FootballskiTrip #3: On a suivi les supporters du Velež Mostar en déplacement sur le terrain du Jedinstvo Bihac

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 25 septembre 2018

Le terme « away days are the best days » n’a jamais aussi bien porté son nom que ce samedi 25 août 2018. Une date qui restera à jamais gravé dans nos mémoires comme étant le jour où nous avons réalisé le déplacement le plus épique de l’histoire de Footballski. Quoi de mieux que de traverser la Bosnie du sud au nord par un samedi ensoleillé tout ça pour voir un match de D2 bosnienne ? Un premier match dans ce footballski trip qui s’annonce somptueux.


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7h00 du matin à Mostar, le réveil sonne. La tête tourne encore un peu des suites de la bringue d’hier soir mais il est déjà l’heure de se mettre en route. Le programme du jour est alléchant : un match de D2 entre le Jedinstvo Bihac et le Velež Mostar. Nous avons contacté quelques semaines plus tôt le Velež pour un entretien et en apprendre plus sur le club. Nous avons finalement la chance de participer à un déplacement unique avec les amis de Nedim Campara, fan de toujours de son Velež. Aujourd’hui en deuxième division, le Velež se déplace à Bihac dans le nord du pays pour y affronter le Jedinstvo qui a connu un titre de champion de Bosnie en 2005. Un déplacement périlleux pour le club de Nedim qui se doit de l’emporter pour confirmer ses ambitions de montée en première division.

Sous un soleil déjà tapant, nous attendons Nedim qui nous rejoint devant notre auberge de jeunesse. Dans sa Volkswagen comptant 300 000 kilomètres au compteur (dont un voyage en Lituanie pour y voir la qualification de la Bosnie au mondial 2014), un bon paquet de déplacements et un cimetière de cendres et de mégots sous le tableau de bord on se dit que le déplacement risque d’être sympathique. Surtout quand on sait que nous allons traverser toute la Bosnie, du sud-ouest au nord par un itinéraire secret afin de ne pas avoir d’ennuis dans les villages traversés (notamment en Republika Srpska). 350 kilomètres au programme, un déplacement assez rapide quand on dispose de belles autoroutes comme en France, un peu plus long quand il faut passer par des routes de montagne.

Le long voyage commence par une visite de l’enceinte du Velež Mostar à l’extérieur de la ville. On déambule dans les tribunes, on observe l’avancée des travaux et on récupère nos chasubles presse qui nous offrirons un magnifique accès sur le bord du terrain pour la rencontre. Une heure plus tard, direction le centre-ville pour y retrouver les amis de Nedim et son groupe Brigata Rossa constitué d’amoureux du Velež qui suivaient déjà l’équipe aux quatre coins de la Yougoslavie. Le petit groupe de onze fanatiques est très mixte, des hommes de 40 à 60 ans dont la vie est bercée par le Velež. Réunis sous un même maillot, ils sont des supporters inconditionnels qui ont tout connu : les succès yougoslaves, les promesses bosniennes et la déchéance il y a quelques années. Toujours présents, ils se préparent aujourd’hui pour un déplacement éprouvant d’au moins sept heures dans un mini-van. Devant les tribunes du stade, nous prenons un copieux petit déjeuner à base de pain, jambon, pâté afin de survivre au trajet. Nous nous déplacerons dans le véhicule de Nedim avec un ami à lui, les neuf autres supporters prendront un vieux mini-van à huit places. Tant pis s’il n’y a pas assez de place, on rajoute une chaise de jardin dans le coffre pour le neuvième larron.

© Antoine Gautier / Footballski

Il est 10h, c’est parti pour 7 heures de plaisir à travers la Bosnie. La moyenne de 50 km/h est surtout due au fait que nous croisons pas mal de camions et qu’il existe peu de zones pour dépasser en toute sécurité. Prise de risque maximale dans une ambiance enfumée. Nedim a acheté pas moins de trois paquets de cigarettes et semble bien parti pour tout fumer sur le trajet. La conversation est assez limitée, nous en profitons pour observer les magnifiques paysages que nous offre la Bosnie. Montagnes, forêts, lacs et rivières, la Bosnie est le paradis des randonneurs respectant les chemins balisés (attention aux champs de mines !). Nous voyons peu de villages et à chaque fois la même histoire, des cicatrices de la guerre qui mettront de longues années à se refermer tellement les dégâts sont encore importants. Précédé de deux arrêts bière, notre dernier arrêt avant l’arrivée à Bihac se fait au beau milieu de nulle part. Dans un petit village de campagne nous nous arrêtons au Motel °9, énorme complexe comportant restaurant, casino et hôtel. Improbable comme localisation. Nous y dégustons un très bon cevapcici mais voyons surtout que quelque chose cloche. Le groupe semble bouleversé, le mini-van semble être sur le point de rendre l’âme.

Nous essayons tant bien que mal de le démarrer mais impossible de passer les vitesses. Embêtant alors qu’il nous reste 40 kilomètres avant d’arriver à destination. On essaye de pousser mais rien n’y fait. Les policiers regardent la scène au loin, amusés. Les appels se multiplient, Nedim contacte directement le président pour trouver une solution. Notre sauveur sera le garagiste du village, qui asperge copieusement d’huile les essieux d’un véhicule semblant renaître comme par magie. On saute sur l’occasion pour repartir à petite vitesse, afin d’économiser le mini-van.

