Le stade GSP et les clubs français

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 4 octobre 2018

On se souvient encore des moments de liesse au stade GSP un soir de mars 2012 lorsque l’APOEL Nicosie élimina l’Olympique Lyonnais aux tirs au but pour se hisser en huitième de finale de la Ligue des Champions marquant à jamais l’histoire du football chypriote.

C’est dans ce même stade, à Nicosie, que l’Olympique de Marseille se déplace ce jeudi pour affronter cette fois-ci l’Apollon Limassol en phase de groupe de l’Europa Ligue. Avec une capacité d’environ 23 000 places et seul stade conforme aux règles de l’UEFA à Chypre, le GSP Stadium est l’antre principale des clubs chypriotes lors des soirées européennes et plusieurs équipes tricolores ont souillé cette pelouse au cours de ces dernières années. Du Paris Saint Germain, en passant par Bordeaux, Nice ou encore l’OM, tous ont eu l’occasion d’affronter des clubs chypriotes au stade GSP.

En six matchs contre des clubs français, les Chypriotes ont connu quatre victoires, un score de parité et une seule défaite. Des statistiques étonnantes qui nous ont poussés à faire une petite rétrospective de ces matchs et à chercher les raisons de cette réussite des clubs chypriotes à domicile et plus précisément au stade GSP.

Des Chypriotes en forme à domicile face aux clubs tricolores

APOEL Nicosie 1-0 Lyon (pen 4-3, huitième de finale LDC 2011-2012)

C’est dans un contexte particulier que l’APOEL affrontait Lyon en huitième de finale de la ligue des Champions au stade GSP. Après une défaite (1-0) à Gerland, le club chypriote gardait un espoir de qualification à domicile deux semaines plus tard. Un espoir partagé par des milliers de supporters à Chypre et au stade le jour du match retour. Emmené par un GSP en feu, les hommes d’Ivan Jovanovic ouvrent le score dès la neuvième minute de jeu par l’intermédiaire du milieu Gustavo Manduca et rattrapant ainsi déjà le score de l’aller. Au fil des minutes, la partie s’équilibre et les occasions apparaissent de part et d’autre mais sans qu’aucune équipe puisse prendre le devant avant la fin du temps réglementaire. L’APOEL avait déjà fait un grand pas mais le plus important restait encore à faire. Sans grandes occasions des deux côtés en prolongation et privilégiant la possession de balle, l’APOEL et l’OL se dirigent vers les angoissantes séances de pénalty, aux plus grandes joies des vingt mille supporters locaux présents au stade. Des penalties qui resteront à jamais dans la tête des Chypriotes et dans l’histoire du football de l’île. Il a suffi que deux arrêts héroïques du gardien grec de l’APOEL Dionisis Chiotis à des tirs de Lacazette et Bastos, pour que le stade explose en liesse.

AEL Limassol 3-0 Olympique de Marseille (Groupe C, Europa Ligue 2012-2013)

Un 3-0 étonnant, avec dix-neuf tirs à quatre en faveur de l’AEL et aucune frappe cadrée pour l’OM en quatre-vingt-dix minutes. C’est par ces statistiques que nous pouvons résumer ce match. Se sachant déjà non qualifié pour les phases finales de l’Europa Ligue, Marseille s’est déplacé à Chypre sans réelle pression pour son dernier match de poule et avec un groupe très rajeuni. Mis en difficulté dès le début de l’entame de jeu, l’Olympique de Marseille n’a fait que de subir face aux attaques des Chypriotes. Orlando Sa (41’), Edmar (79’) et Dosa Junior (82’) ont été les trois buteurs de ce match. Un match sans conséquence pour les deux équipes mais une victoire de prestige pour l’AEL Limassol qui ne s’est plus qualifié en phase de groupe d’une compétition européenne depuis.

