L’Ukraine et les barrages : une histoire tourmentée

Karim Hameg
Karim Hameg - Publié le 12 novembre 2015

C’est devenu un rituel. Tous les deux ans, au mois de novembre, la sélection ukrainienne s’apprête à jouer sa qualification pour une grande compétition sur un match aller-retour. Pour aller à l’Euro 2016, l’Ukraine devra se débarrasser de la Slovénie en barrages les 14 et 17 novembre prochains. Une épreuve où l’Ukraine n’a que rarement brillé par le passé.

Depuis sa première participation à une phase éliminatoire (à l’occasion des qualifications pour l’Euro 1996), l’Ukraine n’a disputé que deux compétitions majeures : la Coupe du monde 2006 et l’Euro 2012 (pour lequel elle était qualifiée d’office en tant que pays organisateur). Pourquoi un nombre de qualifications aussi faible pour une équipe dont les joueurs constituaient pourtant le socle de la talentueuse sélection soviétique des années 1980 alors que dans le même temps la Russie participait à six tournois majeurs (Euros 1996, 2004, 2008 et 2012 et Coupes du monde 2002 et 2014, sans compter l’Euro 2016 pour lequel la Russie est d’ores et déjà qualifiée) ?

L’Ukraine ne rate en réalité jamais réellement ses éliminatoires. En neuf campagnes qualificatives disputées, elle n’a été éliminé avant les barrages qu’à trois reprises (Euros 1996, 2004 et 2008). Elle a du reste terminé en tête de son groupe lors des éliminatoires du Mondial 2006 et était qualifiée d’office pour l’Euro 2012. Le reste du temps, elle terminait deuxième de son groupe et accédait donc à une phase de barrages qui lui a toujours été fatale. En cinq participations à cette épreuve, l’Ukraine totalise en effet cinq éliminations face à divers adversaires et dans des circonstances parfois cruelles.  Pire encore : elle semblait porter bonheur à ses adversaires qui s’illustraient souvent lors des phases finales par la suite.
Elle se retrouve à nouveau face à cette épreuve lors des éliminatoires de l’Euro 2016 alors qu’une deuxième place était cette fois directement qualificative et qu’une victoire lors du dernier match aurait permis à l’Ukraine de se qualifier en tant que meilleur troisième.

Retour ici sur ces cinq tentatives vaines d’accéder à des phases finales.

Éliminatoires de la Coupe du monde 1998

Croatie – Ukraine 2-0, 1-1 – Dans un groupe 9 difficile, l’Ukraine était parvenue à s’en sortir. Si elle terminait derrière l’Allemagne, elle a décroché la deuxième place en devançant le Portugal, une équipe face à laquelle les Ukrainiens s’étaient imposés à Kiev en octobre 1996 (2-1). Ne parvenant pas à terminer meilleur deuxième et donc à se qualifier directement pour la Coupe du monde organisée en France, l’Ukraine se retrouve barragiste et doit affronter la Croatie, deuxième du groupe 1 derrière le Danemark.

Au match aller, à Zagreb, Slaven Bilić ouvre le score dès la 11ème minute. Goran Vlaović double la mise en début de seconde période pour offrir une victoire logique à la Croatie (2-0) qui met l’Ukraine en grande difficulté au vu du match retour.

À Kiev, le jeune Andriy Shevchenko ouvre très rapidement le score et redonne espoir à tout un peuple. Cet espoir sera rapidement éteint par l’égalisation d’Alen Bokšić peu avant la demi-heure de jeu qui oblige les Ukrainiens à marquer trois fois pour espérer aller en France. Le miracle n’aura pas lieu : la rencontre se termine sur un match nul (1-1) qui condamne l’Ukraine et qui qualifie la Croatie.

Dans la foulée, la Croatie réalisera une campagne extraordinaire pour sa première Coupe du monde en terminant troisième, ne cédant que face au pays organisateur et futur champion du monde en demi-finale.

