On reproche souvent deux choses aux footballeurs russes : la première est de ne pas tenter une expérience à l’étranger, tandis que la seconde est de ne pas être capable d’éliminer un adversaire en un contre un. Marat Izmailov a su casser ces clichés en effectuant une bonne partie de sa carrière au Portugal et en étant l’un des joueurs les plus élégants et techniques que la Russie ait connu ces dernières années. Mais sa trajectoire est loin d’être idéale…

Talent précoce

Né le 21 septembre 1982 à Moscou, Marat Naïlevitch Izmaïlov fait rapidement connaissance avec sa future profession. En effet, son père apprécie fortement le football, et lui met un ballon entre les pieds dès ses trois ans.

A cinq ans, un véritable talent commence à se dévoiler chez Marat et il intègre le centre de formation du Lokomotiv Moscou, dont l’accès est normalement réservé aux enfants ayant minimum sept ans. Le jeune privilégié joue donc avec des garçons plus âgés, cependant que ce soit en terme de vitesse ou de préparation physique, il n’accuse aucun retard et se trouve à la hauteur de ses coéquipiers.

Il passe par un autre club de la capitale russe, le Torpedo Moscou, puis retourne au Lokomotiv et y signe un contrat professionnel. A cette époque, le jeune milieu offensif suit le Napoli et admire Maradona : il rêve d’être comme l’Argentin et apprend même l’italien dans l’espoir d’un jour, jouer en Serie A.

Marat débute pour le club moscovite en 2000 et devient rapidement apprécié par les supporters, pour son style de jeu.

La chaîne de télévision Pervi Kanal réalise à ce propos un reportage avec le natif de la capitale, dans lequel on le voit interviewer des personnes dans la rue en leur demandant ce qu’ils pensent de la saison du Lokomotiv, et quels sont les joueurs qui sortent du lot. La plupart des intervenants répondent que le Lokomotiv réalise de bonnes performances et qu’il y a un jeune en particulier qui tire son épingle du jeu : c’est le « jeune Marat », car il est technique et très tranchant offensivement.

Quasiment personne ne reconnaît donc la pépite d’origine tatare (seul un petit groupe de jeunes lui demande de signer un autographe). Cette situation amuse beaucoup le concerné, qui semble prendre du plaisir à questionner les passants.

Plus globalement, sa personnalité semble extrêmement agréable : malgré un statut de «jeune prometteur », il prend le métro comme tout le monde, après les entraînements retourne dans son quartier pour jouer avec ses amis et garde toujours le sourire aux lèvres.

Ce début de XXIe siècle sourit donc à Marat, qui devient rapidement l’un des joueurs les plus intéressants à suivre du championnat, et il obtient sa première sélection en équipe de Russie à l’âge de 18 ans.

Son éclosion ne passe pas inaperçu aux yeux de l’Europe et les grands clubs commencent à être séduits par le jeune milieu de terrain. En 2002, deux clubs s’intéressent sérieusement à Izmailov : l’un joue dans son championnat préféré , l’Inter Milan tandis que l’autre club, qui semble avoir un intérêt encore plus poussé pour le Russe, n’est autre qu’Arsenal.

Néanmoins, le club londonien ne recrute pas le joueur, une décision prise par Wenger suite à un match de la coupe du Monde 2002, opposant le Japon à la Russie, que les Rouge et Blanc perdent face à leur hôte.

Malgré cet épisode décevant pour le nouveau joyau, Izmailov ne se relâche pas et continue à montrer de belles performances avec son équipe. Il joue près de six saisons avec les Rouge et Vert jusqu’en 2007, puis se retrouve prêté au Sporting CP, un prêt qui s’avère concluant puisqu’il est définitivement transféré en 2008 par le club portugais.

Génie en cristal

Malheureusement, si tout semble aller pour le mieux, Izmailov tombe dans l’un des pièges réservé à d’innombrables joueurs talentueux et techniques : les blessures à répétition.

