Grigoris Kastanos, le futur du football chypriote

Stephane Meyer - Publié le 25 octobre 2016

Il est probable que Grigoris Kastanos vous soit totalement inconnu, mais ici, à Chypre, les médias le qualifient déjà de « Messi chypriote ». Repéré à l’âge de quinze ans par la Juventus grâce à ses talents techniques, Gigoris porte pour le moment le maillot des équipes de jeune de la Vieille Dame, et a été appelé cet été dans l’équipe première pour la tournée estivale en Chine. Aujourd’hui âgé de dix-huit ans, courtisé par Manchester United et Everton en septembre dernier, le jeune Grigoris Kastanos est la petite lueur d’espoir d’un football chypriote encore en manque de leaders et de reconnaissance. Retour sur l’enfance du joueur et sur son ascension fulgurante.

Un enfant déjà prometteur

Grigoris Kastanos voit le jour le 30 janvier 1998 dans la capitale chypriote, Nicosie. Originaire de la commune de Sotiras, située à quelques kilomètres de la ligne verte, et de la ville occupée de Famagouste (Lire aussi : Un maillot turc et une polémique chypriote pour Kostakis Koutsokoumnis), il s’intéresse au football dès son plus jeune âge. Il intègre ainsi à neuf ans l’académie de sa commune, l’Onisilos Sotiras. Grâce à des prestations convaincantes, il est rapidement amené à jouer aux côtés de joueurs plus âgés que lui. À l’âge de treize ans, remarqué par ses qualités techniques, il est intégré à l’académie de l’EN Paralimni, un club de première division. Là encore, Kastanos montre des merveilles sur le terrain et attire un vif intérêt de la part de plusieurs clubs européens. Un an plus tard, le club italien de l’Udinese offre la possibilité de faire un essai à Grigoris Kastanos qui s’avère non concluant. « Je me souviens avoir marqué trois buts, et avoir fait une bonne performance durant la période d’essai, mais ils ne m’ont pas fait d’offre. Malgré tout, je savais qu’à un moment où à un autre, une équipe aurait cru en moi », s’est alors justifié le milieu offensif chypriote lors d’une interview à talentabout.gr. Ses multiples efforts et sa soif de réussite se concrétisent en 2013 lorsqu’il est, à quinze ans, appelé dans l’équipe nationale de Chypre des moins de 16 ans. Cette même année, de grands clubs européens comme la Juventus le courtisent.

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À partir de là, la perception de sa future vie commence à évoluer. Le jeune chypriote, alors âgé de quinze ans, songe sérieusement à devenir footballeur professionnel. « Jamais je ne croyais que j’allais devenir footballeur. C’était seulement un passe-temps. Jusqu’à ce que je sois appelé avec l’équipe nationale et que j’ai joué des matchs contre de grands pays européens où j’ai fait de bonnes apparitions. Là, j’ai commencé à comprendre que je pouvais progresser. J’ai alors laissé les cours particuliers après l’école, avec la permission de ma famille, car  je leur ai fait comprendre que la seule chose que je voulais faire, c’était être footballeur » s’est-il exprimé lors de cette même interview. Avec le soutien familial, et plus précisément de sa mère, bien que sceptique concernant l’avenir footballistique lors des débuts de son fils, comme ce dernier l’explique : « Au début elle était hésitante. C’était compréhensible vu que peu de joueurs font carrière à l’étranger. Elle a toujours été à mes côtés et encore aujourd’hui. Je suis content d’avoir des personnes comme ça près de moi. Maintenant, quelques années plus tard, ma mère me dit de ne pas lâcher après tous les efforts que j’ai pu fournir jusqu’à présent » explique le jeune joueur.

Un match pour changer de vie

Appelé par Renos Dimitriades avec la sélection des moins de 16 ans de Chypre pour affronter l’Allemagne lors d’un match amical début novembre 2013, Grigoris Kastanos ne se rend pas compte qu’il est dans un tournant de sa vie. Ce dernier, suivi par des recruteurs de la Juventus depuis quelques mois, va alors se voir proposer un contrat à l’issue de cette rencontre.  Conscient de l’occasion unique qui lui est présenté, il n’hésite pas à se montrer présent. Titulaire lors du match, il parvient d’ailleurs à marquer l’unique but de la rencontre sur un joli coup franc qui permet à Chypre de remporter une victoire historique contre l’Allemagne.

« J’étais chanceux, car j’ai fait le plus beau match de ma vie », explique-t-il lors d’un entretien. Moins de quelques semaines après le match, la Juventus invite Grigoris Kastanos pour un essai qu’il réussit avec brio et accepte par la suite l’offre de contrat du club turinois. Quelques années plus tard, il confie à talentabout.gr  qu’un autre club le suivait de près : « L’Inter m’a offert un contrat sans même que je ne fasse mes preuves. Mais dans la même période, il y a eu l’intérêt de la Juve pour moi, et je n’ai pas raté ma chance. J’ai rejeté l’offre de l’Inter et je suis allé faire des essais à Turin. Je leur ai montré mon talent ». Un rêve devenu réalité, mais qui doit attendre le jour de son seizième anniversaire, au mois de janvier 2014, pour signer dans le club de Turin.

