Lokomotiv Zagreb, l’officieux Dinamo B

Lokomotiva Zagreb
Damien F - Publié le 9 mai 2015

 lokomotiv zagreb

La semaine dernière, l’Hajduk a établi un rapport à la HNS au sujet du Lokomotiv Zagreb pour violation des règles de la concurrence. Le club de Split en a profité pour demander aux autorités compétentes de mener des poursuites contre les délégués, les personnes responsables et le Lokomotiv. Par là même, l’Hajduk n’a fait qu’ouvrir une nouvelle porte embarrassante pour la ligue croate et le Dinamo Zagreb. Explorons les méthodes du singulier troisième club de Zagreb, fondé en 1914 mais qui n’a connu que des ligues régionales jusqu’en 2006 avant de monter dans un train express pour la prva liga qu’il  a rejoint en 2009.

Un club qui survit sans sponsors, ni fans ni revenus de transferts

Le Lokomotiv donne tous ses meilleurs joueurs au Dinamo en échange probable de montants jamais divulgués. Actuellement, dans l’effectif du Loko on peut trouver 18 anciens joueurs du Dinamo. Si on cumule sur les quatre dernières années, le nombre s’élève à 39. La plupart d’entre eux sont retournés au Dinamo, pas assez talentueux et poussés vers la sortie alors que d’autres attendent encore patiemment leur chance.

Depuis qu’il est arrivé dans l’élite du football croate, le NK Lokomotiv n’a officiellement pas gagné un seul euro en vendant des joueurs  mais a réussi à en acheter trois pour un peu plus d’un demi million : Lamine Samateh pour 70K kunas pour la saison 2010-2011 et lors de la saison antérieure, Dalibor Pandza de Sarajevo et Gheorghe Andronic de Zimbru Chisinau pour un total de 500K kunas. Cependant, dans l’impressionnant échange livré avec le Dinamo Zagreb, il est clair que des transferts ont eu lieu sans que l’on sache les montants qui n’ont jamais été dévoilés.

Ces dernières années, tous les clubs croates ont des problèmes avec la collecte des sponsors mais le Lokomotiv est celui qui semble le plus souffrir de la crise puisqu’il possède les revenus les plus insignifiants. Il n’y a aucun sponsor significatif comme ceux floqués sur les maillots et les petits sponsors qu’ils ont ne peuvent même pas couvrir les besoins les plus élémentaires comme l’entretien des infrastructures ou les salaires des entraîneurs des plus de 200 jeunes du club.

Ce n’est certainement pas avec les fans que le Lokomotiv sauve son modèle économique puisque les affluences du deuxième club de Zagreb, qui joue à Maksimir dans l’antre du Dinamo, sont particulièrement catastrophiques, de loin les plus faibles de la ligue : 7600 personnes pour 13 rencontres actuellement ce qui nous fait une moyenne de … 584 personnes par match. Sans le match contre l’Hajduk qui a drainé 3500 personnes (des fans de Split bien entendu) et celui contre le Dinamo (600), la moyenne tomberait à 318 par match ! Autant dire que les revenus de la billetterie ne couvrent même pas les frais d’organisation des matchs.

Mais alors, par quel miracle le Lokomotiv fait-il pour se financer ? Le président Tin Dolički (un ancien membre du conseil exécutif du Dinamo, tiens !) ne cesse de répéter qu’il n’y a rien de controversé tant du côté du Dinamo que de son club : « Le Dinamo nous a aidé lorsque nous étions dans les ligues inférieures mais ceci est fini depuis longtemps. Nous n’avons plus besoin de leur aide. Le Lokomotiv est financé par la l’Association Sportive de Zagreb, la vente de joueurs, les droits TV, primes UEFA et quelques sponsors. Et cela représente notre budget qui est d’environ 10 millions de kunas ».

En débitant cette extraordinaire explication, Dolički a semble t-il du penser que plus c’est gros plus ça passe. L’Association Sportive de Zagreb donne 2 millions et 330 mille kunas. Les revenus provenant des droits de télévision sont difficiles à calculer mais pour partager le pactole de 10 millions attribué pour la prva liga, le critère principal est la retransmission des matchs qui est souvent axé sur le Dinamo et l’Hajduk. Le montant reversé au Lokomotiv est estimé à environ 500K kunas. En ce qui concerne les recettes de billetterie, le total à la fin de la saison devrait être de 10000 billets vendus ce qui rapporte aussi un demi-million. Si on ajoute les 600K kunas reversés par l’UEFA, on atteint les 4 millions d’euros. Les sponsors se comptent au nombre de 7 mais aucun d’eux ne paye pour être visible sur le maillot ce qui signifie que les montants sont petits. Soyons gentils et admettons que cela rapporte un million. Cela nous fait au total 5 millions. Et les 5 autres ? Les transferts de joueurs ? Comme une omerta entoure ce point depuis 5 ans, on ne peut pas savoir.

