Depuis 1966, très exactement neuf paires de jumeaux ont foulé les pelouses du championnat russe, avec plus ou moins de réussite. Gros plans sur quelques-uns de ces duos aux fortunes diverses.

Bestchastnykh : le voyage dans la peau

Nés le premier avril 1974 à Moscou, les frères Vladimir et Mikhail Bestchastnykh commencent le football à 7 ans, au sein du Dynamo Moscou. Malheureusement tout ne se passe pas comme prévu pour eux et ils se retrouvent dans un autre club de la capitale : le Spartak.

Dès leurs 18 ans, ces deux jumeaux connaissent un destin totalement opposé. Mikhail, milieu de terrain de formation, se retrouve sur une pente descendante. Il ne joue pas un seul match avec l’équipe A du Spartak Moscou et, à partir de 1994, se retrouve baladé de club en club , passant par une dizaine de formations russes et un club letton. 

Parmi toutes ces équipes, la seule que l’ont peut réellement retenir est le Rubin Kazan, où Mikhail joue près de 40 matchs entre 1999 et 2000. Au-delà de ça, le milieu connaît même des clubs amateurs et ne s’impose donc jamais où que ce soit, à tel point que le public ne se souvient plus vraiment de lui. A vrai dire, seul le nom de son frère est resté dans l’histoire du football.                 

Ce dernier connaît en effet, une toute autre trajectoire. Si de nombreux changements d’écuries ont également lieu dans la carrière de l’attaquant russe, ces transferts sont bien plus glorieux.

Tout d’abord, il obtient un temps de jeu considérable au Spartak, et montre un niveau assez élevé pour taper dans l’œil des recruteurs de clubs étrangers. En 1994, après 78 matchs pour les Gladiateurs, il est transféré au Werder Brême pour 800 000 euros. Il réalise une première saison de grande envergure en étant titulaire, et son équipe finit deuxième derrière le Borussia Dortmund avec seulement un point d’écart.

Par la suite, la carrière de Vladimir connaît moult rebondissements, mais jamais rien de catastrophique : une deuxième saison en Allemagne où il est moins utilisé, un transfert au Racing  Santander (en Liga à cette époque), puis un retour au Spartak et enfin un séjour du côté de Fenerbahçe.

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Après cette expérience en Turquie de courte durée (seulement 12 matchs), le Russe retourne dans son pays natal et, à l’instar de son frère, passe par de nombreux clubs avant de tenter une dernière année à Astana, en 2008.

Vladimir a donc pu goûter à deux des meilleurs championnats au monde, avec un nombre de matchs conséquent (69 rencontres avec le Werder Brême, 140 avec le Racing Santander). Si une telle différence existe sur la carrière en club entre les deux frères, elle prévaut bien évidemment aussi en sélection nationale : Vladimir a joué 71 matchs avec la Russie et a marqué 26 buts, ce qui le place comme le deuxième meilleur buteur de l’histoire de la sélection tandis que Mikhail n’a jamais joué un seul match avec la Sbornaya.

Un tel écart entre eux peut paraître étonnant, et il l’est encore plus quand on apprend que Mikhail était plus talentueux que son frère dans leur jeunesse. Les parents des deux joueurs ont tenté d’expliquer ces parcours bien distincts  sur le site Sovietski sport 95. Selon Evgeniy Vladimirovitch, le père des jumeaux, Vladimir avait les traits de caractère de sa mère, il était bien plus travailleur, et cherchait absolument à atteindre ses objectifs. Mikhail, quant à lui, se mettait en marche très rapidement, mais se relâchait tout de suite après. 

Lyudmila Mikhaïlovna (mère des Bestchastnykh) rajoute également que Vladimir avait un côté leader et savait prendre les bonnes décisions. Il disait souvent à Mikhail « fait comme moi ! » mais ce dernier a préféré agir autrement. Il faut également ajouter qu’il manquait peut-être un peu de physique.

