La Liga 1 roumaine, cette broyeuse d’entraîneurs

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 7 janvier 2015

Vous le savez, tout va très vite dans le football en Roumanie. Les clubs montent, descendent, apparaissent ou disparaissent plus vite qu’il ne faut de temps pour le dire. Certains, à l’image du Corona Braşov l’an dernier ou du Victoria Brăneşti voilà deux ans, ont disparu corps et biens à l’issue même de leur première saison dans l’élite. Oui, tout va vite en Liga 1. Les entraîneurs ne font pas exception à la règle. Cette première partie de saison 2014-15 non plus.

Des licenciements en pagaille, même le jour de Noël !

Après une saison 2013-14 déjà agitée, les hostilités ont repris de plus belle sur les bancs. Des présidents impatients, des résultats parfois médiocres mais également une période de crise économique qui touche les clubs de plein fouet, les raisons de ces valses d’entraîneurs sont souvent les mêmes. Les dernières en date ne sortent pas des clous: alors que la trêve était entamée depuis une semaine, Gigi Mulţescu a démissionné quelques jours avant Noël de son poste au Petrolul Ploieşti. Deux versions s’opposent sur son départ. Alors que les médias ont beaucoup parlé d’un problème de communication avec ses joueurs, qui auraient insisté pour son départ, Mulţescu avance une autre cause. « Ces derniers temps, j’ai protégé les joueurs vis-à-vis des problèmes du club. J’ai été à la fois entraîneur et psychologue, je les ai tenus à l’écart des difficultés du président » a-t-il affirmé au journal Gazeta Sporturilor. Selon lui, ce n’est pas l’humain qui est en cause, mais plutôt l’aspect matériel. En difficultés financières (le club risque deux points de pénalité à la suite d’une plainte d’un hôtel pour une ardoise de 10 000 euros), ses dirigeants poursuivis, le club devrait voir ses meilleurs éléments quitter le navire dès cet hiver. Une idée que le technicien de 63 ans ne pouvait supporter. Dommage pour un entraîneur dont le bilan est excellent. Depuis son arrivée mi-septembre en succession de Răzvan Lucescu, Mulţescu avait redressé l’équipe de Ploieşti avec 8 victoires pour 4 nuls et une seule défaite (contre le Steaua) en championnat, et une qualification pour les demi-finales de Coupe de Roumanie.

Multescu n'aura tenu que 3 mois sur le banc du Petrolul

Multescu n’aura tenu que 3 mois sur le banc du Petrolul

On pensait Mulţescu être le dernier débarqué de cette année 2014, on avait tort. Fidèle à ses habitudes, la Liga 1 s’est montrée surprenante avec deux nouveaux entraîneurs quittant leurs fonctions entre Noël et le jour de l’An. Après avoir résilié les contrats de la majorité de ses joueurs, le Rapid Bucarest a mis fin à celui de son entraîneur Marian Rada. Dans le même temps, Cristi Pustai mettait fin à son contrat d’un commun accord avec l’ASA Târgu-Mureş. Une décision surprenante de sa part, puisqu’il avait amené le club transylvain à la 5e place du championnat après l’avoir rejoint en cours de saison. Encore plus surprenant, cette résiliation a été conclue à sa demande afin de lui permettre de rejoindre la lanterne rouge du championnat, le Rapid ! Une décision difficile à comprendre de la part du technicien, qui quitte un club potentiellement européen pour le dernier détaché du classement, mais également de la part du club bucarestois. Après s’être séparé de 19 de ses 29 joueurs sous contrat, principalement à cause de ses problèmes financiers, le Rapid s’offre les services de Pustai pour un montant exorbitant: 12 000 euros par mois, ce qui en fait le deuxième entraîneur le mieux payé de Liga 1, après Oleg Protasov (15 000 euros par mois). Mieux, le club promet une prime de 50 000 euros s’il est sauvé en fin de saison ! Un pari qui en inquiète certains dans l’entourage de ce club déjà relégué administrativement l’an dernier, mais qui explique certainement le choix sportif de celui qui avait fait des miracles avec les Pandurii ces dernières années.

