Non-payés, en grève et menacés : la triste situation financière des joueurs en Roumanie

Tristan Trasca - Publié le 31 mars 2014

On avait fait un état des lieux assez alarmiste de la situation financière des clubs dans les Balkans la saison dernière (1). Quelques mois plus tard, la situation ne s’est pas vraiment améliorée et les joueurs évoluant en Roumanie vivent avec cette menace financière permanente. Point sur la situation actuelle à travers 3 clubs.

Otelul Galati

Le champion de Roumanie 2011 vit depuis la saison dernière avec d’importantes dettes. Cette situation financière a de graves conséquences sur le quotidien des joueurs, non-payés depuis de nombreux mois. La semaine dernière, les joueurs avaient donc décidé de ne pas s’entraîner avant le match contre le Concordia Chiajna.

Finalement, à la veille de la partie, les joueurs de l’Otelul ont obtenu gain de cause en se faisant payer leurs salaires du mois de … décembre. L’Otelul a donc joué ce week-end et le président du club a osé dire que c’était grâce à la « bouffée d’oxygène » qu’il avait offert aux joueurs que l’Otelul l’a emporté…

Le club de Galati a déjà failli déposer le bilan la saison dernière et la situation actuelle est à nouveau catastrophique mais la solution pourrait venir d’un mystérieux investisseur égyptien Abd El Rahman qui travaille à l’ambassade égyptienne à Bucarest.

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La pensée d’Astafei traduit le malaise actuel des joueurs roumains

Rappelons que le joueur de l’Otelul Victor Astafei (2) répondait ainsi à une question de la Tuicacadémie en début de saison : « Oui, je pense qu’un joueur peut faire toute sa carrière dans un club en Roumanie. Mais je ne pense pas que le club existera assez longtemps pour que cela arrive, mais c’est un autre problème. » Cela vous montre un peu l’état d’esprit d’un joueur en Roumanie.

 

CFR Cluj

La saison dernière, le CFR Cluj évoluait en Ligue des Champions et prenait 10 points dans son groupe, gagnant notamment sur la pelouse d’Old Trafford. Quinze mois plus tard, la belle campagne européenne semble être un très lointain souvenir pour une équipe qui se traîne à la septième place de Liga I en ayant fourni un grand nombre de prestations insipides. Trois entraîneurs se sont déjà succédés sur le banc du CFR sans grand changement (3).

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Le Croate Djokovic désabusé par la situation financière au CFR Cluj

Mais outre les problèmes sportifs, le club doit aussi se débattre avec des problèmes financiers continuels. En partant l’an dernier, Nicolas Godemèche laissait déjà entendre que c’était le cas mais cette semaine, c’est le Croate Damian Djokovic qui a déclaré dans la presse : « Ce n’est pas facile de jouer dans ces conditions. Un footballeur joue par amour de ce sport, mais aussi pour gagner son salaire et à Cluj nous ne sommes plus payés depuis 5 mois ! Nous sommes tous inquiets de ce qui se passe, nous ne savons pas à quoi nous attendre pour le futur. Je ne m’attendais pas à cela, c’est tout de même un club qui a joué la Ligue des Champions. Pour moi, c’est clair : je retourne à Bologne à la fin de la saison. » Si le Croate trouvera une solution aisément à la fin de son prêt, on peut quand même se poser de nombreuses questions pour les autres joueurs du club. Cela pose aussi la question de l’attractivité des clubs roumains vis-à-vis des joueurs étrangers quand ils sauront qu’il y a de grandes chances qu’ils ne soient pas payés quelques mois.

Le président Paszkany semble décider à arrêter les frais avec le club de Cluj et à ne plus investir autant qu’il a pu le faire par le passé, permettant au CFR de devenir un ténor en Roumanie. Mais malheureusement, pour ce genre de clubs, il n’y a pas de juste milieu et s’il n’y a pas d’investissement pour continuer à voguer en haut du classement en Roumanie et pour jouer l’Europe, le club pourrait inexorablement chuter voire disparaître.

 

Pandurii Targu-Jiu

Jusqu’à l’hiver dernier, le Pandurii était l’exemple d’un club roumain sainement géré que ce soit financièrement ou sportivement. Le club a, en effet, su se développer tout en vendant continuellement ses meilleurs joueurs de Chiriches à Nistor, en passant par Pintilii ou Maxim. Mais le vice-champion de Roumanie a peut-être fait un mauvais calcul en vendant Eric de Oliveira à Al-Ahli en Arabie Saoudite. Certes, la plus-value financière était énorme – de l’ordre d’1M€ pour un joueur acheté six mois plus tôt – mais cela a eu des conséquences sportives. En effet, Eric avait tenu l’équipe en Liga I pendant les six premiers mois de la saison.

Eric de Oliveira

Obligé de vendre Eric, le Pandurii ne peut plus suivre sportivement

Depuis la trêve hivernale, et malgré le retour de Nistor d’Evian, les joueurs avaient pris un point en 4 matchs quittant peu à peu le groupe de tête. Le 18 mars dernier, le club a donc annoncé sur son site Internet que les joueurs ne seraient plus payés – ni salaires, ni primes – tant que l’équipe ne retrouverait pas sa place dans les quatre premiers. Si l’électrochoc a marché sur le premier match sur le terrain du Dinamo (victoire 2-3), le Pandurii a perdu 0-1 à domicile ce week-end contre le CFR Cluj.

La décision prise par les dirigeants du Pandurii est une grande première en Roumanie. Pour un club qui servait d’exemple, cette bien triste décision pourrait n’être que le premier acte d’une lente morte d’un club empêtré dans les contradictions actuelles du football roumain : il est indispensable d’investir pour pouvoir se qualifier et disputer les compétitions européennes mais le faible retour sur investissement financier dans les compétitions roumaines et l’impossibilité de passer les premiers tours en Europa League obligent les clubs roumains à continuellement vendre très rapidement leurs meilleurs joueurs sans permettre aux collectifs de se développer. Un cercle vicieux dont les infortunés joueurs, pas assez talentueux pour aller à l’étranger, sont les principales victimes.

Tristan Trasca

 

http://horsjeu.net/academies/balkans-alerte-rouge-concernant-les-finances-des-clubs/

http://horsjeu.net/fil-info/tuica-rencontre-victor-astafei-footballeur-atypique/

http://footballski.wordpress.com/2014/03/14/deja-23-changements-dentraineurs-en-roumanie/

 

 

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