On a discuté avec Razvan Burleanu, président de la fédération roumaine de football

Tristan Trasca - Publié le 23 mars 2015

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A l’occasion de notre voyage en Roumanie, Tristan Trasca a pu rencontrer le jeune président de la fédération roumaine de football, Răzvan Burleanu (30 ans). Pendant deux heures d’entretien, des sujets très divers ont été traités: la réforme du football roumain, la formation des jeunes joueurs, la nécessité de développer les infrastructures, les problèmes actuels du football roumain, le changement de mentalité en Roumanie et sa passion pour le football notamment. Une esquisse de la Roumanie de demain ?

« Razvan Burleanu, il y a un an, vous deveniez président de la fédération roumaine de football. Comment se passe ce début de mandat ?

La fédération de football de Roumanie est entrée dans une ère de modernisation et de réforme il y a un an, quand j’ai été élu, devenant le plus jeune président d’une fédération en Europe. Quand je parle de cette élection, il faut aussi parler d’une nouvelle forme de management. Nous avons ainsi créé de nouveaux départements au sein de la fédération ; dans les pays de l’ouest, cela peut paraître normal mais jusqu’à présent, cela n’était pas le cas au sein de la fédération roumaine de football.

C’est un véritable challenge qui est face à nous, que ce soit pour le football roumain ou la société roumaine.

Pouvez-vous nous expliquer de quels départements il s’agit ?

Il y a tout d’abord un département très actif au niveau de la communication. Des jeunes hommes, très ouverts et proactifs. C’était une toute autre histoire par le passé. Nous avons développé une équipe en charge du développement institutionnel de la fédération. Nous avons aussi créé l’an dernier un département interne pour les perspectives commerciales et marketing. Ceci nous permet de traiter directement avec le secteur privé. Nous avons aussi développé un département en charge des fonds de l’Union Européenne. Deux projets très importants vont débuter grâce à des fonds provenant de l’UE. Le comité technique de la fédération a aussi été renforcé, devenant réellement actif au sein de la fédération.

Quel est l’état d’esprit au sein de la fédération qui a mené à toutes ces évolutions ?

Nous avons décidé que le management au sein de la fédération devait être changé. J’ai invité des personnes de différents secteurs d’activités, aussi bien du public, du privé que des grands médias, afin de travailler au sein de la fédération et participer au développement du football roumain. Quand on parle de développement, il faut évoquer le plan stratégique que j’ai dévoilé il y a quelques semaines, le premier de l’histoire du football roumain. Nous pensions qu’il était nécessaire d’avoir un document, un plan stratégique pour les cinq années à venir, jusqu’en 2020 quand la Roumanie organisera 4 matchs de l’Euro. Je serais d’ailleurs très heureux si la France venait jouer en Roumanie à cette occasion.

Quelles sont les grandes lignes de ce plan stratégique ?

C’est un véritable challenge qui est face à nous, que ce soit pour le football roumain ou la société roumaine. Bien entendu, nous ne pouvons changer tout le football roumain en un an, en prenant en compte que rien ne s’est passé lors des 24 années précédentes (NDLR : le prédécesseur de Razvan Burleanu, Mircea Sandu, fut président la fédération de 1990 à 2014). L’intégrité des compétitions a été affecté pendant cette période. Il n’y avait par ailleurs pas de stratégie ni même d’intérêt pour la formation des jeunes footballeurs. C’est aujourd’hui une de nos priorités. Jusqu’en 2018, nous voulons que la fédération soit totalement partie prenante dans ce que nous appelons « la nouvelle génération », celle qui sera sur le terrain en 2020 et après. En 2018, cela fera vingt ans que la Roumanie n’aura pas joué une Coupe du Monde. Si vous regardez en arrière, vous verrez qu’en 1994 la Roumanie était un des pays les plus importants au niveau du football international. En 1930, nous étions aussi présents pour le premier Mondial de l’histoire.

En 2018, nous aurons créé huit centres d’excellence régionaux. Ces centres seront ouverts pour les meilleurs footballeurs de moins de 15 ans.

Pourquoi y a-t-il eu ce creux de performance pendant 20 ans ? Pourquoi un projet comme Luceafarul (NDLR : pépinière étatique où les meilleurs jeunes joueurs roumains étaient formés dans les années 70-80 avec notamment Belodedici, Hagi, Popescu ou Balint) a-t-il été délaissé ?

C’est bien que quelqu’un de l’étranger mentionne Luceafărul ; en Roumanie, seuls ceux qui ont plus de 45 ans se souviennent de ce projet. Avant la chute du régime communiste, le projet Luceafărul a contribué au succès du football roumain. Vous pouvez voir le résultat dans les années 1990 avec la « génération dorée ». Après la chute du régime communiste, le pays et la fédération n’ont pas investi dans le football de haut niveau, que ce soit au niveau du terrain ou des institutions. Aujourd’hui nous sommes dans un marché compétitif, nous devons travailler de manière professionnelle et analyser les prérequis du marché comme nous sommes en compétition aux niveaux national, régional, européen et mondial. En prenant tout cela en compte, nous avons décidé que nous avions deux choix: attendre et sélectionner les meilleurs joueurs issus des clubs en prenant en compte que les clubs n’ont pas vraiment investi non plus puisqu’il n’y avait ni règles ni approches incitant à investir dans la formation ou bien développer un projet centralisé, tout en proposant des incentives pour les clubs. Cette année en 2015, nous allons ouvrir deux centres régionaux d’excellence, qui appartiendront à la fédération. Il y en aura deux cette année puis deux nouveaux chaque année jusqu’en 2018. En 2018, nous aurons donc huit centres régionaux d’excellence. Ces centres seront ouverts pour les meilleurs footballeurs de moins de 15 ans. Tout sera organisé pour eux : la scolarité, les entraînements, des matchs internationaux, les meilleurs entraîneurs, les meilleurs programmes nutritionnels… Mais ce n’est pas tout. Je suis d’ailleurs heureux que vous veniez de France puisqu’il y a une importante communauté roumaine dans votre pays. Statistiquement, nous avons aujourd’hui plus de 3 millions de Roumains vivant à l’étranger avec une moyenne d’âge de 40-45 ans, pour 20 millions d’habitants en Roumanie. Ceux-ci ont donc des enfants âgés de moins de 15 ans. C’est ce qui nous a poussé à développer un département de scouting à l’étranger.

