Footballskitrip Géorgie #0 – On a discuté avec Mathias Coureur et Anthony Scribe

Damien F - Publié le 18 août 2016

Footballski est actuellement en Géorgie pour réaliser un nouveau FootballskiTrip durant deux semaines. Avant de vous servir nos séries d’articles, nous vous proposons un petit apéritif avec une interview de Mathias Coureur et Anthony Scribe, deux joueurs du Dinamo Tbilissi avec qui on a eu le plaisir de tailler le bout de gras dans un restaurant de la ville.

Anthony, on va revenir sur ton parcours, Tu as été formé à Montpellier…

Oui, j’ai été formé à Lens jusqu’à 14 ans puis cela ne s’est pas super bien passé j’ai voulu redescendre dans le Sud d’où je viens. A Montpellier, j’ai fait deux matchs, mais surtout des bancs. Le premier, c’était à seize ans, c’était contre Lorient je me rappelle. J’étais bien, je jouais dans toutes les équipes de France des jeunes, 16, 17, 18 ans. La Corogne me voulait, mais j’ai signé trois ans pros à Montpellier et j’ai été prêté deux ans en National, car c’était un peu bloqué à Montpellier. Il fallait que je joue, le premier à Evian, avec Pascal Dupraz qui était déjà un peu fou (rires). Malheureusement, j’ai fait une saison blanche, je n’ai joué que trois matchs à cause d’une fracture de la main.

Mon deuxième prêt était pour l’équipe arménienne d’Alfortville, l’UJA. Saison compliquée, on finit avant-dernier, c’était Gueugnon derrière nous (il fait une dédicace à Coureur qui a joué au club)… Sportivement, c’était compliqué à cause des résultats. J’ai joué 20 matchs avant de me fracturer le doigt sur Jan Koller contre Cannes sur une sortie. Cela m’éloigne deux mois du terrain.

Puis ton contrat s’est fini avec Montpellier…

Oui l’aventure à Montpellier s’est terminée. J’ai eu quelques contacts avec des clubs, mais j’ai finalement signé à Corte en CFA2. Quand t’es pro et que tu redescends en National, ils doivent donner un salaire minimum. Le poste de gardien de but n’étant pas leur priorité, on peut oublier le National. Après, il reste soit l’étranger soit la CFA qui désormais a plus de moyens que le National. Parce qu’ils peuvent faire du contrat fédéral en temps partiel. Cela commençait à faire tard, on était en septembre. J’ai donc accepté un contrat fédéral, puis j’avais de la famille à Ajaccio.

Après la première saison, j’ai justement signé à l’ACA pour trois ans grâce à des connaissances qui m’ont appelé pour venir faire un essai. Je suis resté quelques jours, ça s’est super bien passé, j’ai joué contre le Sporting à Corte d’ailleurs. Juste après ce match, ils m’ont proposé trois ans. Comme ils avaient trois gardiens, ils m’ont dit qu’ils m’intégreraient la saison d’après. La première saison à Ajaccio, j’ai dû faire 4 ou 5 bancs en Ligue 1, le reste en CFA 2, car je voulais jouer. La deuxième année Mémo Ochoa est parti. Omar Sissokjo était numéro 1, mais il s’est blessé dès la reprise. J’ai donc joué une vingtaine de matchs avec une victoire au Gaz 2-0 notamment. On a fait un petit parcours sympa en Coupe en tapant Montpellier chez eux et en prenant Paris chez eux qui étaient un peu dans le dur. Laurent Blanc jouait sa tête contre nous. Bon, ils ont gagné 3-1… Pourtant, on menait 1-0 à la mi-temps, mais on s’est essoufflé derrière. Cela reste une belle expérience contre une bonne petite équipe (sourire).

Qu’est-ce qui t’a poussé à tenter l’aventure à l’étranger à ton âge avec une famille ?

Je garde un pied dans le milieu en France, mais j’ai toujours voulu partir à l’étranger, tester, voir ce que c’était. L’occasion s’est présentée. Durant ce mercato, je ne voulais pas forcément attendre longtemps. J’avais quelques touches en Ligue 2, mais ça prenait du temps à cause de la situation financière des clubs. L’occasion s’est présentée donc j’ai dis go …

Et pour ta famille ça se passe comment ?

