FootballskiTrip Ukraine : On a discuté avec Andrei, capo des ultras du Dynamo Kiev

Adrien Mth
Adrien Mth - Publié le 8 juin 2015

Dans le quartier universitaire de Kiev, à 15 minutes à pied de l’Olimpiski, un petit local abrite la boutique des White Boys Club. Il ne s’agit pas d’un fan shop destiné aux fans des marcheurs blancs de Game of Thrones, mais bel et bien aux ultras du Dynamo Kiev. À l’intérieur on retrouve des stickers anti-Poutine, des écharpes bleues et blanches, des haut-parleurs mais également quelques tee-shirts à tendance douteuse. Andrei accepte de nous parler même s’il a du boulot, il est à la fois l’un des capos du White Boys Club et le gérant de cette boutique atypique. Entretien avec un supporter fier de son club mais par dessus tout de sa patrie.

Notre hôte, fier et robuste surtout quand on lui parle du passage de Trémoulinas.

Notre hôte, fier et robuste surtout quand on lui parle du passage de Trémoulinas.

Que signifie pour vous être un ultra ?

(10 secondes de réflexion) Avoir des principes liés au foot mais également une certaine vision du monde. Mon premier match au sein des ultras, c’était en 1998. À l’époque, l’organisation était une véritable force destructive avec de nombreux alcooliques et toxicos. Aujourd’hui, le mouvement se veut beaucoup plus sérieux et conscient, nous ne sommes plus isolés. Nous cherchons avant tout un mode de vie plus apaisé.

Pourquoi les ultras du Dynamo Kiev sont en grande majorité des jeunes ?

Ils se reconnaissent dans les idées politiques, celles de l’après ère soviétique. Ils se veulent dynamiques et surtout le sang chaud circule dans leurs artères. D’autres se cherchent une voie dans la vie et veulent avant tout profiter en se retrouvant avec leurs amis au stade.

Sans cette révolution, l’Ukraine serait actuellement dans un état déplorable avec un mode de pensée à la russe.

Comment les ultras du dynamo ont vécu la révolution de l’Euromaidan ?

Personnellement j’étais présent à Maidan même si je n’ai pas eu de rôle particulier. Sans cette révolution, l’Ukraine serait actuellement dans un état déplorable avec un mode de pensée à la russe. Ianoukovitch était clairement manipulé par le Kremlin. Les patriotes ne pouvaient plus vivre dans ce système corrompu.

Les ultras du dynamo étaient en première ligne face aux forces de l’ordre contrôlés par le pouvoir. On leur jetait des cocktails molotov, mais aussi des pavés et on luttait contre les titouchkas envoyés par l’Est (Les Titouchkas sont des milices qui semaient le trouble à Maidan). Concernant la protection des manifestants, on construisait des hôpitaux, on transportait les blessés, on aménageait des tentes et on donnait notre argent aux familles en difficulté.

Dans cette caisse, des fonds pour soutenir le bataillon Azov à l'Est, qui comporte de nombreux ultras.

Dans cette caisse, des fonds pour soutenir le bataillon Azov à l’Est, qui comporte de nombreux ultras.

Les ultras du Dynamo sont-ils partis combattre à l’est ?

Oui ! Je n’y suis pas allé mais j’en connais qui ont franchi le pas … qui sont blessés et qui sont morts. Environ 300 de nos frères sont allés dans le Donbass. On les a aidés financièrement avec des munitions et des gilets pare-balle. Quelques-uns sont rentrés mais avec les tensions persistantes, la majorité d’entre eux est restée.

L’ennemi principal dorénavant c’est la Russie, tous les intérêts personnels ont été mis de côté

Avez-vous des liens avec les ultras des autres clubs partis à la guerre ?

En 2013 une décision générale a été prise, celle d’arrêter toutes les bagarres. L’ennemi principal dorénavant c’est la Russie, tous les intérêts personnels ont été mis de côté. On se tient informé chaque semaine avec les leaders des différents mouvements ultras pour savoir ce qu’il se passe quotidiennement au front.

Pour vous le Dynamo Kiev a-t-il joué un rôle suffisant dans cette révolution ?

Pour nous un club a le droit de rester neutre. Ianoukovicth demandait des sanctions contre les ultras qui manifestaient à Maidan. Cependant Surkis a fait preuve de fermeté quand le pouvoir a demandé à dégager les ultras qui campaient au siège du club, au stade Lobanovski. Surkis a refusé car c’était sa propriété. D’une certaine manière il nous a défendu, et cela nous a rendu fier.

Historiquement le club comporte de nombreux patriotiques et nationalistes même si de nombreux dirigeants ont leur propre vision de la révolution.

Un tee-shirt, disponible dans le magasin, à l'effigie de Benito Mussolini, le dictateur italien. Pas très Charlie tout ça ...

Un tee-shirt, disponible dans le magasin, à l’effigie de Benito Mussolini, le dictateur italien. Pas très Charlie tout ça …

Honnêtement on s’en fout de l’avis des français.

En France les médias ont eu une image relativement négative des ultras ukrainiens après les incidents contre Saint-Etienne et Guingamp, comment l’interprétez-vous ?

Honnêtement on s’en fout de l’avis des Français. Ce qu’il s’est passé ce soir-là relève de la manipulation des médias et des autorités.

Existe-t-il des ultras racistes ?

Il y a des gens isolés dans le mouvement qui ont des idées très extrémistes. On le répète à tout le monde, ce n’est pas l’axe principal des ultras. On voudrait empêcher ces gars d’agir mais malheureusement … c’est impossible.

Adrien Mathieu

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A propos de l'auteur

Adrien Mth

Adrien Mth

Étudiant en journalisme à l'IJBA de Bordeaux. Passionné par le pays du Tyrol, de l'escalope, de Natascha Kampush et du Prater. Vous l'avez compris, la Bundesliga autrichienne, c'est mon dada. Également auteur du FootballskiTrip en Ukraine.

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