FootballskiTrip 2015 : Sur les traces du LSS Vointa Sibiu

sibiu, Vointa, Roumanie
Damien F - Publié le 22 mars 2015

footballskitrip

Encore agréablement enivrés par la performance de Gabriel Mureșan et de Târgu-Mureș, il est l’heure de repartir sur les routes à ornières de la belle Roumanie. Pour cela, passage obligatoire par les mythiques bus, plus rapides que les trains, mais qui ont des durées de trajet biens différentes selon le site internet, le chauffeur et la réalité. Toutefois, en voyant la magnifique campagne roumaine, la notion de temps disparaît assez vite d’autant plus que nous ne sommes pas pressés puisque le match de D4 de notre planning a été annulé. Pourtant, en arrivant à Sibiu, les conditions sont clémentes, le soleil nous accueillant. C’est en flânant dans la ville qu’il nous est aisé de comprendre pourquoi la riche Sibiu est considérée comme la plus belle ville du pays. Ici, pas de blocs communistes mais bien de magnifiques ruelles pavées entourant de très beaux monuments historiques.

yeux sibiu

Les fameux yeux de Sibiu

En lisant ces lignes, les suiveurs avertis du football roumain que vous êtes devez vous demander ce que nous pouvons bien faire dans une ville qui n’a jamais connu de clubs historiques dans le pays et qui se retrouve aujourd’hui au quatrième échelon. Eh bien, sachez que le LSS Voinţa Sibiu fait partie de cette nouvelle tendance de clubs repris par les fans, tout comme Timișoara, Vaslui et Argeș. C’était donc l’occasion pour nous de savoir plus précisément ce qu’il en était. Rendez-vous était donc pris avec Adrian, 25 ans, responsable du marketing/communication et son ami Gabriel, 23 ans, qui fait partie de la quinzaine de volontaires s’occupant du club de manière bénévole.

 

Les origines du football à Sibiu

L’Inter Sibiu était le premier club à succès de la ville fondé en 1982 et disparu en 2000. Au palmarès de ce club, où a joué le grand Dorinel Munteanu, figure une victoire en championnat de D2 et de D3. A l’époque, l’intérêt pour le football local était réel et 5000 personnes environ se massaient au stade quand le club était en 2ème ou 3ème division. Gabriel nous raconte avec fierté la saison où le club avait fini meilleure défense de Liga II et les belles ambiances à domicile comme à l’extérieur, comme quand les fans de Sibiu avaient fait le show en déplacement à Timișoara lors d’un match de coupe.

Après une dissolution pour problèmes financiers, le FC Sibiu a repris la suite en 2003 mais sa durée de vie fut brève puisque l’histoire se termina en 2007 après quelques saisons dans les échelons inférieurs. C’est alors qu’un businessman, qui s’est avéré être un escroc, créa le CSU Voinţa Sibiu. L’histoire commença pourtant bien, avec une montée de Liga IV à Liga I en 3 saisons ! 15 ans après la dernière saison de l’Inter Sibiu au plus haut niveau, revoici un club de la ville, qui pris aussitôt l’ascenseur vers la Liga II. Après seulement 11 matchs disputés, Voinţa se retira du championnat en raison de dettes colossales accumulées par le patron peu scrupuleux.

Devant l’impasse dans laquelle était le football à Sibiu, Adrian et cinq camarades décidèrent de donner un nouveau souffle avec un projet innovant :un club de football géré par les fans et pour les fans. Quand on lui a demandé la raison de cet engagement, notre interlocuteur n’hésita pas une seconde : par amour pour sa ville, qu’il n’envisage de quitter pour rien au monde tout comme son ami Gabriel qui a du partir travailler à l’étranger avant de se rendre compte que rien ne valait la belle Sibiu. Et le football dans tout ça ? Les deux compères disent être des supporters plus que des spécialistes du ballon rond. Sans être passionnés, ils regardent très peu de matchs étrangers et suivent tout juste le football roumain.