Ma famille reste là, on a quand même eu quelques à priori surtout vis-à-vis de mon fils qui est petit et la vie autour du football. Alors que dans mon domaine ça ne me fait pas peur, je me suis renseigné sur tout ce qui est salaire impayé, mais j’ai bien vu par l’intermédiaire de mon agent et de contacts comme Mathias qui a signé un mois avant qu’il n’y a pas ce genre de soucis au Dinamo. Mon fils est encore jeune pour l’instant, il ne va pas encore à l’école et ma femme s’occupe de lui. De toute façon si nous venions à rester plus longtemps à Tbilissi, il y a une école française au coin de la rue.

Satisfait de ton début en Géorgie ?

Oui beaucoup. Surtout le fait de jouer, c’était le deal à la base et franchement je suis satisfait. Juste une petite déception au niveau de la ligue des champions où je pensais qu’on aurait pu faire mieux. Je n’avais jamais joué l’Europe donc c’était bien sûr un facteur de motivation en plus.

Mathias, tu n’as pas vraiment eu de soucis en Bulgarie avec le racisme, quand est t-il en Géorgie  et de ton intégration ?

Franchement pour le moment non, je sens que je suis étranger, mais je n’ai pas reçu d’animosité à mon égard. En ville on sent bien sûr qu’on est étranger, mais heureusement qu’il y a Antho ! En plus je parle Espagnol donc j’ai su m’intégrer avec certains joueurs du groupe et le 14 juillet on a rencontré l’ambassadeur de France, donc ça nous a mis à l’aise. Je suis à l’étranger, je le sens, mais je ne suis pas seul, je suis bien entouré. Au niveau de l’équipe, les Géorgiens sont gentils, mais assez froids, ils ne sont pas du genre à aller vers nous et quand ils le font c’est surprenant. Mais ça va mieux au fur et à mesure des entraînements.

Heureusement qu’il y a Mathias dans le vestiaire qui est mon interprète, sinon ça aurait été très compliqué pour moi. On a eu la facilité d’être tous les deux et ça, c’est primordial.

Et de ton côté Anthony ?

Anthony : Moi c’est un peu plus difficile du fait que je ne parle pas anglais ni espagnol. Je ressens cette barrière de la langue, mais ça me motive encore plus à apprendre l’anglais. Dans la rue ou dans les magasins, on passe un peu pour des imbéciles, mais je commence sur internet et je vais chercher à prendre des cours. Heureusement qu’il y a Mathias dans le vestiaire qui est mon interprète, sinon ça aurait été très compliqué pour moi. On a eu la facilité d’être tous les deux et ça, c’est primordial.

Mathias : On est en chambre ensemble… En plus il est marrant, il faut le dire, il est trop marrant (rires) !

Anthony : On ne peut pas dire comment cela se serait passé si on avait été seul. Tous les deux, c’est un vrai plus.

Mathias : Franchement, même si j’étais venu tout seul, je ne dirais pas que cela se serait passé facilement, mais contrairement à lui j’ai six ans d’expérience à l’étranger. Je connais l’espagnol Mikel Alvaro, aussi Stefan Velev du championnat bulgare. Pour lui, ne connaissant personne et ne parlant pas la langue, cela aurait été vraiment difficile.

Anthony : Au final, partout à l’étranger ça n’aurait pas été simple au départ. Là, j’ai eu la chance de tomber avec Mathias. On est de la même génération, on a des amis en commun. On a du se croiser sur les terrains, et j’ai du lui arrêter quelques penaltys, il se souvenait de moi (rires).

Mathias, toujours en Bulgarie, tu nous avais dit être peu amateur de la cuisine locale. Quand est-il en Géorgie. Et pour toi Anthony ?

Anthony : On a essayé, c’est pas mal. Bon je vais pas crier non plus sur tous les toits qu’en Géorgie tu manges trop bien !

Mathias : On est allé dans des restaurants géorgiens pour essayer bien sûr, mais il faut rester sur ses gardes au niveau de l’hygiène, de la fraîcheur des aliments. Maintenant, je suis rodé j’ai mes 4, 5 restaurants que je fréquente régulièrement. Mais ils ne sont pas forcément géorgiens (sourire).

Quand on est arrivé sur place, je croyais que c’était leur terrain d’entraînement. Le terrain de ma ville qui joue en DSR, c’est le Parc des Princes à côté. La pelouse était pas terrible en plus.

Vous n’êtes pas trop déçus de l’ambiance au stade, étant donné que c’est un peu vide ?

