Euro 2016 : France vs. Roumanie, l’historique

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 10 juin 2016

Depuis leur première rencontre en 1932, la Roumanie et la France se sont rencontrées quinze fois avant le match de ce soir. Si l’issue de cette rencontre reste indécise, les statistiques restent en faveur des Bleus. L’équipe de France n’a en effet perdu aucun des onze derniers matchs face à la Națională. La dernière victoire roumaine remonte à 1972 ! La dernière confrontation, terminée sur le triste score de 0-0, remonte, elle, à 2011, entre deux effectifs qui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux qui seront alignés aujourd’hui. Voici un petit résumé des rencontres opposant les deux pays.


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Des années 30 aux années 60

Le premier match opposant les deux équipes est disputé en 1932 sur le stade ONEF de Bucarest. Devant 10 000 spectateurs, ce sont les Roumains qui s’imposent alors sur le joli score de 6 buts à 3. Si peu de choses ont filtré jusqu’à notre époque, on peut noter un fait intéressant : les deux équipes utilisent un système qui prête à sourire aujourd’hui, mais qui est alors très en vogue, le 2-3-5. L’équipe roumaine est alors composée en quasi-intégralité de joueurs évoluant en Transylvanie. Quatre d’entre eux viennent en effet d’Oradea, tandis que sept autres proviennent du Ripensia Timișoara, notamment le défenseur Rudolf Bürger, le capitaine Rudolf Wetzer, la grande vedette Ladislau Raffinsky ou encore Ștefan Dobay, entré en jeu en tant que remplaçant. Les Français terminent avec ce match une tournée qui les a menés à Belgrade une semaine avant (défaite 1-2 contre la Yougoslavie) puis à Sofia (victoire 5-3 contre la Bulgarie). En ce 12 juin, la sélection nationale dispute son dernier match de l’année, tous à l’extérieur!

Le deuxième match entre nos deux pays a lieu bien plus tard, en 1967, au Parc des Princes. Ce match amical voit les Roumains s’imposer de nouveau, 2-1, avec dans leurs rangs Ion Nunweiller, Mircea Lucescu – qui n’est pas l’auteur de la splendide ouverture du score, contrairement à ce qu’annonce Thierry Rolland – ou encore le regretté Nicolae Dobrin. Le système utilisé est alors moins surprenant, et bien ancré dans l’air du temps: le 4-2-4.  Cette victoire roumaine est tout sauf une surprise. Emmenée par une génération exceptionnelle, qui ratera son Mondial 70 à cause de tensions internes entre les joueurs du Dinamo Bucarest et les autres, la Roumanie vient à Paris en position de favorite pour ce match. Car les Bleus vivent une décennie épouvantable. Deux mois avant la rencontre, Just Fontaine succède au tandem Snella-Arribas. Pour préparer ce match, la FFF organise, un mois plus tôt sous l’impulsion de Fontaine, une rencontre amicale entre la France et une sélection corse qui ne joue là que le troisième match de son histoire. Des Corses qui évoluent selon un schéma tactique imposé par Just Fontaine lui-même, car identique à celui utilisé par l’équipe de Roumanie. À Marseille, les Corses s’imposent 2-0 face à la France. Just Fontaine, plus jeune sélectionneur des Bleus à 33 ans, démissionnera quelques mois plus tard.

Les Français n’attendent cependant pas bien longtemps pour remporter leur première victoire. C’est en 1969, toujours au Parc des Princes, et toujours en amical. Avec à leur tête Georges Boulogne, les Bleus vont mieux et s’imposent 1-0 grâce à un but d’Henri Michel en fin de match, mais ce sont les Roumains qui disputeront le Mondial mexicain un an plus tard. 32 ans après leur dernière présence dans la compétition, ces derniers ont réussi l’exploit de sortir d’un groupe de qualification où se trouvaient le Portugal, troisième du Mondial 1966, la Suisse et la Grèce.

