La Slovénie est souvent résumée à Maribor, la presque autrichienne, à Ljubljana, la balkanique, ou à Koper et son mignon petit littoral. Peu de monde s’attarde sur la région de Prekmurje et sa capitale Murska Sobota. Certains curieux penseront tout de même à la merveilleuse rivière Mura, symbole de beauté et de richesses naturelles, d’autres penseront plutôt à l’industrie, ancien fleuron de l’économie de Prekmurje, qui a sombré comme tant d’autres en Europe dans la ruine entraînant des licenciements et de la misère sociale. Enfin, les passionnés du vrai football, celui du labeur et loin des paillettes, feront directement le lien entre cette région et le football.

La fierté d’une région

Renommé NS Mura après la banqueroute du ND Mura 05 en 2012, lui-même renommé après la banqueroute du NK Mura, Mura est toujours resté Mura pour les habitants de Prekmurje. De la quatrième à la première division, le même amour, le même sentiment d’appartenance, les mêmes joies, les mêmes larmes animaient l’étroit stade Fazanerija construit en 1983, sorte d’église à une quinzaine de minutes à pied du centre de Murska Sobota. Un bel endroit, où sévissait tout de même une certaine culture de la lose avec seulement deux coupes glanées, dont une très récente en 2020, et une Supercoupe. Si on ne s’ennuyait jamais en assistant à un match à Fazanerija, on cachait peut-être une certaine pointe de jalousie pour le voisin à succès Maribor, trop prospère, trop couronné, trop bien sapé.

Mura est depuis longtemps passé d’un club de football ordinaire à Mes Que Un Club, comme on dirait en Catalogne. Pour devenir une âme, la fierté principale de Prekmurje. Il y a un an et demi, tout juste revenu dans l’élite, Mura arrivait à emmener plus de deux mille fans à Stožice, pour un match à l’Olimpija Ljubljana ! Près d’un cinquième des habitants de Murska Sobota avaient fait le long voyage à Ljubljana et ont surpassé en son les ultras de l’Olimpija, qui célébraient pourtant leur anniversaire ! Un véritable exploit, qui a fait réaliser à tous les Slovènes la richesse unique de Mura. Ce lien est pourtant difficile à expliquer, d’autant plus que le club a passé onze années loin de la première division depuis 2005 (!), mais d’autant plus agréable.

Comme à la maison :

Le hasard du calendrier a justement honoré les fans de Mura d’une finale du championnat entre Maribor et Mura, chez l’ennemi. Confiants dans leur quête, les Violets avaient tout préparé pour célébrer leur 16ème titre de champion contre le rival de la région voisine, trois fois vice champion mais jamais sur la plus haute marche. Sauf que les Noir et Blanc de Mura ont décidé de tout ruiner et de remporter le premier titre de leur histoire, l’histoire d’un club Slovène pas comme les autres.

La Une de l’Ekipa, l’Equipe local

Murska Sobota devient ainsi la septième ville slovène à remporter le titre suprême en Slovénie. Elle est la plus petite d’entre elles, et la plus pauvre. C’est ainsi que Domzale et ses 13 000 habitants ont dit au revoir à leur statut de plus petite ville championne du pays pour laisser leur place à Murska Sobota (11 000 habitants, soit 30 fois moins que Ljubljana et dix fois moins que Maribor), dont le degré de passion et de frénésie est à l’exact opposé de la paisible ville de la banlieue de Ljubljana. Murska Sobota, l’industrielle délaissée avec les indicateurs les plus mauvais du pays dans à peu près tous les domaines, ne peut pas compter sur les avantages qu’ont les villes de Maribor ou de Ljubljana en terme de bassin de population et de qualité de vie, ni sur le même type d’infrastructures, ni sur les mêmes deniers publics. Mais il y a une chose sur laquelle Mura n’aura jamais rien à envier aux autres clubs slovènes : des fans passionnés et fidèles, de tous âges. Depuis la remontée suite à la banqueroute de 2013, les Noir et Blanc se fixent des objectifs réalisables, progressent d’année en année. Et viennent de réussir un exploit que personne n’osait imaginer.

A Murska Sobota et pour les chanceux ayant effectué le déplacement à Maribor, le Covid était loin, très loin. Toute la Slovénie pouvait s’émouvoir de fans totalement euphoriques, riant et pleurant de bonheur, comme on avait jamais vu jusqu’alors. Les scènes de célébration épiques pouvaient tourner sur tous les médias nationaux sans que l’on puisse s’en lasser. Et même les défenseurs les plus rigoristes des gestes barrières ne trouvaient rien à redire !

Les célébrations à la maison !

Maribor et Ljubljana peuvent tenter de réduire la valeur de ce titre autant qu’ils veulent, et parler de baisse globale de la qualité du championnat à tort ou à raison, le trophée de la saison 2020/21 restera gardé bien précieusement à Prekmurje et personne ne pourra enlever ce succès à Mura, dont les meilleurs joueurs sont Nino Kouter (27 ans), Luka Bobicanec (28 ans) ou Ziga Kous (28 ans). Des joueurs sans statut important et avec des émoluments très bas.

Place aux qualifications !

Alors que toute la ville sera encore probablement en train de célébrer cette victoire, le management du club va devoir vite se pencher sur la suite. Le coach Ante Šimundža, qui a déjà connu la phase de groupes de Ligue des Champions avec Maribor, va devoir aider avec son expérience. Il sait probablement que l’effectif de Mura est loin de celui qu’il a connu à l’époque et il n’oubliera pas que Mura est champion avec le nombre de points le plus bas de prva liga depuis 15 ans.

La campagne européenne sera notamment très importante pour les caisses du club. Les 780 000 euros gagnés l’an dernier ont permis au club de ne pas subir le contrecoup économique de la crise. En perdant au premier tour des qualifications de la Ligue des Champions et au second tour des qualifications de la Conference League, où ils seraient reversés, ils seraient assurés de recevoir 630 000€. Pas de quoi se permettre des folies, mais de quoi regarder l’avenir avec sérénité. Pour un club d’une région défavorisée, qui a subi deux faillites en peu de temps, c’est déjà une belle victoire.

Par Damien F


Image à la une : © Blaz Weindorfer/Sportida

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