Euro 2016 : L’Ukraine est encore morte – Episode 3 – Débrief de débacle

Mourad Aerts - Publié le 22 juin 2016

Le dernier débrief de la désastreuse campagne ukrainienne en terre française. On vous invite de nouveau à jeter un coup d’œil à la vidéo pré-match de Footballski si ce n’est déjà fait.

La couille tactique institutionnalisée

Fomenko se sera entêté tout au long de la compétition à placer au milieu un meneur de jeu inexpérimenté. Out Kovalenko, In Zinchenko, pour le même résultat : l’Ukraine aura pratiquement joué ses trois matches à dix !

Ni Kovalenko, ni Zinchenko n’auront réussi à clairement se situer ou à n’avoir ne serait-ce qu’une bribe d’influence sur le jeu et toucher un nombre minimum de ballon. Embêtant pour des numéros dix…

Quelle mouche a donc piqué Fomenko pour qu’il se décide en début d’Euro à changer son système et affaiblir de la sorte son équipe ? Sont-ce les profils nouveaux et rafraîchissants de Kovalenko et Zinchenko qui lui ont enfin donné une occasion sur laquelle il a sauté. Après tout depuis sa prise de fonction, il a toujours joué avec un milieu à trois laissant un élément un peu plus haut sur le terrain. Cet élément se nommant souvent Rotan, Sydorchuk ou Garmash. Des profils plus « complets » avec un abatage défensif plus élevé et un placement plus bas. Une expérience tout autre aussi.

Ce milieu était le garant de l’équilibre de l’équipe. Il a été bazardé pour le premier match de l’Euro. Car même lors des deux amicaux précédents l’Euro, le vieux Mikhail était resté dans une configuration « classique ». A-t-il subit des pressions pour titulariser les deux fortes valeurs marchandes ?

En tout cas, il restera à tous les fans de la Sbirna un sale goût en bouche. Celui de ne pas avoir réellement vu son équipe sur le terrain cet été….

FBL-EURO-2016-UKR-TRAINING

PHILIPPE DESMAZES/AFP/Getty Images

FOOTBALLSKI REGRETTERA

Le staff technique dépassé

Sur le plan tactique, Fomenko aura donc fait n’importe quoi et il en aura été de même dans la gestion des hommes. Les vestiaires utilisés par les Ukrainiens étant fréquemment laissés dans un état pitoyable jonché de mégots de cigarettes et de canettes de bières vidées.

Pour des sportifs soi-disant habités d’un supplément d’âme lié à la guerre au pays, ça la fout mal ! Les cadres n’auront servi à rien tout comme Sheva qui s’apprête pourtant à reprendre les rênes de l’équipe….

Les rigolades aux entraînements ou dans les couloirs des hôtels tard la nuit confirment que les problèmes entre joueurs du Shakhtar et du Dynamo étaient restés au pays.

La confirmation de l’impossibilité de passer le cap pour les Ukrainiens

Cette équipe est incapable de passer d’équipe prometteuse à vraie bonne équipe. Si elle avait pris l’habitude de se heurter aux barrages en qualifications, elle les a cette fois-ci dépassés mais pour ne rien faire derrière.

On ne peut plus parler de malédiction mais de vrais problèmes dans la gestion du très haut niveau. Comme lorsque l’on gagne son barrage aller de qualification en Coupe du Monde deux à zéro pour finalement perdre la seconde manche par trois buts d’écart. Beaucoup trop de relâchement coupable illustrant un manque de professionnalisme dans l’organisation.

Et encore une fois, pour remédier à cela : on va placer le novice Shevchenko à la tête de l’équipe !

De n’avoir vu le bel homme Garmash que quinze minutes sur le terrain

Un peu notre private joke, le milieu du Dynamo étant encore loin d’être un joueur de classe mondiale. Il illustre ceci dit bien l’entêtement de Fomenko de s’appuyer plutôt sur des jeunes n’ayant rien prouvé que sur des éléments ayant grandement contribué à la qualification pour la compétition. Incompréhensible surtout lorsque l’on voit le match de Rotan finalement titularisé face à la Pologne et élu homme du match.

 

Un gachis et des peurs

Comme on vous le disait dans la vidéo, l’Ukraine risque bien d’être absente de la Coupe du Monde 2018 pour des raisons la dépassant. Deux ans à végéter donc. Il faudra construire pendant ce temps et la montée en puissance va passer par l’exil pour un grand nombre de joueurs. S’ils finissent par prendre le risque de se mettre en danger.

Avec l’affaiblissement économique des clubs du pays (Dnipro, M.Kharkiv…) , il ne restera bientôt plus que les Dynamo/Shakhtar pour exalter le parfum du haut niveau sur la scène nationale. Trop peu comme l’a mis en exergue Stepanenko en marge de la défaite face aux Nord-Irlandais.

« Nous avons dix équipes dans le championnat qui ne sont préoccupées que par le taux de change et la date à laquelle ils vont être payés si … ils finissent par l’être.

Ils attendent les matches contre le Shakhtar et le Dynamo qui leur apportent un peu d’argent pour se mettre au travail. Les équipes ukrainiennes jouent souvent avec des jeunes de 20 ans, lorsque vous avez la balle vous avez dix secondes avant de faire un choix.

Alors, appeler l’équipe d’Irlande du Nord, une équipe de « bergers » était stupide de la part de la presse. Ces mecs jouent en seconde division anglaise, un championnat qui a sans doute un niveau supérieur à l’UPL. »

Le talent est bien présent sur les bords du Dniepr, il faut désormais le faire mûrir. Si les nouveaux dirigeants de la Ligue semblent avoir lancé une opération d’assainissement du championnat local qui pourrait porter ses fruits à long terme, à court terme, il faudra s’exiler.

Mourad Aerts


Image à la une : © BERTRAND LANGLOIS/AFP/Getty Images

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A propos de l'auteur

Mourad Aerts

Schizophrène assumé, serait fusillé aussi bien en Ukraine qu'en Russie. Pour son grand amour des premiers chez les seconds et sa tendresse pour les seconds chez les premiers. Bref, il ne l'ouvre que sur Footballski et ça vaut mieux pour lui.

pays de l'auteur footballski
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