La surprise Florin Andone

Florin Andone, Roumanie, Espagne
Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 30 janvier 2015

2015 est son année. Anonyme jusque-là, la carrière de Florin Andone a éclaté en Liga espagnole à l’aube de cette nouvelle année. Une surprise totale autant qu’un espoir pour le football roumain. A qui il ne doit pourtant rien.

Un événement décisif

L’histoire de Florin Andone débute dans la région de Botoșani, au nord-est de la Roumanie, où il naît en 1993. Elle ne va néanmoins pas durer longtemps. Tout bascule dix années plus tard, lorsque le jeune garçon perd son père dans un accident de la route. Quelques mois plus tard, sa mère suit son nouveau compagnon. Florin n’a que 12 ans quand il quitte la Roumanie, direction l’Espagne. Un épisode difficile dont le joueur refuse encore de parler aujourd’hui.

Comme pour de nombreux Roumains, une nouvelle vie débute pour lui en Espagne. Après avoir débuté le football en Roumanie à ses 10 ans, c’est à Vinaròs, dans la région de Valence, que le jeune attaquant poursuit sa formation. A 15 ans, le club de Villareal l’accueille pour des tests. Ceux-ci ne sont pas probants et le club ne le retient pas. C’est un club voisin qui en profite, le Club Deportivo Castellón, où a notamment débuté un certain Gaizka Mendieta. Le buteur y prend ses marques, jusqu’à ses premières apparitions avec l’équipe première, en Segunda División B, la troisième division espagnole. Quatre petits matchs lui suffiront pour attirer les regards.

Plusieurs grands clubs espagnols font alors les yeux doux au jeune buteur de 18 ans. Valence, l’Espanyol, le Real Madrid et Villareal lui font une offre. Andone choisit de rester dans sa région d’adoption et accepte de signer avec le dernier nommé, dont l’offre est également la plus attractive. Il y reste deux saisons, où il évolue en quatrième (Tercera División) puis troisième division (Segunda B) avec la réserve. Villareal décide ensuite de le prêter à l’Atlético Baleares, qui évolue lui aussi en Segunda B. Comme sous le maillot du Sous-marin jaune, Andone réalise une bonne saison avec l’équipe de Palma de Majorque, marquant 12 buts en 34 matchs.

C’est alors l’heure du grand saut. Malgré ses bonnes performances, Villareal ne le conserve pas dans son effectif. Et c’est à Cordoue, en Andalousie, loin de la Comunitat valenciana, que débarque celui qui n’intéresse pas encore toute la Roumanie. Ce n’est qu’une question de semaines.

Un rêve devenu réalité

En signant à Cordoue, Florin Andone touche enfin du doigt son rêve, celui de jouer en Liga: «Arriver dans un tel club, c’est un rêve qui se réalise pour moi,» écrit-il sur son compte Twitter le jour de la signature de son contrat. Il lui faut néanmoins attendre encore pour fouler les pelouses de l’élite. Car c’est en réserve qu’il évolue dans un premier temps. Ses performances sont excellentes. Si bien que l’entraîneur Miroslav Djukic, ne tarde pas à l’appeler. C’est ainsi qu’il entre en jeu mi-décembre lors du match aller de Copa del Rey, que Córdoba joue à Grenade. Titulaire lors du match retour, Andone ne tarde pas à se faire remarquer en marquant dès la cinquième minute de jeu. Si Córdoba est éliminé au final, l’attaquant a marqué des points.

Avec la nouvelle année, la Liga reprend ses droits. L’occasion pour Andone de se faire découvrir. Dès le 3 janvier, Cordoue reçoit (de nouveau) Granada. Un club qui lui réussit. Titularisé par Djukic, Andone marque à la 44e minute son premier but en Liga pour sa première apparition. Il ne quitte alors plus l’équipe type de l’entraîneur serbe, qui le titularise sur la pelouse du Rayo Vallecano, contre Eibar – contre qui il marque en moins de dix secondes! – et enfin face au FC Barcelone le week-end dernier. Sans réussite cette fois-ci, son tir de la 89e minute heurtant la barre transversale.

