Les nouvelles ambitions de l’Olimpija Ljubljana

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Damien F - Publié le 18 juin 2015

Précédemment sur #Footballski – entretien passionnant avec les ultras des Green Dragons fustigeant le prédécesseur de Mandaric 

Une des rares constantes à l’Olimpija Ljubljana est le changement fréquent et mouvementé. Le dernier en date pourrait être enfin le bon. L’américain d’origine serbe Milan Mandaric a racheté le club et en est devenu le président depuis l’assemblée générale du 15 Juin après la démission du très impopulaire roi de la banane Izet Rastoder. Que vient donc faire dans cette galère le prospère homme d’affaires de 76 ans ?

Une nouvelle saison très laborieuse vient de se terminer pour l’Olimpija Ljubljana. Pour la deuxième année consécutive, le club de la capitale ne se qualifie pas pour une place européenne et ne remporte aucun trophée.  Le boycott des fans, mécontents de la gestion calamiteuse de Rastoder, n’a pas franchement aidé les vert et blanc. Avant même la fin de saison, le directeur sportif et ancienne gloire Milenko Asimovic a pris la porte et a assumé la responsabilité des prestations peu convaincantes. 48 heures après le dernier match de la saison, perdu contre Domzale, Izet Rastoder a démissionné de ses fonctions de président. On apprenait alors que Milan Mandaric, qui a déjà collaboré avec Koper il y a quelques années, était en train de racheter le club pour 4 millions d’euros.

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« Izet Adijo » Les Green Dragons célèbrent en ville le départ du contesté président

Une vie pleine de succès

Milan Mandaric est né en 1938 à Lika en Croatie, place qui tiendra une grande importance pour lui au cours de sa vie. C’est pourtant à Novi Sad, en Serbie, qu’il grandit, joue au football et devient diplômé en génie mécanique. Tout jeune, il montre déjà une prédisposition pour les affaires. A 21 ans, il reprend l’atelier de son père et commence à fabriquer des pièces automobiles. En seulement 5 ans, sa petite affaire familiale se transforme en grande entreprise. Il fournit toute la Yougoslavie et commence même à s’exporter à l’étranger.

Le jeune Milan commence à avoir de l’ambition. Pour une année, il déménage avec sa famille en Suisse, ce qui déplait fortement au régime communiste yougoslave. Ni une, ni deux, il est publiquement dénoncé comme un traître capitaliste et les menaces pleuvent. En 1969, ayant peur pour sa vie et celle de sa famille, il décide de quitter la capitale yougoslave pour les Etats-Unis. Sans argent et sans parler un mot d’anglais, il compte sur le rêve américain pour s’inventer un meilleur futur. Après une vaine tentative de taximan à Chicago, il se rend en Californie où il trouve un job dans la fabrication de pièces pour ordinateurs. Se sentant comme un poisson dans l’eau dans ce milieu, il fonde avec deux collègues une nouvelle entreprise. Succès total ! Mais les trois hommes ne s’accordant pas sur une vision commune, Milan Mandaric décide de faire cavalier seul. En 1971, il lance son entreprise nommée… Lika ! Nouveau grand succès. Lika devient rapidement l’un des plus grands fabricants de pièces pour ordinateurs aux USA. Le nouveau citoyen américain est alors un pionnier du boom technologique qui a conduit à la création de la Silicon Valley. En 1980, il vend Lika pour créer une nouvelle société Sanmina, spécialisée dans les circuits imprimés d’ordinateur. Mandaric a fait grandir l’entreprise qui, aujourd’hui, après son départ, emploie 40.000 personnes et génère six milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Couronné de succès, il souhaite se lancer dans un nouveau challenge. Ce sera celui de sa passion d’enfance : le football ! Après avoir créé le FC Lika, Mandaric s’occupe des San Jose Earthquakes, franchise du premier championnat professionnel de soccer aux USA. Il a l’occasion de diriger l’alcoolique mais néanmoins fantastique George Best qui inscrivit 28 buts en 56 matchs. Problème, les américains ne s’intéressaient alors absolument pas au football mais plutôt aux nombre de bières consommées par le britannique. Devant ce manque de ferveur, l’homme d’affaires part voir si l’herbe est plus verte du côté de l’Europe. Pour cela, il achète une part du Standard de Liège puis devient propriétaire de Charleroi et de l’OGC Nice pendant trois ans, remportant une Coupe de France (1997).

