Konoplyanka et Yarmolenko : l’avenir du football ukrainien entre quatre pieds

Mourad Aerts - Publié le 30 juillet 2015

Non contente de pouvoir s’appuyer sur une base de joueurs extrêmement solides habitués au haut niveau (Stepanenko, Sydorchuk, Rotan, Khacheridi…), l’Ukraine a aussi la chance de compter en ses rangs, deux cracks. Deux vrais cracks au-dessus de la mêlée arrivant dans la force de l’âge : Yevhen Konoplyanka et Andriy Yarmolenko.

Si l’équipe nationale ukrainienne veut enfin devenir plus qu’une habituée des barrages des grandes compétitions internationales, elle devra espérer que les choix estivaux de ses fils préférés soient couronnés de succès rapidement. A bientôt 26 ans chacun, il n’y a plus de temps à perdre.

Yarmolenko - Konoplyanka, la génération dorée ukrainienne.

Yarmolenko – Konoplyanka, la génération dorée ukrainienne.

L’histoire était simple jusque-là. Les deux talents nés à plusieurs centaines de kilomètres de distance mais à seulement quelques jours d’intervalle (24 septembre 1989 pour Kono, 23 Octobre pour Yarmo) intègrent rapidement deux des plus grands clubs ukrainiens. Ce sera le Dnipro en 2006 pour Yehven (Voir aussi: Yevhen Konoplyanka, de Kirovograd à Varsovie), le Dynamo en 2007 pour Andriy (après une première saison en Premier Liga avec le club de Desna Tchernihiv). Puis le cheminement classique : quelques apparitions les premières saisons, montées en puissance, «hype » mal digérée puis recrachée, titulaires indiscutables en club puis en sélection. Tout marcha comme sur des roulettes entre le partage régulier du titre de meilleur joueur ukrainien de l’année depuis 2010 (à l’exception du requiem de Voronin en 2011), la vie dans l’ombre du Shakthar brésilien, 45 et 49 sélections, l’aile gauche pour l’un, la droite pour l’autre. Mais voilà, l’heure est arrivée de prendre des risques et tenter de passer dans la catégorie supérieure, celles des joueurs qui comptent nationalement mais aussi internationalement !

Konoplyanka : Le grand saut calculé

Ça fait un bail qu’il en rêve. Enfin de l’Espagne, pas trop, son kif à lui c’était plutôt l’Angleterre. Il était d’ailleurs tout proche de signer à Liverpool l’an dernier avant que son oligarque de président au Dnipro lui mette un violent stop. Allez voir par , on vous explique les détails de l’opération.

Vous ne le savez peut être pas mais cette homme est un génie.

Vous ne le savez peut être pas mais cet homme est un génie.

Ce sera donc Séville pour Konoplyanka (après des négociations là aussi rocambolesques) et un test grandeur nature qui s’annonce pour le football ukrainien. Briller à la maison est une chose, le faire à l’extérieur dans un championnat internationalement reconnu en est une autre. Sa réussite éventuelle en Andalousie permettrait de lever les derniers doutes concernant la compétitivité de son championnat d’origine.

Les doutes sur le talent du petit ailier, eux, ne sont pas légions. Après avoir désossé les défenses ukrainiennes pendant plusieurs saisons, il s’est fait les dents sur celles de l’Europa League (et pas uniquement cette année puisqu’il était dans l’équipe-type de la compétition en 2012). La suite logique voudrait donc qu’il en fasse baver aux pauvres latéraux droits espagnols. Sans oublier ceux de la Ligue des Champions qu’il rencontrera enfin.

« L’objectif principal de Yehven c’est de jouer au FC Barcelone »

Un vrai défi, à sa portée. Dans une équipe qui joue l’offensif, un championnat où les ailiers sont souvent mis en avant et la plus grande des compétitions européennes (même si au fond, on sait que l’Europa League, c’est mieux) en cerise sur le gâteau. Seulement, il ne sera plus choyé comme il l’était à la maison, la barrière de la langue et des us et coutumes espagnoles pourraient aussi lui jouer des tours. Il ne serait pas le premier joueur footballski à se prendre en pleine tronche le fameux décalage culturel. Mais son talent est celui d’un top player et il se devra de surmonter ses détails pour atteindre son Graal annoncé récemment par son père dans la presse : « L’objectif principal de Yehven c’est de jouer au FC Barcelone ». Vous savez quoi ? On y croît ! Le petit ukrainien à la conquête du monde : S01 e01.

Yarmolenko : местный царёк (Roi local) ?

A la différence de son alter ego en sélection, le dribbleur du coté droit a enfin fini par remporter des trophées avec son club. Le dernier titre du Dynamo avant celui acquis l’an dernier remontait à 2009, Yarmolenko n’était alors qu’un jeune tout heureux d’enchaîner les entrées en jeu, puis plus rien. Pour son club et pour lui. Le règne du Shakthar, les frustrations, les difficultés à assumer les responsabilités toujours plus lourdes qui pesaient sur ses épaules et enfin la délivrance !

