Marcelinho, l’atout «Do Brasil» de la Bulgarie

Raphaël Brosse
Raphaël Brosse - Publié le 28 septembre 2016

À 32 ans, Marcelinho fait actuellement les beaux jours du Ludogorets Razgrad et de la Bulgarie, sélection dont il défend les couleurs depuis quelques mois. Une situation assez surprenante pour un joueur qui, il y a encore six ans, végétait en deuxième division brésilienne. Récit d’un parcours atypique, des rives de l’Amazone jusqu’aux confins du Loudogorié.

Stade Dr. Magãlhaes Pessoa de Leiria, le 25 mars 2016. En quête de confiance et de certitudes dans son jeu, le Portugal reçoit, en match amical, la modeste Bulgarie. Logiquement favoris, les hommes de Fernando Santos ne parviennent pourtant pas à tromper Vladislav Stoyanov, qui se permet même de repousser un penalty de Cristiano Ronaldo. Incapables de marquer, les Lusitaniens vont même perdre la rencontre. La faute à un but inscrit par un joueur qui fêtait ce soir-là sa première sélection sous le maillot bulgare, un certain Marcelinho.

Comme son patronyme peut le laisser deviner, Marcelinho n’est pas né en Bulgarie, mais au Brésil. Il voit le jour le 24 août 1984, à Manacapuru, au beau milieu de la jungle amazonienne. Très tôt, celui qui s’appelle Marcelo Nascimento da Costa en version longue commence à taper la balle dans les rues de Terra Preta, le plus vieux quartier de la ville, qui longe le fleuve Amazone. Le football n’est alors qu’un loisir pour le jeune homme, qui travaille comme nettoyeur de bus et passe une partie de son temps libre à aider ses grands-parents dans la boulangerie familiale.

Des débuts prometteurs à São Paulo

En 2001, Marcelo est repéré par Mirandinha, international brésilien notamment passé par Newcastle (1987-1989) et qui entraîne l’Atlético Rio Negro. Le milieu offensif de 16 ans rejoint donc ce club, basé à Manaus, capitale de l’Etat d’Amazonas. Les choses s’enchaînent très vite car, à peine un an plus tard, c’est le grand São Paulo FC qui manifeste un vif intérêt à l’égard de Marcelinho. Celui-ci ne laisse pas passer une telle occasion et part pour l’immense métropole paulista, à plus de 2000 kilomètres de sa ville natale.

À São Paulo, Marcelinho poursuit sa progression dans les équipes de jeunes. Avec une certaine réussite, puisqu’il joue même à plusieurs reprises avec la sélection des moins de 20 ans du Brésil. Une bonne dynamique brutalement stoppée par un souci administratif. L’Atlético Rio Negro estime en effet que son ancien joueur a commis une irrégularité en partant pour le SPFC alors qu’il s’était apparemment engagé pour cinq ans avec le club de Manaus. Afin de prouver que les accusations portées à son encontre sont erronées, Marcelinho est contraint de retourner dans sa région d’origine. Une fois ce problème définitivement réglé, il revient à São Paulo. Malheureusement pour lui, la concurrence féroce qui sévit chez les Tricolores a joué en sa défaveur. Comprenant qu’il ne pourra désormais plus percer sous le maillot noir et blanc, le Manacapuruense décide de changer d’air en 2005.

Direction la Bulgarie pour relancer une carrière au point mort

S’ensuit une période pendant laquelle Marcelinho écume les divisions inférieures, passant d’une équipe à une autre (Cascavel, São Caetano, Catanduvense…) sans jamais s’installer durablement. Il effectue même une pige au Koweït, à Al-Nasr (2008-2009), avant de revenir au pays. Le milieu offensif d’1,77m évolue dans le modeste club de Bragantino lorsqu’il entend parler pour la première fois, en 2011, du Ludogorets Razgrad. « La Bulgarie ? Je ne connaissais personne qui y avait joué, déclare-t-il lors d’une interview accordée à Goal.com. J’ai fait quelques recherches, je me suis informé et j’ai vu que le projet du Ludogorets était audacieux. Le président avait beaucoup d’argent et voulait former la plus grande équipe du pays. » Après avoir pris quelques renseignements auprès de Marquinhos, un compatriote qui joue alors pour le CSKA Sofia, Marcelinho, 26 ans, donne un second souffle à sa carrière en s’envolant pour la Bulgarie.

Fondé en 1945, le Ludogorets Razgrad ne découvre la première division qu’en 2011 sous l’impulsion de Kiril Domuschiev, riche homme d’affaires bulgare ayant racheté le club un an plus tôt, avec la ferme intention d’en faire une place forte sur le plan national. Marcelinho, qui signe un contrat de trois ans le 12 mai 2011, s’apprête donc à participer à la première saison des Vert et Blanc parmi l’élite du football bulgare. Sous les ordres d’Ivaylo Petev, le milieu brésilien montre un visage plutôt séduisant. Avec 9 buts en 25 apparitions, il joue un rôle important dans la superbe saison du Ludogorets, qui réalise le triplé Championnat – Coupe – Supercoupe malgré son statut de promu. Année après année, Marcelinho réédite ses bonnes performances et devient un joueur clé du club de Razgrad, qui n’a plus lâché la couronne nationale depuis qu’il l’a conquise, en 2011-2012.