Votre objectif est-il simplement de les identifier pour les sélectionner dans vos équipes nationales ou de les amener à rentrer en Roumanie et intégrer les centres régionaux d’excellence de la fédération ?

Il y a ces deux options. Mais le plus important est de les avoir dans nos sélections nationales. Nous avons débuté l’an dernier en Espagne parce qu’il y a une importante communauté roumaine dans ce pays, comme en France, en Italie, en Angleterre ou en Allemagne. Cela nous permettra d’accroître notre vivier de joueurs mais surtout de ne pas passer à côté d’un seul talent roumain. Nous ne sommes pas comme en France où vous disposez de 100 très bons joueurs à chaque poste.

Aujourd’hui, il y a des clubs, notamment le Viitorul de Gheorghe Hagi, qui font du bon travail au niveau de la formation. Pensez-vous que la mise en place de centres fédéraux va créer une compétition entre les clubs et la fédération en ce qui concerne la formation des jeunes joueurs ?

Cela pourrait être vu comme une compétition mais cela ne l’est pas. Notre objectif commun est d’accroître le niveau du football roumain au niveau des jeunes. Ces joueurs continueront de faire partie de leurs clubs, les droits concernant ces joueurs resteront aux clubs, cela ne changera pas. Les clubs sont donc heureux concernant ce projet, ils l’ont eux même exprimé.

Sur le long terme, le but est de trouver des méthodes motivantes pour les clubs et de créer des obligations pour que ces clubs investissent dans les jeunes. Aujourd’hui, nous assumons notre position qui est de créer un modèle au sein de la fédération qui pourra être reproduit par les clubs de Roumanie.

Pensez-vous que la Roumanie a loupé de nombreux talents ces vingt dernières années ?

Certainement. Si le projet de centralisation Luceafarul avait continué il y a 24 ans ou, puisque je ne suis pas pour la centralisation à tout prix, si chaque club avait les moyens de former de jeunes talents, ce qui serait selon moi la meilleure solution, tout irait mieux. Mais nous ne sommes pas prêts pour cela et je ne veux pas être dans cette position d’attente. La fédération ne peut se contenter tout le temps d’attendre. Sur le long terme, le but est de trouver des méthodes motivantes pour les clubs et de créer des obligations pour que ces clubs investissent dans les jeunes. Aujourd’hui, nous assumons notre position qui est de créer un modèle au sein de la fédération qui pourra être reproduit par les clubs de Roumanie. Cela tient pour la politique de développement auprès des jeunes mais aussi au niveau du marketing, de la communication, du management. Dès cette année, nous voulons introduire ce concept selon lequel le président d’un club est un manager.

En ce qui concerne les entraîneurs, pensez-vous qu’il y a des entraîneurs qualifiés partout dans le pays à même de former de jeunes footballeurs de qualité ?

C’est un autre de nos challenges. Le système n’était pas le bon jusqu’ici. Nous voulons suivre différents modèles au niveau organisationnel. Le premier pour nous est l’UEFA. C’est la raison pour laquelle nombre de nos départements internes travaillent en collaboration étroite avec l’UEFA, que ce soit au niveau du marketing, du développement institutionnel ou de la formation des entraîneurs. Le second modèle nous provient des pays scandinaves, notamment au niveau de la pratique des enfants. C’est pourquoi le Danemark est aujourd’hui un modèle que nous voulons suivre. Il y a quelques mois, nous avons organisé un match amical contre le Danemark afin d’ouvrir ce partenariat futur. En juin ou juillet 2015, le partenariat avec la fédération danoise sera formalisé. Concernant le football de haut niveau, nous nous tournons vers les pays de l’ouest et nous avons décidé de prendre pour exemples l’Allemagne et les Pays-Bas. Jusqu’à présent, des entraîneurs allemands sont venus pour former nos techniciens. Aujourd’hui, notre objectif est d’améliorer le niveau des entraîneurs roumains. A l’heure actuelle, les conditions sont difficiles pour nos jeunes footballeurs : ils manquent de ballon, d’infrastructures et d’entraîneurs très bien formés. C’est la réalité. Projet par projet, nous voulons pallier à cela. L’an dernier, la fédération a distribué 15000 ballons dans le pays et nous continuerons. De plus, nous allons développer avec le gouvernement un plan jusqu’à 2020 pour investir et avoir 400 nouveaux terrains de football à travers le pays. Pour les entraîneurs, nous allons développer des formations et nous construisons aussi une plateforme online afin que ceux qui vivent à 600 kilomètres de Bucarest n’aient pas besoin de se déplacer et puissent assister aux sessions de formation face à leur ordinateur. Au niveau régional, nous allons faire en sorte que les coûts soient moindres afin que tout le monde puisse se rendre aux formations.

