La dernière fois qu’un club français s’était rendu à Krasnodar pour affronter le FKK, c’était en 2016. L’OGC Nice s’était alors rendu dans le Kuban Stadion, le stade du club historique de la ville : le Kuban Krasnodar. Un mois plus tard, le Krasnodar Stadion ouvrait ses portes pour la réception de Schalke. C’est dans ce même Krasnodar Stadion que se jouera le match décisif entre Krasnodar et Rennes ce mercredi 2 décembre.

Les commentaires sur ce stade sont élogieux. L’ancien milieu de terrain français Christian Karembeu, qui a visité Krasnodar une première fois pendant la Coupe du monde 2018 comme touriste et une deuxième fois avec l’Olympiakos dont il est directeur sportif, disait du stade de Krasnodar qu’il est « l’un des meilleurs au monde ». Les citations de ce type ne manquent pas venant des différents visiteurs européens au Krasnodar Stadion, des Allemands de Schalke en 2016 aux Espagnols du Mondial et de Séville en 2018 (dont le commentaire de Nolito). L’occasion de parler un peu plus en détail de ce stade flambant neuf classé catégorie 4 dans le système de notation de l’UEFA.

Construction

Sergei Galitski, le fondateur du FK Krasnodar, a prévu très tôt un projet de nouveau stade à Krasnodar. Ce stade serait exclusivement réservé au football. Ce choix est assumé dès le début car l’absence de piste de course sportive dans l’enceinte permettrait au public de se positionner au plus près de la pelouse.

Les travaux préparatoires pour la construction commencent dès 2011. Le projet du stade est présenté par le groupe russe SPEECH.

La construction du stade commence en mai 2013 et s’achève en septembre 2016 après trois ans et demi de chantier. À titre de comparaison, le nouveau Krestovski Stadion du Zenit Saint-Pétersbourg a mis une décennie à être construit entre 2008 et 2017 pour cause de retards de paiements, conflits contractuels, dommages liés aux intempéries, etc.

La construction du stade aura coûté 400 millions de dollars américains.

Architecture et touche européenne

Le stade couvre une superficie de 8 hectares. D’une capacité de 34000 puis 35000 spectateurs après quelques élargissements en 2018 et 2019, il a vu la participation de nombreuses sociétés européennes à sa construction.

Le design du stade a été réalisé par le bureau d’architecture SPEECH en collaboration avec la société allemande GMP (Gerkan, Marg & Partners). La construction du stade a vu la collaboration de constructeurs russes, allemands et turcs. La façade du stade est constituée de travertin venu d’Italie et plus de 5000 tonnes de pierre naturelle ont été utilisées pour la décoration, ce qui a valu au nouveau stade le surnom de Colisée de Krasnodar.

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L’environnement autour du Krasnodar Stadion comporte même une touche française puisque que les sentiers pédestres du parc autour du stade sont constitués de granit breton de la société La Générale Du Granit basée à Louvigné-du-Désert.

Infrastructures et parc

Bien que l’article soit centré sur le stade, parlons justement du parc à proximité du stade. Construit entièrement avec l’argent de Sergei Galitski, fondateur du club (environ 62 millions de dollars américains), il a ouvert le 28 septembre 2017. Suite à des élargissements importants en 2019 et 2020, il atteint une superficie de 23 hectares. C’est le groupe allemand GMP qui a présenté le projet de parc, tout comme celui du stade.

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Le parc se distingue pour sa géométrie remarquable et sa flore diverse qui donne des apparences différentes selon à la fois le jour et la nuit et le moment de l’année. Plus de 2000 arbres ont été plantés. On trouve des étangs de carpes, des fontaines, une cascade, des terrains de jeu et, depuis récemment, quelques objets d’art comme le « Geolocatsia » qui s’insère dans le paysage. Le parc contient également un amphithéâtre où se déroule de temps en temps des rencontres entre joueurs et supporters du FK Krasnodar (comme par exemple lors des départs d’Andreas Granqvist et Joãozinho en 2018) et où les matchs à l’extérieur sont retransmis. Des projections cinématographiques y sont également organisées.

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L’intérieur du stade contient un parking payant d’environ 250 places. Les supporters peuvent aussi se garer dans un parking gratuit situé à proximité dans la rue General Trosheva capable accueillir jusqu’à 1800 voitures.

