Le triomphe sportif masque un malaise pour les fans de football dans les Balkans

Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Publié le 18 novembre 2015

Les Balkans seront bien représentés à l’Euro 2016 mais de plus en plus de fans tournent le dos à un sport qu’ils considèrent embourbé dans la politique et la corruption. L’occasion pour nous de faire le tour des Balkans et de revenir sur ces faits.

HNS = pratiques dignes de la mafia en Croatie

La HNS (fédération de football croate) est dirigée par l’ancien fameux buteur Davor Suker, considéré comme la marionnette de Zdravko Mamic, le puissant directeur du Dinamo Zagreb. Si vous lisez Footballski, vous n’êtes pas sans savoir que la famille Mamic possède une forte emprise sur le football national, une situation qui agacent de nombreuses personnes et notamment les ultras du Dinamo Zagreb, connus sous le nom de Bad Blue Boys, qui ont boycotté le club pendant de nombreuses années, insistant pour que Mamic démissionne, le qualifiant de corrompu et autoritaire.


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De nombreux supporteurs disent être déçus par la façon dont la fédération s’occupe du football en Croatie ainsi que la façon dont les clubs se comportent. Des rapports de 2009 sont remontés à la surface après que le joueur Eduardo Da Silva ait porté plainte contre Mamic. Da Silva a gagné son procès en janvier 2014 quand le juge a invalidé le contrat. Mamic et son frère Zoran, le manager du Dinamo, ont été arrêtés sur des soupçons d’actes de corruption en Juillet. Ils ont ensuite été relâchés, mais l’enquête est toujours en cours.


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Un message plein d'amour pour Mamic | © Branko Radovanović

Un message plein d’amour pour Mamic | © Branko Radovanović


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La politique et le football sont étroitement liés en Croatie, où Mamic et la direction de la HNS ont été connectés à l’opposition de centre droit, l’Union démocratique croate, le HDZ. Mamic n’a pas caché sa connexion au parti au fil des ans, participant à des rassemblements politiques et au financement de la campagne électorale du HDZ. C’est ainsi que le Dinamo a, de façon incroyable, publiquement soutenu le HDZ aux élections législatives de 2007 avec une publicité signée par ses joueurs et le personnel ! Des politiciens croates de tous bords, eux, ne se sont pas gênés pour effacer les dettes des anciens clubs publics comme le Dinamo et l’Hajduk Split quand ils ont été privatisés, ce qui a coûté des millions d’euros aux contribuables.

L’un des objectifs est la promotion de l’identité nationale, en particulier dans des situations comme l’ex-Yougoslavie.

Marko Mustapic, chercheur à l’Institut Pilar Ivo pour la recherche en sciences sociales à Zagreb, a notamment fait comprendre que les politiciens ont longtemps utilisé la popularité du football pour des raisons politiques. « L’un des objectifs est la promotion de l’identité nationale, en particulier dans des situations comme l’ex-Yougoslavie, où il y avait la construction de nouveaux États-nations et leur identité nationale », déclarait-il à BIRN (Balkan Investigative Reporting Network).

Corruption en Roumanie

La situation est similaire en Roumanie, où certains fans ne partagent pas l’enthousiasme « officiel » de la performance équipe nationale. Le journaliste Andrei Craciun déclarait ainsi que la Roumanie a « eu la chance de réserver une place pour l’Euro 2016, mais l’avenir est sombre. Nous devons être honnêtes et admettre que l’équipe nationale roumaine a joué un football laid et pauvre… principalement en raison de l’absence de stratégie des entraîneurs et de la direction de la fédération nationale. » Les fans et les analystes sportifs confirment les dires de Craciun notamment en pointant du doigt la corruption et le mauvais management des clubs. Six clubs dans la ligue supérieure ont commencé cette saison sans argent et sont en proie à une procédure d’insolvabilité. Un certain nombre de cadres de la fédération ont également été reconnus coupables de corruption comme en Juin, quand les procureurs anti-corruption ont mis en examen Gheorghe Chivorchian, le secrétaire général de la Fédération roumaine de football, pour avoir abusé de sa position et avoir falsifié des documents. Au total, l’année dernière, huit exécutifs et cadres supérieurs ont été emprisonnés après que la cour les aient reconnus coupables d’irrégularités dans des transferts de joueurs à l’étranger. Les cas d’allégations de matchs arrangés et les transferts illégaux de joueurs sont régulièrement exposés par les médias.