En Europe, il y a 2,7% de la population totale qui joue au football. En Roumanie, nous ne sommes qu’à 0,5%.

Un de vos objectifs est donc de fournir de meilleures conditions de pratique pour les jeunes footballeurs roumains ?

En Europe, il y a 2,7% de la population totale qui joue au football. En Roumanie, nous ne sommes qu’à 0,5%. D’ici 2020, notre but est de tripler la pratique du football au sein du pays. Cela nous permettra d’augmenter notre vivier de joueurs mais aussi de supporters. Il est aussi important de délivrer ce message selon lequel le football est un vrai atout de bien-être, c’est le message que nous voulons transmettre en tant que fédération. Nous sommes actifs au sein de la société roumaine.

Pensez-vous que l’inertie de ces vingt dernières années a appauvri la culture du football en Roumanie ?

Bien entendu, si vous comparez les deux époques, c’est la réalité. Mais pas seulement pour le football, pour le sport dans son ensemble.

Pensez-vous que cela est aussi dû aux gouvernements successifs ?

Oui, il s’agit d’un contexte national. Selon moi, vous ne pouvez avoir une fédération de foot qui rencontre du succès sans un pays qui en fait de même. Tout se construit en partenariat.

Au niveau de la pratique des jeunes, comment pensez-vous pouvoir financer les activités des clubs à travers tout le pays ?

En tant que fédération, il est impossible de réussir seul. Nous devons travailler avec tout le football roumain et le gouvernement. C’est un processus de reconstruction, de consolidation du football roumain. Les résultats ne se verront que d’ici 5 à 7 ans mais je sens que les Roumains sont solidaires de notre nouvelle dynamique, veulent participer et cela influence mon optimisme.

Est-ce que les financements viendront aussi des autorités locales ?

Cela dépend. Nous sommes heureux que le gouvernement soit derrière nous et que les collectivités aient compris la nécessité d’investir dans les activités pour la jeunesse. Que ce soit au niveau du football ou ailleurs. Le plus important est d’investir. Ainsi dans 20 ou 30 ans, la société roumaine sera plus saine physiquement puisqu’il est prouvé que le sport aide réellement à ce sujet. Le secteur privé est aussi ouvert à participer.

Nous aurons 10 commandements à respecter au sein du football roumain. C’est aussi une première dans l’histoire du football roumain.

Vous évoquez la santé, est-ce que l’aspect social lié au football est important pour la fédération ?

La responsabilité sociale fait partie de notre plan stratégique à la fédération, c’est une perspective normale. Nous aurons ainsi 10 commandements à respecter au sein du football roumain. C’est aussi une première dans l’histoire du football roumain.

Pouvez-vous nous dire quels sont ces 10 commandements ?

Le premier est d’aimer le football. Si vous regardez l’UEFA, vous verrez « Football First ». Le deuxième concerne la méritocratie. C’est une des valeurs les plus importantes pour la nouvelle fédération.

Cela concernera aussi les joueurs de football ?

Pour toute la famille du football roumain.

A ce sujet, il y a relativement peu de footballeurs de communauté rom dans l’élite du football roumain et juste quelques-uns ont pu revêtir le maillot de l’équipe de Roumanie comme Lacatus ou Nicolita. Est-ce un problème de niveau tout simplement ou y a-t-il une autre raison expliquant ces chiffres ?

Il n’y a pas de discrimination. A l’heure actuelle mais aussi dans le passé, selon moi, nous avons réussi au sein du football roumain à détruire tous les murs et à créer des ponts entre les communautés. Nous n’avons pas de problème. Bien entendu, si vous parlez des conditions de vie, certaines minorités comme les Roms n’ont pas autant de chances pour réussir dans la vie et cela se retrouve dans le football. Nous voulons donner les mêmes conditions à tous les Roumains, aussi bien les Roms, les Hongrois que les personnes handicapées. Le football doit être un sport accessible à tous et développé comme tel. Au niveau de la sélection nationale, seuls les meilleurs peuvent y accéder.

Quels sont les autres commandements ?

Le 3è est l’intégrité. Le 4è : la coopération et la confiance. Le 5è : autonomie et subsidiarité. Le 6è : la bonne gouvernance. Le 7è : développement et performance. Le 8è : pas de violence. Le 9è : fair-play. Et enfin le dernier : la persévérance.

Revenons un peu sur les collectivités locales. Pourquoi pensez-vous que certaines grandes villes de Roumanie n’ont pas de club de football de haut niveau ?

Je serais très heureux si toutes les grandes villes de Roumanie possédaient un club de football. Peu importe qu’ils évoluent en première, deuxième ou troisième division. Bien entendu, subsister dans les deux premières divisions peut être plus compliqué financièrement et dépend aussi du soutien économique local. Au niveau des infrastructures, les collectivités locales doivent aussi investir dans de nouveaux stades. Hier, vous étiez à Ghencea pour voir Steaua-CFR et il n’y avait que 3-4000 spectateurs. Le stade paraît vieux, pour ne pas dire autre chose. Si vous comparez avec l’Arena National, la différence est énorme et vous verriez combien de spectateurs une telle affiche attirerait dans ce stade.

Les problèmes actuels du Steaua sont également d’une autre nature avec leurs supporters. Mais vous pensez que dans un autre stade, les tribunes seraient plus remplies ?

