Le football dans les RSS : #67 le Turkménistan – FK Köpetdag Achgabat, le spleen du géant turkmène

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 5 juin 2018

Durant cette année précédant de la Coupe du Monde, nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire du football soviétique des différentes (quatorze, hors Russie) Républiques socialistes soviétiques d’Union soviétique avec quatorze semaines spéciales, toutes reprenant le même format. Nous finissons notre grande épopée avec le Turkménistan, dont nous vous contons aujourd’hui l’histoire d’un club particulier, le FK Köpetdag Achgabat.

Au fin fond du désert du Karakoum, en plein milieu d’une oasis, Achgabat s’élève dans son marbre blanc. La fierté de l’ancien dictateur Saparmurat Niyazov tente tant bien que mal d’exister en Asie Mineure. Malgré les difficultés économiques et les séismes à répétition, Achgabat représente un Turkménistan qui peine à s’imposer sur l’échiquier géopolitique de la région. Rayonnante sous l’époque soviétique, Achgabat possède également en son sein un club de football qui atteindra la seconde division soviétique, le meilleur résultat pour un club du pays, le Köpetdag Achgabat.

Une période soviétique peu glorieuse

Peu de documents attestent de la riche histoire nationale du Köpetdag Achgabat. Fondé en 1947, deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le club de la capitale turkmène a tout connu. De la sixième division soviétique à la seconde division, les titres de champion et les coupes du Turkménistan, la faillite et la disparition, le Köpetdag a une histoire plutôt mouvementée. Un an après sa fondation, le club de la capitale évolue en sixième division, mais voit son histoire déjà basculer en octobre 1948. Un terrible séisme ravage la ville, deux tiers de la population décède dans le sinistre (ainsi qu’environ 10 % de la population du pays) et parmi les morts de nombreux joueurs du jeune club, tout comme la mère et la famille d’un Saparmurat Niyazov désormais orphelin… Un drâme.

Avec ce coup dur, les installations déjà précaires sont détruites, mais cela n’empêche pas l’expansion du club qui bénéficie du soutien du régime communiste local. Deux ans plus tard, le club est déjà en classe B puis en classe A à la fin des années 1960. Le stade d’Achgabat commence à attirer les foules, un engouement est en route. Il faut dire que le Köpetdag est très clairement le fleuron du Turkménistan, le meilleur club sous la période soviétique, mettant en avant son identité turkmène. Une identité qui se reflète dans le nom du club, exit Lokomotiv, Spartak, Kolhozchi, le club prendra le nom de la chaîne de montagnes qui borde la capitale, le Kopet-Dag.

Gravissant les échelons, les Bleu et Blanc se retrouvent en deuxième division soviétique en 1970 et obtiennent comme meilleur classement une neuvième place en 1976, date qui coïncide avec la dernière saison d’un certain Kurban Berdyev dans le XI turkmène, avant son départ pour le Kairat Almaty. Peu efficace en coupe, le Köpetdag nagiue entre la D2 et la D3 jusqu’à la chute de l’URSS.

Le succès du Köpetdag à l’échelon national…

Au début des années 1990, l’URSS commence à s’effondrer et les différentes républiques obtiennent progressivement leur indépendance. C’est le cas en 1991 pour le Turkménistan, sous l’impulsion d’un certain Saparmourat Niazov qui met en place une République totalement démocratique, comme le souligne sa nomination de « président à vie » par le parlement turkmène en 1999. Dans le même temps, le championnat local tente de se mettre en place, la Yokari Liga voit le jour en 1992 et intègre quinze des meilleurs clubs du Turkménistan. Parmi eux, on retrouve le Köpetdag Achgabat qui se retrouve condamné à jouer avec des équipes largement inférieures sur le papier.

