Lokomotiv Zagreb entre gêne et enthousiasme

Damien F - Publié le 28 juillet 2016

Les suiveurs du football croate ou du football européen estival de ces dernières années ont forcément eu vent du nom de l’actuel second club de Zagreb : le Lokomotiv. Un nom alléchant, rappelant celui de ceux de certains géants du football Est européen. Un regard sur l’effectif actuel, composé de jeunes joueurs talentueux, peut même vous pousser à vous prendre d’affection pour ce club. En effet, Ivan Fiolic (20 ans), Mirko Maric (21), Karlo Bartolec (21), Eros Grezda (21) ou Endri Cekici (19) – pour ne citer qu’eux – sont de bonnes raisons d’aimer le Loko. Des petits gabarits, techniques tels que l’on se l’imagine en se référant à la révolue « tradition de l’école yougoslave ». Leur dernière victoire 3-0 contre les Lapons de RoPS leur a même ouvert les portes du troisième tour préliminaire d’Europa League, un exploit jamais atteint par le passé. De quoi attirer l’œil.

Justement, le passé, parlons-en. Après la Seconde Guerre mondiale, de 1947 à 1955, les cheminots ont connu la première division yougoslave. Avec même une troisième place en 1952, derrière l’Hajduk et l’Etoile Rouge. Cet intermède doré ne dura pas plus longtemps. La troisième et quatrième division deviendront le quotidien des joueurs de Novi Zagreb. Jusqu’au début des années 2000, quand le club a failli couler définitivement, plombé par de graves problèmes financiers. C’est alors que le requin Dinamo Zagreb est apparu pour reprendre le club. Et le propulser au plus haut niveau, tant qu’à faire.


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Un sixième gardien pour le Dinamo Zagreb!

Pourquoi en reparler aujourd’hui, alors qu’on avait déjà évoqué cette histoire bien croate ? Parce qu’avec la signature du gardien Daniel Zagorec, l’un des meilleurs gardiens de prva liga, le Lokomotiv s’affirme comme un sérieux outsider. L’an dernier, le gardien avait encaissé 24 buts en 28 matchs, étant le capitaine du RNK Split jusqu’en avril dernier, passant ensuite dans le loft pour avoir refusé de prolonger son contrat qui expirait en juin. Et ce transfert est pour le moins insolite : Zagorec a signé avec le Dinamo Zagreb, qui n’a pas communiqué du tout sur le transfert, pas même sur le site officiel du club. Pour le coup, l’ancien de Split est même arrivé en tant que … sixième gardien du Dinamo !

Dans la hiérarchie de Kranjcar, Eduardo, tout frais champion d’Europe avec le Portugal, est le numéro un. Derrière, Antonio Jezina est la doublure, suivi d’Adrian Semper, 18 ans, l’avenir du pays à ce poste. Oliver Zelenika et Dominik Livakovic complètent la liste des professionnels au poste de gardien de but. Ces deux derniers, encore un peu jeunes, étaient prêtés l’an dernier pour s’aguerrir, respectivement au Lokomotiv et au NK Zagreb. Ježina, Zelenika et Livakovic ont d’ailleurs déjà été invités à un rassemblement de l’équipe nationale croate. Le dernier d’entre eux était même le réserviste de la liste d’Ante Cacic. Tous ces gardiens seraient probablement titulaires dans un club de prva liga, alors pourquoi faire signer Zagorec? Quel club dans le monde possède six gardiens de qualité dans son effectif professionnel ?

Vous l’aviez vu venir. Evidemment, Zagorec n’a pas été recruté pour le Dinamo mais pour sa filiale. Tout est devenu clair dès le lendemain de son arrivée (!), quand il fut présenté comme le nouveau gardien de but du Loko. Ensuite, les médias ont informé le public que l’ancien capitaine de Split avait trouvé un nouveau club, sans forcément préciser qu’il venait en tant que joueur prêté par le Dinamo. Même le site officiel du Lokomotiv a présenté son nouveau joueur, en omettant de mentionner à quel club il appartenait, et qui payait son salaire. Forcément, la nouvelle n’a surpris personne, tout le monde connaissant la relation incestueuse entre les deux clubs. L’un dépendant de l’autre pour sa survie, au détriment de tout règlement ou logique concurrentielle. Chaque saison, le Dinamo compose l’équipe de sa filiale avec le système de prêts et de contrats opaques, permettant aux joueurs de circuler plus ou moins librement entre les deux. De toute façon, en Croatie, le Dinamo fait ce qu’il veut.