Ces Roumains en partance pour le Mexique retrouvent d’ailleurs les recalés français quelques semaines avant le grand départ en avril 1970. Le match se déroule au stade Auguste-Delaune de Reims, et les Bleus s’imposent une nouvelle fois. Le score final est de 2-0, grâce à des buts de Charly Loubet et Jean Djorkaeff sur penalty. Il est à noter que les Roumains alignent alors un système en 4-6 face au 4-2-4 français. Un système à deux lignes était souvent utilisé par l’entraîneur Angelo Niculescu, l’homme aux sept mandats à la tête de l’équipe roumaine !

Les années 70, la France prend l’avantage

Et c’est lors d’un autre de ses sept courts passages à la tête de l’équipe nationale que Niculescu retrouve l’équipe de France face à lui. Nous sommes en 1972, et ce sont les Roumains, emmenés par l’exceptionnelle génération des Dembrovschi, Nunweillar, Lucescu, Iordănescu et autres Răducanu, qui remportent cette fois le match amical. Au Stade du 23 août de Bucarest, les locaux s’imposent 2-0 grâce à des buts d’Anghel Iordănescu et Cornel Dinu. L’équipe de France de Michel Mézy, Marius Trésor ou Jean-Michel Larqué vit là sa dernière défaite contre la Roumanie. Les onze matchs suivants ne verront que matchs nuls et victoires françaises.

La première de ces victoires est acquise dès le match suivant, en 1974. Au Parc des Princes, les Roumains ne cèdent encore que d’un but, marqué à l’heure de jeu par Georges Bereta. Oubliés les 4-2-4 et autres systèmes ésotériques, la mode est au 4-3-3, que les deux équipes ont adopté. Bertrand-Demanes, Henri Michel, Adams, Trésor, Chiesa et les frères Revelli prennent de peu le dessus sur Mircea Lucescu, Dudu Georgescu et les leurs, qui connaissent une période très difficile. Malgré une victoire record 9-0 face à la Finlande fin 73, les Roumains accumulent les contre-performances, et notamment des défaites face à l’URSS, le Brésil, l’Argentine, et donc la France. Une période destinée à durer.

La victoire française est bien plus large l’année suivante, en 1975. Lors des qualifications pour les Jeux Olympiques de 1976, les Bleus s’imposent 4-0 au Stade Municipal de Blois. Jean Fernandez, Michel Platini et Loïc Amisse font partie de l’équipe française, mais c’est Olivier Rouyer qui se fait remarquer grâce à un triplé. C’est le plus gros score entre ces deux équipes. Les Roumains sont eux au creux de la vague en cette année 1975, durant laquelle il ne comptent qu’une seule victoire, contre neuf résultats nuls et donc cette défaite contre la France. Une période noire qui va durer encore plusieurs années. Il faut en effet attendre 1984 pour voir la Roumanie disputer enfin un Euro, et 1990 pour la retrouver en Coupe du Monde.

1995-96, une équipe au sommet, l’autre en devenir

Il faut ensuite attendre vingt ans et l’année 1995 pour que les deux sélections se retrouvent. De joueur, le Général Anghel Iordănescu est devenu sélectionneur. Avec lui, la Roumanie a vu sa génération dorée faire une magnifique Coupe du Monde aux États-Unis, alors que les Bleus étaient restés chez eux. Bogdan Stelea, Dan Petrescu, Miodrag Belodedici, Gheorghe Popescu, Marius Lăcătuş, Gica Hagi, Florin Răducioiu et les autres arrivent donc au faîte de leur gloire. En face, l’équipe de France conduite par Aimé Jacquet est en reconstruction. Eric Cantona est encore capitaine, et les jeunes Lizarazu, Desailly et Zidane fêtent encore leurs débuts de carrière internationale. Au final, les deux équipes quittent Geoffroy-Guichard sur le score de 0-0. Le match retour de ce groupe d’éliminatoires pour l’Euro anglais est prévu l’année suivante.