En cinq ans, il joue 131 matchs avec le Sporting mais en rate 109 à cause de nombreux problèmes physiques, principalement aux genoux (dont une opération qui l’éloigne des terrains pendant plus de 250 jours).

En revanche, il est fortement apprécié par les supporters pour ses qualités de dribbles, son apport offensif, sa frappe de balle, ainsi que son implication sur le terrain et son respect pour le club de Lisbonne, mais au fil des années cette expérience à l’étranger commence à tourner au cauchemar.

Après l’Euro 2012, Marat met fin à sa carrière internationale à l’âge de trente ans seulement, en ayant disputé 35 rencontres avec la sélection, sans n’avoir jamais été un titulaire en puissance.

Il commence à être peu à peu indésirable au Sporting à cause de ses soucis de santé et en 2013, les Lions procèdent à un échange avec le FC Porto, envoyant Marat chez les Dragons, tout en récupérant Miguel Lopes. Ce transfert déçoit les supporters Vert et Blanc, voyant un joueur « sympathique » à leurs yeux rejoindre un rival.

Izmailov n’arrive pas à se relancer à Porto et enchaîne deux prêts, le premier au FK Qabala et le second au FK Krasnodar, qui décide de le recruter mais là encore, rien ne se passe comme prévu. Marat subit une énième blessure qui l’empêche de jouer pendant deux mois et surtout, il s’éloigne des terrains pendant un an, dû à des problèmes dans sa vie personnelle.

Il connaît un dernier club en 2017, le Ararat Moscou (club fondé le 20 mars 2017 avec l’aide de l’Association des Jeunes Arméniens de Moscou, évoluant en troisième division) pour lequel il joue quatre matchs, puis il met fin à sa carrière.

Cette trajectoire parsemée d’embûches attriste beaucoup les supporters russes. Considéré comme l’un, si ce n’est le plus talentueux de sa génération, doté d’un style de jeu rafraîchissant, et d’une technique largement supérieure à tout ce que l’on peut voir en Russie à l’époque, les blessures ont saboté le parcours de l’ancien numéro 7 du Lokomotiv.

Une personnalité discrète

Si son corps lui a joué de mauvais tours durant sa carrière, difficile d’accuser son mode de vie. Réputé comme un joueur sérieux aux entraînements, très éloigné de la vie nocturne et des différentes fêtes, homme pieux et engagé dans la religion musulmane, le tatare semble victime d’une malchance monstrueuse.

Cependant, son absence durant près d’un an dans le football a suscité de nombreux fantasmes chez les médias, parlant de problèmes psychologiques et évoquant le fait que son vrai souci se situe dans sa tête.

Malgré une partie du personnage qui reste énigmatique, Izmailov a fait de nombreuses interventions dans les médias, souriant et agréable à écouter, il a conquis le public durant ses apparitions à la télévision et ses interviews. Encore une fois, il ne parle pratiquement que de football, de sa jeunesse, de son rapport à la foi mais aucune information sur ses problèmes personnels.

De plus, Marat n’est pas sur les réseaux sociaux et sa vie privée est totalement inconnue, à tel point que les médias ont essayé pendant des années d’en savoir plus, en associant son nom avec celui d’une actrice ukrainienne (une information démentie par cette dernière) ou encore avec une gymnaste russe.

Après avoir raccroché les crampons, Marat explique qu’il a de nombreux ennuis à régler et qu’il doit aider un de ses amis, Damir Shiapov, lutteur à la ceinture, à sortir de prison, injustement mis derrière les barreaux.

Au final, la carrière de Marat Izmailov semble en demi-teinte. Malgré une dizaine de trophées remportés, impossible de se satisfaire de si peu, sachant qu’il n’était pas toujours régulièrement présent durant ces parcours et vu le potentiel impressionnant que possédait l’ancien joueur de la Sbornaïa.

Aujourd’hui, seul les crochets et les doubles contact, réalisés par celui que l’on surnomme le génie en cristal sur les pelouses européennes, resteront dans les mémoires. Une bien maigre consolation…

 

Par Kondrateï Filatoff

Image à la une : © Wikipedia.org

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