Anthony : Non, non, on a vécu des soirées de coupe d’Europe quand même. Forcément, l’ambiance était vraiment bien. L’atmosphère était bonne, tu sentais qu’il y avait un peuple derrière. Après, il faut voir en championnat comment c’est (ndrl : cette interview a été réalisée avant le premier match à domicile en championnat). En tout cas, notre premier match a l’extérieur était… Enfin, le stade était… Voilà.

Mathias : Déjà, quand je suis arrivé, les Géorgiens nous avaient prévenus. Ils n’arrêtaient pas de dire « ouais, ça va être un peu compliqué le stade. »

Anthony : Je l’avais vu en vidéo le stade. J’avais regardé les anciens matchs qu’ils avaient faits là-bas. Même pendant la vidéo du coach, Mathias m’a dit « putain, c’est ça le stade ? ». Je lui ai dit « non,non,non tu vas voir ! Je te laisse la surprise ! »

Pour te décrire, il y avait d’un côté, une main courante avec des pancartes publicitaires. De l’autre, une tribune avec un grillage, là où ils faisaient la brouette. J’hallucinais, ils faisaient des courses de brouettes en plein match entre les tribunes et le grillage ! Ce sont des génies ! Puis ça a dégénéré en baston, mais ça s’est vite terminé, la police est intervenue.

Mathias : Quand on est arrivé sur place, je croyais que c’était leur terrain d’entraînement. Le terrain de ma ville qui joue en DSR, c’est le Parc des Princes à côté. La pelouse était pas terrible en plus.

Anthony : L’environnement était champêtre, ça faisait village comme ce que tu peux voir en Coupe de France. Pour te décrire, il y avait d’un côté, une main courante avec des pancartes publicitaires. De l’autre, une tribune avec un grillage, là où ils faisaient la brouette. J’hallucinais, ils faisaient des courses de brouettes en plein match entre les tribunes et le grillage ! Ce sont des génies ! Puis ça a dégénéré en baston, mais ça s’est vite terminé, la police est intervenue. Il y avait aussi les places VIP qui m’ont marquée. On était loin des petits fours. En haut d’un bâtiment, il y avait comme un balcon et ils ont mis deux chaises ! Dont une plus grande pour le président, avec le petit coussin (rires). C’était marrant. Ce n’est pas une critique hein, j’ai été surpris, ça m’a fait rire.

Mathias : Puis avant le match, tout le monde nous regardait pour voir comment on allait réagir, on n’arrêtait pas de nous poser des questions : « alors c’est comment, c’est nul hein ? » On rigolait un peu, mais on sentait qu’ils espéraient que tu dises que ce ne l’est pas tant que ça !

Anthony : Après, j’ai déjà joué en Coupe de France et en CFA 2. Quoiqu’à Corte, on avait un vrai stade (rires).

Mathias : C’est surtout pour la motivation que c’est compliqué. Tu passes d’une atmosphère spéciale avec la Champion’s League où tu sens que c’est différent, à ça. La motivation faut aller la chercher. Quand tu joues avec des potes, c’est pareil.

Anthony : Ouais, mais encore ça va, t’es le Dinamo, t’es attendu. Tu sens que les gens sont venus pour voir le Dinamo. Il faut que l’on trouve la motivation par rapport à ça, que tu tiennes ton standing.

L’autre groupe, ce sont ceux avec des tee-shirts noirs, faut pas les faire chier. D’ailleurs on l’a vu à Alashkert, ça a failli se battre.

Qu’en est-il des ultras ?

Mathias : Il y a deux groupes. Les Gladiators sont plus cools, ce sont plus des supporters. L’autre groupe, ce sont ceux avec des tee-shirts noirs, faut pas les faire chier. D’ailleurs on l’a vu à Alashkert, ça a failli se battre. Des joueurs sont intervenus pour leur dire de se calmer. Après, je pense que le contexte géopolitique joue. Les Géorgiens et les Arméniens ne s’aiment pas trop.

Vous sentez que vous jouez pour une institution ?

Mathias : J’ai senti que c’était un grand club de l’Est. A Varna, quand j’ai annoncé dans le vestiaire que le Dinamo me suivait, les gens m’en parlaient comme si c’était Liverpool. Pour te donner un exemple, Marcello Trapasso m’a appelé pour me dire « t’as signé dans un club de fou ».

