La renaissance spectaculaire du HNK Rijeka

Damien F - Publié le 18 septembre 2014

A l’heure d’affronter le Standard Liège de Martin Milec pour le premier match de poule de la saison, le HNK Rijeka nourrit de sérieuses ambitions dans un groupe pas simple mais abordable. Comment l’ancien pilier de la première division yougoslave qui avait disparu de la circulation depuis bon nombre d’années peut-il avoir de telles ambitions en Europe ? Pour cela, revenons sur le parcours sinueux d’un club passionné qui a pu renaître de ses cendres grâce à l’argent et à la bonne gestion d’un milliardaire italien.

HNK Rijeka, un club injustement méconnu

Le HNK Rijeka a été fondé en 1946 en tant que NK Kvarner, du nom de la baie de la mer Adriatique comprenant la grande ville côtière de Rijeka. La fondation du club correspond à la fin de la seconde guerre mondiale, date à laquelle la ville est passée de l’Italie à la Yougoslavie. Après avoir vécu la période après-guerre dans les divisions inférieures yougoslaves, le HNK Rijeka a réussi à accéder à la prestigieuse première ligue Yougoslave en 1958, 4 ans après le changement de nom rattachant définitivement le club à la ville côtière. Relégué en 1969 après 11 saisons consécutives dans l’élite, Rijeka a été à nouveau promu en 1974 pour ne plus quitter le sommet jusqu’à l’éclatement de la Yougoslavie.

Contre le Real Madrid, l’arbitre belge expulse Damir Desnica qui poursuivait son action après un coup de sifflet de l’arbitre et aurait ensuite proféré des insultes à son encontre. Desnica était sourd-muet depuis sa naissance.

Parmi les succès du club, les plus notables sont 2 titres en Coupe de Yougoslavie consécutifs en 1978 et 1979. Bien que ne terminant pas plus haut que la quatrième place, Rijeka a terminé à trois reprises meilleur club croate du championnat (1965, 1984, 1987). Cela fut suffisant pour se construire une petite histoire européenne. En point d’orgue un match nul 0-0 contre la Juventus en C2 1979-1980 et une victoire 3-1 contre le Real Madrid en coupe de l’UEFA 1984-1985. Lors du match retour, l’arbitre belge, l’extraordinaire Monsieur Schoeters, expulsa 3 joueurs de Rijeka et accorda un pénalty douteux aux espagnols à la 67ème minute pour l’ouverture du score. L’un des expulsés, Damir Desnica, a reçu un premier carton jaune pour avoir poursuivi son action après un coup de sifflet de l’arbitre. Le deuxième carton, d’après Mr. Schoeters, est dû à des insultes à son encontre. Damir Desnica avait pourtant la particularité d’être… sourd-muet depuis sa naissance. Le Real Madrid a ensuite marqué 2 autres buts en fin de match, s’est qualifié et a finalement remporté le trophée. Schoeters, lui, ne fut jamais puni.

Damir Desnica, HNK Rijeka

Damir Desnica, un joueur professionnel sourd-muet

Depuis l’indépendance de la Croatie en 1991, le HNK Rijeka est l’un des quatre clubs croates à ne jamais avoir quitté la HNL Prva Liga. Sportivement, le club a connu des hauts et des bas en raisons de difficultés financières ponctuelles. Rijeka a notamment terminé second à trois reprises (1999, 2006, 2013) et s’est même fait voler le titre de 1999 à cause d’un but refusé parfaitement valable qui lui aurait permis d’accéder à la couronne nationale. Trois coupes de Croatie (2005, 2006, 2013) sont également venues garnir l’armoire à trophées des bleus et blancs. Le succès européen le plus notable durant cette période fut la saison dernière avec la qualification pour les poules d’Europa League à la 93ème minute contre Stuttgart, rendant les habitants de la baie de Kvarner complètement hystériques.