22 changements d’entraîneurs en 17 journées…

Avec ces mouvements de fin d’année, la Liga 1 fait fort cette saison, avec 22 changements d’entraîneurs en 17 journées. Et encore, sans compter les nominations de l’intersaison. Sur les cinq techniciens arrivés cet été dans leur club, seul Constantin Gâlcă, l’entraîneur du Steaua, est encore en poste. Ce qui fait de lui l’un des entraîneurs actuels à la plus grande longévité en L1. La liste des entraîneurs virés ou démissionnaires cette saison est éloquente: Marin Barbu (Ceahlăul, 2e j.), Cornel Tălnar (FC Braşov, 3e j.), Bogdan Stelea (Viitorul, 4e j.), Marius Lăcătuş (Iaşi, 5e j.), Ionel Gane (U Craiova, 6e j.), Mihai Teja (U Cluj, 6e j.), Răzvan Lucescu (Petrolul, 7e j.), Hans Michael Weiss (Oţelul, 7e j.), Adrian Falub (Târgu-Mureş, 9e j.), Ionel Ganea (Rapid, 9e j.), Ionuţ Chirilă (Iaşi, 10e j.), Daniel Isăilă (Astra, 10e j.), Bogdan Vintilă (Viitorul, 10e j.), Flavius Stoican (Dinamo, 14e j.), Vasile Miriuţă (CFR Cluj, 15e j.), Cristian Dulcă (Gaz Metan, 16e j.), Petre Grigoraş (Pandurii, 17e j.), Ionel Dănciulescu (Dinamo, 17e j.) et donc Gigi Mulţescu (Petrolul), Marian Rada (Rapid) et Cristi Pustai (Târgu-Mureş) après la 17e et dernière journée disputée en cette première partie de saison, sans compter Adrian Szabo (FC Brasov) limogé ce lundi. Gloire aux entraîneurs du FC Botoşani (Leontin Grozavu) et du Concordia Chiajna (Marius Sumudică), seuls survivants de la saison dernière!

Le phénomène n’est néanmoins pas nouveau en Roumanie. Le Steaua, à la relative stabilité actuelle, en est le meilleur exemple. Lors de la saison 2010-11 par exemple, le club bucarestois en était à son quatrième entraîneur avant même la trêve hivernale! Il en consommera encore deux pendant la seconde partie de saison. Depuis son arrivée à la tête du club à la fin des années 90, Gigi Becali, homme impatient s’il en est, a changé une trentaine de fois d’entraîneur dans son club. Une moyenne de deux par an.

L'entraîneur du Steaua, bien qu'en tête de Liga I, n'est pas assuré de garder son poste jusqu'à la fin de la saison

L’entraîneur du Steaua, bien qu’en tête de Liga I, n’est pas assuré de garder son poste jusqu’à la fin de la saison

Mais il n’est pas le seul. L’ensemble des clubs est ainsi touché chaque année. Les cinq dernières saisons en attestent: 23 changements d’entraîneur en 2009-10, 21 en 2010-2011, 26 en 2011-12, 24 en 2012-13 et 25 la saison dernière. Et encore, ces changements ne sont que ceux effectués en cours de saison, et n’incluent donc pas ceux d’intersaison, qui feraient encore gonfler les chiffres. Dans de très rares cas, l’entraîneur part pour un meilleur poste, comme Vladimir Petrovic parti de Timişoara pour la sélection serbe en 2010, Mircea Rednic parti du Petrolul en 2012 pour tenter sa chance au Standard de Liège ou Viorel Moldovan, qui a quitté cet été le Rapid pour prendre en charge la sélection espoirs roumaine. Les exceptions qui confirment la règle: les techniciens ne sont guère mieux traités que des mouchoirs en papier de mauvaise qualité. A ce titre, la saison actuelle est partie pour être un grand cru. Largement leader du championnat avec le Steaua, Galca lui-même n’est pas à l’abri. Les mauvaises performances européennes de son équipe ont causé un important manque à gagner. L’argent étant le nerf de la guerre, et plus encore en cette période difficile pour l’ensemble des clubs, un titre – et même un doublé championnat-coupe – pourrait ne pas suffire à le sauver.

PJ

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A propos de l'auteur

Pierre-Julien Pera

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Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d'hiver 1998. L'est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine et de Premium Liiga estonienne. En attendant désespérément le retour du Yakutia Yakutsk en 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

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