Anthony : Même moi en France. Des personnes du foot et mon ancien entraîneur des gardiens, Thierry Debes, m’ont dit que ce serait une très bonne chose, un grand club. En plus, si on va en poules d’Europa League, on aura une sacrée visibilité. En plus, en tant que premiers Français passés par le championnat géorgien, dans un club qui n’est pas passé en phase de poules depuis des années, cela aura un impact.

Mathias : Et rien que pour l’aventure. Pas mal de monde ont critiqué mon choix par rapport à mes anciens clubs. Je leur ai dit que j’y allais pour pouvoir jouer l’Europe. Ça peut être une aventure incroyable en se qualifiant pour les poules. Rien que les tours préliminaires, je le vis comme un truc de dingue, alors t’imagines si on va en poules ? Si je m’évanouis, tu me feras du bouche-à-bouche Antho (rires). Je l’ai ressenti, ouais.

J’ai un autre exemple. Mon proprio est fan du Dinamo. C’est un truc bête, mais il ne m’a pas demandé de fiche de paye, de contrat. Je venais pour jouer au Dinamo, il était super content. Son fils m’appelle quasiment tous les jours pour me dire « allez il faut gagner ». Je lui ai donné un maillot, il m’a remercié pendant quatre jours. Tu sens que pour les fans, le Dinamo c’est un gros club, une histoire. Dans la rue, on ne voit pas mal de monde avec une casquette du club, un petit polo, un survet’. La culture ultra est moins présente par contre.

Ils ont besoin d’un renouveau. En ce moment, il n’y a pas de grosse équipe, pas de grands joueurs. C’est compliqué d’attirer dans le championnat géorgien. Ils attendent un peu plus

Malgré tout, le stade est assez vide…

Mathias : Je vais te donner mon opinion. Ils sont sur leur faim, ils ont connu des heures de gloire avec ce club, surtout en Europe. Ils ont besoin d’un renouveau. En ce moment, il n’y a pas de grosse équipe, pas de grands joueurs. C’est compliqué d’attirer dans le championnat géorgien. Ils attendent un peu plus

Anthony : Ils ont besoin d’un nouvel élan, surtout en Europe. Car sur le plan national, ils sont au-dessus, mais on sent que cela ne suffit plus. En 21 ans, ils ont gagné le championnat 16 fois.

Mathias : Les cinq fois où ils n’ont pas gagné, ils étaient exempts (rires). Je pense que si on fait un bon match à domicile contre le PAOK, si on gagne, les gens vont nous suivre en disant « Ça y’est ils ont retrouvé un niveau européen ». Si on va en poules, ça va attirer du monde en championnat. Si chaque saison tu vas en poules, la ferveur va revenir.

Ma femme est contente, on trouve que la vie est agréable ici. C’est une grosse ville, une capitale, il y a tout.

Quels ont été vos premiers contacts avec le Dinamo ?

Mathias : Au niveau de la ville, je m’attendais vraiment à pire. Pour ce qui est du club, les installations sont magnifiques.

Anthony : Elles n’ont rien à envier aux meilleurs clubs européens, j’en suis sûr.

Mathias : Dans les clubs où j’ai joué en France et Espagne, c’était largement moins bien. Ici, ce sont les meilleures installations que j’ai connues, et le staff est super qualifié aussi. Après au niveau du foot, la mise en route est un peu compliquée. Heureusement Antho me soutient (sourire). Tactiquement c’est différent de ce que j’ai pu connaître par le passé. Je joue sur un côté et je dois faire pas mal d’efforts pour défendre, ce dont je n’avais pas l’habitude à Varna, car on jouait pour moi là bas. J’attends un match référence. Je vais m’adapter. Pour commencer, je vais essayer au moins de cadrer une frappe, car en 9 matchs, j’ai cadré 0 frappe.

Anthony : Il y avait une sacrée excitation de mon côté, mais je n’ai pas eu le temps de trop gamberger, deux jours après la signature on est parti directement en stage d’entraînement, en Autriche. Quand on est rentré du stage, j’ai commencé à m’adapter. Ma femme est contente, on trouve que la vie est agréable ici. C’est une grosse ville, une capitale, il y a tout.

Damien Goulagovitch / Tous propos recueillis par DG pour Footballski


Image à la une : © Footballski

Footballskitrip Géorgie #0 – On a discuté avec Mathias Coureur et Anthony Scribe
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