Oui, le problème n’est pas uniquement lié aux événements actuels. Si nous investissons à nouveau dans les stades au niveau des clubs, de la fédération, des autorités, du gouvernement, du secteur privé, je crois réellement que le nombre de spectateurs dans les tribunes va augmenter.

En tant que fédération, nous devons créer une nouvelle régulation pour les clubs professionnels.

En ce qui concerne les problèmes actuels du Steaua, CFR ou Petrolul, quelle est la répercussion sur votre travail au quotidien à la fédération ?

Nous avons ces problèmes d’insolvabilité qui concernent 6 clubs de Liga I. Certains clubs pourraient donc avoir des problèmes pour participer aux coupes européennes la saison prochaine, ce qui ne nous rend pas heureux bien entendu. Mais c’est la conséquence du passé. En tant que fédération et à la ligue de football professionnel, nous devons créer une nouvelle régulation. Nous avons changé le procédé d’affiliation des clubs et introduit le concept de fair-play financier, même si l’UEFA nous avait recommandé de prendre 3-4 ans avant d’introduire le fair-play financier en Roumanie. Nous l’avons malgré tout fait l’an dernier et petit à petit, nous ajustons la régulation pour que le football roumain survive et parvienne à faire partie des meilleurs en Europe.

Pensez-vous que les clubs sont prêts à suivre votre nouvelle dynamique ? N’y a-t-il pas de réticence ?

Les dirigeants de clubs sont ouverts et plutôt heureux à l’idée d’implémenter ces recommandations difficiles. Il y a une semaine, nous avons discuté au comité exécutif concernant le nombre de joueurs dans les groupes professionnels, réduit à 25. Nous avons introduit les concepts UEFA avec la nécessite d’avoir 4 joueurs formés en Roumanie et 4 formés par le club. Ce n’est pas facile mais nos clubs comprennent que c’est la seule manière d’aller de l’avant.

Sur le moyen et le long terme, les clubs sont perdants en favorisant l’achat de joueurs étrangers peu chers plutôt que la formation de jeunes talents locaux.

Pensez-vous que les clubs roumains ont oublié la formation pour se concentrer sur des étrangers peu chers ces vingt dernières années ?

Oui, je ne veux pas que mon message discrimine certains. La fédération n’a pas assumé la mise en place de régulation pendant cette période. Nous n’avons pas encouragé les clubs de Roumanie à investir dans la formation. Bien entendu, sur le court terme, cela coûte moins cher d’avoir des joueurs du Nigéria, du Brésil, d’Argentine mais sur le moyen et le long terme, les clubs sont perdants. Ils ne perdent pas seulement les talents locaux mais aussi la connexion avec la communauté locale.

Selon vous, les supporters de clubs ont perdu ce lien de proximité avec leurs joueurs ?

Exactement.

Pensez-vous que des marques comme Steaua, Dinamo ou Rapid ne sont pas utilisées comme elles devraient au niveau marketing et communication en Roumanie et à l’étranger ?

Nous avons une grosse marge de progression. Mais petit à petit, les clubs roumains veulent progresser. Par exemple, le Dinamo Bucarest investit beaucoup au niveau de la formation des jeunes. Ils ont aussi plus de personnes salariées pour la communication, les projets de responsabilité sociale, etc. Cela va dans le bon sens.

Est-ce que vous pensez que cela fait partie de la responsabilité de chaque club de développer des projets sociaux dans leur ville ?

C’est une nécessité, ils doivent le faire. Les clubs et tout le football roumain doivent avoir conscience que l’on fait partie de la société roumaine et nous devons créer ces relations dans notre communauté. Les clubs doivent aussi avoir pour objectif d’améliorer les communautés dans lesquelles ils vivent et qu’ils aiment.

Travaillez-vous avec des ONG dans ce cadre ?

Oui, nous avons créé un réseau d’organismes concernant des projets sociaux. Nous travaillons ainsi très étroitement avec Policy Center, une ONG spécialisée auprès de la communauté rom et nous travaillons aussi avec le comité paralympique.

Travaillez-vous aussi avec les autres fédérations ?

Nous avons débuté divers projets sportifs à l’été dernier avec les fédérations de rugby, d’athlétisme, de basketball et de handball. Il y a quelques semaines, 10 fédérations ont paraphé un projet pour le sport scolaire. Nous allons ainsi développer la pratique du football dans les écoles.

Nous avons ce projet « Toata Romania joaca fotbal » pour favoriser la pratique des jardins d’enfants aux seniors de plus de 65 ans. C’est la première fois en Roumanie qu’un tel projet est développé.

Le football dans les écoles, le futsal et les autres disciplines du football font donc partie de vos objectifs ?

Oui, d’ici 2020, nous devons tripler la pratique du football en Roumanie. Peu importe l’âge, la corpulence, la communauté, etc., le football doit être ouvert à tous. Nous avons ce projet « Toată Romania joacă fotbal » (Toute la Roumanie joue au football) pour favoriser la pratique des jardins d’enfants aux seniors de plus de 65 ans. C’est la première fois en Roumanie qu’un tel projet est développé.

Changeons un peu de sujet. Quelles furent les réactions de vos pairs à l’UEFA, notamment par rapport à votre âge ?