Apollon Limassol 2-0 OGC Nice (Barrages, Europa Ligue 2013-2014)

Après de belles performances en phase de qualification de l’Europa Ligue, l’Apollon Limassol a hérité de l’OGC Nice en barrage, espérant à l’issu de cette double confrontation, se qualifier pour la première fois de son histoire dans les phases de groupe. Et cela paraissait compliqué, d’autant plus que le club bleu et blanc de Limassol recevait le premier match à domicile. Malgré les soixante kilomètres qui séparent Limassol et le stade GSP à Nicosie, quelques milliers supporters de l’Apollon se sont déplacés pour soutenir leur équipe. Après une mi-temps équilibrée et sans terme, c’est l’Apollon Limassol qui se montre plus dangereux en seconde période et marque deux buts par l’intermédiaire de Gaston Sangoy (54’, 63’). L’Apollon finira par se qualifier aux phases de groupe puisqu’au match retour à Nice, le club chypriote s’est seulement incliné un but à zéro.

APOEL Nicosie 2-1 Bordeaux (Groupe F, Europa Ligue 2013-2014)

Deux ans après l’exploit face à Lyon, l’APOEL affrontait le second club français de son histoire, Bordeaux, en phase de groupe de l’Europa Ligue. Malgré une défaite en France (2-1) deux semaines plus tôt, le club de Nicosie cherchait la victoire pour espérer une qualification au tour suivant. Dominateurs, les locaux ouvrent le score dans le premier quart d’heure par l’intermédiaire de Nektarios Alexandrou sur un coup franc lointain, avant que Ludovic Sané pour Bordeaux égalise quelques instants avant la mi-temps. Bien plus dangereux, l’APOEL finira par remporter le match (2-1) grâce à un but de Nuno Morais (55’).

APOEL Nicosie 0-1 PSG (Groupe F, LDC 2014-2015)

Match de prestige au stade GSP et à guichet fermé, pour l’APOEL Nicosie qui recevait le PSG en phase de groupe. Et face au double champion consécutif de Ligue 1, difficile pour le club chypriote de partir favori. Sans surprise, c’est le Paris Saint Germain qui domine et réalise des occasions dangereuses. Mais face à un système défensif, le club parisien a du mal à trouver la faille. Deux minutes avant la fin du temps réglementaire, alors que l’APOEL pensait arriver à un match nul historique face aux Français, Edinson Cavani entre dans la surface de réparation et ouvre le score. Une victoire qui a permis au PSG de se classer premier de son groupe.

Apollon Limassol 1-1 Olympique Lyonnais (Groupe E, Europa Ligue 2017-2018)

Pour le premier match des phases de poules, l’Olympique Lyonnais se déplaçait à Nicosie dans un stade qu’il connaissait particulièrement bien. Sans surprise, les hommes de Bruno Génésio dominent le jeu face à une équipe chypriote tactiquement bien en place. Malgré des occasions de part et d’autre, ce sont les Lyonnais qui ouvrent la marque quelques minutes après le début de la seconde période sur penalty par l’intermédiaire de Memphis Depay. Par la suite, l’Apollon cherche à réagir en multipliant les occasions de but. Il faudra attendre à la toute dernière minute du match, sur un centre de Martinez et un tir de Sardinero pour voir les locaux égaliser. Un match pas si démérité aux vues des dix-huit tirs et sept tirs cadrés réalisés pendant le match par les hommes de Sofronis Augoustis.

Le 12e homme, principale raison de ces réussites chypriotes ?

Pour un bilan de quatre victoires en six matchs face aux clubs français dans ce stade GSP, les clubs chypriotes peuvent remercier plusieurs facteurs qui ont conduit à leurs succès. Parmi eux, on retrouve sans surprise les supporters. Lors des grandes soirées européennes, leurs supporters deviennent véritablement un douzième homme, poussant ainsi leur équipe à l’exploit. Par exemple, 22 701 billets ont été vendu lors du match de l’APOEL contre Lyon en 2012 dans un stade contenant 23 000 places. Des supporters bruyants n’hésitant pas quand les occasions se présentent à réaliser des tifos. Tant pour se montrer à l’international que pour partager des messages ciblés et politiques.