Ce match de 1995 est certainement le plus intéressant de la liste. Contrairement au match aller, les Bleus d’Aimé Jacquet ne font qu’une bouchée des joueurs d’Anghel Iordănescu dans un stade Ghencea bouillant. C’est la première défaite des Roumains à domicile depuis plus de cinq ans. La génération dorée roumaine entame son déclin (elle fera tout de même bonne figure en 98) alors que la plus belle génération française prend son envol. Aimé Jacquet l’a souvent rappelé: « La grande équipe de France qui a gagné la Coupe du Monde et l’Euro est née à Bucarest, lors du match gagné 3-1. » Ce qui donne à ce match une place particulière dans cet historique. Au moment de disputer cette partie, l’équipe de France est dos au mur. Une défaite à Bucarest signifierait en effet l’élimination pour l’Euro 1996, et Aimé Jacquet est dans une bien mauvaise posture. Le sélectionneur français joue alors le tout pour le tout en titularisant pas moins de huit joueurs qui n’ont pas disputé le match précédent. Au final, les deux équipes se qualifient pour l’Euro.

Elles se retrouvent d’ailleurs lors de cet Euro 1996. Le 10 juin, elles disputent à Saint-James Park leur premier match de la compétition. Les Bleus s’imposent 1-0 grâce à un but de Dugarry, et vont jusqu’en demi-finale. Les Roumains perdent eux leurs deux autres matchs, contre la Bulgarie (0-1) puis l’Espagne (1-2). Un Euro complètement raté pour Hagi et ses coéquipiers.

2002, le début de déclin roumain

Huit ans plus tard, soit en 2002, c’est au Stade de France que les Bleus battent la Roumanie. Un but de Patrick Vieira dès la première minute facilite le match pour les Français, qui s’imposent 2-1, grâce à un deuxième but signé Emmanuel Petit. En face, l’équipe d’Anghel Iordănescu entame une période de déclin. Malgré Gheorghe Popescu, Cristian Chivu, Adrian Mutu, Constantin Munteanu ou Adrian Ilie, la sélection roumaine est au creux de la vague, et ne se qualifie pour aucune grande compétition jusqu’à l’Euro 2008.

S’il faut attendre cet Euro austro-suisse pour que les deux équipes se retrouvent, elles ne vont plus se lâcher. Durant l’Euro 2008, les deux équipes entament leur parcours par un triste 0-0, et sont toutes deux éliminées dès la phase de groupes. Quatre mois plus tard à peine, les deux équipes se retrouvent pour les éliminatoires de la Coupe du Monde 2010. Pour les Français, l’heure est à la reconstruction après le fiasco de l’Euro, où les Pays-Bas les ont battus 4-1 et l’Italie 2-0. Thuram et Makélélé ont pris leur retraite, mais pas Raymond Domenech, reconduit par sa fédération. Côté roumain, l’Euro reste une déception. Après des éliminatoires menés en fanfare et deux bons nuls face à la France et l’Italie (où Mutu rate même un penalty), les Roumains sont éliminés par les Néerlandais, devant lesquels ils avaient pourtant terminé premiers de leur groupe lors des éliminatoires.

Côté français, on est au plus bas. Après l’Euro 2008, les Bleus entament leur campagne de qualification par une piteuse défaite 3-1 sur le terrain de l’Autriche de Marc Janko et Andreas Ivanschitz. Ce n’est pas mieux pour les Roumains, qui ont démarré par une défaite 0-3 à domicile face à la Lituanie. Le résultat est le même : Domenech et Piţurcă sont tous deux sur un siège éjectable. Sur une pelouse du stade Farul de Constanța laissée volontairement très haute par les jardiniers roumains, le 4-3-3 mis en place par Victor Piţurcă laisse les Français sans réaction. Grâce à Florentin Petre et Dorin Goian, les Roumains mènent 2-0 dès le quart d’heure de jeu ! Les locaux font néanmoins l’erreur de vouloir tenir le résultat, et commencent à reculer. En face, les Bleus sont sauvés par un jeune Yoann Gourcuff, dont l’association avec Franck Ribéry – qui paraît improbable aujourd’hui – renverse la situation. Âgé de 22 ans à peine, Gourcuff mène le jeu de main de maître, et offre le premier but à Ribéry avant d’égaliser en seconde période d’une magnifique frappe des 40 mètres ! Grâce à ce jeune joueur, que les plus anciens, comme Thierry Henry, écoutent avec attention sur le terrain, la France arrache le nul et rêve d’avoir trouvé un successeur à Zidane.