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La connexion entre le football et la politique est une autre raison pour expliquer la baisse de la réputation du football en Roumanie. Beaucoup disent les dirigeants de la fédération sont proches de la coalition politique au pouvoir à Bucarest alors que l’entraîneur est un ancien sénateur du parti d’opposition.

Le football instrument politique en Albanie

Les hommes politiques albanais ont également essayé de surfer sur la vague de l’équipe nationale et de l’utiliser à leur avantage. Après la qualification inattendue de l’Albanie à l’Euro 2016, le Premier ministre, Edi Rama, a participé aux célébrations à Tirana, où des fusées et feux d’artifice ont éclaté tard dans la nuit. Ce même Edi Rama participera par la suite à une émission de télévision en commentant l’événement. Son précédent fait d’arme était lorsqu’il avait tenté de se promouvoir comme un médiateur après l’incident au cours duquel un drone avec un drapeau de la Grande Albanie a survolé le terrain lors du désastreux match aller entre l’Albanie et la Serbie à Belgrade en 2014.

Le nationalisme sportif aujourd’hui favorise l’attachement affectif à la Nation et permet d’obtenir l’adhésion patriotique dans la vie de tous les jours.

Tandis que les formes de nationalisme sportif ont évolué au cours des dernières décennies, le sport reste un outil puissant pour diffuser le sentiment ou l’idéologie nationale : « Bien qu’il soit encore utilisé à des fins politiques et coopté par les élites politiques, il est devenu de plus banal. Le nationalisme sportif aujourd’hui favorise l’attachement affectif à la Nation et permet d’obtenir l’adhésion patriotique dans la vie de tous les jours. Ici, je vois malheureusement une forte continuité des années 1990, lorsque le football fonctionnait principalement comme un marqueur de l’altérité. » observe Dario Brentin, chercheur au Centre d’études du Sud-européennes de l’Université de Graz.

Dans certains pays des Balkans, en particulier la Roumanie et la Croatie, le football a incontestablement besoin de catharsis. Les clubs traditionnels de football s’effondrent sous le poids du népotisme, de la corruption, des structures mafiaesques des clubs, de la violence et d’un manque de qualités footballistiques en général. Ce qui ne semble pas prédire un avenir lumineux : « Tous ces développements indiquent la gravité du problème dans toute la région. Je ne peux pas faire des prédictions, mais la culture établie du football dans la région ne semble pas être durable dans le long terme, »indique Dario Brentin.

Quand on sait que le choix de passer à 24 équipes qualifiées était du à la volonté de Michel Platini d’élargir l’assiettes de pays représentés, pour favoriser les nations « plus petites » et leur donner plus de chances de participer à cet événement international, c’est un zéro pointé sur toute la ligne ! Sur 24 équipes à l’ Euro, une seule est issue de l’ ex-Yougoslavie. Footballski aura neuf pays: la Slovaquie, la Pologne, la Roumanie, l’ Autriche, la Russie, la Croatie, l’ Albanie, l’ Ukraine, la Hongrie, mais seulement trois sont issus de l’ Europe du Sud Est. Quel gâchis. Quel dommage. Le plan a raté.

Article librement traduit grâce à l’accord de Balkan Insight. Vous pouvez retrouver l’article sous sa forme originale: « Sporting triumphs hide balkan football’s malaise« . Auteurs originaux: Fatjona Mejdini, Sven Milekic, Marian Chiriac.

Lazar Van Parijs


Photo à la une : © Drago Sopta / Cropix

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A propos de l'auteur

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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

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1 commentaire

  • […] Environ un millier de Bad Blue Boys ont protesté à Zagreb et se sont réunis devant le Ministère de l’Education et des Sports afin de continuer leur combat face au clan Mamic, et en particulier Zdravko, le président du Dinamo Zagreb. Aucun incident n’a eu lieu lors de cette manifestation. Enfin, pour en savoir plus sur Mamic, vous pouvez toujours relire nos divers articles à son sujet : Le triomphe sportif masque un malaise pour les fans de football dans les Balkans […]

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