Ah ce n’est que mon point de vue. Vous devrez demander à Platini si vous le rencontrez. J’étais vraiment surpris de voir ô combien l’UEFA est prête à aider notre institution à s’améliorer. Je vous ai déjà dit que l’UEFA est un modèle organisationnel. Nous voulons travailler ensemble sur divers projets ; à partir de 2016, l’UEFA financera notre projet de football dans les écoles ainsi que certains centres régionaux d’excellence. Nous travaillons aussi main dans la main avec l’UEFA concernant l’intégrité des compétitions. Nous essayons de mettre en place les meilleures pratiques au sein de la fédération roumaine. Je suis heureux que les présidents d’autres fédérations nationales en Europe aient aussi été positifs concernant cette élection en Roumanie, pas seulement me concernant mais aussi concernant notre projet.

Pensez-vous que l’intégrité des compétitions demeure un vrai problème dans le football roumain ?

Ce n’est pas un problème, c’est un challenge. Nous devons trouver des solutions pour accroître la visibilité du football roumain et assurer l’intégrité de nos compétitions afin que les matchs soient joués uniquement sur le terrain. Nous travaillons avec l’UEFA, les institutions publiques roumaines mais aussi certaines ONG d’Europe sur ces problématiques. Dans le mois à venir, nous lancerons une plateforme online appelée « Fotbal curat » (en VF Football propre), qui permettra aux joueurs, dirigeants ou arbitres de signaler un problème.

Cela concernera uniquement les pros ?

Cela concernera tous les niveaux. Nous voulons aussi développer un département dédié à la question au sein de la fédération. Nous organiserons ainsi des séminaires avec des représentants de l’UEFA et des juges d’autres pays européens spécialistes de la question. Des campagnes de prévention seront aussi mises en place pour que le jeu reste sur le terrain.

Nous voulons réduire la violence physique et verbale dans les tribunes.

La violence est-elle aussi un des problèmes actuels du football roumain ?

Les plus gros problèmes se retrouvent dans les tribunes ou à l’extérieur du stade. C’est également une de nos priorités et c’est pourquoi nous avons créé une « family zone » lors du dernier match international de la Roumanie contre le Danemark. Ce fut un succès. Nous avons vendu 3000 tickets pour des familles, des enfants accompagnés de leurs parents. Et nous voulons continuer dans cette voie. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous voulons réduire la violence physique et verbale dans les tribunes.

C’est donc la voie dans laquelle vous vous engagez : plus de familles au stade et moins d’ultras ?

Oui.

Les familles viendront donc au stade au détriment des ultras ?

Je ne veux pas faire de discrimination. Nous voulons simplement réduire la violence dans les tribunes. Nous voulons transformer les stades en des lieux agréables, où vous pouvez aller avec vos enfants sans aucun souci. C’est notre objectif et nous sommes actuellement sur le bon chemin. D’autres pays réussissent aussi dans cette démarche et je pense que nous sommes tous responsables et devons tendre vers cet objectif.

Mais en France, le football roumain fait aussi penser à l’atmosphère lors des Steaua-Dinamo par exemple. Pensez-vous que ces derbys pourraient être joués avec uniquement des familles en tribunes ? Pensez-vous que les familles et les ultras peuvent coexister dans les tribunes ?

Premièrement, notre objectif est de réussir en ce qui concerne les matchs de la sélection nationale. Quand nous aurons réussi, les clubs nous suivront peut-être dans cette voie. En attendant, nous nous concentrons sur l’organisation des matchs internationaux de la sélection et cela dépendra ensuite des stratégies mises en place par chaque club. Mais je crois fermement que les stades doivent devenir des lieux civilisés. Je ne peux imaginer qu’il y ait de différence entre ce qui se passe dans la rue et dans les stades, dans la manière de se comporter des gens.

Pendant notre voyage, nous avons rencontré des membres du Vointa Sibiu, club créé et autogéré par des supporters. Il y en a aussi à Timisoara, Pitesti et Vaslui. Pensez-vous qu’il s’agit de projets isolés ou d’une vraie tendance pour le futur du football roumain ?

Je ne pense pas que l’on parle de projets isolés. Le football doit être joué pour les supporters. Si vous oubliez cela en tant que manager ou président, vous oubliez l’essence du football. Le football est joué pour les supporters. Que ces derniers aient la possibilité de prendre des responsabilités et créer ces projets, j’en suis sincèrement heureux. Je serais heureux si l’on voit qu’économiquement, ils peuvent réussir à avoir du succès. Mais si la structure et la base sont bonnes, je pense que c’est la clé du succès.

Pensez-vous que ces clubs obtiendront un succès « plus sain » que d’autres ou vous ne faites pas cette différenciation ?

Il est difficile de faire une distinction aussi claire. Mais de mon point de vue, cela pourrait être un projet pour le futur. Quand vous regardez à l’étranger, vous voyez les socios. Cela fait partie du football moderne, les clubs doivent se concentrer de plus en plus sur leurs supporters.

Je pense que le minifootball en Roumanie a une très belle histoire. Nous sommes passés de 0 joueur à plus de 30 000. La manière dont ce sport s’est développé pourrait servir d’exemple pour d’autres disciplines.

Parlons un peu de minifootball. Vous étiez président de la fédération roumaine de minifootball ces dernières années. Voyez-vous de grandes différences entre ce que vous faisiez en tant que président de la fédération roumaine de minifootball et ce que vous vivez maintenant ?

