Hymnes Euro 2016 : Allons enfants de Footballski

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 10 juin 2016

Les compétitions internationales sont souvent l’occasion de faire la fête avec ses amis et ses proches. L’occasion également d’assister à des matchs sympathiques entre la Slovaquie et la Hongrie ou encore de pouvoir découvrir ou redécouvrir les grands hymnes de ces pays parfois si méconnu pour les Français. Qui n’a jamais vibré sur l’hymne russe ? Personne. C’est bien pour cette raison que cet article est là, revenir, avant cet Euro 2016, sur l’histoire des hymnes des pays de la zone Footballski. Branchez votre sono. Main sur le cœur. Chantez!

Albanie – Hymni i Flamurit

Rreth flamurit,te përbashkuar
Me një dëshirë dhe një qëllim,
Të gjithë atje duke iu betuar,
Të lidhim besën për shpëtim.

Prej lufte veç ai largohet,
Që është lindur tradhëtor,
Kush është burrë nuk frikësohet,
Po vdes, po vdes si një dëshmor.


Rassemblés autour du drapeau,
Avec un désir et un but,
Tous à lui faire serment
De lier notre foi jurée en vue de la libération.

Du combat se détourne seul
Qui est un traître par naissance
Qui est un homme ne prend pas peur
Mais meurt, meurt comme un martyr.


Derrière ces belles paroles de l’Hymne au Drapeau se cache Aleksandër Stavre Drenova , grand poète albanais de Drenova connu pour ses écrits en tosque, un dialecte méridional de l’albanais. Quand son père mourut alors qu’il n’avait que 13 ans, ASDRENI s’en alla à Bucarest, en Roumanie, où il eut l’occasion de faire connaissance avec le milieu littéraire de la capitale roumaine. Cette même ville qui accueilli et publia son recueil de poèmes Ëndrra e lotë (Des rêves et des larmes) en 1912 où l’Hymni i Flamurit eut l’occasion de paraître. Un texte qui séduira les lecteurs et le peuple roumain, au point que l’oeuvre soit mise en musique par le compositeur roumain à la vie tragique Ciprian Porumbescu, qui mourut à seulement 29 ans et fut longtemps emprisonné par les autorités autrichiennes pour son engagement politique. Malgré tout, ces deux hommes légueront une oeuvre légendaire. Une oeuvre qu’on aura l’occasion d’entendre chanter par des milliers de personnes à travers la France. Des milliers de personnes rassemblés autour d’un même drapeau.

Autriche – Land der Berge, Land am Strome

Land der Berge, Land am Strome,
Land der Äcker, Land der Dome,
Land der Hämmer zukunftsreich!
Heimat großer Töchter und Söhne,
Volk begnadet für das Schöne,
Vielgerühmtes Österreich,
Vielgerühmtes Österreich!

Heiß umfehdet, wild umstritten,
Liegst dem Erdteil du inmitten
Einem starken Herzen gleich.
Hast seit frühen Ahnentagen
Hoher Sendung Last getragen,
Vielgeprüftes Österreich,
Vielgeprüftes Österreich.

Mutig in die neuen Zeiten,
Frei und gläubig sieh uns schreiten,
Arbeitsfroh und hoffnungsreich.
Einig lass in Jubelchören,
Vaterland, dir Treue schwören.
Vielgeliebtes Österreich,
Vielgeliebtes Österreich.


Pays des montagnes, pays sur le fleuve,
Pays des champs, pays des cathédrales,
Pays des marteaux, à l’avenir brillant,
Patrie de grands filles et fils,
Peuple béni pour la beauté,
Très glorieuse Autriche,
Très glorieuse Autriche !

Chaudement disputée, furieusement contestée,
Au centre du continent tu t’étends,
Tel un cœur robuste.
Depuis les premiers jours ancestraux, tu as
Assumé la charge d’une haute mission,
Très éprouvée Autriche,
Très éprouvée Autriche.

Courageux en ces temps nouveaux,
Vois-nous avancer libres et croyants,
Travailleurs et plein d’espoir.
Unis en chœurs en liesse, puissions-nous,
Mère patrie, te jurer fidélité.
Adorée Autriche,
Adorée Autriche.