Andone, une volonté inébranlable

Son passage rapide de la troisième à la première division n’a semble-t-il pas dérangé le jeune homme de 21 ans. Une réussite qu’il doit à son goût du travail et sa volonté sans faille. Issu d’un milieu très modeste, Andone sait qu’il doit encore beaucoup progresser. «Ma famille est travailleuse. Mon père est mort tôt, ma mère fait des ménages tandis que mon beau-père est au chômage. Je veux les aider du mieux possible, explique-t-il dans les médias. En pensant aussi à Ovidiu, son frère qui travaille dans une cimenterie de Barcelone après que les blessures l’aient obligé à abandonner le football. La vie te donne des claques parfois. Ma famille ne peut pas venir me voir parce qu’elle doit travailler. Ils ont toujours insisté pour que je prenne le football au sérieux. J’y pense depuis que je suis petit, c’est ce qui me motive.»

Sa grande volonté, Andone la démontre également sur le terrain. Pas forcément très grand (1,82m), le buteur est un joueur plutôt athlétique, qui joue des épaules, que ce soit en attaque ou en défense, phase de jeu où Djukic lui-même a loué son activité incessante après le match perdu contre le FC Barcelone. «C’est vrai que je me base beaucoup sur le physique. Je ne tombe jamais,» ajoute l’intéressé. Un aspect dont les défenseurs d’Eibar ont pu se faire une idée dès les premières secondes de jeu.

Florin Andone, Roumanie, Espagne

Andone, fier de son pays d’origine @digisport.ro

Un choix du coeur

De quoi l’avenir d’Andone sera-t-il fait ? Il est encore bien trop tôt pour le dire. Que son club de Córdoba se maintienne en Liga ou pas, il se dessine en tout cas en Espagne. «Je suis fan du Rapid depuis que je suis petit, mais je ne me vois pas vivre et jouer en Roumanie pour le moment, avoue-t-il. J’ai déjà eu des contacts pour aller en Liga 1, mais pour moi, la Liga espagnole est le meilleur championnat du monde. Le niveau y est très élevé, avec beaucoup de grands joueurs. Peut-être que dans quelques années, j’aurais l’occasion de revenir en Roumanie, mais pour le moment, c’est ici que je veux devenir un joueur important.» Le Rapid attendra donc…

Un retour en Roumanie n’est néanmoins pas exclu, surtout lorsque le sujet de l’équipe nationale est abordé. Là, le ton change radicalement. Car Florin Andone a déjà fait son choix. Appelé par la fédération espagnole pour évoluer avec la sélection -18 ans de la Roja, Andone a décliné l’offre pour porter le maillot de son pays de naissance. «J’ai eu la possibilité de jouer pour la sélection junior de l’Espagne, mais j’ai choisi la Roumanie. Je ne suis disposé à jouer que pour la Roumanie. Je suis Roumain et je n’ai aucune intention de devenir citoyen espagnol. De toutes manières, je n’ai aucune chance de jouer pour la Roja vu le niveau de l’équipe.»

Après trois sélections chez les -19 ans, Andone a vu quelques blessures l’empêcher d’être appelé avec les espoirs. Un manque qui devrait vite être comblé au vu de ses récentes prestations. A moins qu’Anghel Iordănescu ne cède aux appels – aujourd’hui quotidiens dans les médias roumains – et le sélectionne avec la grande Națională, dont le prochain match, un amical face à la Moldavie, aura lieu le 14 février prochain. Dans la quête à une qualification pour l’Euro 2016, Florin Andone pourrait être un don du ciel pour le football roumain. Le buteur qui manquait pourrait bien être lui, celui que personne n’attendait il y a encore un mois.

PJ

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A propos de l'auteur

Pierre-Julien Pera

Pierre-Julien Pera

Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d’hiver 1998. L’est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Ecrit envers et contre tous la gloire et la beauté de son football depuis 2006 sur Parlonsfoot et Footballski. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine et de Premium Liiga estonienne. En attendant désespérément le retour du Yakutia Yakutsk en 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

pays de l'auteur footballski
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