Si près, si loin

Pourtant, cette saison pourrait être celle du changement en prva liga avec le procès tant attendu des dirigeants du Dinamo. En outre, l’UEFA a infligé une amende au club pour non-respect du fair-play financier. Les dettes du club ne sont pas connues en raison du manque de transparence (des comptes off-shore sont évoqués quant à la destination d’une partie des recettes) mais d’énormes transferts vont devoir être réalisés cette année pour se remettre à flot. En plus de la nécessaire qualification pour la phase de poules de la Ligue des Champions. Autrement, la coupe d’Europe 2017-2018 leur filera sous le nez. Dans ce cas, on ne sait pas ce qu’il adviendrait de l’autre club de Zagreb. Ce qui ne l’empêche pas d’être ambitieux.

Devenu un habitué de la quatrième ou cinquième place, le Loko vise désormais plus haut. Surtout que du côté des rivaux, ce n’est pas la grande joie. Rijeka a connu des coupes budgétaires et ne semble pas en mesure de conquérir le titre malgré un effectif toujours enviable. Pour l’Hajduk, c’est toujours la même histoire malgré le renouvellement interne (président, directeur sportif, chef de l’académie, coach). Le processus d’assainissement est long à mettre en place tellement les dégâts causés par les précédentes administrations ont été lourds, qui plus est sans aide extérieure. Si on ajoute à ces problématiques internes la concentration du pouvoir sur le terrain et en dehors, on comprend que seul un miracle pourrait permettre à un autre club que le Dinamo de régner sur la Croatie. Et cela pourrait profiter également à son club filiale qui rêverait de devenir le dauphin de son grand frère de sang (mais pas plus haut, cela va de soi). Lors de cette lutte, on pourrait également retrouver cette année Osijek, le cas désespéré du football croate passé sous capital hongrois. Plus précisément, sous le capital de Lorinc Meszaros, aussi président du Puskas Academia FC, qui veut redonner à Osijek ses lettres de noblesse.

De son côté, le Lokomotiv fait son bout de chemin. L’ancien gardien yougoslave Tomislav Ivkovic est revenu sur le banc il y a quelques jours pour tenter d’accomplir un exploit retentissant en Europe. Bien qu’il arrive juste, il connaît la maison pour y avoir passé quatre années, de 2011 à 2015. Il est donc bien placé pour gérer l’instabilité chronique propre au club qui verra toujours ses meilleurs éléments partir (ou plutôt revenir) au Dinamo. Par exemple, Franko Andrijasevic et ses 12 buts en 2015-2016 sont retournés au bercail. En revanche, pour un formateur, cet effectif peut être très intéressant : l’attaquant Mirko Maric, 21 ans, fait partie de l’équipe espoirs de la Croatie et a déjà inscrit cinq buts en Europa league cette saison ! Bien aidé par son coéquipier en espoirs Ivan Fiolic, capitaine de l’équipe à 20 ans. La maturité dans son jeu est intéressante ainsi que sa capacité à marquer des buts importants. Sur l’aile, Grezda, 21 ans, réussit parfois à enflammer les matchs. En défense, Herdi Prenga (21 ans) est le patron et a déjà marqué deux buts cette saison. Avec l’expérimenté Zagorec en dernier rempart, le niveau de l’effectif est de suite rehaussé. Fait amusant : le gardien est à 29 ans le membre le plus vieux de l’effectif. Et largement.

Alors bien sûr, le Lokomotiv Zagreb n’est pas toujours constant, victime de sa jeunesse. Mais il a sans conteste l’effectif le plus intéressant qu’il ait connu depuis son retour dans l’élite. Et cela pourrait suffire pour passer contre le Vorskla Poltava. Entre enthousiasme et gêne, on ne sait pas vraiment quoi penser de cette épopée européenne du club de Novi Zagreb. A chacun de juger.

Damien Goulagovitch


Image à la une : © catsandcarp.com

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