Deux ans plus tard, il atterrit à Portsmouth pour ce qui sera son expérience la plus réussie. De 1999 à 2006, sous sa direction, le club du sud de l’Angleterre vécut une des plus belles périodes de son histoire en remportant la deuxième division en 2003 et s’installant durablement en Premier League. Les supporters chantaient des chansons en son honneur. Une rumeur circulait selon laquelle chaque vrai fan de Pompey a au moins une photo de Mandaric dans sa maison. Lors de son départ en 2007, il vend le club pour acheter Leicester huit millions. En 2010, il le revend 55 millions d’euros après l’avoir redressé. La même logique se poursuit à Sheffield Wednesday qu’il acquiert 1M€ (+ toutes les dettes de la direction précédente) et le revend 52M€. Comme pour ses entreprises, Mandaric réussit à redresser les clubs de football.

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Milan Mandaric

Un grand défi en Slovénie

Mandaric : « Je récupère un club en excellent état, ce qui est une nouveauté pour moi. Je viens avec beaucoup d’envie.  Tous les clubs sont grands mais l’Olimpija représente la capitale et le football. Je vais utiliser toute mon expérience pour le bien de ce club».

A Ljubljana le défi de Mandaric sera effectivement différent. Son travail ne sera pas de redresser un club en détresse mais de l’emmener au sommet. Les finances ne sont pas flamboyantes et il y a un gros travail à effectuer sur le sponsoring et le marketing. Cependant, le président sortant, Rastoder, se vante d’avoir réglé toutes les dettes (à sa propre compagnie qui avait fait des prêts à l’Olimpija avec des taux d’intérêts très élevés…). Pour rembourser, Rastoder avait fait des économies sur tout ce qu’il pouvait, ce qui explique l’état piteux des infrastructures (terrains d’entraînement, secteur médical, académie). Il va falloir que Mandaric et son équipe réinvestissent pour se remettre à niveau. Les fans et notamment les ultras des Green Dragons, qui ont annoncé stopper le boycott, attendront aussi des résultats. Cela fait treize ans que l’Olimpija n’a plus rien gagné et laisse Maribor s’accaparer de tous les honneurs du pays, au niveau national et continental.

Rastoder : « Quand j’ai repris l’Olimpija, il croulait sous les dettes. Maintenant, c’est un club sain sans un seul euro de dette. Je souhaite à la nouvelle direction beaucoup d’énergie positive, de la détermination, du soutien et beaucoup de bonheur à l’Olimpija. Une nouvelle ère débute et je suis certain qu’elle sera remplie de trophées. Je suis navré de quitter le football mais je ne pouvais plus subir les insultes des fans qui s’en sont aussi pris à ma famille. C’est triste mais cela montre bien dans quelle société on vit. »

Milan Mandaric s’est aussitôt mis au travail. Il a nommé le serbe et ancien gardien international yougoslave Ranko Stojic Directeur Général et va travailler en étroite collaboration avec lui. Marijan Pusnik, qui a promis « de la sueur et du sang » a, lui, été nommé entraîneur. L’ancien membre de la sélection slovène Turbo Rudi alias Mladen Rudonja (65 sélections) et grand fan de l’Olimpija s’est déclaré ravi des changements :

« Je suis heureux que l’épisode Rastoder arrive à sa fin. Le club va probablement évoluer à un niveau plus élevé. Je soutiens Milan que je connais depuis plusieurs années. Il sera en mesure d’aider l’Olimpija à progresser »

Pour être à la hauteur des attentes de Turbo Rudi et des fans de l’Olimpija, Mandaric compte profondément remanier l’effectif. Les cadres devraient rester comme Sporar (meilleur joueur de la saison) et  8 recrues importantes sont espérées. Comme il l’a déclaré à l’Assemblée Générale du club, le budget sera aussi élevé que nécessaire.

L’arrivée de Mandaric n’a pas ému tout le monde. A commencer par Zlatko Zahovic, le directeur sportif de Maribor. Selon ses déclarations, l’Olimpija n’aura rien à espérer au cours de la prochaine saison, les concurrents sérieux pour son club étant Domzale et Koper. Maribor devrait pourtant se méfier de l’ «homme qui réussit partout ».

 

Damien Goulagovitch

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