L’Autriche sait indéniablement faire ressortir ses talents. Qui de mieux que Mozart comme source d’inspiration pour son hymne national ? Si le Land der Berge, Land am Strome a été officiellement adopté par le pays comme son hymne en 1946, ses origines sont bien plus lointains et remontent au XVIIIe siècle. Novembre 1791 Wolfgang Amadeus Mozart, génie absolu de son temps est souffrant. Deux raisons : la maladie et la surcharge de travail, avec des commandes d’opéra toujours plus nombreuses. Le natif de Salzbourg réussit tout de même à produire une dernière oeuvre complète, le Freimaurerkantate, que l’on considère comme son ultime don à la musique, avec la Flûte enchantée. Cette oeuvre est une composition en hommage à la franc-maçonnerie de Vienne. On y retrouve ainsi de nombreuses références à la loge de la capitale autrichienne et aux traditionnels symboles francs-maçons.

Près de 150 années après, le compositeur Max Schönherr décide de reprendre le socle de l’oeuvre de Mozart pour entreprendre la création de cet hymne. Ce dernier devait servir de renouveau autrichien afin de reconstruire le pays, annexé durant neuf années par l’Allemagne nazie et le fameux Anschluss. Max Schönherr a fondé en 1945 l’Orchestre symphonique de la radio de Vienne et a été choisi par le gouvernement autrichien pour mener à bien cette mission cruciale. Paula von Preradovic, poète d’origine croate se joint à lui pour écrire les paroles.

Justement, dans cet hymne bien évidemment à la gloire du pays on retrouve de nombreuses références aux paysages et à l’histoire du pays. Des montagnes du Tyrol au Danube en passant par l’artisanat ancestral et les valeurs familiales, chaque Autrichien est censé s’y reconnaître. La mention « très éprouvée Autriche » rappelle à quel point le pays a traversé des années difficiles, de la chute de l’Empire austro-hongrois à la défaite de 45. Enfin une petite notion liée aux ouvriers des mines et des usines avec ce « travailleurs et plein d’espoir, unis en chœurs ». Un hymne qui parle à tout le monde en concluant sur un doux « Adorée Autriche ». Seul bémol, aucune mention de David Alaba dedans. Tristesse.

Croatie – Lijepa naša domovino

Lijepa naša Domovino,
Oj junačka zemljo mila,
Stare slave djedovino,
Da bi vazda sretna bila!

Mila kano si nam slavna,
Mila si nam ti jedina,
Mila kuda si nam ravna,
Mila kuda si planina!

Teci Dravo, Savo teci,
Nit ti, Dunav, silu gubi!
Sinje more, svijetu reci,
Da svoj narod Hrvat ljubi!

Dok mu njive sunce grije,
Dok mu hrašće bura vije,
Dok mu mrtve grobak krije,
Dok mu živo srce bije!


Notre belle patrie,
Oh cher et héroïque pays,
Patrie à la gloire ancestrale,
Sois toujours heureuse !

Chère, autant que tu es glorieuse,
Toi seule nous est chère.
Chère, là où ton sol est plat,
Chère, là où il est montagneux.

Coule Drave, Save coule,
Toi non plus Danube, ne perd pas ta vigueur
Mer azur, va annoncer au monde
Qu’un Croate aime son peuple !

Tant que le soleil réchauffe sa terre labourée,
Tant que les tempêtes fouettent ses chênes,
Tant que les tombeaux cachent ses morts
Tant que bat son cœur vivant !


Adopté le 29 février 1972 comme hymne de la République socialiste de Croatie du temps de la Yougoslovaquie puis de la République de Croatie indépendante quelques années plus tard, l’hymne croate tire ses origines du siècle passé, en 1835, avec le poète croate Antun Mihanović. Enfant de Klanjec, ville située en Hrvatsko Zagorje, dans le nord-ouest du pays, Mihanović a eu l’occasion de marquer sa ville natale, où l’on retrouve encore des hommages à son effigie dans les rues, et la Croatie de façon plus générale. Grand poète et parolier, il eut également l’occasion d’édutier le droit et de travailler comme juge militaire. Puis, une carrière de diplomate l’attend en s’installant au consul autrichien à Belgrade, Thessalonique, Smyrna, Istanbul ou encore Bucarest.