« Je n’avais pas souvent connu un tel contexte auparavant. Quand tu entres sur le terrain pour l’échauffement, tu sens que c’est très chaud, avec des supporteurs proches du terrain »

Mais surtout des supporters qui, leur premier rôle, est de pousser leur équipe vers la victoire et cherchant à déstabiliser l’adversaire. « C’était très chaud. On avait été surpris. Ça fait partie des plus grosses ambiances que j’aie connues. En Allemagne, ça fait beaucoup de bruit, mais là, c’était très particulier, c’était beaucoup plus hostile » explique Maxime Gonalons après son match à Chypre contre l’APOEL. Même argument pour Grégory Sertic en déplacement à Nicosie avec les Girondins en 2013 : « Je n’avais pas souvent connu un tel contexte auparavant. Quand tu entres sur le terrain pour l’échauffement, tu sens que c’est très chaud, avec des supporteurs proches du terrain. Il y a beaucoup d’insultes. Même si tu ne les comprends pas, tu sais de quoi il s’agit ». Pas sûr que Grégory Sertic revienne avec enthousiasme à Nicosie ce jeudi…

Le stade GSP de Nicosie étant le seul stade conforme aux règles de l’UEFA, beaucoup d’équipes comme l’Apollon ou l’AEL ont dû, depuis Limassol, faire le déplacement jusqu’à Nicosie pour jouer leurs matchs européens. Une distance qui les sépare de soixante kilomètres. Cet éloignement a tout de même un impact sur les supporters. Par exemple, 9 000 supporters de l’Apollon s’étaient déplacés au stade GSP pour voir leur équipe affronter Nice lors des playoffs de la Ligue Europa. Peu par rapport à l’APOEL mais assez pour y constituer un douzième homme.

Mais ce jeudi face à l’Olympique de Marseille, le stade ne sera pas aussi garni comme il est à son habitude. En effet, depuis août dernier, la fédération chypriote de football avec la coopération du gouvernement, a mis en place une carte de supporters, obligatoire pour voir un match. Discutée depuis de longues années, la carte de supporters a été mise en œuvre dans l’optique d’éviter les débordements dans les stades, hélas très fréquent encore à Chypre. Opposés au fait de stocker les données personnelles et critiquant la non liberté, la plupart des supporters et groupes de supporters des grands clubs de l’île ont décidé de boycotter tous les matchs à domicile jusqu’à que la carte soit supprimée. À voir si jeudi, les supporters de l’Apollon feront une exception…

D’autres raisons diverses et variées à prendre en compte…

D’autres facteurs peuvent expliquer cette réussite des clubs chypriotes face aux clubs tricolores mais ils ne sont pas liés en soi avec le stade de Nicosie. La performance est surtout liée à la cohésion du groupe, de l’expérience des joueurs et surtout de la motivation de jouer les compétitions européennes. “Les joueurs viennent de pays très différents mais ils ont un point commun : ils ont tous joué précédemment en Europe. Surtout, ils n’avaient pratiquement pas d’expérience de la Ligue des Champions. Du coup, ils étaient très motivés, plus sans doute que des joueurs disputant cette compétition chaque année » confiait l’entraîneur de l’APOEL Ivan Jovanovic en 2012 lorsque son équipe disputa la Ligue des Champions.

Outre la motivation que sont les compétitions européennes, l’expérience des joueurs joue un rôle dans la performance de l’équipe. Cette année, la plupart des joueurs de l’Apollon Limassol ont joué dans des clubs européens à l’image du Français Valentin Roberge passé par l’Aris Salonique ou le PSG B, David Faupala qui s’est illustré dans les académies de Manchester City ou encore le portugais Bruno Vale ex-international de l’équipe du Portugal et l’attaquant anglo-gambien Mustapha Carayol passé par le club anglais de Nottingham Forest pendant deux saisons.

Stéphane Meyer


Image à la une : Florian CHOBLET / AFP

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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