Les matchs truqués en Bulgarie, comme le monstre de Loch Ness

Teodor Borisov - Publié le 13 février 2015

Même si la Bulgarie n’a pas eu de grands scandales médiatiques concernant la corruption et les matches truqués à l’inverse des voisins grec ou turc, Sofia possède un épais dossier dans ce registre. En effet, les matchs truqués et les caisses noires existaient déjà à l’époque socialiste (la Bulgarie fut une « république populaire » de 1946 à 1990). A l’époque, le mécanisme n’était pas fondé avec une optique de transactions financières. Il s’agissait plutôt d’échanges de bons procédés. Par exemple, l’équipe A a des problèmes au classement, l’équipe B lui permet de gagner le match à venir. La saison suivante, l’équipe A récupérera ces points laissés face à l’équipe B à travers les confrontations directes.

Une pratique commune dans le football bulgare

Depuis que la Bulgarie est une démocratie, les matches truqués deviennent plus visibles pour l’opinion publique. A la fin de l’année 1993, l’équipe de Yantra (Gabrovo) est rétrogradée de première division pour avoir tenté d’acheter le match avec Beroe (Stara Zagora). Les plus grands scandales explosent en 1999. Un enregistrement audio révèle que les joueurs de Metalurg (Pernik) ont décidé à la mi-temps du match contre Litex Lovetch (joué le 03.04.1999, score d’1-0 en faveur de Metalurg à la mi-temps) dе laisser la victoire à Litex (score final 2-1 en faveur de Litex). Grâce à ce résultat, Litex, le tenant du titre en Bulgarie, est de nouveau champion avec 2 points d’avance devant Levski (Sofia) au classement final. Suite à ce match, l’Union de football de Bulgarie (UFB) prend une décision ultra contradictoire. Metalurg est rétrogradé en II division, mais le résultat contre Litex n’est pas annulé, ce qui permet à l’équipe de Lovetch de garder son titre.

Dans les années suivantes, les matchs truqués en Bulgarie deviennent comme le monstre de Loch Ness – ils existent, mais personne ne possède de preuves pour corroborer leur existence. Pendant ce temps, l’équipe nationale est souvent impliquée dans des affaires de paris truqués par la mafia. Deux matches de la Bulgarie, 1-1 contre Afrique du Sud (24.05.2010) et 2-2 contre Estonie (09.02.2011), sont officiellement annulés par la FIFA. En 2014, quelques jours avant le championnat d’Europe U19, est révélée une tentative de corruption en équipe nationale: le joueur de Ludogorets (Razgrad), Steven Petkov, tente de convaincre certains de ses coéquipiers en proposant approximativement 10 000 euros. Mais l’entraîneur Alexandar Dimitrov est informé et alerte la fédération. La justice bulgare s’en mêle et poursuit Petkov qui voit son contrat annulé par Ludogorets.

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Steven Petkov, grand talent du football bulgare de 19 ans. Une carrière ruinée par ce scandale.

Quelques mois plus tard, l’UEFA a informé l’UFB qu’il existe des doutes sérieux concernant de probables matchs truqués de la part du club de Marek (Doupnitsa) – I division. Mais la réaction de l’UFB est très surprenante. Aucun enquête n’est mise en branle. Marek est puni seulement avec une amende de 10 000 leva (approximativement 5 000 euro). Еn comparaison, on doit noter qu’à la même époque, le Levski Sofia est puni avec une amende de 80 000 leva (approximativement 40 000 euro) à cause du vandalisme de ses fans.

Une dernière affaire qui concerne 30 joueurs actuels du championnat

Le plus grand choc est venu le 10 décembre dernier, quand la police a débuté unе opération majeure contre les matchs truqués après un signalement de l’UFB et l’UEFA. À la direction générale de la police criminelle ont été arrêtés et interrogés trois capitaines d’équipes de I division – l’avant centre de Lokomotiv (Plovdiv) Martin Kambourov, 4 fois meilleur buteur de I division bulgare, le défenseur de Cherno More (Varna) Kiril Kotev et le défenseur de CSKA (Sofia) Alexandar Tounchev. Quasiment 30 joueurs furent interrogés. Le fil rouge de cette enquête était le Lokomotiv Plovdiv et son ex-propriétaire Constantin (Coco) Dinev.

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Sеs entreprises sont des restaurants et des cercles de jeux d’argents. Il est très célèbre en Bulgarie comme producteur de chanteuses de pop-folk. Ses premiers pas en football furent à Vihren (Sandanski) – la ville où se concentrent la plupart de ses entreprises. Le club accède à l’élite du football bulgare en 2004. Dinev est cependant accusé de matchs truqués, mais toujours sans preuves. Juste avant Noël 2009, Dinev était pressenti pour devenir président du Lokomotiv Plovdiv. Le club avait déjà une très mauvaise réputation, trois de ses propriétaires précédents (Nikolai Popov, Georgi Iliev et Alexandar Tasev) ayant été exécutés dans des meurtres mafieux. Dinev restera deux années en Plovdiv. Pendant la seconde, il fut en guerre permanente avec les fans. Ces derniers exigèrent une explication pour une série de résultats douteux – avant tout des matchs amicaux, mais aussi la finale de la Coupe de Bulgarie perdue 1-2 contre Ludogorets (Razgrad). La ligne rouge a été franchie après un 4-4 à domicile contre Vitesse en Europa League. Après le match, 200 fans se pointent à l’entraînement et exigent des explications de la part des joueurs. Dinev décide de quitter le Lokomotiv, mais il revient un an plus tard, car son successeur Veselin Marechki – propriétaire d’une chaîne de pharmacies qui a utilisé le club pour tenter sa chance en politique – ne connait aucun succès. Le deuxième mandat de Coco est constellé d’autres matchs douteux. Le plus mémorable fut contre IFK Göteborg pendant la préparation hivernale à Marbella. Défaite du Lokomotiv 0-4. Selon la presse en Suède, les paris sur le score final furent suspendus à la 34ème minute et le comportement de l’entraîneur bulgare Alexandar Stankov fut inadéquat. Ce jour-là, Stankov s’est bizarrement retrouvé à se battre avec l’entraîneur de IKF. C’est un fait très étrange, Stankov étant connu en Bulgarie comme un homme très calme.

Enfin en juillet 2014, Dimen quitte définitivement Lokomotiv et le club passe sous contrôle des fans grâce à la fondation « Avenir pour Lokomotiv ». Pendant ce temps, la chaîne de télévision « Nova tv » révèle que la police bulgare enquête encore sur un club de I division – Lubiméts . En 2013-14, Lubiméts a gagné contre le champion Ludogorets lors de la première journée, alors qu’ils finirent la saison bons derniers au classement, perdant 29 matches sur 38 et encaissant 104 buts. Étrangement pour un club si modeste, Lubimets a également joué quelques matchs amicaux contre des rivaux prestigieux à Marbella – Rubin (Kazan), Dnipro (Dnipropetrovsk), CFR (Cluj) pendant la trêve hivernale. Et chaque fois Lubimets est largement battu – 0-3 contre Rubin, 0-4 contre Dnipro et 0-7 contre CFR.

Selon des sources policières non officielles, les enquêteurs possèdent un enregistrement audio avec des conversations entres les joueurs et les patrons du club dans le vestiaire et dans l’autobus du club. L’annonce officielle de l’existence de ces preuves concernant les matchs truqués a été faite mais après cet élan initial, l’enquête est aujourd’hui au point mort…

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