Mais si Antun Mihanović est encore connu à ce jour, c’est bien pour son poème Horvatska domovina qui deviendra hymne national sous ce nom de Lijepa naša domovino, Notre Partie en français, parfois appelé Lijepa naša (Notre belle).

Autre fait d’armes de l’auteur, la publication de Rěč domovini o hasnovitosti pisanja vu domorodnom jeziku, un mot à la Patrie sur les avantages de l’écriture dans la langue maternelle. Un court livre qui s’avérera être l’une des pièces fondatrices du mouvement illyrien dans le but de l’union des Slaves du sud et d’un rêve d’un renouveau nationaliste croate dont l’un des fers de lance était Ljudevit Gaj, linguiste, homme politique, journaliste et écrivain d’origine française.

Hongrie – Hymnus, a’ Magyar nép zivataros századaiból

Isten, áldd meg a magyart
Jó kedvvel, bőséggel,
Nyújts feléje védő kart,
Ha küzd ellenséggel;
Bal sors akit régen tép,
Hozz rá víg esztendőt,
Megbűnhődte már e nép
A múltat s jövendőt!


Bénis le Hongrois, ô Seigneur,
Fais qu’il soit heureux et prospère,
Tends vers lui ton bras protecteur
Quand il affronte l’adversaire !
Donne à qui fut longtemps broyé
Des jours paisibles et sans peines.
Ce peuple a largement payé
Pour les temps passés ou qui viennent.


Et voici l’Himnusz, ou bientôt l’Orbanusz, qui sait. Son autre nom, qui est aussi la première strophe, « Isten, áldd meg a magyart! »  signifie « Dieu, bénis les Hongrois ! ». Au pays de Ferenc Puskas, c’est Ferenc Erkel qui a composé la musique alors que l’écriture en revient à Ferenc Kölcsey.

Durant le « siècle des nationalismes » dont le point d’orgue, en Europe centrale et orientale, reste les soubresauts de 1848 et, particulièrement en Hongrie où le mouvement d’auto-détermination fut le plus abouti, l’arrivée de la double monarchie austro-hongroise en 1867. Celle-ci ressemblera d’ailleurs par la suite à la « prison des peuple » où les identités minoritaires (roumain, serbe, croate, tchèque) peinèrent à leur tour à s’exprimer.

Ferenc Kölcsey est né en 1790 à Szodemeter, qui se trouve actuellement en Roumanie sous le nom de Săuca. Très jeune, il est orphelin et perd un œil à cause de la variole, mais cela ne va pas l’empêcher de devenir l’un des plus célèbres orateurs de la classe libérale nationaliste hongroise. Il est présent lors des prémices de la nation hongroise en étant membre de la Diète, puis de l’Académie hongroise des Sciences. On dit que le premier sous-titre de l’hymne, « Des siècles tourmentés du peuple hongrois », fut choisi pour esquiver la censure des Habsbourg – il est écrit en 1823. C’est en 1844 qu’un concours est organisé pour le mettre en musique, dont le vainqueur est Ferenc Erkel, père de l’opéra national hongrois après avoir dirigé l’Orchestre Philarmonique de Budapest et l’Académie  de musique de Hongrie (maintenant Université de musique Franz-Liszt).

L’Himnusz en lui-même, comme l’indique son sous-titre, retrace les plaies subies par le peuple hongrois et le désastre des invasions tantôt mongole, tantôt ottomane, nourri par la bataille de Mohacs ou les sièges de Buda. Au point d’avoir envie de sécher une larme à la fin.

Pologne – Mazurek Dąbrowskiego

Jeszcze Polska nie zginęła,
Kiedy my żyjemy.
Co nam obca przemoc wzięła,
Szablą odbierzemy.

Marsz, marsz, Dąbrowski,
Z ziemi włoskiej do Polski:
Za twoim przewodem,
Złączym się z narodem.

Przejdziem Wisłę, przejdziem Wartę,
Będziem Polakami.
Dał nam przykład Bonaparte,
Jak zwyciężać mamy.