Éliminatoires de l’Euro 2000

Slovénie – Ukraine  2-1, 1-1 – Emmenée par la génération dorée du Dynamo Kiev, l’Ukraine est sortie invaincue du groupe 4 des éliminatoires de l’Euro 2000 (5 victoires, 5 nuls) en parvenant notamment à accrocher deux fois l’équipe de France pourtant tout fraîchement sacrée championne du monde. Elle ne s’est pourtant qualifiée pour les barrages que d’extrême justesse en allant chercher le nul (1-1) en Russie lors de la dernière journée, aidée par une bourde du gardien russe Aleksandr Filimonov dans les derniers instants de la partie. En barrages, l’Ukraine hérite de la Slovénie, un adversaire à sa portée. Derniers de leur groupe lors des éliminatoires du Mondial 1998 (avec un seul point), les Slovènes se sont révélés et ont terminés deuxième du groupe 2 assez loin derrière la Norvège mais devant la Grèce.

© Anastasia Fedorenko

© Anastasia Fedorenko

Le match aller, à Ljubljana, voit l’Ukraine ouvrir le score à la 33ème minute grâce à Andriy Shevchenko, le nouvel attaquant du Milan AC. En deuxième période, surprise : le légendaire Zlatko Zahovič égalise (53′) avant que Milenko Ačimovič n’offre la victoire à son équipe à la 83ème minute. La Slovénie remporte la première manche (2-1) mais l’Ukraine peut toujours y croire.

Au match retour, à Kiev, la décision tarde à se faire. Serhiy Rebrov ouvre finalement le score pour l’Ukraine à la 68ème minute et offre à ce moment-là la qualification à son pays. Dix minutes plus tard, Miran Pavlin égalisera pour la Slovénie. Aucun autre but ne sera marqué et à la surprise générale, la Slovénie obtient le nul à Kiev (1-1) et se qualifie au détriment de l’Ukraine.

À l’Euro 2000, la Slovénie va être éliminée dès le premier tour (2 nuls, 1 défaite). C’est à une autre équipe croisée sur sa route que l’Ukraine portera bonheur : la France. En obtenant le nul à Moscou en octobre 1999, l’Ukraine n’a pas fait que sauver sa deuxième place : elle a également permis aux Bleus de se qualifier directement pour l’Euro. Euro qu’ils finiront par remporter.

Éliminatoires de la Coupe du monde 2002

Ukraine – Allemagne 1-1, 1-4 – Versée dans le groupe 5, l’Ukraine peut légitimement prétendre à une qualification directe pour la Coupe du monde 2002. Il n’y a en effet pas de « gros » dans ce groupe où la Norvège était tête de série. Sur le déclin, cette dernière va d’ailleurs passer totalement à côté de sa campagne éliminatoire, ce qui ne sera pas le cas de la Pologne. Emmenés par leur attaquant d’origine nigériane Emmanuel Olisadebe, huit fois buteur durant ces éliminatoires, les Polonais vont débuter par une spectaculaire victoire à Kiev (3-1) et au final remporter le groupe et se qualifier directement pour le Mondial asiatique. Deuxième devant la Biélorussie et la Norvège, l’Ukraine devra à nouveau passer par les barrages.

Son adversaire sera bien particulier puisqu’il s’agira de l’Allemagne. Rarement battue en éliminatoires de Coupe du monde, cette dernière a pourtant terminé deuxième du groupe 9. En cause : une cinglante défaite à domicile face à l’Angleterre (1-5) en septembre 2001. L’Allemagne se fera devancer par les Anglais à la différence de buts et ne manquera la qualification directe qu’à cause d’un coup franc inscrit par David Beckham à la dernière minute d’un match face à la Grèce qui avait lieu lors de la dernière journée.

Le match aller, à Kiev, verra Hennadiy Zubov ouvrir le score à la 18ème minute avant de voir Michael Ballack lui répondre assez vite (31′). La partie se terminera sur un score de 1-1 plutôt favorable aux Allemands.

Au match retour, à Dortmund, c’est une véritable tornade allemande qui va s’abattre sur les buts ukrainiens. Ballack, Neuville puis Rehmer permettront à la Nationalmannschaft de mener 3-0 au bout d’un quart d’heure. En début de seconde période, Ballack ajoutera même un quatrième but. Shevchenko finira par inscrire en toute fin de rencontre le but de l’honneur pour l’Ukraine, complètement balayée (1-4).

En Corée du Sud et au Japon, l’Allemagne parviendra à atteindre la finale d’une Coupe du monde assez étrange au terme d’un parcours en trompe-l’œil. Elle sera battue, de manière assez logique, par le Brésil de Ronaldo (0-2).