Un an plus tard, en septembre 2009, les choses sont radicalement différentes. Pour ce match retour au Stade de France, les Français vont mieux et mènent la danse dans ce groupe 7. Les Roumains sont eux au fond du gouffre. Battus par la Croatie, la Serbie et l’Autriche, elle s’est séparée de Piţurcă pour le jeune Răzvan Lucescu (fils de) et ne doit qu’à la présence des îles Féroé de ne pas être dernière du groupe. Avec le jeune entraîneur à sa tête, la Roumanie connaît un léger mieux, avec deux victoires 1-0 en Lituanie et en Hongrie. Dans ce match sans enjeu pour eux, les Roumains ont pour simple objectif de ne pas perdre. Dans un match à sens unique, ils y parviennent grâce à un but contre son camp de Julien Escudé, mais surtout à un match extraordinaire de Cristian Chivu, dont la solidité en défense est louée à de multiples reprises par les nombreux supporters roumains présents dans les tribunes. Des supporters qui font une ovation à Lucescu au coup de sifflet final.

Des éliminatoires pour l’Euro 2012 sans suspense

Une petite année passe, et le tirage au sort réunit encore les deux nations  pour les éliminatoires de l’Euro 2012. Une petite année durant laquelle les supporters roumains, bercés d’espoirs avec l’arrivée de Lucescu, ont déchanté. La sélection roumaine est en effet au plus bas niveau de toute son histoire. Israël, Ukraine, Macédoine, Turquie… L’année 2010 n’est qu’une succession de défaites. Les éliminatoires sont, eux, entamés avec deux nuls, face à l’Albanie et la Biélorussie. Les Roumains pointent à une indigne 56e place au classement FIFA. En face, il faut digérer l’épisode Knysna côté français. Avec Laurent Blanc sur le banc, les Bleus ont relevé la tête et mènent le match. Ils ne parviennent cependant à ne marquer qu’une fin de match, par Rémy et Gourcuff, entrés en cours de match. Les Roumains ne sont pas dangereux une seule seconde.

Il s’agit là de la seule victoire des Français sur les quatre confrontations de 2008 à 2011. Car le match retour des éliminatoires, disputé dans la toute nouvelle Național Arena de Bucarest, se solde par un nouveau match nul. La faute, notamment, à une pelouse toute neuve, mais déjà en piteux état. Leaders du groupe, les Français peinent à se montrer dangereux, mais peuvent se contenter de ce résultat. Les Roumains, qui retrouvent Victor Pițurcă après le départ de Lucescu, finiront eux l’année sur de nouveaux matchs nuls et termineront troisièmes du groupe, devant la Biélorussie mais loin derrière la France et la Bosnie-Herzégovine. Si près, si loin. Cinq années se sont écoulées depuis cette dernière confrontation. Une éternité si l’on en juge aux changements qu’ont connus ces deux équipes. Largement remaniés, leurs groupes sont tous deux dans une phase ascendante. Difficile de dire donc si les Bleus vont parvenir à poursuivre leur série de dix matchs sans défaite face à une Națională qui voit ce match comme le plus difficile de son groupe.

Pierre-Julien Pera


Image à la Une : © Rémy Garrel/Footballski

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A propos de l'auteur

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Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d'hiver 1998. L'est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Ecrit envers et contre tous la gloire et la beauté de son football depuis 2006 sur Parlonsfoot et Footballski. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine et de Premium Liiga estonienne. En attendant désespérément le retour du Yakutia Yakutsk en 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

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