Jak Czarniecki do Poznania
Po szwedzkim zaborze,
Dla Ojczyzny ratowania,
Wrócił się przez morze.

Już tam ojciec do swej Basi
mówi zapłakany –
Słuchaj jeno, pono Nasi
Biją w tarabany.


La Pologne n’a pas encore disparu,
Tant que nous vivons.
Ce que l’étranger nous a pris de force,
Nous le reprendrons par le sabre.

Marche, marche Dombrowski,
De la terre italienne vers la Pologne ;
Sous ta direction,
Nous nous unirons avec la nation.

Nous passerons la Vistule, nous passerons la Warta,
Nous serons Polonais.
Bonaparte nous a donné l’exemple,
Comment nous devons vaincre.

Comme Czarniecki vers Poznań
Après l’invasion suédoise,
Pour sauver la Patrie,
Revint par la mer.

Déjà, le père à sa Basia
Dit tout en pleurs –
Ecoute ! Il semble que les Nôtres
Battent le tambour.


Comme pour la Marseillaise, ce sont les soubresauts de la grande Histoire qui vont donner naissance à l’hymne polonais qui sera entonné en cœur lors du match des Bialo-czerwony contre l’Irlande du Nord.

En 1795, la Pologne est de nouveau partagée entre la Prusse, la Russie tandis que l’Autriche n’existe plus en tant qu’état souverain (il s’agit de la troisième partition du pays entre puissances étrangères en 20 ans). Les Polonais, prêts à défendre leur terre encore et toujours contre leurs ennemis les plus farouches que sont la Prusse et l’Empire russe se tournent alors vers les ennemis intimes de ces nations, la France et sa puissance militaire inégalée.

En France, l’aide viendra d’en haut et d’un certain Napoléon Ier, Consul puis Empereur des français. D’où le passage suivant dans la Mazurek Dabrowskiego, “Dal nam przyklad Bonaparte – Bonaparte nous a donné l’exemple.” Les Polonais sont donc premièrement incorporés à l’armée dans les Légions polonaises qui combattront dans la Botte. Ce qui vaudra à la première version de l’hymne de appeler “Piesn Legionów Polskich we Wloszech/ Chants des Légions polonaises en Italie.”

Les combattants polonais font partie des meilleurs corps de l’armée Napoléonienne et aident grandement l’Empereur dans son avance vers l’Est. C’est pourquoi Napoléon promet à ce peuple si combattant et si patriote de retrouver son entité territoriale (un état polonais indépendant) en cas de victoire totale à l’Est, ce qu’il ne fera jamais dans les faits.

C’est le General Jan Henryk Dabrowski, dont le nom est même gravé sur l’Arc de Triomphe place de l’Etoile, vétéran de la bataille de Raclawice au côté du héros Kosciuszko, qui prendra le commandement de ces Légions “étrangères” polonaises incorporées qui deviendront à la chute de l’Empire les troupes du Duché de Varsovie.

C’est donc cette histoire que Jozef Wybicki a mis en paroles pour les troupes polonaises de la grande Armée. Les paroles faisant référence à l’espoir toujours présent de reprendre cette terre volée que les étrangers (Russes et Prussiens) ont pris par la force et qu’il faudra reprendre par la force. C’est un hymne guerrier, un hymne légionnaire et martial qui sera adopté définitivement en 1927 comme hymne officiel de la jeune République polonaise. MARSZ, MARSZ DABROWSKI!

République Tchèque – Kde domov můj?

Kde domov můj?
Kde domov můj?
Voda hučí po lučinách,
Bory šumí po skalinách,
V sadě skví se jara květ,
Zemský ráj to na pohled!
A to je ta krásná země,
Země česká domov můj,
Země česká domov můj!


Où est ma patrie ?
Où est ma patrie ?
L’eau ruisselle dans les prés
Les pins murmurent sur les rochers
Le verger luit de la fleur du printemps
Un paradis terrestre en vue !
Et c’est ça, un si beau pays,
Cette terre tchèque, ma patrie,
Cette terre tchèque, ma patrie !