 

Le LSS Vointa Sibiu, version fans

Vointa Sibiu, Roumanie
Le LSS est fondé sur le principe de socios, où chaque fan peut devenir membre en achetant une carte d’adhérent pour 40 lei (9€). En contrepartie, chaque membre peut participer à la vie du club et donner son point de vue sur les orientations futures du club. Actuellement, il y a environ 60 membres mais le nombre pourrait rapidement augmenter si le club arrive à gravir les échelons. Le principal problème soulevé par Adrian est le manque d’argent car la mairie n’aide pas du tout le club qui doit se débrouiller par ses propres moyens. Pour cette saison, en quatrième division, les dépenses courantes pour faire vivre le club sont estimées à 10.000€, alors qu’il faudrait un budget de 100.000€ en cas de montée en Liga III.

La ville ne veut pas prêter ses installations au Voinţa qui se retrouve avec un stade de 2000 places vétuste et sans douche. Le terrain d’entraînement est de fortune et le système débrouille se met en place, avec la bonne volonté des joueurs qui sont pour la plupart des gars du cru. Ceux-ci sont fiers de représenter leur ville et Gabriel espère pouvoir conserver cet esprit d’amour du maillot si le club accède aux divisions supérieures. Malgré le niveau, des sponsors aident au transport et au nettoyage des maillots. Comme sources de revenus, outre la carte de membre et des sponsors, le club compte sur la quête qui se pratique au stade lors de chaque match et les 2% d’impôts que les particuliers peuvent reverser à des associations. Sans cela, le Voinţa ne pourrait plus fonctionner, comme ces deux clubs de leur championnat de 18 qui ont arrêté en cours de saison, faute d’argent.

Les médias locaux n’apportent pas non plus leur pierre à l’édifice en ayant un intérêt extrêmement limité pour le projet. Pas mieux, l’association de football de leur comté n’apporte aucun soutien alors que la plupart des autres associations du pays apportent au moins des dotations aux équipements. Adrian souhaiterait mettre en place des équipes de jeunes dans toutes les catégories d’âge, mais pour l’instant les moyens manquent et les autorités locales ne soutiennent pas l’idée. Dommage, surtout quand on voit les excellents résultats des juniors, où joue le fils de Cristian Pustai, coach du Rapid Bucarest. Les volontaires de Sibiu peuvent quand même se consoler avec la création d’une équipe féminine qui joue pour l’instant exclusivement dans le comté. L’équipe se compose de 20/25 filles qui font 2 entraînements par semaine.

 

Un championnat difficile

Dans la ligue régionale, ce club atypique n’est pas favorisé. Au contraire, le projet LSS Voinţa est fortement raillé et toutes les équipes cherchent à les battre par tous les moyens possible. Ainsi, Gabriel nous raconte des anecdotes surprenantes, qui se déroulent dans les stades des villages où ils jouent. Parmi la trentaine de spectateurs assistant aux matchs, il n’est pas si rare de voir des individus avec … des couteaux ou des haches ! Les joueurs aussi ont des comportements suspects comme avec ce capitaine, qui, après avoir reçu un carton rouge, a entamé une course poursuite vers l’arbitre avec l’intention de le frapper ! En conséquence, le match a été arrêté.

Certaines rencontres en particulier se jouent dans un climat délétère. Le leader de cette saison, Cisnădie, a recruté 4 joueurs qui évoluaient à Sibiu la saison dernière. La raison du départ est la rémunération qui leur est proposée par Cisnădie alors qu’au Voinţa, personne ne peut toucher de salaire. Seules des primes de victoires sont parfois distribuées dans l’euphorie d’un match remporté. Le gros derby historique, lui, est contre Mediaș. Les habitants de cette ville de 60.000 habitants sont considérés depuis toujours par ceux de Sibiu comme « des boueux qui n’auront jamais la même importance ». Parmi les supporters des verts, on retrouve des jeunes qui font partie pour la plupart des ultras (entre 30 et 50 par match) et des vieux dont certains se chargent de la fonction de stadier.