Même si un seul de ces deux jumeaux a vraiment réussi à percer, le nom des  Bestchastnykh restera dans la mémoire des supporters russes, rappelant la carrière d’un joueur ayant joué en Europe et pour l’équipe nationale avec succès.

Berezutsky : Deux frères, deux fauves, l’Europe

Près de 19 ans de carrière, 15 en sélection, 17  au sein du même club, Vassily et Alexey ont chacun connu un parcours incroyable, d’une longévité rare, avec quelques étapes brillantes qui méritent le détour. Nés le 20 juin 1982 à 20 minutes d’intervalle, les frères Berezutsky connaissent une trajectoire quasiment similaire.

A l’école, ils sont dans la même classe, les professeurs ont beaucoup de mal à les différencier, et les jumeaux en profitent : Alexey, plus doué pour les études que Vassily, prend souvent l’identité de son frère pour obtenir des bonnes notes.

Pour contrer ce stratagème, leurs enseignants s’entraînent à les différencier et décident également de les mette à des places différentes. En revanche, leurs amis et camarades de classe arrivent facilement à les discerner et les deux frères estiment,qu’ils ne se ressemblent pas.

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Ils passent sept ans au sein du Smena Moscou (1990 – 1997), puis près de quatre ans au Torpedo-ZIL Moscou, dans lequel ils commencent leur carrière professionnelle (à noter qu’Alexey est prêté au Tchernomorets Novorossiisk en 2001) et, enfin, au début des années 2000, se retrouvent tous deux transférés au CSKA Moscou.

A partir de cet instant, la machine est lancée ; Vassily et Alexey deviennent des éléments clés du club et remportent de nombreux trophées. Ils gagnent six fois le championnat, sept fois la coupe de Russie, six fois la Supercoupe de Russie et décrochée la Coupe de l’UEFA 2005 en dominant le Sporting Portugal en finale (3-1) grâce, notamment, à un but d’Alexey Berezutsky

Cette C3 est la première à tomber dans l’escarcelle d’un club russe, trois ans avant le sacre du Zenit Saint-Pétersbourg. Avec la sélection, les résultats sont également à la hauteur. En témoigne le visage fringant de la Sbornaya lors de l’Euro 2008, qui l’a vue se hisser en demi-finales.

Malheureusement, si les Berezutsky connaissent une très bonne période avec la sélection, ils sont également présents lorsque celle-ci se retrouve au creux de la vague, comme durant la Coupe du Monde 2014 et l’Euro 2016, considérés comme de véritables fiascos sur le plan des résultats.

La trentaine passée, les jumeaux moscovites paraissent de plus en plus « fatigués » et en difficulté quand il s’agit d’affronter des joueurs de très haut niveau. Leur manque de vitesse devient flagrant. Vassily, qui a longtemps joué latéral, fini par basculer dans l’axe et prend la place de son frère pour évoluer en charnière aux côtés de Sergey Ignashevich.

Il est, à ce propos, possible d’identifier une période où Aleksey semblait être le meilleur des deux (jusqu’en 2012 environ) puis Vassily, suite à son replacement dans la défense centrale, devient titulaire de la Sbornaya et hérite du brassard de capitaine.

Après l’Euro, les deux frères décident de prendre leur retraite internationale, puis raccrochent définitivement les crampons quelques mois plus tard. Une sorte de lassitude vis-à-vis du football semble s’être installée chez eux. Dans une interview accordée à Sport24ruVassily explique ainsi qu’il continue à faire du sport régulièrement, mais que la vue d’un ballon de football lui donne la nausée.

Quant à Alexey, lorsque le journaliste Ilya Kazakov, durant un long entretien, lui demande pourquoi il n’est pas allé à la Coupe du Monde de 2018, le joueur répond qu’il n’a tout simplement plus la même énergie, la même force que durant l’Euro 2016. En somme, il aurait pu répondre présent pour le Mondial russe, mais il n’aurait pas joué dans tous les cas.