« Où est ma patrie ? » se demandait le peuple tchécoslovaque. L’hymne national tchèque, comme le slovaque, était déjà présent durant la période tchécoslovaque où les deux pays ne faisaient qu’un. Première partie de l’hymne national adopté en 1918 par le défunt pays, cet hymne tchèque a pourtant connu une autre histoire un peu plus ancienne.

Écrite par le compositeur František Škroup, auteur-compositeur et chef d’orchestre tchécoslovaque, il se fit connaitre dans le pays pour la composition de la musique de la pièce comique et très populaire Fidlovačka aneb žádný hněv a žádná rvačka ((Fidlovačka, ou Pas de colère et pas de bousculade) de Josef Kajetán Tyl dont la première fut jouée à Prague dans le théâtre des Etats le 21 décembre 1834 et qui fut chantée au théâtre par Mareš, un musicien de rue aveugle.

Très subversive pour l’époque, la pièce fut censuré dès sa première reprise à cause de son caractère satirique et socialement contestataire pour ne revenir à l’affiche qu’en 1917 dans la capitale tchèque. Malgré tout, ce Kde domov můj? deviendra assez populaire et se répandra dans tous les pays de Bohême, au point d’en devenir l’hymne national des années plus tard pour ce paradis terrestre et ce si beau pays qu’est la Tchéquie.

Roumanie – Deșteaptă-te, române!

Deșteaptă-te, române, din somnul cel de moarte,
În care te-adânciră barbarii de tirani!
Acum ori niciodată croiește-ți altă soartă,
La care să se-nchine și cruzii tăi dușmani!

Acum ori niciodată să dăm dovezi în lume
Că-n aste mâni mai curge un sânge de roman,
Și că-n a noastre piepturi păstrăm cu fală-un nume
Triumfător în lupte, un nume de Traian!


Éveille-toi, Roumain, du sommeil de la mort
Dans lequel t’ont plongé les barbares tyrans.
Maintenant ou jamais construis-toi un autre destin
Devant lequel se prosterneront aussi tes cruels ennemis.

Maintenant ou jamais apportons les preuves au monde
Que dans ces veines coule toujours un sang romain
Et que dans nos cœurs nous gardons avec fierté un nom
Triomphant dans les batailles, le nom de Trajan!


La Roumanie est un pays à l’indépendance encore récente (1878). Avant cette libération, son histoire n’est qu’une succession de dominations étrangères, tour-à-tour romaine, ottomane, hongroise ou russe, sur tout ou partie de son territoire. Ecrit en 1848, lors de la première Révolution républicaine, Deșteaptă-te, române! est un hymne fort, destiné à donner au peuple roumain de tous temps opprimé la force et le courage de se révolter face « aux barbares tyrans. » Sans oublier de faire honneur à la latinité, fierté des Roumains isolés dans un monde slave, en rendant hommage à Rome et à son empereur Trajan.

Mis en musique quelques jours seulement après son écriture par le poète Andrei Mureșanu, cet hymne connaît un grand succès dans les trois provinces roumaines (Transylvanie, Valachie et Moldavie). Trois provinces qui sont en 1848 unies par la langue et l’envie d’indépendance, mais sous des jougs différents. Il est dès lors chanté lors de toutes les grandes batailles de l’histoire du pays. Jusqu’à son point culminant: lorsque le Roi Michel et ses partisans renversent le Maréchal Antonescu le 23 août 1944, la Roumanie quitte le camp de l’Axe et déclare la guerre à l’Allemagne. Le soir de ce Coup d’Etat, toutes les radios diffusent spontanément Deșteaptă-te, române! que la population reprend dans les rues.

Trois années plus tard, le Roi Michel est forcé d’abdiquer par les Communistes, qui interdisent l’hymne et le remplacent par Trei Culori (Trois couleurs). Malgré un bannissement total de près d’un demi-siècle, la population a continué de se transmettre ce chant, au point de le chanter de nouveau lors du soulèvement de décembre 1989 et de l’annonce de l’exécution du couple Ceaușescu.

Rendant hommage (dans sa version longue) à Michel le Brave, Etienne le Grand ou Jean Hunyadi, héros de l’histoire roumaine à travers les siècles, Deșteaptă-te, române! se termine, toujours dans sa version longue, par ces vers: Mieux vaut mourir glorieusement en combattant, Que d’être à nouveau des esclaves sur notre terre ancienne!