Le stade et la zone du parc constituent un unique complexe architectural et paysager vu du ciel, ce qui ne manque pas de créer certaines ambiances notamment lors des jours de fête comme le Nouvel An, comme un symbole que le football à Krasnodar va bien au-delà de l’essence sportive. Le football y constitue une marque vivante dont rêveraient sans doute Moscou et Saint-Pétersbourg.

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Intérieur de haute technologie et écran géant 360°

Le cœur du stade est évidemment le terrain de football dont la pelouse est faite de gazon naturel alors que la majorité des terrains russes étaient encore récemment des pelouses synthétiques (avant que l’organisation du Mondial ne change la donne). Le terrain et les gradins sont dotés d’un système de chauffage infrarouge, de refroidissement, d’aération et d’éclairage artificiel moderne.

Environ 700 stadiers assurent la sécurité des matchs et le confort des personnes. On trouve à l’intérieur du stade trois restaurants, un salon, deux bars et vingt-huit autres points de restauration rapide.

Mais la chose qui attire immédiatement l’attention de tous est évidemment l’écran géant de 360° qui occupe une surface de 4700 m² réalisant le tour du stade. En plus du football, le spectacle de base, l’écran constitue aussi un spectacle à lui seul.

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La responsable de l’écran s’appelle Guara Atrashevich et c’est elle qui s’occupe des spectacles d’avant-match et d’animer la célébration des buts. Celle qui dit avoir réussi à allier sa passion et son travail s’est exprimée sur son travail. La vidéo à projeter dans le stade est préparée d’avance. Guara Atrashevich doit la diffuser au bon moment en suivant un script. Il lui suffit, selon ses dires, d’appuyer simplement sur « Play ». Sa supérieure hiérarchique, Olga Gorodzhanova, lui expédie également les informations nécessaires à afficher à l’écran telles que les substitutions et le temps additionnel. Lors d’un remplacement, Atrashevich veille à afficher l’image du joueur sortant, puis celle du joueur entrant. Lors d’un but marqué par Krasnodar, Atrashevich projette des effets spéciaux festifs (en prenant le soin d’attendre quelques secondes que le but soit validé), puis affiche l’image du buteur.

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Pour animer l’écran, tout un travail est réalisé la veille d’un match pour adapter les publicités en fonction du scénario et pour vérifier les contenus graphiques.

Attractivité

En attendant l’émergence de davantage de jeunes joueurs de son académie, Krasnodar a besoin de recruter à l’étranger. Pour attirer des joueurs que les recruteurs de Krasnodar approchent, le stade et les infrastructures peuvent participer à changer la donne. Ainsi, le Suédois Viktor Claesson a d’abord répondu un non catégorique lorsqu’il a été approché par le FKK. Outre l’image de pays reculé et loin des grands championnats qui véhicule sur la Russie, le pays souffre d’une mauvaise image dans la plupart des autres pays d’Europe pour des raisons diverses (liées très souvent aux critiques sur les droits de l’homme et à la nature du régime russe), particulièrement en Suède où les régimes politiques suédois et russe sont en très mauvais termes.

Pour recruter des étrangers, Krasnodar peut présenter son programme et ses infrastructures sportives, le stade en premier lieu, et inviter le joueur convoité dans la ville. En cela, il arrive aisément à devancer d’autres clubs de grands championnats qui manifestent moins d’intérêt pour ces joueurs. Dans le cas de Viktor Claesson, le processus s’est déroulé non sans difficulté. Lors de son premier voyage à Krasnodar avec sa compagne, Viktor Claesson est dans un premier temps accueilli par du mauvais temps alors que la région est habituellement ensoleillée et par les embouteillages, problème habituel à Krasnodar. Viktor Claesson finira par rejoindre le FK Krasnodar en 2016-2017 malgré son appréhension de départ. Un choix qui lui a permis d’intégrer l’équipe nationale.

En 2019, Rémy Cabella rejoint à son tour le FK Krasnodar, parlant d’une « offre impossible à refuser » : « J’ai vu des vidéos de matchs, j’ai regardé des images du stade. Je ne pars pas à l’aventure, je sais où je mets les pieds. Au niveau des infrastructures, je peux vous dire que c’est le très haut niveau ».

Avant-match

C’est donc dans une enceinte ultra moderne que le Stade Rennais est accueilli ce mercredi. Il est à noter, étant donné le contexte de la crise sanitaire, qu’aucun supporter rennais ne peut se rendre au stade, mais que l’enceinte devrait être remplie d’environ 11000 supporters, soit la limite accordée de 30 % de la capacité du stade.

Philippe Ray

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