Cela dépend. Il y a des similarités et des différences. Toutes deux sont des organisations sportives à l’échelle nationale. Mais le football a une bien plus grande visibilité. Le minifootball est concentré sur la pratique amateur. A l’heure actuelle, nous essayons d’établir un partenariat entre les deux fédérations. J’ai laissé ma position à la fédération de minifootball pour ne pas créer de conflit d’intérêt. Je pense que le minifootball en Roumanie a une très belle histoire. Nous sommes passés de 0 joueur à plus de 30 000. La manière dont ce sport s’est développé pourrait servir d’exemple pour d’autres disciplines. Pour moi, le trait commun entre ces deux fédérations est la passion. C’est une de mes caractéristiques. Je suis un passionné et dévoué pour mes activités. Même s’il faut être honnête, ce n’est pas très facile. Tous mes collègues le savent, c’est compliqué puisque nous assumons de moderniser la fédération. Une réforme du football roumain. Quand vous vous engagez dans ce processus, il y a beaucoup de personnes déçues car elles perdent énormément. Mais nous regardons vers le futur et je suis dédié à cette mission.

Le football roumain a été un des derniers secteurs à être réformé dans ce pays.

Comment avez-vous réussi à convaincre que ce nouveau modèle, ce nouveau chemin, était le bon pour le football roumain ? A t-il été facile de convaincre les membres du football roumain ?

Cela a été difficile. La campagne électorale a été longue. J’ai beaucoup voyagé, j’ai rencontré tous les membres de l’assemblée générale, plus de 200 personnes. 236 pour être exact. Dans le passé, rien n’était clair sur le nombre de membres, ceux qui avaient le droit de voter… aujourd’hui, tout est plus clair. J’ai dépensé beaucoup de temps et d’énergie puisque je ne devais pas juste rencontrer ces membres et leur présenter mon programme mais aussi entendre leurs doléances, leurs recommandations pour le futur. En même temps, le processus de transition est compliqué. Le football roumain a été un des derniers secteurs à être réformé dans ce pays.

Quelles idées utilisées dans la fédération de minifootball voulez-vous introduire au sein du football roumain ?

C’était plus facile avec le minifootball puisque nous avons débuté de zéro. Tout a débuté sur l’idée d’amitié et de partager des moments de football en Roumanie puis au niveau européen. Je suis aujourd’hui aussi le président de la fédération européenne de minifootball. Les principes sont les mêmes, dans la stratégie que nous voulons mettre en place avec ces 10 commandements. Ce sont les mêmes valeurs qui nous guident : professionnalisme, intégrité et méritocratie.

Pourquoi certains joueurs se sont-ils tournés vers le minifootball en Roumanie ?

Certains joueurs étaient déçus par le football. De plus, les infrastructures liées au football ne sont pas très bonnes en Roumanie alors que vous pouvez trouver des terrains de minifootball quasiment partout dans le pays, très près de chez vous. Aujourd’hui, c’est aussi pour cela que nous voulons que le football ne soit pas juste pratiqué à onze contre onze, il doit être pratiqué partout, par tout le monde et sous diverses formes. C’est ce que nous essayons de promouvoir à la fédération.

Partager l’Euro entre de nombreux pays était une idée fabuleuse de Michel Platini. La Roumanie n’aurait pas été capable d’organiser un Euro seul mais cette compétition en 2020 va beaucoup nous aider.

En 2011, la Roumanie organisait et gagnait l’Euro de minifootball. En 2020, vous accueillerez 4 matchs de l’Euro. Comment fut accueilli cette idée de l’UEFA de partager les matchs entre de nombreux pays ?

C’était très important pour nous. Cette idée de Michel Platini était fabuleuse. La Roumanie n’aurait pas été capable d’organiser seule un Euro mais cette compétition en 2020 va beaucoup nous aider. Les infrastructures du pays et les infrastructures footballistiques vont être améliorées. Nous allons moderniser 4 stades à Bucarest, qui serviront aux équipes nationales pour leurs entraînements lors de l’Euro. Jusqu’en 2020, nous investirons dans 400 nouveaux terrains de football à travers le pays, de nouvelles compétitions… Cet Euro va beaucoup aider. Bien entendu, ce sera l’anniversaire des 60 ans de l’UEFA mais cela offrira aussi la possibilité de développer le football dans d’autres pays, pas seulement les plus importants qui ont les moyens d’organiser seuls ce type de tournois.

Vous évoquez souvent la passion pour vous définir. D’où vient votre passion pour le football ?

Cela remonte à 28 ans en arrière. Mon père, qui a joué plus de 350 matchs en première division roumaine, m’amenait sur le terrain dans ma ville natale, à Bacău. Dès l’âge de 2 ans, j’ai commencé cette histoire avec le football. A 7 ans, j’ai commencé ma carrière de footballeur au sein de l’académie de football de Bacău jusqu’à l’âge de 19 ans. Année après année, chaque semaine, chaque jour, chaque heure.

Vous jouiez à quel poste ?

J’étais milieu de terrain.

A 19 ans, j’ai pris une décision très compliquée.

Qui étaient vos modèles ?

J’ai eu différents modèles. Un d’eux fut mon père bien entendu. Mais c’est peut-être aussi pour cela que j’ai arrêté puisque j’ai compris qu’il y avait un grand écart entre mes possibilités et le niveau de mon père. A 19 ans, j’ai pris une décision très compliquée. J’ai compris qu’il était difficile voire impossible de devenir joueur professionnel en Roumanie sans le soutien adéquat. J’entends par là des recommandations des bonnes personnes. C’est une des premières choses que j’ai voulu changer en arrivant à la fédération, au niveau des sélections en équipes nationales. C’est difficile de comprendre comment un jeune de 19 ans peut faire un choix aussi ferme mais j’ai compris que mes chances de devenir un joueur de Ligue des Champions étaient minces et j’aspire toujours à être le meilleur. C’est pourquoi j’ai arrêté de jouer pour me concentrer sur mes études à Bucarest puis à l’étranger pour être sûr que ma vie ne dépendrait pas de la subjectivité de certains.