Russie – Государственныи гимн Российской Федерации

Россия — священная наша держава,
Россия — любимая наша страна.
Могучая воля, великая слава —
Твоё достоянье на все времена!

Славься, Отечество наше свободное,
Братских народов союз вековой,
Предками данная мудрость народная!
Славься, страна! Мы гордимся тобой!


Rossiya – svyaschennaya nasha derzhava
Rossiya – liubimaya nasha strana
Moguchaya volya, velikaya slava –
Tvoyo dostoyanie na vse vremena !

Slavsya, Otechestvo nashe svobodnoe
Bratskikh narodov soyuz vekovoy
Predkami dannaya mudrost narodnaya !
Slavsya, strana ! My gordimsya toboy !


La Russie est notre puissance sacrée,
La Russie est notre pays bien-aimé.
Forte volonté, grande gloire
Sont ton héritage à jamais !

Sois glorieuse, notre libre Patrie,
Alliance éternelle de peuples frères !
Sagesse de nos ancêtres !
Sois glorieux, notre pays ! Nous sommes fiers de toi !


L’hymne russe, qui n’a pas de titre comme vous pouvez le voir, n’est autre que la reprise de l’hymne soviétique avec des nouvelles paroles. Que ce soit la Russie, ou son aînée URSS, on a souvent tâtonné pour trouver un hymne. L’URSS a essayé une version de La Marseillaise en russe (oui oui) puis L’Internationale (quoi de plus normal après tout) pour finalement trouver cet hymne en 1944. Une chanson originellement écrite en 1939 et hymne du parti bolchevique, qui sera dont promue comme hymne par Staline. Cet hymne sera ensuite joué sans paroles sous Khruschev (déstalinisation oblige) avant que les paroles ne soient révisées en 1977 par l’auteur-même de l’hymne original Sergey Mikhalkov.

Un nouveau changement va avoir lieu avec l’indépendance de la Russie, qui verra le pays adopter « La chanson patriotique » comme hymne, sans paroles. Mais encore une fois, tout changera en 2000 (pour la dernière fois) car Vladimir Poutine, fraîchement arrivé au pouvoir, a décidé de remettre au goût du jour cet hymne, avec bien-sûr, des paroles révisées et expurgées de toutes références à l’Union ainsi qu’à Lenine ! Et qui est-ce-qui nous a écrit ça ? Mikhalkov bien-sûr (décédé depuis en 2009).

L’hymne en lui-même dont vous pouvez lire et pourrez entendre le premier couplet et le refrain est assez neutre en lui-même. Il est une référence au patriotisme et au glorieux passé du pays. Les deux autres couplets font eux références principalement à l’immensité des terres russes ainsi qu’a sa diversité géographique. Certaines références à Dieu apparaissent également dans cette version, chose bien-sûr nouvelle et qui fût polémique. Néanmoins, cela reste un hymne plutôt bon-enfant, comptant la grandeur de la Russie et la nécessité de croire en sa patrie et d’en être fier. Espérons que les Russes trouveront de quoi Gordyatsya Sbornoy (être fiers de l’équipe nationale).

Slovaquie – Nad Tatrou sa blýska

Nad Tatrou sa blýska, hromy divo bijú
zastavme ich bratia,
veď sa oni stratia,
Slováci ožijú.

To Slovensko naše posiaľ tvrdo spalo.
ale blesky hromu
vzbudzujú ho k tomu,
aby sa prebralo.


Sur les Tatras il foudroie, le tonnerre frappe violemment.
Arrêtons-les mes frères,
Cependant ils se perdront,
Les Slovaques renaîtront.

Notre Slovaquie a jusqu’ici profondément dormi.
Mais les éclairs du tonnerre
Vont la pousser,
Pour qu’elle se réveille.


https://www.youtube.com/watch?v=cWHX440_3Ko

Bienvenue en Slovaquie, pays de Róbert Vittek, du halušky et des Tatras que l’on retrouve dans l’hymne slovaque. Des montagnes qui représentent l’une des grandes fiertés historiques de la culture et de l’environnement slovaque. Symbole d’une nouvelle grandeur et de la renaissance slovaque, on retrouve également le mont Tátra dans les armoiries du pays en compagnie Fátra et Mátra, qui, lui, est actuellement situé en Hongrie.

