Le Steaua Bucarest : épouvantail en 2013, simple favori en 2014

Tristan Trasca - Publié le 20 février 2014

Il y a un an, quasiment jour pour jour, le Steaua s’apprêtait à démarrer sa campagne européenne printanière en disputant les 16è d’Europa League face à l’Ajax d’Amsterdam. A l’époque, le Steaua comptait 10 points d’avance sur le second en Liga I roumaine, l’Astra Giurgiu. Au-delà des chiffres, le Steaua donnait à l’époque une impression de puissance et d’harmonie collective qui laissait bien souvent ses adversaires sans réponse. Aujourd’hui, l’épouvantail roumain est devenu une simple bonne équipe et n’effraye même plus en Liga I. Que s’est-il passé en 12 mois pour en arriver là ?

Le Steaua en 2013

Ah ! Celui qui n’a pas eu la chance de voir le grand Steaua 2012/2013 peut nourrir de nombreux regrets ! Bien peu souvent l’amateur de football peut voir évoluer des équipes qui semblent maitriser aussi bien leur sujet et former un ensemble aussi harmonieux et bien réglé. Bien entendu, le mérite en revenait avant tout au chef d’orchestre Reghecampf mais aussi à un groupe de joueurs très mûrs. Le Steaua avait ainsi développé un très bon football et était parvenu à gagner aisément le championnat de Roumanie tout en éliminant l’Ajax notamment et en tenant tête à Chelsea en huitièmes d’Europa League. Cet ensemble était composé d’une ligne défensive plutôt compacte avec Tatarusanu aux buts et Ripa, Szukala, Chiriches et Latovlevici en défenseurs. Ce back four était parfaitement protégé par une doublette monstrueuse constituée de Bourceanu-Pintilii qui faisait également le lien avec le quatuor offensif : Popa en ailier droit, Chipciu en milieu offensif axial, Tanase à gauche et Rusescu devant. Ce onze, qui ne bougeait quasiment pas, était une incroyable machine mais avait également une faiblesse : si un des titulaires était absent, cela pouvait réellement avoir des conséquences sur le jeu de l’ensemble.

Le départ des cadres

Les choses ont commencé à se gâter cet été. Les bonnes performances européennes du Steaua ont logiquement attiré l’attention des clubs étrangers. Ainsi deux cadres de l’équipe 2012/2013 (les cadres étaient Tatarusanu, Chiriches, Bourceanu, Chipciu et Rusescu) sont partis tenter leur chance à l’étranger : Chiriches à Tottenham et Rusescu au FC Séville. Ces deux transferts ont certes rapporté une dizaine de millions d’euros aux caisses du club mais ont surtout rendu orphelins la ligne défensive et la ligne offensive. Rusescu avait quand même planté 21 pions l’an dernier en Liga I et quelques autres buts importants sur la scène européenne. Concernant Chiriches, il avait une part très active dans la cohésion défensive du bloc du Steaua de par son calme et son assurance. Son départ à la fin de l’été a clairement impacté le moral du groupe. En effet, au-delà de leurs performances sportives, ces deux-là étaient aussi des pièces angulaires du vestiaire. Malgré tout, le départ des cadres continue avec celui du capitaine Bourceanu cet hiver à Trabzonspor et celui programmé de Tatarusanu à la Fiorentina l’été prochain.

Steaua 2014 : Des recrues peu convaincantes

Pour combler ces départs estivaux et pour affirmer son ambition en Ligue des Champions, le Steaua avait opéré une vaste campagne de transferts l’été dernier. De nombreux joueurs confirmés de Liga I sont arrivés : le jeune meneur Stanciu, le meneur Radut, le milieu Neagu, le défenseur Varela, le buteur Kapetanos et le milieu offensif Cristea. Sur ces nombreuses arrivées, beaucoup ont été questionné dès le début et notamment l’arrivée du vétéran Cristea. Au final, aucun des six joueurs n’a pleinement convaincu et seul Stanciu est un titulaire à part entière. Il faut aussi reconnaître que Reghecampf n’a pas vraiment donné sa chance à Varela, Neagu, Radut et Kapetanos, pourtant d’honnêtes joueurs du championnat roumain. Les dissensions au sein du club entre Reghecampf, Stoica (directeur sportif) et Becali (président) semblent expliquer que certains transferts, voulus par l’un ou par l’autre, n’aient pas vraiment eu de répercussions sur le terrain.

Finalement le seul à avoir tiré son épingle du jeu est l’Italien Piovaccari qui a débarqué de Série B avec la lourde tâche de remplacer Rusescu. Le colosse au style pataud a marqué de nombreux buts décisifs en Ligue des Champions et cinq pour l’instant en Liga I. Il est la seule recrue à avoir convaincu réellement, au moins par ses stats.

Steaua 2014 : Un jeu offensif plus poussif et un manque de souffle collectif

Au départ de la saison 2013/2014, le Steaua se pointait donc sans Chiriches ni Rusescu partis mais aussi sans Chipciu, victime d’une grave blessure au printemps dernier. Il est toujours dommage de noter le peu de crédit que reçoit ce joueur pour ses performances mais ses longs mois d’absence ont parlé pour lui. Chipciu est ce genre de joueurs fondamental pour une équipe car il fait le lien entre les lignes, créé le jeu offensivement mais remplit aussi ses tâches défensives.

Les six premiers mois de la saison n’ont pas été catastrophiques mais l’équipe a fait pâle figure comparée à sa devancière. La campagne européenne a été désastreuse dans un groupe de Champions League (Chelsea, Bâle, Schalke) où la deuxième place était jouable et le Steaua ne domine plus le championnat de la tête et des épaules. Si l’équipe de Bucarest n’a pas encore perdu cette saison en Liga I, elle a souvent été bousculée.