Il est fortement probable que les 5 millions proviennent du Dinamo. Des bons joueurs ont jonglé entre les deux clubs comme Brozovic, Kramaric, Kelava, Pivaric ou Vrsaljko. Cinq millions de kunas par an, un bon prix pour ce que le Dinamo obtient en retour.

Lokomotiva Zagreb

Un premier scandale en février 2014

L’inspection du sport, en charge de veiller sur les agissements suspects dans le sport croate, a constaté que le NK Lokomotiva utilisait l’adresse email nklokomotiva@nk-dinamo.hr (!!!). De plus, une licence pour l’entraîneur de l’équipe senior avait été livrée par courrier recommandé à Maksimirska 128, qui est l’adresse du Dinamo. A la même période, le directeur général du Lokomotiv, Bozidar Sikic, possédait également un contrat avec le Dinamo qui le payait pour exercer ses fonctions de directeur dans le club frère. Club dont le président Tin Dolički est aussi membre du conseil exécutif du Dinamo. Le Lokomotiv, qui a été fondé comme association civile, est sous le joug d’un certain président nommé … Zdravko Mamic ! Les vice présidents de l’association, eux, ne sont autres que Damir Vrbanovic et Zoran Mamic.

NK Dinamo et NK Lokomotiva ont conclu un accord de coopération d’affaires des sports le 20 Janvier 2009, six mois avant l’entrée du Lokomotiv dans la prva liga, a divulgué Zagrebancija. Ce document, selon l’inspection du sport, apporte des preuves essentielles de la connexion entre ces deux clubs. Mais alors par quel miracle le Lokomotiv a t-il pu réussir à décrocher une licence pour la présente saison ?

Mai 2015, l’Hajduk enfonce le bouchon

Toujours est il que la licence a été accordée et que le Lokomotiv réalise une très bonne saison puisqu’il se trouve à la 3eme place, qualificative pour l’Europe, derrière les intouchables Dinamo et Rijeka. Mais l’Hajduk, qui aimerait bien jouer l’Europa League malgré ses mauvaises prestations, a trouvé d’autres failles dans le dossier Lokomotiv qui pourrait obliger à la disqualification.

Dans la prva liga croate, les clubs doivent aligner 4 joueurs formés localement sur la feuille de match. Concrètement, le joueur, quel que soit son âge et sa nationalité, doit passer un minimum de 36 mois au club entre ses 15 ans et ses 21 ans pour être comptabilisé comme formé au club. Le Lokomotiv avait indiqué ainsi Karlo Bartolec, Karlo Brucic, Denis Ceraj et Jan Dolezal comme étant les joueurs correspondants aux critères. Sauf qu’aucun des quatre ne remplit les conditions…

Bartolec était au Loko jusqu’en 2007 lorsqu’à 12 ans il s’est engagé au Dinamo Zagreb avant de revenir seulement en février 2014. Brucic, prêté par le Dinamo de 2012 à 2014 et définitivement transféré en 2014 a bien passé trois années au club sauf qu’il avait déjà 20 ans en arrivant. Ceraj est arrivé en 2012 et a passé moins de 36 mois au club. Dolezal, quant à lui, avait déjà plus de 21 ans en signant.

L’Hajduk, qui a souvent dénoncé les liens troubles entre le Dinamo et la ligue, est particulièrement amer que le Lokomotiv soit autorisé à jouer dans la même division que le grand club de la ville avec qui il partage beaucoup de choses… Cette saison, le Lokomotiv est le principal adversaire de l’Hajduk pour la dernière place qualificative à l’Europe mais précisons que le club de Split avait déjà averti à plusieurs reprises la ligue de cette irrégularité apparente qui provoque les moqueries de tout le football croate (excepté le Dinamo et la HNS évidemment). On peut se demander comment le Lokomotiv peut donner de fausses informations et ne pas respecter les conditions que tous les autres clubs doivent remplir sans faute sous peine de fortes sanctions. Il est évident que cela est permis par le commissaire et les délégués dont la tâche est de vérifier la véracité des documents.

Dans un pays normal, avec une ligue de football normale, cela serait un scandale de premier ordre qui secouerait toutes les instances du football national. Le commissaire aurait été contraint de démissionner ou serait licencié et le club serait considérablement puni. Mais en Croatie…

Damien Goulagovitch

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