Yarmolenko est prêt à écrire sa légende.

Yarmolenko est prêt à écrire sa légende.

Après six années de disette, le roi était de retour ! Tout a commencé par la Coupe arrachée la saison précédente au nez et à la barbe du géant de Donbass déjà affaibli par la guerre puis, ça s’est continué tout au long de la saison 2014/15 avec le retour du titre et la conservation de la Coupe par l’équipe de la capitale pour une année supplémentaire.

Plus que pour tout autre joueur du club, ce titre de champion est celui de Yarmolenko. Appelé très tôt à prendre la succession des légendes du club, l’héritage fût parfois lourd à porter. Les relations ? Tendues avec certains joueurs. Les attentes ? Démesurées à son égard. Ses performances ? En dents de scie.

« Je pense que c’est le moment parfait pour changer de clubs. J’avais promis de ne pas quitter le club avant d’avoir ramené le titre, j’ai tenu ma promesse. »

Oubliez ces années noires car celui qui porte le numéro 10 est désormais tout ce qu’il aurait dû être ! Un leader dans le vestiaire, l’atout offensif numéro 1, le meilleur joueur du championnat et la star de son équipe. Si le reste du monde semble avoir découvert Konoplyanka cette saison, l’Ukraine, elle, a consacré Yarmolenko. Il semble par contre avoir pris la mesure d’un championnat dans lequel sa progression ne pourra désormais plus être que minime.

Dès lors que faire, se barrer ? C’est ce qu’il souhaite, en tout cas. « Je pense que c’est le moment parfait pour changer de clubs. J’avais promis de ne pas quitter le club avant d’avoir ramené le titre, j’ai tenu ma promesse. » Alors direction l’Ouest aussi ? On est un peu plus circonspect sur une issue favorable à un transfert pour le blondinet.

Les mêmes rumeurs bidon reviennent constamment à son sujet depuis plusieurs années. A savoir l’AS Roma et Chelsea. Les sources en papier mâché venant fréquemment soutenir ces thèses les infirment donc pratiquement immédiatement à nos yeux, étant donné leur véracité toute relative. Tout comme celles qui font part d’un intérêt du PSG pour sa personne. Si l’on prend l’exemple de la piste française, la plupart des sites ukrainiens faisant état de cette rumeur se rapportent à des médias français qui eux-mêmes citent les sites ukrainiens précédemment cités comme… source afin de l’inclure dans leur shopping list pour le club parisien. Bref, l’habituel carnaval estival.

Dernièrement certains sites un peu plus crédibles parlaient d’une offre de Liverpool qui aurait été acceptée pour Yarmolenko. M’enfin, le LFC n’a-t-il pas fait d’offres pour la moitié des joueurs en activité sur le vieux continent ?

Moins cool, des journalistes du site Matchday affirmaient que des responsables de Stoke City étaient dans la capitale ukrainienne pour finaliser un move là-bas. Cependant son agent et le joueur ont été relativement clair vis-à-vis de cette rumeur et ne semblent pas disposer à se rendre en Angleterre pour ce genre de club.

« Si aucune offre de la part d’un top club arrive avant le premier Septembre, ça ne sera pas un problème pour moi de jouer une saison de plus avec le Dynamo Kiev. » déclarait l’intéressé après son refus pour l’offre de Stoke City.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il faudra débourser une bonne vingtaine de millions d’euros pour l’arracher au Dynamo. Au pire des cas, et dans le plus plausible des scénarios, le patron du Dynamo restera à la maison et conduira son escouade en Champion’s League. Un choix, pas non plus dégueu, qui assoirait définitivement son statut d’idole au pays. Sa progression pourrait, elle, continuer grâce aux matches de Champion’s League auxquels le Dynamo semble promis régulièrement ces prochaines années. Pour peu qu’on l’entoure bien, le projet pourrait commencer à avoir de la gueule. Mais tel est-il le souhait de Surkis, président du Dynamo ? Rien n’est moins sûr…

La saison qui s’annonce sera forcément cruciale pour les carrières de nos deux esthètes. Un tournant que le football ukrainien guettera avec attention et les souvenirs de ses trois ballons d’or en arrière plan. Si les espoirs fous placés sur les fleurons bleus et jaunes venaient à être déçus, il ne faudrait attendre que quelques années avant de voir les Kovalenko et autres Luchkevych relancer le rêve d’un successeur à Shevchenko.

Mourad Aerts

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A propos de l'auteur

Mourad Aerts

Schizophrène assumé, serait fusillé aussi bien en Ukraine qu'en Russie. Pour son grand amour des premiers chez les seconds et sa tendresse pour les seconds chez les premiers. Bref, il ne l'ouvre que sur Footballski et ça vaut mieux pour lui.

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