Celui qui a appris à jouer au football au fin fond de l’Amazonie aide également son club à progresser sur la scène européenne. C’est d’ailleurs lui qui inscrit le premier but de l’histoire du Ludogorets en coupe d’Europe, face au Dinamo Zagreb, en juillet 2012 (2e tour préliminaire de C1). En octobre 2014, il se permet même de marquer face au Real Madrid, en phase de groupes de la Ligue des champions (défaite 1-2).

© Biser Todorov

© Biser Todorov

Brésilien de naissance, bulgare d’adoption

Le 24 janvier 2013, alors qu’il enchaîne les bonnes prestations dans le Loudogorié, Marcelinho obtient la nationalité bulgare. Un moment symboliquement fort dans la vie de ce joueur qui s’est totalement épanoui dans son pays d’accueil et qui n’aspire désormais qu’à une seule chose : porter le maillot de la Bulgarie. Malheureusement pour lui, la FIFA impose aux footballeurs d’origine étrangère de jouer au moins cinq ans dans le championnat local avant de pouvoir rejoindre l’équipe nationale, et ce même en cas de naturalisation rapide. Celui qui est désormais brésilo-bulgare prend donc son mal en patience. En décembre 2015, Ivaylo Petev, le sélectionneur des Lions, promet que Marcelinho sera sélectionné dès que cela lui sera permis. Après une attente longue de trois ans, ce dernier peut enfin exulter le 7 mars 2016 : « Tôt le matin, à 9h, un employé du club m’a appelé pour me dire que je recevrai un coup de fil de la part de la sélection nationale, ce qui s’est effectivement passé cinq minutes plus tard, a-t-il expliqué au média brésilien D24am. Le document officiel n’est arrivé qu’à 19h. C’est seulement à ce moment que j’ai commencé à célébrer cette bonne nouvelle ! »

Marcelinho a donc étrenné le maillot bulgare pour la première fois à Leiria, face au Portugal. « Au moment des hymnes nationaux, certains se sont demandés si j’allais chanter moi aussi, raconte-t-il à Em Tempo. Mais je le connaissais déjà par cœur cet hymne, et je le chantais même avant le match ! La Bulgarie, c’est le pays qui m’a accueilli, qui m’a tout donné dans ma carrière. Les événements les plus importants de ma vie ont eu lieu ici, et si je peux aider cette équipe d’une manière ou d’une autre, je le ferai. Je vais toujours faire de mon mieux pour ce pays. » Pour commencer, Marcelinho offre ainsi aux Bulgares une victoire de prestige chez le futur vainqueur de l’Euro (0-1). Il est de nouveau aligné quelques jours plus tard, en Macédoine (victoire 2-0) puis est encore buteur lors de l’improbable rencontre face au Luxembourg, disputée il y a quelques semaines (victoire 4-3). Que ce soit en numéro 10, sur un côté voire même dans un rôle plus inhabituel de milieu défensif, Marcelinho semble avoir complètement séduit son sélectionneur.

Âgé de 32 ans, l’ancien joueur de São Paulo est aussi l’un des tauliers du Ludogorets Razgrad, club qui accueille un nombre assez élevé de Brésiliens, tels que Jonathan Cafú, Wanderson, Gustavo Campanharo (arrivé en juillet 2016 en provenance d’Evian) ou encore Juninho Quixadá, qui a été naturalisé en même temps que Marcelinho. Celui-ci reste très attaché à sa région natale, puisqu’il y retourne au moins une fois par an et est à chaque fois reçu triomphalement.

Très reculé, l’Etat d’Amazonas ne dispose ni des infrastructures sportives ni du dynamisme autour du football que l’on retrouve dans de grandes villes telles que Rio de Janeiro ou Salvador de Bahia. Le natif de Manacapuru compte y remédier puisqu’il a promis qu’à la fin de sa carrière, il investirait dans la construction d’un centre de formation, afin de donner aux footballeurs amazones toutes les chances d’atteindre le haut niveau. Désireux de servir du mieux possible son pays d’accueil, Marcelinho n’oublie donc pas, pour autant, la terre qui l’a vu naître.

Raphael Brosse


Image à la une : © Ludogorets.com

Marcelinho, l’atout «Do Brasil» de la Bulgarie
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A propos de l'auteur

Raphaël Brosse

Raphaël Brosse

Etudiant en journalisme à Sciences Po Toulouse, je garde un souvenir inoubliable de mes quelques mois passés sur les rives de la Vistule, du côté de Varsovie. De retour en France, j'ai intégré la rédaction de Footballski, où j'écris principalement sur le foot hongrois. Avant, pourquoi pas, de repasser à l'Est.

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