empoli puis Napoli, Zurkowski à la Fiorentina, Linetty à la Sampdoria, les milieux de terrain polonais s’étant exilés en Italie sont pléthore et Patryk Dziczek pourrait bien être le prochain. Cela tombe bien, ses qualités correspondent plutôt bien à la Serie A… et à la Ligue 1.

En tout cas, Dziczek est prêt à faire le grand saut et sortir du cocon de Gliwice. Sa saison est déjà réussie et, malgré la perspective de la Ligue des Champions, son avenir est à l’étranger. D’ailleurs, il a commencé à apprendre l’anglais. Il ne lui reste qu’un an de contrat mais son club a une option pour le prolonger de deux ans. Son Euro, où il se frottera à des milieux de terrain de niveau international devrait logiquement être titulaire au milieu avec Zurkowski et Jagiello, pourrait lui ouvrir encore plus de portes.

Cibles types : Udinese, Genoa, OGC Nice, Strasbourg, Stade de Reims, FC Bâle
Prix : 2.000.000 €
Rapport qualité / prix : Excellent – avec une grosse plus-value potentielle
Note du joueur : B
Note du potentiel : A

Mathieu Pecquenard & Quentin Guéguen

Image à la une © Polska Press

L’oeil du recruteur #35 : Patryk Dziczek
5 (100%) 2 vote[s]

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.