On a vécu Ienisseï Krasnoïarsk vs. Fakel Voronej

Adrien Morvan - Publié le 14 décembre 2015

« Chers passagers, bienvenue à Krasnoïarsk ! Nous espérons que vous avez passé un agréable vol en notre compagnie. Dehors, les conditions météorologiques sont idéales : le ciel est dégagé et la température est de -25 degrés Celsius. »

Ah, l’humour inimitable des hôtesses d’Aeroflot ! Bientôt elles distribueront des paréos et de la crème solaire à tous les passagers en partance pour les îles Solovki… En cette fin du mois de novembre, la température partout en Sibérie se rapproche dangereusement de celle d’une chambre froide, ce qui prouve une fois de plus l’inanité de ce calendrier automne-printemps à l’européenne qui décale la trêve d’un bon mois partout en Russie. Les clubs sibériens, pas fous, ont construit en masse des mini-stades couverts pour passer l’hiver au chaud.

Krasnoïarsk, capitale d’une région grande comme 4x la France | © Adrien Morvan / Footballski

Krasnoïarsk, capitale d’une région grande comme 4x la France | © Adrien Morvan / Footballski

C’est donc bien en salle qu’aura lieu le match entre le Ienisseï Krasnoïarsk et le Fakel Voronej, ce qui confère un avantage certain aux locaux, plus habitués à ce terrain synthétique calé entre quatre murs, à la façon des complexes de futsal chez nous. Une construction récente donc, éloignée du centre-ville, qui demande une bonne maîtrise des transports locaux pour être rejointe en moins d’une heure et demie. Je donne l’astuce : depuis la gare centrale, on prend le trolleybus n°7 et on s’arrête au terminus « Sportzal », sans oublier son exemplaire de Guerre et Paix pour tuer le temps.

Evidemment, le quartier de la Football Arena Ienisseï n’est pas des plus réjouissants : le stade doit être le seul bâtiment des alentours qui n’a pas été construit sous Khrouchtchev. On se consolera en effectuant une petite visite du centre-ville, l’un des plus beaux de Sibérie, avec ses édifices élégants hérités de l’époque impériale et ses isbas en bois. En revanche, à l’intérieur de la salle elle-même, c’est Byzance ! Une buvette bien achalandée, une exposition de peinture sur le thème du football à l’étage et même un orchestre de cuivres qui joue « Yesterday » des Beatles avant le début de la rencontre !

Une atmosphère bon enfant que l’on retrouve dans les gradins : les deux mille spectateurs sont regroupés dans l’unique tribune de la salle, avec une majorité de familles et un petit parterre d’ultras relégué au deuxième étage. Une affluence confidentielle peu étonnante quand on sait que Krasnoïarsk est plutôt une ville de rugby (!), les deux clubs locaux se partageant les titres de champion de Russie depuis quelques années. La prime à l’ancienneté revient cependant au football, puisque l’ancêtre du Ienisseï, le Lokomotiv Krasnoïarsk, est né en 1937, alors que le rugby était en disgrâce sous Staline. De toute son histoire, le club n’est jamais monté plus haut que la deuxième division et a souvent changé de nom : Lokomotiv, Rassvet (« l’Aurore »), Avtomobilist (« l’Automobiliste »), Metallurg, et donc, enfin, Ienisseï depuis 2011 et son retour en FNL, du nom du fleuve qui traverse la ville.

| © Adrien Morvan / Footballski

© Adrien Morvan / Footballski

Les visiteurs, eux, ne sont plus à présenter : l’histoire du Fakel Voronej a déjà été contée en long et en large notre article : Fakel Voronej, vers la FNL et au-delà. Rappelons juste que le club des Terres noires vient d’accéder à la FNL après un purgatoire de 3 ans en PFL zone centre, et qu’il réalise un début de championnat canon avec une 4e place inespérée après 23 journées. Attention, néanmoins, à la remontada fulgurante du Volgar Astrakhan, qui restait sur une série de six victoires consécutives à la veille de cette 24e journée.

Enissei Krasnoiarsk - Fakel Voronej 4

Krasnoïarsk joue en rouge et bleu, Voronej en blanc et bleu

Les Bleu et Blanc peuvent compter sur une colonne vertébrale de vieux briscards de la FNL, avec Bagaïev, Mournine, Svejov et Birioukov. A noter la présence du jeune meneur de jeu Ilnour Alchine, passé par l’académie du Spartak. Côté Krasnoïarsk, l’entraîneur Omari Tetradze, ex-international russe et champion de Russie avec Vladikavkaz en 1995, peut compter sur un réservoir de jeunes assez impressionnant, en particulier le trio de milieux offensifs placé sous l’attaquant : Aliev, Issaïev et Khrouchtchev (aucun lien de parenté avec le Secrétaire général).

La rencontre démarre sur les chapeaux de roue avec un raid solitaire de Khrouchtchev dans la défense du Fakel dès la 2e minute, conclu par une superbe frappe en lucarne depuis le coin de la surface (1-0). Une très mauvaise entame pour Voronej, dont la défense semble un peu déboussolée. La suite du match est à l’avenant, avec deux équipes joueuses qui se rendent coup sur coup. Saoutine, la portier du Fakel, et Chelia, celui du Ienisseï, ont l’occasion de s’illustrer à plusieurs reprises. Chelia m’a particulièrement impressionné en captant plusieurs frappes à la manières des gardiens soviétiques, bloquant le ballon au lieu de le détourner comme il est d’usage de nos jours.