En effet, le club comptait sur la coupe de la CEI pour des affiches succulentes, mais ne peut y participer que lors de sa mise en place officielle en 1993. En attendant, le Köpetdag dévore tout sur son passage au pays ! Les chiffres de la première saison de Yokari Liga en 1992 sont incroyables puisque le club compte 27 victoires en 28 matchs, mais surtout une moyenne de plus de 5 buts inscrits par match ! Il faut dire que le club de la capitale est le centre du football turkmène. Servant de base pour l’équipe nationale (la quasi-totalité de l’équipe évoluait au Köpetdag), le club d’Achgabat est surtout dirigé par Bayram Shikhmuradov, fils de Boris Shikhmuradov président à l’époque de la fédération turkmène de football. Encore une fois de la démocratie à l’état pur !

Une domination nationale sans partage.

Le Köpetdag profite des nombreux avantages à sa disposition pour régner sur le football turkmène pendant pas moins de quatre années. Quatre titres de champion, mais aussi deux coupes, l’équipe de Shikhmuradov brille, mais dans un étrange silence. Le public commence petit à petit à délaisser les tribunes du vieillissant stade national pour s’adonner à d’autres occupations lors des week-ends. Il est vrai que les affiches sont loin de faire tourner la tête, on est bien loin de l’époque où le Köpetdag évoluait en seconde division soviétique et affrontait de bonnes équipes venant des quatre coins de l’URSS. La domination chute brusquement en 1995 quand un autre club d’Achgabat monte en puissance, le Nisa. La lutte devient féroce et les deux équipes se partagent les titres saison après saison. Dans le même temps, le Köpetdag participe à quelques coupes de la CEI, mais ne fait jamais mieux que demi-finaliste.

…et une chute brutale

En 1997, les dirigeants du club mettent en place de nouveaux projets, une nouvelle enceinte de 27 000 places, mais aussi un recrutement de légionnaires pour concurrencer le Nisa. L’argent déboursé est énorme au Turkménistan et fait quelque peu réagir au vu de l’état du pays… Les choses commencent sévèrement à se compliquer en 1999 quand papa Shikhmuradov démissionne de son poste de président de la fédération. Le fiston n’arrive plus à assurer financièrement et le club est déclaré en faillite à la suite de la coupe CEI de 1999. Les joueurs quittent le club les uns après les autres et le Köpetdag cesse alors d’exister.

La renaissance

On avait quelque peu commencé à s’habituer à l’absence du géant du Turkménistan chez les rares amateurs du football local. D’autres clubs de la capitale tentent de s’imposer comme la nouvelle place forte du football turkmène, mais un véritable coup de tonnerre survient en 2015. Le ministère de l’Intérieur du Turkménistan décide de recréer et de financer le Köpetdag Achgabat ! Said Seyidov passé par le club au début des années 90 en tant que joueur est nommé au poste d’entraîneur et a pour but de ramener l’équipe au sommet. Des débuts prometteurs pour ce nouveau Köpetdag qui fait son retour début 2016 en Yokari Liga, seize ans après son dernier titre de champion.

Il faudra néanmoins du temps pour le club de refaire son retard sur l’Altyn Asyr. Fondée en 2008, cette nouvelle équipe de la capitale reste sur quatre titres de champion consécutif et souhaite s’imposer sur le continent asiatique. Dans un stade vide, avec des matchs diffusés en direct sur la chaîne YouTube du championnat, dans un pays où le service de vidéos en ligne est bloqué, le Köpetdag aura fort à faire pour retrouver son niveau du début des années 1990, mais pourra compter bien évidemment sur le soutien du gouvernement.

Antoine Jarrige


Image à la une : © D.R. / Odnoklassniki

Le football dans les RSS : #67 le Turkménistan – FK Köpetdag Achgabat, le spleen du géant turkmène
5 (100%) 4 votes

A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

pays de l'auteur footballski

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
#4 Coupe du Monde de la Conifa – On a discuté avec Jules Tepelian, joueur de l’EUGA Ardziv et de l’Arménie occidentale

La Coupe du Monde c’est pour bientôt…et c’est déjà aujourd’hui ! Vous commencez à en entendre parler sur toutes les...

Fermer