Nemanja Radonjić, la résurrection après le chaos

Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Publié le 21 août 2018

Désirant renforcer son couloir gauche afin de suppléer Ocampos et laisser Dimitri Payet dans l’axe, l’Olympique de Marseille devrait signer sous peu l’ailier serbe Nemanja Radonjić pour une douzaine de millions d’euros. Présent dans la liste des 23 de son pays pour la Coupe du Monde, il a su bonifier le jeu de son équipe lors des quelques minutes qu’il a eu à jouer. La juste récompense d’une saison plus qu’aboutie avec l’Étoile rouge de Belgrade. Après Duje Ćaleta-Car, le Serbe est donc la seconde recrue estivale du club phocéen ; lui qui semble, pour notre grand plaisir, vivre un été tourné vers l’Est. Tant mieux pour nous, et pour vous, puis que nous avons l’occasion de vous livrer ces quelques lignes dans le but de vous présenter celui qui a longtemps été surnommé « nestašni dečko srpskog fudbala », c’est-à-dire « le vilain garçon du football serbe ». Alors, Nemanja, qui es-tu ?

De Niš à Belgrade, la bataille entre le Partizan et Zvezda

Né en 1996, l’ailier serbe a grandi à Niš, dans le sud de la Serbie, dans une famille de footballeurs et commence à jouer dans les clubs de sa ville : Mediana, Železničar et Radnicki.Très vite, comme beaucoup de jeunes Serbes, Nemanja est repéré comme étant un talent à l’état pur. Goran Grujić, père de l’actuel milieu de Liverpool, le recommande d’ailleurs rapidement à Zvezda. De là, tout s’enchaîne rapidement et voilà que Nemanja Radonjić débarque dans la capitale afin de s’entraîner avec les jeunes du club sous les ordres de Konstantin Djurić, mais leur proposition finale ne convient guère à l’ailier gauche – à savoir rester s’entraîner à Niš et venir à Belgrade, en train, tous les week-ends, pour les matchs.

Si le jeune homme ne s’engage pas avec le club belgradois, cette première aventure reste l’occasion de nouer de forts liens d’amitié entre lui et la famille Grujić, celle-ci lui offrant gîte et couvert quand le jeune ailier gauche en a besoin. Néanmoins, un an plus tard, le voilà de retour dans la capitale pour y rejoindre l’autre grand club de la ville, le Partizan Belgrade … avant que tout capote rapidement.

On le sait, les rivalités entre Zvezda et le Partizan sont offertes et présentent à tous les niveaux. Même au sein des jeunes joueurs serbes. Preuve en est avec Nemanja, supporteur de l’Étoile rouge dans l’âme rêvant toujours secrètement de porter sa tunique rouge et blanc favorite. Si rejoindre le centre de formation du Partizan est une proposition difficile à refuser, voilà que son recrutement échoue rapidement, le joueur décidant d’entrer en contrat avec Zvezda, dans le dos du Partizan Belgrade. Dans l’œil de la tempête, le joueur se fait remarquer par l’insouciance qui l’a longtemps caractérisée tandis que certains bruits de couloir l’annoncent du côté des splavs de capitale, notamment à Freestyler.

Une expérience en Italie avec Rudi Garcia et Maurizio Sarri

À l’automne 2013, il s’envole vers l’académie Hagi en Roumanie. Deux mois plus tard, Dragan Djurić, président du Partizan, le fracasse dans la presse. « Il y a deux mois, il a été transféré en Roumanie, avec une compensation et, à notre connaissance, il n’y a pas fait deux sessions d’entraînement. Il a attaqué nos formateurs. Je suis désolé de le dire, mais il a un problème dans sa tête et son comportement a perturbé le travail de notre centre de formation. Je rappelle qu’il ne voulait pas signer le contrat professionnel. » Déjà à ce moment-là, on évoque un transfert dans les mois à venir à la Roma.

Après quelques semaines à s’entraîner à Constanța , la Roma se l’offre à l’hiver 2013/ 2014 contre un chèque de quatre millions d’euros. Il joue peu avec la Primavera, ce qui lui laisse du temps pour développer certaines compétences extrasportives, notamment dans sa maîtrise du selfie. Une période délicate pour le joueur dans laquelle il ne peut s’accrocher qu’à son coéquipier et ami, Adem Ljajić. Pour cause : le jeune serbe de 17 ans ne parle pas un mot d’italien, Ljajić évoque cette situation avec De Rossi qui remonte l’information à son père qui dirige la Primavera. De plus, étant mineur, l’ailier n’a pas le droit à un appartement et doit loger au camp d’entraînement de la Roma, ne le quittant qu’à de très occasions, sous l’aile de Ljajić.