Vous pensez que le problème que vous évoquez a été rencontré par d’autres ?

Certainement. J’ai connu d’autres joueurs dans ce cas. Ne vous méprenez pas, je n’étais pas le meilleur joueur de mon équipe mais même ceux qui étaient les meilleurs n’ont pas réussi à parvenir à l’élite. La situation était comme ça il y a peu de temps. Cela me motive aujourd’hui puisque je ne veux pas qu’un enfant ait à prendre une décision aussi compliquée que celle que j’ai prise. Pendant 12 ans, je n’ai quasiment pas eu de vacances, j’étais sur le terrain tout le temps que ce soit dans mon club ou à l’école. Le matin, nous jouions avec mes coéquipiers puis dans l’après-midi, je jouais à l’école ou devant chez moi. Aujourd’hui, ce n’est plus possible, les écoles sont fermées. Les enfants ne peuvent plus pratiquer le football ou d’autres sports dans la cour d’école. En tant que fédé, nous voulons à nouveau ouvrir les portes des écoles pour cela. De plus, les parkings où nous jouions il y a 15 ans sont aujourd’hui totalement remplis de voitures.

La famille du football doit convaincre les enfants de jouer au football. Le football contribue beaucoup à l’éducation de chaque enfant.

Voyez-vous l’ordinateur et la télé comme d’autres « ennemis » du football ? Est-il difficile aujourd’hui de convaincre des enfants  de jouer au football ?

C’est un challenge. La famille du football doit convaincre les enfants de jouer au football. C’est un superbe jeu, peu importe si l’on devient professionnel. Je pense que le football aide beaucoup chaque personne, dans la manière de s’intégrer à un groupe, la mentalité, l’éducation… Le football contribue beaucoup à l’éducation de chaque enfant.

Le football vous a-t-il aidé personnellement ?

Oui bien sûr. Même si je n’ai pas joué au niveau professionnel, tous ces principes, toutes ces idées qui guident ma vie aujourd’hui me viennent du football. Je ne peux qu’encourager chaque enfant, enfin surtout les parents puisque ce sont eux qui décident, à jouer au football.

Avez-vous encore le temps de jouer ?

Oui nous essayons chaque semaine de jouer entre collègues de la fédération. Mais nous n’avons pas réussi plus de 3 ou 4 fois depuis le début de l’année. Chaque jeudi, nous n’acceptons pas d’interviews ou de réunions après 19h pour jouer.

Comment voyez-vous votre futur ? Combien de fois pouvez-vous être élu à la présidence ?

3 fois maximum. Nous avons changé cela puisque dans le passé, vous pouviez rester aussi longtemps que vous le désiriez. Ce fut une de mes décisions de changer les statuts.

Je peux rester 12 ans à la tête de la fédération roumaine.

A 30 ans, vous être président de la fédération. L’UEFA est-elle la suite logique pour votre futur ?

C’est difficile à dire. Je peux rester pendant 3 mandats à la fédération soit 12 ans au total, si l’assemblée générale m’élit deux autres fois. Il est impossible pour moi de parler de ce qui se passera ensuite.

Quel est votre plus grand objectif, la chose dont vous seriez le plus fier, à la fin de ces potentiels 12 ans à la tête du football roumain ?

C’est une réponse facile. Mon but est de mettre en place notre stratégie avec 5 objectifs : être qualifié pour les tournois finaux 2016, 2018 et 2020, développer la participation au football sous toutes ses formes, renforcer la capacité de la fédération à assurer le développement du football à travers des programmes Training of Trainers ou des programmes d’éducation, développer le foot féminin et le futsal et enfin développer la visibilité et l’attractivité du football roumain. Mon rêve et mon but sont de remplir ces cinq objectifs.

Pour votre première année, quelle a été la décision le plus compliquée que vous ayez eu à prendre et votre plus grand succès ?

La plus difficile : ce fut une décision stratégique. Quand j’ai débuté mon mandat, j’avais deux possibilités : soit m’engager dans un processus de modernisation, de réforme ou bien continuer dans la voie de l’administration précédente. Bien entendu, cette seconde perspective était peut-être plus facile, personne ne nous aurait attaqué. La modernisation peut être mal vécue par certains Roumains, je ne parle pas de la majorité cependant. Vous savez, je vais à Carrefour, je me promène avec ma petite amie dans les rues de Bucarest et les Roumains me donnent l’impression que nous allons dans la bonne direction. Certains membres de la vieille génération, qui ont perdu cette élection il y a un, peuvent être déçus bien entendu. Beaucoup nous ont attaqués, on a essayé de discréditer nos actions. Mais j’ai pris la décision difficile de continuer dans cette voie de modernisation pour le football roumain puisque j’ai été élu pour ce programme. Pour la prochaine élection dans 3 ans, je veux me tenir droit devant l’assemblée générale et qu’ils se rendent compte que j’ai fait ce que j’avais annoncé.

Les relations avec la presse ont été difficiles pendant les 3 premiers mois. Je voulais renoncer à cette époque.

Vous parlez de critiques, quels types de relations avez-vous avec la presse ?