Enissei Krasnoiarsk - Fakel Voronej 5

Nizamoutdinov à la baguette | © Adrien Morvan / Footballski

Dans cette passe d’armes entre gardiens, c’est une fois de plus Krasnoïarsk qui a pris le dessus : sur un centre tendu de Katchan, Khrouchtchev, encore lui, parvient à tromper Saoutine d’une superbe tête plongeante (2-0). Avec deux buts dans ses valises à la 20e minute, le Fakel est forcé de réagir. Alchine se démène sur le front de l’attaque, sans succès : ses rares tentatives manquent le cadre, et les milieux défensifs adverses, Fatoullaïev et Ivanov, sont constamment sur son dos. Les renvois aux six mètres qui suivent sont d’ailleurs l’occasion d’apprendre une nouvelle règle : quand le dégagement du gardien touche le plafond de la salle, l’arbitre siffle un entre-deux à l’endroit où le ballon retombe au sol.

Après la pause, le Fakel pousse pour réduire le score, mais Chelia arrête absolument tout : la reprise de Birioukov, la volée de Kasian et les têtes de Zabolotny, rentré en jeu à la place d’Alchine à la 61e. Les attaquants de Krasnoïarsk ne sont pas en reste, ils profitent de chaque espace pour se jeter en contre, salués par les exclamations du public et le bruit strident des cornes de brume. L’occasion la plus dangereuse des locaux en seconde période a lieu à la 82e minute, et ce sont deux joueurs tout juste entrés sur la pelouse qui se mettent en évidence : Manoukovski, bien décalé par le jeune attaquant argentin Lescano, se retrouve seul face aux cages, mais bute sur la bonne sortie de Saoutine.

Enissei Krasnoiarsk - Fakel Voronej 6

Le Fakel pris au piège du pressing sibérien | ©Adrien Morvan / Footballski

Le coup de sifflet final est accueilli par une tempête de cris et d’applaudissements : avec cette victoire deux buts à zéro, le Ienisseï Krasnoïarsk s’éloigne encore un peu plus de la zone rouge et peut espérer dépasser sa meilleure performance en FNL, la 8e place acquise la saison dernière. Le Fakel, lui, risque de regretter son début de match complètement raté et son manque de réalisme en seconde période, d’autant plus qu’Astrakhan, en s’imposant 3-1 contre Irkoutsk, lui chipe la 4e place. Il reste néanmoins un bon tiers du championnat aux joueurs de Pavel Goussev pour espérer accrocher une place de barragiste pour la montée en Première Ligue. Rendez-vous fin mars pour la suite de la FNL !

Les notes Footballski :

Ienisseï Krasnoïarsk Fakel Voronej

Standing du stade (4/5):

Le stade est flambant neuf : peu d’équipes en FNL peuvent se targuer de disposer d’une salle de replis de ce standing. Dommage que la configuration du bâtiment limite drastiquement le nombre de spectateurs, mais au moins on est placé tout près du terrain. A noter que le reste de la saison, le Ienisseï joue au stade central, beaucoup plus accessible, mais aussi beaucoup plus vétuste. L’enceinte sert également pour les matchs à domicile de la sélection russe de rugby et des clubs de rugby locaux ; je vous laisse imaginer l’état de la pelouse en automne.

Ienisseï et son orchestre | © Adrien Morvan / Footballski

Ienisseï et son orchestre | © Adrien Morvan / Footballski

Disponibilité des billets (5/5):

On peut acheter sa place sur internet en avance, ou récupérer les derniers billets disponibles aux guichets avant le début de la rencontre. L’hiver, il vaut mieux privilégier la première option, surtout lors des matchs contre les autres équipes de Sibérie, le nombre de sièges étant plus restreint en salle.

Tarifs (5/5):

Comme toujours en FNL, les prix sont vraiment bas : entre 50 et 400 roubles (entre 70 centimes et 6 euros).

Ambiance (3/5):

Enissei Krasnoiarsk - Fakel Voronej 8

Sauras-tu retrouver le secteur des ultras ? | © Adrien Morvan / Footballski

C’est sûr, ce n’est pas la Bombonera, mais on finit par se prendre au jeu de cette atmosphère de kermesse où les gamins jouent de la corne de brume et où toute la tribune reprend les chants des ultras quand le score est favorable.

Risques (5/5):

Le seul risque que l’on prend en allant au match à Krasnoïarsk en hiver, c’est de glisser sur du verglas en descendant du trolleybus.

Accessibilité & Transports (2/5):

Le trolleybus, justement, ce drôle de car qui se déplace dans la ville grâce à un réseau de câbles électriques suspendus, n’est pas le moyen de transport le plus véloce au monde. Ni le moins sujet aux pannes. Mais c’est le seul à assurer une liaison directe et plus au moins bien indiquée depuis la gare vers le complexe sportif. Et très peu cher avec ça : même pas 20 roubles (30 centimes).

Boissons (3/5):

Pas d’alcool à la buvette, et autour du stade, c’est le désert question troquets et cafés. En revanche, pour se réchauffer, il y a tout ce qu’il faut : thé, café, radiateurs à fleur de fesse…

Quartier environnant (1/5):

Il reste quelques adeptes du football vrai® qui ne jouent pas en salle | © Adrien Morvan / Footballski

Il reste quelques adeptes du football vrai qui ne jouent pas en salle | © Adrien Morvan / Footballski

Pas de chance, c’est sans doute le coin le moins intéressant de Krasnoïarsk, loin du centre-ville historique, et encore plus loin du parc naturel « Stolby » situé sur l’autre rive, un lieu exceptionnel à visiter absolument.

Adrian Morvan


Image à la une : © Adrien Morvan / Footballski

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