Éliminatoires de la Coupe du monde 2010

Grèce – Ukraine 0-0, 1-0 – Quart de finaliste de la Coupe du monde 2006, l’Ukraine avait raté l’Euro 2008. C’est de manière assez logique qu’elle se retrouvait versée dans un groupe 6 plutôt relevé lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2010. À ses côtés figuraient en effet une équipe d’Angleterre revancharde et une Croatie séduisante lors de l’Euro 2008.

L’Ukraine parviendra à tirer son épingle du jeu en accrochant deux fois les Croates (0-0, 2-2), en tenant tête à l’Angleterre (défaite 1-2 en toute fin de rencontre) et en étant même la seule équipe à battre cette dernière (1-0). Pour un point, l’Ukraine devance la Croatie et se qualifie pour les barrages. Son adversaire sur la route de l’Afrique du Sud ? La Grèce. Le champion d’Europe 2004 s’est complètement manqué lors de l’Euro 2008 avant de terminer deuxième du groupe 2 derrière la Suisse.

Le match aller, à Athènes, s’est soldé par un match nul (0-0). Au retour, dans la toute nouvelle Donbass Arena de Donetsk, l’homme des buts décisifs Dimitris Salpingidis ouvrira le score pour la Grèce à la demi-heure de jeu, contraignant les Ukrainiens à marquer deux fois pour se qualifier. Ce qui n’aura pas lieu : la Grèce l’emportera (1-0) et se qualifiera pour la Coupe du monde 2010.

En Afrique du Sud, la Grèce sera éliminée dès le premier tour, devancée par l’Argentine et la Corée du Sud. Face au Nigeria, elle marquera toutefois son premier but en Coupe du monde et obtiendra sa première victoire (2-1).

Éliminatoires de la Coupe du monde 2014

Ukraine – France 2-0, 0-3 – La dernière défaite en date de l’Ukraine en barrages est sans doute celle qui lui laissera le plus de regrets. Sur la manière dont a été menée la campagne de qualification tout d’abord avec un match nul concédé en fin de rencontre en Angleterre (1-1) suivi de deux résultats médiocres : un nul en Moldavie (0-0) et une défaite à domicile face au Monténégro (0-1). L’Ukraine réussira bien une jolie remontée par la suite mais elle ne pourra faire mieux que deuxième du groupe H, à un point seulement de l’Angleterre.
La France a quant à elle terminé logiquement deuxième du groupe I, trois points derrière l’Espagne, championne du monde en titre.

L’Ukraine affronte en barrages une équipe qu’elle connaît bien : c’est la France qui est l’adversaire qu’elle a le plus affronté dans son histoire footballistique (7 fois) et c’est aussi la France qui l’a battu un peu plus d’un an plus tôt à Donetsk lors de l’Euro 2012 (0-2). Du reste, jamais l’Ukraine n’avait battu la France avant cette double confrontation.

Le match aller, à Kiev, est équilibré. C’est en deuxième période que la situation se décantera : Zozulya ouvrira le score pour l’Ukraine (62′) avant d’obtenir le penalty que Yarmolenko transformera (82′). La fin du match est tendue avec les expulsions de Koscielny et Kucher mais également avec plusieurs ratés ukrainiens en contre. L’Ukraine l’emporte (2-0) et voit les portes du Brésil s’ouvrir. La France est au bord du gouffre et est très critiquée.

Au retour, Didier Deschamps modifie son équipe en profondeur. Avec réussite : Sakho ouvrira le score (22′) avant que Benzema ne double la mise (34′) bien qu’étant en position de hors-jeu (un but valable lui a cependant été refusé peu avant). À la pause, les Bleus ont déjà refait leur retard. En deuxième période, Yevhen Khacheridi sera expulsé et la France continuera de mettre la pression. Sakho s’offrira un improbable doublé (72′) et la France tiendra bon jusqu’au bout. Son succès (3-0) la qualifie pour la Coupe du monde 2014. L’aventure pour l’Ukraine s’arrête une fois de plus au stade des barrages.

Le parcours des Français au Brésil sera bon, sans plus. Leader d’un groupe à sa portée, vainqueure dans la douleur en huitièmes de finale face au Nigeria (2-0), la France verra son parcours s’arrêter en quarts de finale face à l’Allemagne, futur vainqueur (0-1).

Karim Hameg


Photo à la une : © Football.ua

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Ex-géographe aujourd'hui dans l'informatique, passionné de football russe et ukrainien.

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