Ce fut difficile pendant les 3 premiers mois. Je voulais renoncer après 3 mois. J’étais surpris que la majorité des articles mentionnait l’idée que nous faisions fausse route. Après ces 3 mois, j’ai vu que certains journalistes étaient plus proches de l’ancienne administration que de la nouvelle. J’ai dit à mes collègues : « dans ce cas, laissons tomber et laissons d’autres gérer la fédération. » Mais j’ai commencé à analyser qui étaient ces personnes me critiquant. J’ai retrouvé des intérêts en commun entre ces personnes, et je ne parle pas uniquement de journalistes de la vieille génération mais aussi certains de mon âge. J’étais vraiment déçu puisque je me bats aussi au nom de ma génération. Si nous ne comprenons pas tous cela, cela veut dire qu’il y en a encore certains qui sont plus intéressés par leurs intérêts personnels. Pour nous qui voulons développer, réformer et moderniser, cela n’est pas positif. Mais j’ai compris, c’est ainsi, tout le monde ne peut pas vous remercier pour ce que vous faites pour le football. Aujourd’hui, je suis très motivé pour continuer ce que j’entreprends à la fédération et rien ne m’arrêtera.

La nouvelle génération veut vivre en Roumanie et changer ce pays.

Il y a peu, la Roumanie a également élu un nouveau président en la personne de Klaus Iohannis. Est-ce une nouvelle Roumanie qui veut voir le jour aujourd’hui ?

Oui, c’est certain. Les Roumains ont finalement compris qu’ils ont la possibilité de faire passer des messages et une vraie capacité à influencer les choses. Bien entendu, vous trouverez des Roumains qui diront « cela n’a pas d’importance, on ne peut rien changer. » Mais c’est faux, tout Roumain peut agir pour ce pays et ses résultats dans le futur. Cela ne dépend que de nous.

Pensez-vous que ce nouvel élan vient d’une nouvelle génération à la mentalité totalement différente en Roumanie ou de la possibilité qu’ont eu certains, dont vous, d’étudier et de vivre à l’étranger ?

Les deux perspectives sont correctes. La nouvelle génération veut vivre en Roumanie et changer ce pays. Mon expérience à l’étranger a malgré tout été bénéfique, j’ai fini mon PhD au Collège de l’Europe à Bruxelles et j’ai eu la possibilité de travailler à l’étranger, tout en participant à des programmes de leadership dans différents pays. Il est certain que mes expériences à l’étranger m’ont offert une valeur ajoutée.

En parlant d’étrangers, vous avez décidé de recruter certaines personnes de nationalités différentes au sein de la fédération. Pourquoi était-ce important pour vous ?

En effet, nous avons Zoltan Kovacs, un Belge, qui aide au développement du football. Il y a également Kyros Vassaras, qui gère le comité d’arbitrage. J’ai décidé d’inviter des personnes d’autres pays pour échanger les bonnes pratiques venues de l’étranger et pour qu’ils participent à cette modernisation. La famille du football roumain est heureuse. Ces étrangers nous aident et amènent une plus-value dans leurs secteurs et nous devons reconnaître que nous avons besoin de ce type de personnes avec leurs expériences. Si nous continuons à penser que nous sommes les plus intelligents, nous n’avancerons pas. Nous sommes dans une compétition comme je le disais : pendant 24 ans, nous n’avons pas investi notamment dans le football des jeunes alors que nous avons vu d’autres pays, et pas que ceux de l’ouest, investir et avoir du succès.

Pensez-vous être personnellement plus ouvert aux nouvelles méthodes de management ?

Je ne suis pas ouvert aux nouvelles méthodes. Je suis juste un gars normal qui veut mettre en place des procédures normales.

L’administration précédente à la fédération travaillait par inertie, sans organigramme moderne, sans procédure, sans régulation.

Donc vous pensez que dans le passé, ce qui se passait n’était pas normal ?

Oui. C’est vraiment drôle. Nous parlons de choses normales, basiques. Il arrive que des choses normales paraissent bizarres quelques fois.

Ce que vous sous-entendez, c’est que quand vous être arrivés à la fédération, tout était donc désorganisé ?

Oui, l’administration précédente travaillait par inertie, sans organigramme moderne, sans procédure, sans régulation.

Avez-vous gardé certaines personnes de cette ancienne équipe ?

Oui mais j’ai changé tous les managers. Cela tient dans la confiance que je dois avoir dans ces personnes.

Pour la communication, vous avez recruté deux anciens journalistes….

J’en avais recruté quatre et pas uniquement deux. Mais en arrivant, nous avons constaté que les entraîneurs de sélections roumaines faisaient tout : entraîner, réserver les hôtels, les terrains d’entraînement, gérer les relations avec les médias… Ce fut une grande surprise pour nous. Chaque sélection nationale doit avoir un team manager, ce n’était pas le cas avant. Nous avons donc mis cela en place, une chose logique. Rien d’extraordinaire. Deux hommes de la communication sont donc maintenant team managers de sélections dont un avec l’équipe senior A.

Pour finir, quels sont pour vous les grands défis des six mois à venir ?

La qualification pour l’Euro est une des choses les plus importantes. Nous sommes premier avec de bonnes chances de nous qualifier. C’est important pour la fédération et le pays parce que les Roumains aiment vraiment le football. Le second est lié au projet « Toată Romania joacă futbol » pour augmenter le niveau de participation. En ce qui concerne le haut niveau, l’ouverture des deux premiers centres régionaux d’excellence à Târgu Mureş et Timişoara seront aussi très importants pour le futur du football roumain. »

Tristan Trasca

On a discuté avec Razvan Burleanu, président de la fédération roumaine de football
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