Écrit par Janko Matuška, poète slovaque, activiste, dramaturge ou encore greffier du tribunal, à l’âge de 23 ans, Nad Tatrou sa blýska tire ses origines dans les révolutions d’Europe centrale durant le XIXe siècle. Une période où la foudre frappait les Tatras pour donner la force à ce peuple de se soulever contre l’Empire et de lancer le soulèvement slovaque de 1848-1849 dont les dirigeants étaient Ľudovít Štúr, Michal Miloslav Hodža et Jozef Miloslav Hurban.

La Slovaquie faisait à l’époque partie de l’Empire austro-hongrois malgré tout, lors de la révolution hongroise de 1848, Ľudovít Štúr et collègues créeront le Conseil national slovaque, un éphémère parti politique slovaque ayant pour but de former un état slovaque indépendant et de voir se soulever une nation slovaque. Une réclamation réprimée par le gouvernement hongrois de Lajos Kossuth qui refusa de donner des droits spécifiques au peuple slovaque.

Fort de ses idéaux, les trois hommes n’eurent cure des refus de l’Empire austro-hongrois et de ses dirigeants et déclareront, le temps de quelques jours, l’indépendance nationale de la Slovaquie le 19 septembre 1848. Stoppés et arrêtés par les autorités hongroises, Ľudovít Štúr, Michal Miloslav Hodža et Jozef Miloslav Hurban devinrent grâce à leurs convictions des héros nationaux. Au point d’en faire l’hymne national.

Ukraine – Chtche ne vmerla Ukraïna

Ще не вмерла України і слава, і воля,
Ще нам, браття молодії, усміхнеться доля.
Згинуть наші вороженьки, як роса на сонці.
Запануєм і ми, браття, у своїй сторонці.

Душу й тіло ми положим за нашу свободу,
І покажем, що ми, браття, козацького роду.


Shche ne vmerla Ukrayiny i slava i volya,
Shche nam, brattia ukrayintsi, usmikhnet’sia dolia.
Z-hynut’ nashi vorizhen’ky, yak rosa na sontsi,
Zapanuyem i my, brattia, u svoyiy storontsi.

Dushu y tilo my polozhym za nashu svobodu
I pokazhem, shcho my, brattia, kozats’koho rodu.


Ni la gloire ni la liberté de l’Ukraine ne sont mortes
La chance nous sourira encore, jeunes frères,
Nos ennemis périront, comme la rosée au soleil,
Et nous aussi, frères, allons gouverner, dans notre pays.

Pour notre liberté, nous donnerons nos âmes et nos corps,
Et prouverons, frères, que nous sommes de la lignée des Cosaques.


Adopté en 1917 comme hymne de l’éphémère République populaire ukrainienne dirigée par Mykhaïlo Hrouchevsky, Volodymyr Vynnytchenko puis Simon Petlioura et supprimée par l’URSS en 1920. Malgré tout, 61 ans plus tard, une fois la chute de l’URSS, Chtche ne vmerla Ukraïna est rétabli de facto comme l’hymne national de l’Ukraine.

Comme pour la plupart des hymnes de cet article, cette dernière est tirée d’un poème publié en 1863 dans le journal de Lviv Meta de Pavlo Tchoubynsky. Un homme qui connaîtra quelques malheurs après cette publication puisque Pavlo fur persécuté pour le restant de ses jours par l’Empire de Russie. Déporté pour avoir « influencé négativement l’esprit des paysans », il fut utilisé par l’Empire comme un subalterne au Ministère des Transports avant de mourir d’une maladie après avoir été paralysé. Malgré tout, des années plus tard, dans un contexte toujours aussi délicat entre Russie et Ukraine, son oeuvre reste un chant symbolique dans la situation que connait le pays aujourd’hui et avec les événements récents que l’on connait.

La rédaction de Footballski


Image à la une : © FABRICE COFFRINI/AFP/Getty Images

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