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Après ce sevrage de football, ils se replongent dans le monde du ballon rond et deviennent entraîneurs adjoints au Vitesse Arnhem, aux côtés de leur ancien sélectionneur et coach au CSKA, Leonid Slutsky.

Malgré une concurrence au poste de défenseur central durant plusieurs années, les deux frères semblent avoir conservé une excellente relation. Plutôt souriants sur les différents plateaux télé et dotés d’un sens de l’humour appréciable, ils ont su profiter de leurs ressemblances pour jouer quelques tours.

Au-delà du changement d’identité en classe pour obtenir des bonnes notes, les Berezutsky ont avoué dans l’émission Vetcherny Ourgant avoir échangé leurs passeports à la douane, simplement pour relever un défi.

Ils expliquent également avoir piégé le fils de Vassily quand il avait environ 5 mois : pendant qu’il était dans les bras de son père, il voyait en face de lui Alexey, se précipitait vers lui à quatre pattes en se disant « mais c’est mon père ! ». Une fois qu’il était arrivé, il regardait Vassily, changeait d’avis, se disait « ah bah non, il est la bas ! » et rebroussait chemin.

Alexey explique que cette scène a duré assez longtemps, le fils de Vassily a effectué près d’une vingtaine d’aller-retours, jusqu’à être complètement épuisé. Et si leurs femmes n’étaient pas intervenues, ils auraient encore continué leur petite farce.

Enfin, quand Ivan Ourgant, animateur de l’émission, leur demande comment faire pour les différencier, Alexey explique tout d’abord : « Vasiliy a un nez tordu, car c’est moi qui lui ai cassé ! » Ce à quoi Vassily répond : « Je pense être le plus beau, donc c’est ainsi que l’on doit nous différencier : le plus beau, c’est Vassily ! »

Miranchuk : prêts pour la fusion

Il est temps de parler des jumeaux les plus jeunes que l’on connaisse en Russie dans le football de haut niveau : devenus des piliers incontournables du Lokomotiv, les frères Miranchuk, âgés de 24 ans, sont les chouchous des supporters Rouge et Vert.

Nés le 17 octobre 1995 à Slaviansk-na-Koubani, Alexey et Anton Miranchuk arrivent au Lokomotiv Moscou en 2011, après avoir connu un parcours en junior à l’Olimp Slaviansk et au Spartak Moscou, où ils n’ont pas été retenus en raison de qualités physiques jugées insuffisantes.

Ils débutent pour le Lokomotiv, durant l’année 2013, mais seul Alexey arrive réellement à se faire une place, Anton est très peu utilisé, et se retrouve même envoyé en prêt au Levadia Tallinn en 2016. Si Alexey semble plus précoce, Anton monte en puissance durant la saison 2017/2018 et finit par obtenir une place de titulaire et obtient un temps de jeu similaire à celui de son frère (29 matchs pour Anton, 30 pour Alexey). Cette année se conclut par un titre de champion (le troisième dans l’histoire du club) et les performances des deux frères sont excellentes.

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Depuis, ils sont considérés comme de véritables pièces maîtresses du Lokomotiv : Alexey, gaucher se plaçant en tant que milieu offensif central, et son frère, Anton, droitier, situé sur l’aile gauche, deviennent de véritables vedettes chez les Rouge et Vert. Possédant un style de jeu quasiment similaire, ils perturbent les défenses adverses grâce à leur intelligence de jeu, leur qualité de passe, de conduite de balle, mais également grâce à leur précision sur coup-franc.

Pour faire simple, contenir un Miranchuk est déjà compliqué (la Juventus n’a d’ailleurs pas réussi à le faire), en contenir deux ça l’est encore plus. Au-delà de leurs qualités, ils sont capables d’avoir des éclairs de génie.

L’exemple le plus criant serait le match d’Alexey  face au Zenit durant la Supercoupe de Russie, en 2019.