Il est envoyé lors de la saison 2014/2015 à Empoli entraîné alors par un certain Maurizio Sarri, entraîneur charismatique reconnue autant pour son intelligence tactique que pour sa capacité à fumer clope sur clope. De quoi surprendre d’ailleurs le Serbe qui, lors d’une interview, expliquait avec humour qu’il pensait que le stade était en feu à chaque fois qu’il rentrait dans le vestiaire des siens tellement la fumée de clopes y était présente. Manque de bol, l technicien italien ne le fait pas jouer une minute, que ce soit avec la Primavera ou la A, à la suite d’un problème entre la Roma et Empoli. À l’été 2015, il revient à la Roma et continue de s’entraîner avec la A dirigée par un certain Rudi Garcia.

Après 6 mois à traîner son spleen, il tente de rebondir en revenant au pays ; une première fois, en prêt, à Čukarički ,pendant 6 mois, puis chez le champion d’Europe 91 un temps plus tard.

Avec les Ultras de l’Étoile rouge à seulement 13 ans

De retour dans la capitale après quelques aventures européennes, le fringant ailier serbe ne l’est plus tant que ça. Pour cause, à peine arrivé, le jeune homme se fait plus remarquer pour sa condition physique catastrophique – et 89 kilos sur la balance – plus que pour ses qualités footballistiques. Lors de ses six premiers mois, il est pris en charge par l’entraîneur Lalatović, réputé pour être proche de ses joueurs. Un véritable tournant dans son approche vis-à-vis du football. S’il ne joue que quelques minutes ci-et-là en fin de matchs, en profitant pour planter quelques buts de temps en temps, le Serbe goûte surtout – enfin – aux joies de jouer un match de football et de fouler les pelouses nationales. Preuve en est, la fin de saison se ponctue par une perte de 12 kilos. Un premier objectif de réussi qui n’est malheureusement qu’une courte passe avant de replonger : Radonjić  a le don d’énerver et d’agacer ces clubs. Et si le talent est bien là, c’est surtout sa nonchalance qui est pointée du doigt par les observateurs. Malgré tout, le joueur peut compter sur Lalatović et Dejan Grgić, de l’International Sports Office, nouvel agent du joueur depuis l’année 2017.

Ce dernier le reprend en main, lui fait perdre une nouvelle fois du poids, va jusqu’à lui flanquer un surveillant personnel afin de le remettre dans le droit chemin et lui prodiguer une hygiène de vie plus en adéquation avec la vie d’un footballeur. Exit alors les fêtes et le show-off, bonjour les régimes, entraînement personnels tous les jours, le tout sous la houlette d’anciens joueurs renommés, notamment Savo Milosević. Le joueur se sait talentueux, mais ne sait pas comment utiliser ce don. Grgić, lui, fait en sorte de protéger son poulain et de le repartir sur de nouvelles bases, en y allant étape par étape. Dorénavant, un seul mot compte : le travail.

Tel un phénix, le joueur annonce lui-même sa résurrection lors de son passage à l’Étoile rouge, son club de coeur, rappelons-le. « C’est un nouveau Nemanja Radonjić que vous avez, l’ancien n’existe plus », explique t-il alors. S’il est plus posé, le joueur peut néanmoins surprendre ses coéquipiers à tout moment par sa mentalité à contre-courant de beaucoup ; preuve en est lors d’un match face à Krasnodar, lors de qualifications pour l’Europa League. Buteur, Radonjić  exulte, retire son maillot, remonte tout le terrain à vive allure et s’en va célébrer son pion avec ses amis des Delije, les ultras du club belgradois. Si Vujadin Savić, ancien bordelais et alors coéquipier de l’ailier gauche, n’hésite pas à lui filer une bonne remontrance, ce passage incarne aussi une autre facette du joueur serbe, celle d’un feu follet insouciant, aimant le football à sa manière. Un football qui, pour lui, semble se conjuguer avec la culture ultra et les chaudes ambiances : le bonhomme, avant de jouer pour Zvezda, en était supporter et allait voir les matchs des siens dans la tribune Nord, avec un groupe de Delije de Niš – son premier match avec ces derniers étant en 2009, face au Dinamo Tbilissi, à seulement 13 ans. De quoi partager une passion commune avec certains Marseillais.

