C’est une histoire qui fait grand bruit en Serbie et en Croatie où les cicatrices de la guerre sont encore ouvertes et où le nationalisme rejaillit de toutes parts. C’est l’histoire d’un jeune supporteur de Rijeka qui tient tête au président serbe.

Tout a commencé à la fin de l’été lorsque le président serbe, Aleksandar Vučić, a reçu un groupe de jeunes originaires de Rijeka, de Kostajnica et de la région de Zadar. Ces jeunes Croates passaient un camp d’été “Sveti Sava” en Serbie pour leur faire découvrir la langue, la culture et la littérature serbes. Lors de cette rencontre, Vučić déclara : “Laissez-moi vous dire quelque chose, sur le territoire de l’ex-Yougoslavie et même au-delà, Belgrade est plus belle que n’importe quelle autre ville.

Il ajouta, par la suite, “c’est deux fois plus grand que Zagreb, près de trois Zagreb peuvent habiter dans une fois Belgrade pendant que cinq Sarajevo peuvent être mis dans une fois Belgrade… Vous devriez aimer Belgrade au moins autant que Rijeka.” A la suite de cet énoncé, il évoqua le football, invitant les enfants à rester une journée de plus pour assister au match opposant Crvena Zvezda à Krasnodar qui se déroulait le lendemain et plus de “55 000 personnes les salueraient”. Vučić demanda à un petit garçon de sept ans, Tino Popovic, quel club de football il supportait. Ce dernier répondit du tac au tac : “Rijeka”, le club de sa ville. Le président blagua alors en déclarant : “Tu devrais trouver un meilleur club à supporter, il y a Crvena Zvezda ou le Partizan.


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Ce discours n’est pas sans rappeler lorsque Franjo Tuđman avait donné des conseils footballistiques à un petit garçon croate nommé Matija. Cette ressemblance a été soulignée sur Twitter par le député d’opposition croate Bojan Glavasevic. Cet événement marque l’importance du Dinamo Zagreb pour Tuđman dans la narration de sa Croatie. Prenant le petit Matija dans ses bras, il lui expliqua : “Laisse-moi te dire quelque chose… Es-tu de Zagreb ? Il y a un Dinamo chez les Serbes de Pancevo, en Albanie à Tirana et partout ailleurs, tu sais ? Alors maintenant, tu supportes le Croatia.” Le club a tour à tour pris le nom de Hask Gradjanski en 1992 puis de NK Croatia en 1993. Il fallait rompre avec l’héritage yougoslave et l’ex-Dinamo était appelé à devenir un  emblème de la Croatie indépendante.

Cet enfant de sept ans est très rapidement devenu, sur internet, un symbole de la défiance au président serbe. A son retour en Croatie, “l’enfant qui a dit non” a été invité par le club de Rijeka où il a reçu un maillot dédicacé par tous les joueurs de l’équipe et a également pu assister au match face à Cibalija qui s’est soldé par la victoire des siens 7-0. Le club s’est ainsi offert une très bonne publicité à moindres frais en Croatie, où le président serbe n’est pas en odeur de sainteté.

Le club champion de Croatie a réalisé une belle opération communication. La loyauté du jeune supporter a ainsi été récompensée de la plus belle des manières !  Comme quoi, s’il y a bien une morale à cette histoire, soyez fidèles à votre club, et supportez votre football local.

Lazar Van Parijs


Image à la une : © HNK Rijeka

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