Mécontent de voir son équipe bien partie pour s’incliner (2-1 à la 77e), Le numéro 59 des Cheminots plante un doublé en trois minutes et offre un nouveau trophée à son club avec une victoire inespérée (3-2).

Ou bien encore, ce but d’Anton qui permet au Lokomotiv de remporter son match face au Dynamo Moscou (2-1).

Malheureusement, leur plus gros défaut est le manque de régularité : dans une rencontre, ils sont capables de rater des gestes qu’ils ont l’habitude de réussir. C’est probablement cette inconstance qui fait qu’Anton et Alexey sont, à 24 ans, encore au Lokomotiv. Et ce malgré un talent supérieur à la moyenne en Russie. 

Ce manque d’homogénéité dans leurs performances n’est pas spécialement préjudiciable en club, mais ça l’est en sélection. Alexey Miranchuk est le remplaçant d’Aleksandr Golovin, joueur moins fantasque mais bien plus régulier tandis qu’Anton est derrière Cheryshev, ailier de Valence qui est assez impressionnant en sélection. Et même quand ce dernier n’est pas titulaire, c’est le très expérimenté Zhirkov qui joue sur l’aile gauche.

Toutefois, ils gardent des objectifs assez élevé pour la suite de leurs carrières, et aimeraient tout les deux jouer en Espagne.

Visuellement, il est très difficile de les discerner. Alexey explique que la grande différence se situe au niveau des grains de beauté, mais qu’ils sont de toute façon sans arrêt confondus. Leur entraîneur Yuri Semin demande à chaque fois, avant d’entamer une conversation avec l’un des deux, s’il a affaire à Anton ou Aleksei.

Au-delà de partager les mêmes désirs, le même profil, les mêmes qualités et les mêmes défauts, ils ont également les mêmes goûts vestimentaires et musicaux, très influencés par la culture américaine.

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Les frangins Miranchuk sont très présents sur les réseaux, ainsi sur de nombreuses vidéos qui laissent comprendre qu’ils côtoient des célébrités moscovites. Quand le blogueur et ancien joueur Evgeniy Savin les a rejoints durant un stage de pré-saison, il s’est rendu compte de leur importante ressemblance physique et a ironisé en disant qu’ils étaient toujours dans la même pièce.

Cette liaison fraternelle est si forte qu’elle se transmet également sur le terrain. Alexey explique que jouer avec son jumeau est à double tranchant pour lui : D’un côté, il estime qu’ils arrivent à bien se trouver sur la pelouse, et d’un autre que quand son frère joue, il s’inquiète davantage pour celui-ci que pour lui-même et veut qu’il réalise un bon match. Il raconte également que le prêt de son frère en Estonie n’était pas une étape facile dans leur carrière. Il s’inquiétait beaucoup pour Anton, restait sans arrêt en contact avec lui et regardait tout ses matchs avec le Levadia Tallinn.

Enfin, il est impossible de parler des Miranchuk sans évoquer la personne qui est l’une des clés de leur succès : Elena Miranchuk, mère des deux joueurs.

Pendant que ses fils étaient en concurrence permanente, pour savoir qui mangera le plus vite sa soupe ou qui est le plus rapide, leur maman a décidé d’abandonner son ancienne vie et de les suivre durant leur début de carrière. C’est ainsi qu’elle est partie travailler à l’internat du Lokomotiv Moscou (c’est encore d’actualité), pour être au plus près de ses enfants et, en cas de nécessité, les soutenir psychologiquement.

Les deux frères n’oublient pas ce soutien, et ont, entre autre, acheté un appartement à leur mère avec leurs premiers salaires.

Ces trois fratries ont donc apporté des émotions incroyables à trois grands clubs de la capitale : la famille Bestchastnykh au Spartak, la famille Berezutsky au CSKA et enfin la famille Miranchuk au Lokomotiv.

Kondrateï Filatoff

Image à la Une : © Evgeny Semenov – RIA Novosti

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