L’ère Volpi / Mišković

En raison d’une accumulation de la dette s’élevant à 2 millions d’euros (dette colossale pour un club croate), le club a connu de graves difficultés financières entre 2009 et 2012. Sans l’arrivée de capitaux étrangers en Février 2012, le club aurait tout bonnement disparu à la fin de la saison. Par bonheur, poussé par son plus proche collaborateur originaire de Rijeka Damir Mišković, le magnat du pétrole Gabriele Volpi, ayant fait fortune au Nigeria grâce à des relations bien placées, a injecté plus de 5 millions d’euros afin d’effacer les dettes et de payer les joueurs. Après la complète privatisation du club en Septembre 2013, Volpi est devenu propriétaire du club à plus de 70%, la ville de Rijeka détenant les 30% restants.

Damir Mišković, fervent fan du club depuis sa plus tendre enfance, est devenu le président du club depuis le 20 Mars 2012. Dès lors, la croissance du HNK Rijeka a été spectaculaire. Avec des finances devenues soudainement stables, la direction du club a pu éviter les boycotts et grèves des joueurs. Après avoir évité douteusement la relégation au printemps 2012, Rijeka a bénéficié d’une équipe compétitive dès la saison suivante, validée par une troisième place. Pour cela, Mišković a effectué de profonds changements au niveau du staff, sur et hors du terrain. Si de nombreux joueurs sont arrivés, la venue la plus notable a été celle de l’entraîneur slovène, Matjaz Kek, qui a réussi à qualifier sa nation pour la Coupe du Monde 2010 en éliminant la grande Russie. Le natif de Maribor a contribué à faire de Rijeka une force du football croate que même les plus optimistes n’auraient jamais pu imaginer en 2011.

En effet, la première saison complète sous la houlette de la nouvelle direction s’est soldée par une troisième place synonyme d’Europa League. La saison suivante fut tout simplement mémorable. Avec un budget d’environ 6 millions d’euros, le HNK Rijeka réussit à se qualifier pour la phase de poule d’Europa League, finit second en Prva HNL avec onze points d’avance sur l’Hajduk et gagna la coupe de Croatie en battant deux fois le Dinamo Zagreb. Durant cette saison, Rijeka a joué 56 matchs (record du club) et le stade fut plein à de nombreuses reprises. De nombreux records du club ont d’ailleurs été franchis comme le plus de buts marqués dans les rencontres officielles (110) et matchs de championnat (72), le plus petit nombre de défaites en championnat et la victoire la plus large obtenue en match officiel (11-0 en coupe avec un octuplé d’Andrej Kramaric, autre record). Rijeka est enfin resté invaincu à domicile en 28 matchs. A bien des égards, cette saison a été la plus réussie de l’histoire du club. Cerise sur le gâteau, la victoire en coupe a été le premier trophée jamais gagné au Stadion Kantrida.

Kantrida, HNK Rijeka

Le mythique stade Kantrida

Une nouvelle saison sur de bonnes bases

Cette nouvelle saison a débuté comme la précédente s’est terminée, avec un trophée. Moins de deux mois après avoir remporté le cinquième trophée de son histoire, le HNK Rijeka a gagné sa première supercoupe en battant encore le Dinamo Zagreb, comme un symbole de passation de pouvoir. Cette victoire le 11 juillet 2014 sera écrite en marbre dans le panthéon du club pour être aussi la date de la conception des travaux prévus pour le nouveau stade Kantrida. Ce dernier est connu pour sa situation extraordinaire, coincé entre des falaises abruptes au Nord et la mer Adriatique au Sud. Il sera détruit pour être reconstruit exactement au même endroit. Le nouveau Kantrida sera équipé de 14.600 places assises et pourra être en conformité avec les normes de l’UEFA. Le nouveau stade sera un petit bijou avec un toit transparent au Nord permettant la vue sur les falaises. Sa forme générale, correspondant à un navire, ira de pair avec le passé et le présent maritime de la ville de Rijeka.

 

Damien Goulagovitch

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