Départ pour Turin

« Lorsque j’avais treize ans, pour m’endormir le soir, je rêvais que je jouais avec la Juventus. À cet âge-là, je ne pouvais pas imaginer que je serai un jour dans ce club, pour moi c’était un rêve irréalisable » racontait le joueur il y a peu. Un rêve devenu réalité pour ce jeune chypriote de seize ans qui a d’abord intégré les U17 pour quelques mois avant de retrouver, grâce à ses bonnes performances, les U19 lors de la saison 2014-2015. Exilé à l’étranger pour la première fois, loin de ses proches, ses premières semaines sont synonymes de mal-être. « J’ai ressenti que je n’étais pas moi-même. J’étais loin de ma famille, de mes amis. Lors des premières semaines, j’avais du mal à cause de la langue que je ne pratiquais pas,  j’étais quelque peu timide avec les autres joueurs de l’équipe » confit Kastanos dans sentragoal.gr. Une tristesse qui ne reste guère longtemps. En six mois seulement, le jeune chypriote apprend l’italien et s’intègre vite dans la vie de l’équipe.

En plus de ce changement de langue et de pays, le joueur doit également faire face à la pression médiatique, son transfert ayant eu de nombreux échos dans les médias européens. Du côté des journaux transalpins, l’arrivée de Grigoris Kastanos est bien perçue, comme en témoigne l’article de Tuttosport.com intitulé « Kastanos, le Messi chypriote » publié quelques heures seulement après son officialisation, et soulignant qu’il est « un milieu de terrain avancé possédant de grandes qualités techniques ». Côté Chypriote, c’est surtout l’admiration et la fierté qui en ressort avec de nombreux articles élogieux envers le jeune joueur turinois.

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De Paralimni à Turin, de Chypre à l’Italie, Grigoris Kastanos a changé considérablement son cadre de vie. En quelques mois, il apprend l’italien, étudie à l’école les matins, et s’entraîne au centre d’entrainement les après-midi, sans oublier les matchs de Primavera tous les week-ends avec les jeunes de la Juve. Le jeune chypriote a eu l’occasion d’expliquer, lors d’une interview, sa journée type : « Réveil le matin à sept-heure trente, petit déjeuner ensuite direction l’école jusqu’à midi. Puis, après le déjeuner, je vais à la salle de gym. À quinze-heure trente, on s’entraîne au stade, et enfin le soir on rentre à l’hôtel (où résident les jeunes de la Juve, NDLR), on se repose et allons manger. On a malgré tout du temps de libre, mais comme on habite à une trentaine de minutes de Turin, il est difficile d’aller en ville sans voiture ». Une journée type loin de ressembler à celle qu’il pouvait connaitre à Chypre.

Kastanos : reconnaissance et réussite

Dès son arrivée fin janvier 2014, il devient un atout important de l’académie de la Juventus. Durant l’année de son arrivée, il joue neuf matchs et marque deux buts. Plus il joue, plus on admire ses merveilles techniques. Meneur de jeu, la plupart du temps utilisé comme milieu offensif, il peut aussi jouer comme attaquant de pointe. Ambidextre, « il utilise tellement les deux pieds qu’il est difficile de savoir lequel est son pied principal » ironise l’observateur Nektarios Kosmadakis. Créateur, Kastanos possède une vision du jeu précise lui permettant de calibrer ses centres. Joueur rapide, habile en un contre un et mettant constamment en danger les défenses adverses, Kastanos s’impose rapidement comme le futur du football chypriote pour la plupart des amateurs de football sur l’île.

Lors de la saison 2015-2016, avec les U19, le Chypriote est entraîné par un dénommé Fabio Grosso, pas forcément inconnu du grand public. Lorsqu’on demande au joueur ce qu’il pense de son nouvel entraîneur, les éloges tombent. « C’est un incroyable entraîneur ! C’est un champion du monde […] qui fait un travail énorme avec nous. Il est toujours à nos côtés. Nous avons un grand respect pour lui. C’est lui qui m’a emmené jouer à la Primavera (championnat où prend part les U19 de la Juventus, NDLR). Il a toujours cru en moi. Un simple merci est peu pour le remercier de tout ce qu’il m’a fait » dans 24sports.com.cy. Le technicien italien le titularise à trente-huit reprises toutes compétitions confondues, marquant treize buts (dont trois en Youth League, la Ligue des Champions des équipes de jeunes) et donnant quatre passes décisives. Homme du match face à Manchester City en novembre 2015 avec un doublé à la clé, le jeune joueur poursuit, au fil des mois, sa progression constante. Au point de toquer rapidement aux portes de la sélection nationale.

Appelé pour la première fois dans l’équipe première de Chypre en mars 2015 pour affronter la Belgique, il devient pour l’occasion le plus jeune joueur chypriote à jouer un match avec l’équipe nationale après son entrée en jeu à la 86e minute de jeu à l’âge de dix-sept ans et deux mois. Rien que ça. Une progression qui se poursuit en club en étant appelé par Massimo Allegri pour la tournée d’été chinoise du club turinois, où il participe intégralement au match amical contre la Chine du Sud.

Les belles performances de Kastanos ne laissent pas indifférents les clubs européens en proie d’une recrue. En juillet, c’est le club de Serie A, Pescara, qui s’intéresse de près au jeune prodige chypriote sans qu’il n’y ait d’offre finale. Le mois dernier, c’est au tour de deux clubs anglais, Manchester United et Everton, de montrer un intérêt pour enrôler Grigoris Kastanos. La Juventus, elle, n’a pas envie de lâcher son jeune joueur, fixant un prix de transfert autour de 20 millions d’euros. Dans tous les cas, qu’importe le futur club de Grigoris Kastanos, les Chypriotes peuvent déjà rêver de retrouver un grand joueur sous le chandail de la sélection nationale. Messi chypriote ou non.

Stéphane Meyer


Image à la une : © Instagram / @grigoriskastanos30

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