Ainsi, après quasiment deux années sans jouer au football, Nemanja Radonjić lance tout juste sa carrière, le tout grâce à l’impulsion de Lalatović. Une renaissance poursuivie par l’actuel entraîneur du club belgradois, Vladan Milojević. Tacticien de nature, celui-ci n’hésite pas à imposer de longues séances tactiques aux siens et fait exploser le talent de Radonjić aux yeux de tous durant le dernier exercice 2017/2018. Un couronnement ponctué par une fin d’année en boulet de canon l’envoyant en sélection nationale serbe.

« Nemanja Radonjic est un miracle »

Ailier gauche en faux pied, Radonjić est finalement un produit typique de cette génération de Serbes. Vif, technique, imprévisible, le joueur a sans conteste un talent brut. Qu’il faut néanmoins apprendre à polir afin de mieux l’utiliser. S’il peut parfois repiquer dans l’axe, le joueur se montre surtout très actif sur son flanc gauche, dans un poste de pur ailier contre-attaquant profitant de sa capacité d’accélération sur les premiers mètres et de vitesse -, et ce malgré sa taille conséquente. Une caractéristique qu’il avait travaillée en tant que jeune joueur du Partizan, sous la houlette d’un entraîneur de la section d’athlétisme. Capable d’éliminer en un contre un, il fut décisif dans le sprint final de la saison dernière avec cinq buts et huit passes au compteur.

Préservé en ce début de championnat, le joueur s’est surtout fait remarquer durant cette phase de qualifications pour la Ligue des Champions, en y étant décisif grâce à ses quatre buts marqués, dont celui de la qualification lors de la prolongation face au Spartak Trnava – un enchaînement contrôle – frappe en pleine course prenant de vitesse une défense slovaque bien fatiguée.

Une phase de jeu caractéristique du joueur qu’est Nemanja. Véritable contre-attaquant, les qualités du joueur se voient surtout quand l’espace est présent devant lui, lui permettant de faire valoir ses qualités de vitesse et sa technique sur des espaces assez larges. De plus en plus dans la construction et la finition, le joueur a fait grandir sa palette technique au fil des mois et des matchs, montrant alors une capacité à se mettre très rapidement en phase d’attaque, après sa prise de balle. Un style qui peut aussi lui jouer des tours, le joueur pouvant souvent effectuer le dribble de trop, le geste inutile, alors que certaines solutions collectives peuvent se présenter à lui. Ses dernières prestations tendent néanmoins à apporter une certaine confiance vis-à-vis de cette caractéristique, le joueur jouant de plus en plus la tête levée, face au jeu, avec souvent la volonté de chercher le centre ou la passe en retrait à l’entrée de la surface. De bons points sur lesquels il faudra s’appuyer afin de grandir dans le collectif marseillais ; tout en essayant de se montrer bien plus appliqué dans le travail collectif, défensif et dans sa capacité à tenir physiquement face à des joueurs bien plus aguerris physiquement et tactiquement. Reste à voir si le jeu marseillais lui permettra de retrouver ces grands boulevards qu’il aime tant et si, surtout, les défenses basses et les milieux physiques et denses du championnat français ne lui causeront pas quelques soucis.

Alors qu’il doit parachever son contrat du côté de Marseille, Rudi Garcia et les siens devront encadrer au mieux le Serbe, aussi bien sûr et en dehors du terrain. Son futur ancien coéquipier Stojković, qui l’a connu d’abord à Čukarički puis à Zvezda, disait de lui que « c’est le meilleur joueur [avec qui] j’ai joué, et j’ai joué avec de très bons joueurs dans l’équipe nationale, mais Radonjić est un véritable miracle ». Espérons désormais qu’il laisse ses démons loin de Marseille afin de continuer sa progression exponentielle depuis ces quelques derniers mois.

Lazar Van Parijs et Justin Teste


Image à la une : ATTILA KISBENEDEK / AFP

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A propos de l'auteur

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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

pays de l'auteur footballski
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