En moyenne, entre 200 et 400 supporters viennent aux matchs à domicile. Un pic a même été atteint à 1000 personnes, ce que l’on ne voit pas toujours en Liga I… L’ambiance est assurée par les ultras, qui n’hésitent pas à craquer des fumigènes, passible d’amendes de 100 lei (22€). Leur objectif est d’être partout où l’équipe joue à l’extérieur ce qui implique des sacrifices. Mais la passion et le sentiment d’appartenance au club est plus forte, à tel point que Gabriel a acheté avec son argent des sièges verts pour le petit stade ! Souvent, supporters et joueurs se rejoignent boire quelques bières après les matchs, signe de la bonne ambiance au Voinţa, où tout le monde trouve sa place.

 

Quel avenir ?

Adrian, Gabriel et leurs camarades savent qu’ils ne pourront pas passer toute leur vie à s’occuper avec passion de leur club. Qu’un jour viendra où d’autres envies, d’autres projets prendront le dessus. Le manque d’implication politique pour construire un projet durable et une situation sportive qui stagne pourrait avoir raison de leur volonté. De plus, en Roumanie, la culture du volontariat et du bénévolat n’est pas très développée et les jeunes hommes craignent de voir le club mourir le jour où ils ne pourront plus s’en occuper. Quand on leur demande s’ils pourraient être intéressés par un repreneur éventuelle, nos interlocuteurs ne ferment pas la porte : « Si c’est quelqu’un de sûr, qui aime la ville et le club, en qui nous avons confiance alors oui. On ne laissera pas n’importe qui s’emparer du Voinţa« . Dans tous les cas, l’expérience est enrichissante pour tous les volontaires, qui apprennent beaucoup avec le management du club à côté de leurs études ou de leur travail. La communication est bien présente avec les autres clubs repris par les fans, avec qui ils ont organisé un tournoi des équipes libres « sans patron ». La prochaine édition, en 2016, aura probablement lieu à Timișoara.

Adrian est persuadé que « dans 2 ou 3 ans il y aura de plus en plus de clubs comme le nôtre« , car le football roumain est parasité par les investisseurs véreux et les politiques qui ne voient que leur intérêt à court terme. Et quand ils font la comparaison avec leur affluence et celle de certains clubs de Liga I, ils se disent que le projet est tout sauf ridicule, avec en plus un potentiel certain encore non exploité.

Sur ces notes d’espoirs, après un certain nombre de pintes ingérées, nous invitons nos camarades au restaurant. Un tour de la ville pour chercher un endroit traditionnel où manger plus tard, il fallut se rendre compte que tout était réservé pour des soirées privées la veille de la journée des femmes. Gabriel nous invita alors chez ses parents, fans du Rapid Bucarest, qui nous avaient préparé de la cuisine roumaine typique. En avalant les țuicas et le vin maison de nos hôtes d’un soir tout en mangeant les fameuses graines de pastèque, les débats fusèrent sur la Bessarabie, le football national roumain, le communisme et bien d’autres sujets. A 4 heures du matin, quelque peu éméchés, il fallut rentrer à l’auberge, plein de stickers (et un fumigène) dans les poches et bon nombre de souvenirs dans la tête. Une formidable aventure humaine, voilà ce qu’est le LSS Voinţa Sibiu et ce que devrait être le football. On pourra en redébattre puisqu’on est déjà réinvité à Sibiu, où Adrian compte bien nous faire profiter de sa țuica traditionnelle à la cerise. On a hâte.

sibiu, Vointa, Roumanie

Avec nos nouveaux amis !

 

Damien Goulagovitch

FootballskiTrip 2015 : Sur les traces du LSS Vointa Sibiu
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