L’étrange Velký Strahovský Stadion de Prague

Rémy Garrel
Rémy Garrel - Publié le 24 juin 2015

Un soir de semaine devant un Barça-Bayern en Ligue des Champions, l’individu assis à côté de vous s’extasie sur le Camp Nou « Alala, la taille de ce stade quand même ! ». C’est donc le moment que vous avez choisi pour étaler votre culture sportive, entre deux bières. Vous prenez alors la parole pour parler des plus grands stades du monde, pour montrer à tous que vous n’êtes pas monsieur n’importe qui !

Vous commencez donc par placer le stade de Pyongyang (150 000 places), dont vous ne connaissez pas le nom mais que vous avez vu sur google image. Une enceinte aussi mystérieuse que la coiffure de Kim Jong-Un mais qui sait se colorer aux couleurs du régime démocratique de la Corée. Ensuite arrive le Michigan Stadium que vous avez brièvement aperçu sur la chaîne MCS qui diffuse le football américain universitaire. Ce stade rempli d’étudiants ivres et qui comporte plus de 109 000 places sur un seul niveau.

Mais vient le moment de placer le stade ultime, l’Estadio Azteca de Mexico. Lui qui a vu le Roi Pelé soulever la Coupe du Monde en 70 et Maradona en faire de même en 86. Eh bien tout ceci est has-been on vous le dit, car la référence mondiale des stades de foot se trouve en République Tchèque. Et oui, direction Prague pour découvrir le Velký Strahovský Stadion et ses 250 000 places dont personne n’a encore saisi le principe, 89 ans après.

Et voilà le travail !

Et voilà le travail !

 Le bijou architectural de Strahov

Situé dans le quartier de Strahov, à quelques pas du stade Evžen-Rošický, le Velký Strahovský Stadion domine la capitale tchèque et offre un large panorama de la ville à partir de la colline Petřín. Le monde doit ce bijou architectural à Alois Dryák, professeur de design et architecte renommé en Tchécoslovaquie au début du siècle dernier. La Première Guerre mondiale débouchera sur la création de la première République de Tchécoslovaquie qui va se doter de cette structure multi-sports, qui est aujourd’hui encore le deuxième plus grand complexe sportif mondial. Étonnamment, le stade ne sera construit que sur un étage étalant les 250 000 places sur une largeur infinie tandis que le terrain accueille une surface de jeu de 63 500 m². L’équivalent de 9 terrains de football. Oui, neuf. Et c’est bien ce qui va se passer d’ailleurs, on y installera plus tard neuf terrains de football après avoir accueilli pendant des années l’équipe de gymnastique du Sokol. Bien qu’elle n’ait jamais accueilli de compétitions reconnues internationalement, l’enceinte fût utilisée la plupart du temps comme centre d’entrainement ainsi que par les communistes pour leurs réjouissances habituelles, les spartakiades.

38, année historique

Créé en 1862 par Jindřich Fügner et Miroslav Tyrš, le Sokol, que l’on peut traduire par Faucon en français, fut l’un, si ce n’est le plus grand mouvement de gymnastique nationaliste. À l’image des spartakiades communistes, le Sokol devait représenter la force physique du peuple tchèque tout en mêlant des idéaux à même de forger une nouvelle génération patriotique prête à fonder l’État tchécoslovaque, les maitres mots étant la discipline, le patriotisme, la bravoure ou encore la volonté. L’un des discours de cette manifestation résume à lui seul cette dimension patriotique que le Sokol insufflait en Tchécoslovaquie:

« Avec la force du lion, avec le vol du faucon,
Nous allons de l’avant,
Et à notre chère patrie en offrande,
Nous apportons nos forces… »

C'est quand même autre chose que le mur jaune de Dortmund

C’est quand même autre chose que le mur jaune de Dortmund

Le point d’orgue du mouvement fut en 1938. Avant l’occupation nazie, le festival était devenu un grand moment et l’une des traditions du pays. Ainsi, plus de 350 000 Sokols exerçaient leurs chorégraphies dans un Velký Strahovský Stadion plein à craquer. Devant la montée des Sudètes et du SDP, le Parti Allemand des Sudètes, ce Sokol de 1938 ayant pour thème principal « Édifier et Défendre » reste l’un des plus importants de l’histoire prenant officiellement position contre ces derniers.

This is Sparta

https://www.youtube.com/watch?v=UvzVAJdBHSo

Sous le régime communiste, le mouvement Sokol fut rapidement refusé du stade car jugé trop élitiste et surtout emblème du nationalisme tchèque. Tradition nationale en Tchécoslovaquie, le Sokol fut remplacé par les communistes par leur version de la gymnastique de masse, les Spartakiades, un nom tiré du soulèvement des esclaves dirigé par le bien connu Spartacus.

« Le communisme était dans une certaine mesure un communisme national. Il s’agissait de communistes tchèques avec une conception de la nation et une idée antigermanique, des aspects avec lesquels le mouvement Sokol n’avait pas de problème. Les communistes voulaient en profiter. Cela a conduit à une collaboration entre deux entités qui semblaient aller dans des sens opposés mais qui ont pu se rassembler dans le cas de ces Spartakiades. » expliquait l’historien Petr Roubal à Radio Tchèque.

Organisée tous les cinq ans, cette manifestation sportive devait symboliser l’unité, la force de la jeunesse Tchécoslovaque et les succès sociaux et économiques du régime communiste voulant « réaliser un modèle aboutissant au développement de la culture physique à travers le monde, un modèle digne des idéaux olympiques selon Coubertin » d’après les dires de Julius Chvalny, directeur en chef de la Spartakiade de 1975 et vice-président de l’Association tchécoslovaque de l’éducation physique.

 Et aujourd’hui ?

Après avoir accueilli une vingtaine de matchs de la sélection Tchécoslovaque, le dernier étant un match opposant la République-Tchèque à l’Irlande le 24 avril 1996. Le Strahov aura également été foulé pour quelques concerts et courses de motocross, mais son état de délabrement ne lui permet plus que d’accueillir les joueurs Sparta Praha, le club utilisant ce terrain de jeu en guise de base d’entrainement tandis que les jeunes y jouent quelques matchs devant une centaine de spectateurs postés dans la dernière tribune encore ouverte au public. De nombreux projets de reconversion étaient à l’étude ces dernières années mais sans aucun succès.

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Le stade de nos jours

Le Strahovský Stadion reste à ce jour le second complexe sportif le plus imposant du monde derrière le circuit automobile d’Indianapolis aux USA (400 000 places).

 

Pierre Vuillemot & Rémy Garrel

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Consommateur de vodka, amoureux du Dynamo Kiev, défends l’intégrité territoriale de l’Ukraine sur Footballski.

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