Deux problèmes principaux sont apparus cette saison. Le premier est le manque de cohésion entre les lignes. Alors que toute l’équipe bougeait comme un ensemble compact la saison dernière, l’équipe de cette saison est coupée entre les lignes, rendant le travail des deux milieux défensifs (généralement Bourceanu-Pintilii) très compliqué et fragilisant la défense. Le manque de repli des milieux offensifs est notamment en cause sur ce point. L’équipe a donné l’impression d’être émoussée physiquement à de nombreuses reprises alors qu’elle asphyxiait ses adversaires auparavant.

De plus, alors que le danger venait de partout la saison dernière, le jeu du Steaua manque franchement de vie et d’idées cette saison. Si l’apport des latéraux Lato et Georgievski reste intéressant, les deux ailiers Popa et Tanase semblent à court de jus. De plus le jeune Stanciu, placé en n°10, n’a pas démontré qu’il pouvait avoir les épaules pour conduire le jeu d’une équipe comme le Steaua. Si Piovaccari est un bon buteur, il n’est pas non plus le genre d’attaquant à créer du jeu. Là encore, le départ de Chiriches est en cause car le défenseur central était bien souvent celui qui créait la première passe et le décalage qui déséquilibrait l’équipe adverse.

La fin de l’auréole du trio Reghecampf-Stoica-Neubert

Si certains joueurs peuvent être critiqués individuellement, le premier reproche doit revenir au coach Reghecampf. Tout d’abord, il n’a clairement pas offert sa chance à tous les joueurs à sa disposition. Le latéral droit Ripa, convaincant au printemps 2013, n’a quasiment jamais été utilisé alors que les prestations (défensives) de Georgievski ont été médiocres. De plus les recrues comme Varela et Iorga n’ont jamais eu leur chance alors que le collectif cherchait clairement un second souffle. Reghecampf a notamment préféré accélérer, en novembre, le retour du milieu Pintilii qui était blessé, causant une rechute du joueur.

L’apport du préparateur physique allemand Neubert était loué l’an dernier. Ses méthodes modernes constituaient du jamais vu en Roumanie. Mais cette saison, nombreux ont été ceux à dire que le Steaua délaissait le football pour se concentrer sur la préparation physique. Ces critiques ont aussi durement touché Reghecampf, qui a donné l’impression de ne plus maitriser et captiver son groupe cette saison. L’incompréhension de l’entraîneur s’est notamment manifestée pendant chaque soirée européenne où il expliquait régulièrement que les joueurs ne suivaient pas vraiment ses consignes et le plan de jeu décidé.

De même, les relations entre le directeur sportif Stoica et l’entraîneur Reghecampf, qui formaient un vrai couple d’une arrogance folle la saison dernière, se sont clairement refroidies cette saison. Outre les prestations en dents de scie, ces relations difficiles à la tête du club ont également contribué au sentiment de flou concernant la destination du bateau Steaua.

Becali en prison

Car oui, le patron n’est plus là ! L’an dernier encore, Gigi Becali était là pour taper du poing sur la table, prendre la pression sur lui si besoin et motiver ses troupes. Malheureusement le président du Steaua végète en prison depuis de nombreux mois et sa situation personnelle ne manque pas d’influer sur la vie interne du Steaua.

Si Gigi Becali peut toujours communiquer et prendre des décisions (la démocratie roumaine est un exemple), son absence physique a néanmoins créé un appel d’air que diverses personnes ont voulu combler. Outre Stoica-Reghecampf, un cousin Becali, agent de joueurs, a jugé bon de pouvoir parler au nom de Gigi. Cela a créé un psychodrame vis-à-vis de Reghecampf qui a senti son pouvoir renié, d’autant plus que la femme de Reghecampf également agent de joueurs est une ennemie personnelle du cousin Becali…

L’absence de Becali et son emprisonnement font aussi peser des menaces sur le futur du club. Les joueurs en fin de contrat ou convoités ne veulent négocier qu’avec lui et font le chemin vers la prison où il séjourne pour négocier d’homme à homme. Le doute subsiste sur les répercussions économiques de l’emprisonnement pour l’homme Becali et donc le Steaua.

Des raisons d’espérer

Malgré tout, le Steaua est toujours leader en Roumanie avec trois points d’avance sur l’Astra et cinq sur le Petrolul. L’équipe de Reghecampf est donc toujours le favori pour conserver son titre de champion de Roumanie. De plus l’arrivée de Sanmartean, sorte de Jérôme Leroy local, semble faire renaître les espoirs de tout un club, tant il a été bon lors des deux premières sorties officielles du Steaua en 2014.

Avec une seule compétition majeure à gérer et quelques matchs de coupe de Roumanie, Reghecampf va pouvoir utiliser sa méthode préférée et former un onze-type qu’il ne changera jamais. L’arrivée de Sanmartean et le retour en forme de Chipciu sont deux des gros atouts du Steaua pour cette fin de saison mais ils devront composer avec une concurrence affamée en Liga I. On en parlera bientôt…

Tristan Trasca

 

Le Steaua Bucarest : épouvantail en 2013, simple favori en 2014
Donnez votre avis

A propos de l'auteur

Tristan Trasca

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
Bilan de la première partie de UPL 2014/2015

Alors que les compétitions européennes reprennent cette semaine, l'Ukrainian Premier Ligue est en sommeil depuis bientôt 3 mois. A un...

Fermer