Alors que tout semblait réglé, un nouvel obstacle se met sur notre chemin : la police. Nous nous arrêtons à dix minutes de Bihac car nous ne pouvons arriver au stade sans escorte policière. Il est 16h15, on est largement dans les temps. Sauf que la police se fait attendre et n’arrive qu’à 17h, heure du coup d’envoi. Forcément un peu contrariés, nous atteignons enfin le stade, situé juste à côté d’une forêt où nous voyons apparaître de dizaines de tentes de campings. Sur les côtés de la route, les visages semblent moins familiers. En effet Bihac est situé à quelques kilomètres de la Croatie et donc de l’Union Européenne. C’est pour cela qu’un camp de migrants s’est constitué aux abords de la ville, d’où les Syriens et autres Afghans espèrent pouvoir continuer plus à l’ouest.

© Antoine Gautier / Footballski

© Antoine Gautier / Footballski

Les nombreuses péripéties nous font arriver avec un gros quart d’heure de retard. Tout juste sortis de la voiture, une clameur retentit dans le stade. Le Velež a déjà ouvert le score ! Pas de chance, on espère juste que ce ne soit pas le dernier. Nous laissons Nedim et sa troupe rejoindre le parcage visiteurs tandis que nous nous dirigeons au bord du terrain pour assister à la rencontre flanqués de nos belles chasubles presse. Le panorama est magnifique, nous sommes à seulement deux mètres des joueurs, une grande tribune latérale est pleine à craquer, deux parcages ultras font du bruit et les montagnes en arrière-plan.

Le stade est plein pour la venue du Velež Mostar, qui fait toujours déplacer les foules dans le pays malgré les dernières années difficiles. Les ultras locaux lancent les chants bien repris par la tribune latérale qui contient quasiment 10 000 personnes. La red army du Velež a également fait le déplacement. Au total une cinquantaine de courageux ont traversé le pays pour soutenir le club de Mostar. Quelques minutes après notre arrivée, des centaines de personnes débarquent au bord du terrain le long de la main courante. Ceux là ne supportent aucun club en particulier. Il s’agit de migrants qui ont profité de l’ouverture des portes pour assister à un beau choc de D2 bosnienne pour avoir eux aussi leur dose de football en ce samedi après-midi ensoleillé.

Car sur le terrain, le niveau est plutôt bon ! Niveau CFA mais avec de bonnes phases de jeu et surtout une grosse ambiance qu’on aimerait voir plus souvent en Ligue 1… Poussé par leurs supporters, le Jedinstvo égalise de la tête. Fou de joie, le photographe qui se tient à côté de nous est à deux doigts d’aller célébrer avec les joueurs à quelques mètres de nous. L’ambiance est au rendez-vous. Tout le monde y participe, même un ULM qui décide de faire du rase motte à plusieurs reprises et embrase la foule ! Le kamoulox est total et on se dit qu’on choisit quand même pas des destinations de vacances habituelles.

© Antoine Gautier / Footballski

© Antoine Gautier / Footballski

La seconde mi-temps est largement dominée par les joueurs du Velež qui ont dû se prendre une belle soufflante à la mi-temps. Dès la reprise, ils reprennent les commandes et se retrouvent rapidement en supériorité numérique suite à l’expulsion d’un joueur de Bihac. Cela ne gâche pas l’ambiance, bien au contraire ! On joue l’heure de jeu, moment choisi par les supporters pour réaliser un somptueux craquage et balancer quelques bombes agricoles sur les deux bancs de touches. Pas de quoi interrompre le match, même avec un épais nuage rouge sur le terrain, et surtout pas l’élan des joueurs de Mostar qui claquent deux nouveaux buts. Largement au-dessus, le Velež possède de bons joueurs comme le brésilien Brandao (supérieur à l’ancien Marseillais) qui a su garder son calme et a assuré techniquement malgré des cris de singe subis tout le match. Score final 4-1, le Velež a fait le boulot et se positionne comme étant le grand favori pour la montée finale !

La fête était belle, mais maintenant il faut se remotiver pour les sept heures de retour. Il est déjà 19h, on n’est pas rentré ! Sous escorte policière pendant plusieurs dizaines de kilomètres, nous nous arrêtons finalement en face du désormais célèbre Motel 9. Ravitaillement cigarettes pour notre chauffeur qui se prend deux nouveaux paquets pour finir la route et quelques fruits dans le prunier du garagiste qui ne devait pas vraiment être au courant. Dernier moment épique, en pleine Republika Srpska, nous sommes arrêtés par la police locale. Contrôle des papiers, un regard rapide sur le mec assis sur sa chaise de jardin à l’arrière du van et c’est reparti. Normal, logique. L’arrivée à Mostar est tardive, on approche les deux heures du matin. Le bus des joueurs arrive en même temps que nous, l’occasion d’un dernier craquage en pleine ville pour féliciter l’équipe de sa belle performance. L’ami de Nedim nous raccompagne à l’auberge avec une Opel âgée de 35 ans qui semble avoir fait un bon paquet de déplacement. Départ immédiat pour le pays des rêves car demain c’est direction Sarajevo !

Antoine Jarrige & Antoine Gautier à Bihac pour Footballski


Image à la Une © Antoine Gautier / Footballski

FootballskiTrip #3: On a suivi les supporters du Velež Mostar en déplacement sur le terrain du Jedinstvo Bihac
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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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